SBGT. H. CHAP. I. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
H. Lebert ajoute : a Nos études assez nombreuses sur les lésions produites par la syphilis ne nous autorisent pas à admettre l'existence d'un tissu syphilitique spécial^ d'un élément cellulaire propre à la syphilis. Peut-être^ lorsque les études histologiques des gommes auront été faites souvent, pourra-t-on admettre un tissu spécial, mais aujourd'hui nous ne pouvons pas professer cette opinion. Mais on doit^ en anatomie pathologique, remarquer qu'un produit morbide peut présenter un caractère spécial^ non par le caractère de sa composition moléculaire, mais par le groupement spécial d'éléments qui lui sont communs avec beaucoup d'autres lésions. »
Notre habile micrographe, M. Robin, déclare, comme M. Lebert, que nul élément histologique ne permet de distinguer une production syphilitique d'une autre non syphilitique. La tumeur gommeuse, qui est, de tous les produits spécifiques, celui qui a les caractères anatomiques les plus tranchés, n'a aucun élément qui lui soit propre.
D'après M. Robin, les éléments nouveaux, déposés dans nos tissus sous l'influence de la syphilis, sont toujours des éléments fibro-plastiques, des cytoblastions en grand nombre et de la matière amorphe, éléments qui se trouvent tantôt isolés, tantôt réunis, comme dans les tumeurs gommeuses. Hais aucun de ces éléments histologiques n'appartient en propre aux productions syphilitiques. On les retrouve, l'un ou l'autre, dans les tumeurs du molluscum, dans le chalazion et môme, en très-petit nombre il est vrai, dans le tissu du derme dénudé, dans le fMirenchyme pulmonaire, de sorte que, dans l'état actuel de la science, il est impossible d'admettre l'existence d'un tissu syphilitique spécial. Voici maintenant quels ont été les résultats de nos propres recherches micrographiques à ce sujet.
Comme H. Chassaignac (l), nous avons rencontré la tumeur gommeuse sous trois formes distinctes : 1*^ la forme charnue, 2* la forme bourbillonneuse, 3® la forme colloïde ou gommeuse liquide. La forme charnue, suivant H. Chassaignac, présente on tissu d^un aspect particulier, intermédiaire en quelque sorte
<1) Clmique wropéeïïne. IS59, p. 389.
entre Taspect de certaines tumeurs fibro-plastiques et celui de Pencéphaloîde. C'est celle en effet qui se rapproche le plus des tumeurs fibro-plastiques nées en dehors de Tinfluence syphilitique. Mais ce qui^ au point de vue clinique^ la distingue surtout de ces dernières^ c'est sa prompte disparition sous l'influence de la médication par Tiodure de potassium. Ce caractère^ joint à la marche habituelle de cette tumeur^ est sans contredit le plus important.
La forme bourbiilonneuse est caractérisée par la présence, au milieu des tissus^ d'une espèce de bourbillon quelquefois trèsvolumineux^ de couleur blanche^ assez bien représenté^ à la friabilité près, par la substance qui^ dans les disques intervertébraux des vieillards^ occupe le centre de la substance intervertébrale. M. Chassaignac le compare encore à un fragment de morue ou de veau à peine cuit ; nous pensons que la comparaison qui le ferait ressembler à une portion de tissu cellulaire mortifiée serait aussi vraie et plus juste. Il faut dire, toutefois, que la tumeur gommeuse diffère de Teschare cellulaire par le temps parfois fort long qu'elle met à s'éliminer et encore par l'absence de tout phénomène de putridité.
Dans la troisième forme, la tumeur est constituée par une matière semi-fluide assez analogue à une solution de gomme.
Ces trois formes constituent-elles trois produits distincts? Quelle est leur structure, quelles sont les différences de leur composition ? C'est ce que l'examen microscopique va nous apprendre.
Dans une tumeur se rattachant à la dernière forme (tumeur gommeuse liquide), occupant la peau et le tissu cellulaire de la région antérieure du poignet chez un malade qui se trouvait, en 4859, dans le service de H. Manec à la Charité^ nous avons trouvé : 1^ une matière amorphe semi-transparente, granuleuse^ très-abondante et parcourue par quelques vaisseaux capillaires ; 2^ des noyaux ronds, légèrement granuleux et des noyaux ovoïdes embryoplastiques; 3® quelques cellules avec un noyau semblable aux précédents; assez mal délimitées, ces cellules, devenues granuleuses et en partie altérées au moment de l'examen, nous ont paru être des cellules fibro-plastiques ; 4^ des corps fusiformes, un peu déformés et granuleux, avec un noyau peut-ôtre