CHAPITRE y. — TROUBLES DE l' INTELLIGENCE
très-probable. De plus H. Trélat a souvent vu la syphilis coïncider avec la paralysie générale des aliénés^ mais sans oser se prononcer sur la corrélation dans laquelle ces deux affections se trouvent Pune vis-à-vis de Tautre.
HH. Essmarck et Jessen (1) ont relaté plusieurs faits de troubles de Tintelligence^ qu'ils considèrent comme dépendants de la syphilis. Ces auteurs, plus positifs que M. Trélat, admettent la syphilis comme étant fréquemment le point de départ de la paralysie générale des aliéna. Jos. Franck affirme que les personnes affectées de maladies vénériennes ont le système nerveux trèsirritable^ ce que, suivant cet auteur, « on doit peut-être attribuer à l'état de Vàme pendant cette maladie honteuse, ou à Taction du mercure, plus qu'au virus lui-même. »
M. Dagonet, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Strasbourg, médecin en chef de l'important Asile d'aliénés de Stephansfeld, pense que la syphilis doit être considérée comme une cause incontestable de troubles intellectuels les plus variés, soit qu'elle agisse directement sur les centres nerveux, en déterminant des ulcérations superficielles, des ramollissements partiels, des abcès et des tumeurs du parenchyme cérébral, peutêtre aussi en donnant lieu à une dégénérescence particulière de cet organe, soit qu'elle porte primitivement son action sur les enveloppes osseuse et membraneuse, dont les lésions viennent agir pathologiquement sur l'organe qu'elles sont destinées à protéger, soit enfin que, par suite de la chlorose et de la cachexie syphilitique, le cerveau éprouve les effets désastreux de l'appauvrissement du sang sur le système nerveux (2). Mais, selon lui, pour être dans le vrai, il faut, dans l'étude de l'action de la syphilis sur les centres nerveux, tenir un compte rigoureux d'autres éléments, tels que l'épuisement qui peut être la conséquence des effets vénériens mêmes, et la prédisposition organique acquise, ou héréditaire, sous l'influence de laquelle peuvent se trouver les sujets véroles (3).
(1) Essmarck et Jessen, in Allg. Zeitschr. fur Psychiatrie. 1857, p. 20.
(2) M. Dumoulin (thèse déjà citée, p. 20) indique les troubles de rintelligcnce comme un des premiers symptômes de la cachexie syphilitique.
(3) Hildenbrandt, loc. ctï., p. 7.
Suivant H. Hildenbrandt (1)^ tous, ou presque tous les ma« iades entrés à Stephansfeld^ pour cause de paralysie générale des aliénés, ont des antécédents syphilitiques dûment constatés. Black (2) dit que sur 2829 aliénés admis à Bethlem^ de 1772 à 1787^ 14 fois la maladie reconnaissait pour caase raffection vénérienne. Enfin, sur 458 cas de folie^ dus à des causes physiques, Esquirol (3) en rapporte 9 à la syphilis.
Dans les observations que nous avons recueillies pour ce travail^ nous avons rencontré un très-grand nombre de fois des symp» tomes variés du côté de Tintelligence; on en a déjà remarqué dans les observations précédentes; mais le plus souvent^ ces troubles nous paraissent liés à une lésion matérielle du cerveau lui-même. Ces troubles rentrent souvent dans la classe des lypémanies; on trouvera aussi quelques manies, des monomanies^ la démence^ et nous verrons que Tassertion d'Essmarck et Jessen^ touchant Tinfluence de la syphilis sur la pathogénie de la démence paralytique^ ne paraît pas manquer de preuves cliniques. La tendance au suicide^ que nous rencontrons souvent, se rapporte d'une manière évidente à des troubles intellectuels^ car le suicide est dans rimmense majorité des cas^ nous en avons la conviction^ un acte de folie. Comme nous ne nous occupons ici que des troubles intellectuels indépendants de toute lésion appréciable^ nous laissons de côté le plus grand nombre de ces faits; ceux que nous plaçons ici ^ et que, pour la plupart, nous empruntons à la thèse de M. Hildenbrandt et au Mémoire de MM. Essmarck et Jessen, nous paraissent plus que suffisants pour démontrer qu'en Tabsence de toute lésion encéphalique appréciable^ attribuable à la syphilis, celle-ci peut troubler profondément Fintelligence. On remarquera dans tous ces faits l'action promptement curative des antisyphilitiques^ de l'iodure de potassium en particulier, l'absence de prédisposition héréditaire à la folie, et l'absence de signes qui permettent de rattacher les troubles cérébraux à une lésion organique déterminée.
L'observation 79 que nous avons recueillie nous-mêmes, pâli)/6tVf., p. 52.
(2) Black, Dissertation on insanity.
(3) Esquirol, Dict, en QO volumes, t. XVJ, art. Fo/ie,p. 188.