ECT. 11. CHAP. I. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
un peu plus allongé que les précédents ; 5'' des fibres de tissu lamineux et quelques-unes de tissu élastique.
Chez une femme âgée de 57 ans^ que nous avons pu observer à PHôtel-Dieu^ dans le service de M. Béraud suppléant H. Robcrty il existait^ sur la partie antérieure de la jambe gauche^ plusieurs tumeurs gommeuses qui déjà avaient en partie ulcéré la peau et apparaissaient sous forme de bourbillon au fond de Tulcération. Ces tumeurs nous ont offert la composition sui- Tante : 1® de nombreuses granulations^ la plupart jaunâtres et de nature évidemment graisseuse ; â^" des noyaux sphériques assez petits^ libres ou renfermés dans des cellules fortement granuleuses ; 3® des corps fusiformes plus ou moins réguliers chargés de granulations qui voilaient souvent le noyau ;4<' une gangue légèrement striée couverte de granulations et de gouttelettes grais* seuses^ le tout offrant une certaine ressemblance avec la fibrine exsudée à la surface ou dans le tissu des valvules du cœur/ou môme avec celle qui constitue les caillots déjà anciens; 5"" enfin des débris de noyaux et de cellules, des fibres de tissu lamineux.
Dans le même service se trouvait, à la même époque^ une femme de 55 ans portant à la partie moyenne et interne de la jambe gauche une tumeur du volume d^un petit œuf de poule^ jaunfttre, friable^ assez analogue à une portion de tissu cellulaire oiortifié ; la peau était ulcérée à son niveau. Cette tumeur^ traversée par des faisceaux de tissu fibreux du derme et par des faisceaux de tissu cellulaire^ semble se continuer avec les tissus voisins; moins blanche et plus grenue que celles de la précédente malade ^ elle ne présente , à Texamen microscopique, qu^un petit nombre de noyaux réguliers^ peu de cellules, et encore moins de corps fusiformes. Cela tient évidemment à ce que là plupart de ses éléments^, envahis par des granulations graisseuses^ sont en partie dégénérés ; on trouve^ en effets de petits amas irréguliers de granulations graisseuses^ • des cellules et quelques rares corps fusiformes également envahis et recouverts des mêmes granulations; enfin une masse légèrement striée^ avec beaucoup de granulations et de grandes gouttes d'huile isolées.
Nous avons eu Toccasion d'observer d'autres tumeurs gom-
meuses^ nous en avons vu qui rentraient dans la forme charnue^ mais toujours nous avons rencontré les mômes éléments^ dans des proportions différentes, il est vrai^ et à une période plus ou moins avancée de leur évolution pathologique^ tantôt, mais rarement^ dans la période d'évolution progressive^ plus fréquemment à la période d'évolution régressive^ alors qu'ils subissaient la dégénérescence graisseuse. Ces éléments nous ont toujours paru être ceux qui constituent le tissu cellulaire ou lamineux, ce qui nous porterait à dire que la tendance de la syphilis est de produire partout ce même tissu ^ dans des conditions spéciales, toutefois^ en vertu desquelles il lui est à peu près impossible d'arriver à un complet développement^ ce qui l'oblige presque nécessairement à subir la dégénérescence graisseuse^ et à se mortifier.
Outre cette genèse des éléments celluleux^ la syphilis^ comme nous le ferons remarquer à propos d'une observation ultérieure^ aurait encore le pouvoir d'engendrer les éléments propres aux glandes vasculaires sanguines; néanmoins ce n'est que plus rarement qu'on voit ces dernières s'hypertrophier. Si donc, comme Virchow prétend l'avoir démontré (1), les ganglions se rapprochent beaucoup du tissu conjonctif, on peut soutenir que ce tiissu^ ou ses dérivés comme le tissu osseux ou le tissu médullaire^ est toujours le point de départ de l'altération organique syphilitique. L'élément nerveux ne serait ainsi atteint que consécutivement.
Nos observations nous portent donc à voir partout un produit à peu près identique, dont les éléments peuvent bien varier dans leur quantité relative, suivant le terrain ou le tissu au milieu duquel ils se développent, et dont la spécificité est moins dans la structure anatomique que dans l'évolution et la marche, et surtout dans sa prompte disparition sous l'influence de l'iodure de potassium ou des mercuriaux.
Les caractères cliniques des tumeurs gommeuses auraient ainsi, pensons-nous, une importance plus grande que leurs caractères anatomiques. Ce serait là du reste, dans Tétat actuel de la
il} yïrcho'Vt Celiuiaff Pathçlogy.
SEGT. II. GHAP. I. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 157
science* une loi générale en pathologie, ^économie pouvant user des mêmes matériaux sous des influences diverses^ et pour nous servir d'une expression de M. Lagneau fils (1)^ nous dirons : a De mAme qu'en physiologie normale un organe sécréteur fournit un mâme liquide^ quel que soit l'excitant qui le fasse fonctionner^ de même aussi^ en physiologie pathologique, il semble que souvent un organe exsude une matière analogue sous Tinfluence d'agents morbides divers. »
Si maintenant, au lieu de se localiser sur un point pour former une tumeur^ le néoplasme syphilitique vient à infiltrer un tissu ou un parenchyme, nous aurons alors^ toujours sous l'influence de la même cause^ le même produit donnant lieu à des altérations qui pourront se manifester bien différemment suivant Torgane qui en sera le siège. Ici la différence sera moins dans la lésion que dans son siége^ puisque chaque organe manifeste nécessairement sa souffrance par le trouble des fonctions qui lui sont dévolues.
C'est ainsi que, sans sortir de notre sujets nous avons pu observer les troubles nerveux les plus variés suivant que l'altération occupait telle ou telle partie du système^ ce qui ne veut pas dire que certaines portions ne soient pas beaucoup plus prédisposées^ en vertu de leur structure, de leurs fonctions^ ou d'une faiblesse acquise, à devenir le siège de la localisation . Rien.d'étonnant donc que la syphilis soit^ comme on l'a si souvent répété^ un véritable protée^ et quelle puisse revêtir la forme d'une foule de maladies.
Qu'on ne vienne pas nous dire que le néoplasme syphilitique ne se rencontre jamais à l'état d'infiltration^ car nous Tavons vu à cet état dans le cerveau, dans le foie et dans d'autres organes encore; nous l'avons vu même revêtir cette forme dans la peau^ chez une malade qui présentait une large ulcération avec épaississement de toute la joue, dans le service de M. Béraud, et chez laquelle l'iodure de potassium, qui fit tout disparaître en peu de tempS; ne laissa pas le moindre doute touchant le diagnostic.
(1) Lagneau ÛIs, loc, cit., p. 59.
i58 PREMIÂRB PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTEMS NERVEUX.
Disséminé ou circonscrit au sein d'un organe^ le néoplasme syphilitique suit à peu près toujours la même évolution, c'est-à-dire qu'arrivé à une certaine période de son développement il s'arrête et subit la dégénérescence graisseuse^ soit que cette fatalité soit inhérente à sa nature, soit que les vaisseaux qu'il possède, trop peu abondants pour le nourrir à un certain moment, ne lui permettent plus de vivre. Il faut bien dire toutefois que la marche vers la dégénérescence parait d'autant plus prompte que la masse exsudée est plus abondante et mieux circonscrite. C'est ainsi que^ dans le foie et dans le cerveau, le néoplasme peut parfois vivre longtemps à l'état d'infiltration, tandis qu'il se ramollit beaucoup plus rapidement lorsqu'il forme tumeur. Néanmoins, dans les deux cas il subit les mêmes métamorphoses et c'est là, pour le cerveau, l'origine de certains ramollissements avec induration du voisinage , c'est, pour le foie, l'origine de certains états cirrhotiques ou gras comme nous en avons rencontré plusieurs fois chez des syphilitiques.
Si nous en croyons les observations de Lallemand et de M. Faurès, les tumeurs dites gommeuses ne seraient pas les seules que la syphilis peut produire dans la substance cérébrale ellemême ou dans les méninges. Une autopsie faite par M. Faurès et une note de Lallemand signalent en effet l'existence dans les ventricules et sur la moelle allongée de tumeurs se rapprochant, par leur aspect, des végétations syphilitiques; la première avait l'apparence d'une framboise et son tissu avait la plus grande analogie avec le tissu érectile (i); les secondes ressemblaient à des choux-fleurs, comme si aucune des manifestations extérieures de la syphilis ne devait être dépourvue de son analogue dans la syphilis des viscères. Nous ne possédons malheureusement pas d'autres détails sur la nature intime de ces produits morbides.
Il est encore une autre lésion anatomique que nous avons rencontrée très-développée chez un de nos malades, celui-là même qui présentait l'induration générale du cerveau, et que
(1) Obs. 137.
SECTi II. CHAP, I. — ANATOMrE PATHOLOGIQUE. i S9
dans un second cas nous avons relrouvée à un degré beaucoup moins marqué. Cette lésion^ qui rentre dans les exsudations dont les méninges peuvent être le siège, consiste en taches opalines plus ou moins étendues siégeant sur la face viscérale de la piemère, et donnant à cette membrane un aspect décoloré en même temps qu'une grande dureté. M. Knorre admet que ces exsudations sont plus fréquentes qu'on ne croit à la période secondaire de la syphilis ; il y voit l'analogue de ce qui se passe vers la peau à ce moment, lorsque se développent les syphilides papuleuses, dues également à un travail d'exsudation, et il leur attribue la puissance d'engendrer certaines paralysies survenant dans le conrs de la syphilis secondaire, et qu'on ne saurait, à cette période précoce de la maladie générale, rattacher à des lésions Offieuses ou fibreuses. Un auteur allemand, dont le nom nous échappe, considère ces exsudats de la pie-mère comme l'origine des tumeurs gommeuses ou scléreuses du cerveau luimême. Iljdit les avoir vus prendre de notables proportions, se détacher de la pie-mère, si bien qu'on aurait pu croire qu'elles avaient pris naissance dans le cerveau lui-même, si d'autres tumemrs, à un moindre degré de développement, les unes encore tout à fait adhérentes, les autres retenues encore à la pie-mère par un pédoncule, n'eussent indiqué nettement leur lieu de formation et leur mode de déplacement. Il nous est impossible de décider ce qu'il peut y avoir de vrai dans ces assertions.
Siège des exsudats. — Les exsudats ou les tumeurs de la substance cérébrale ont occupé des sièges variés :
I fois la masse cérébrale tout entière paraissait infiltrée d'une substance étrangère .
I fois les exsudats étaient disséminés dans diverses parties du cerveau.
6 fois les dépôts plastiques, sous forme de tumeurs bien délimitées, isolées ou multiples, siégeaient dans un des lobes antérieurs du cerveau ; dans ce nombre il est arrivé 3 fois que la base seule du lobe était intéressée, dans le voisinage du chiasina des nerfs optiques et de la naissance du nerf olfactif.
3 fois le siège des tumeurs était un des lobes moyens.
3 fois le corps strié.
if>0 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÊfllE NERVEUX.
3 fois les dépôts plastiques occupaient uue grande partie d'un hémisphère.
i fois la hase ducerveau^ sans autre désignation plus précise.
1 fois le centre du cervelet.
i fois la moelle épinière.
Nous trouvons encore là^ comme pour les ramollissements^ que les lobes cérébraux^ et principalement le lobe antérieur, sont plus souvent intéressés que les parties centrales de Toi^ane. Or^ ce fait nous suggère les réflexions suivantes: l*' La raison anatomique de ce fait ne se trouverait-elle pas dans la plus grande vascularité des parties périphériques du cerveau? S*' Le siège de la lésion dans les hémisphères ne rend-il pas^ jusqu'à un certain point, compte de la fréquence des symptômes morbides fournis par les facultés intellectuelles? On sait en effet que les aliénistes qui admettent des lésions organiques comme cause des aliénations mentales^ en placent le siège de préférence dans les hémisphères et surtout à leur surface. Sans aller toujours jusqu'à Taliénation mentale, des troubles intellectuels plus ou moins persistants ont existé dans le plus grand nombre de nos observations. 3° Nous y trouvons encore Texplication de la longue durée habituelle des désordres fonctionnels, de la marche lente^ graduelle de la maladie et nous pouvons même dire, de sa léthalité relativement médiocre. Dans presque tous les cas où la mort est survenue rapidement , cette marche rapide fut le résultat d'une inflammation intercurrente ou de Textension de la tumeur cérébrale vers les parties centrales. On sait en effet combien les hémisphères cérébraux supportent des lésions profondes sans danger immédiat, souvent même sans manifester leur souffrance par des symptômes de quelque importance.
En récapitulant les faits d'anatomie pathologique que nous venons de passer en revue, nous voyons que dans la très-grande majorité des cas ce sont des exsudations que Ton trouve conmie conséquence de Tinfluence directe de la syphilis sur le système nerveux, puisque sur 31 autopsies nous comptons 22 fois des dépôts plastiques, c'est-à-dire dans plus des deux tiers des cas, tandis que nous n'avons trouvé que 7 fois des ramollissements, 3 fois des foyers purulents ou des lésions considérées comme tels,
gBCT. 11. CHAP. 1. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 161
ot â fois des noyaux apoplectiques supposés. On comprend donc que nous ayons de la tendance à rapporter à des exsudations la plupart des faits publiés comme des exemples d'apoplexie à lue venerea. Comme le fait observer M. Knorre, la rapidité des accidents n^est pas toujours un argument contre ia probabilité d'un dépôt plastique^ car on sait quelle est la rapidité avec laquelle se produit Pexsudation dans certaines affections syphilitiques^ dansTiritis par exemple^ et l'observation si intéressante de H. Faurès nous montre une végétation du quatrième ventricule se manifestant par des symptômes apoplectiformes^ et entraînant la mort en six jours.
Si^ des lésions portant sur les centres nerveux, nous passons, pour être complets^ aux lésions qu'ont présentées certaines branches nerveuses, nous trouverons encore à signaler des altérations anatomo-pathologiques importantes. Ce seront surtout les lésions des nerfs optiques qui appelleront notre attention, et pour ne pas avoir à y revenir, nous ferons suivre la description des lésions directes des nerfs optiques de ce que nous connaissons aujourd'hui touchant les causes organiques de Tamaurose syphilitique indirecte, siégeant en dehors du nerf optique lui-même.
Dans un grand nombre de nos autopsies nous voyons les nerfs optiques participer à la lésion matérielle, et cette lésion explique les troubles de la vision observés pendant la vie. Toutes les fois que Taltération occupait la partie inférieure des lobes antérieurs ou moyens du cerveau ou les couches optiques, ou lorsqu'elle s'étendait jusque vers les tubercules quadrijumeaux, les fonctions visuelles ont été troublées; c'était quelquefois par Simple compression, d'autres fois les nerfs étaient eux-mêmes atteints par le ramollissement, ou faisaient partie de la tumeur syphilitique, ou étaient atrophiés. C'est ainsi que, dans un cas, nous trouvons les nerfs optiques réduits à la moitié de leur volume, et se déchirant sous la plus légère pression ; une autre fois le nerf optique gauche était ramolli, diffluent, depuis son origine jusqu'au chiasma dont la partie gauche participait également au ramollissement, tandis que le nerf optique droit ne présentait qu'un peu d'injection de son névrilème.
Au passage à travers le trou optique, dans l'anneau fibreux
162 PREMIÈMB PARTIE. ^ SYPHILIS DU STSTÈHB HBRYEUX.
que ce nerf traverse à son entrée dans Torbite^ et qui est formé par les insertions postérieures des quatre muscles droits de Vœ\\, U peut être soumis à de nouvelles compressions, comme nous le verrons dans la seconde partie de ce travail; enfin la rétine ellemême ou la choroïde sous-jacente peuvent être le siège de lésions matérielles que nous devons signaler ici. C'est à H. Desmarres que nous emprunterons^ en partie^ la description des lésions que la syphilis est susceptible de produire dans la rétine et la choroïde.
En dehors des amauroses ou des amblyopies qui se rattachent à une compression optique par une production de nature syphilitique placée dans Tencéphale^ par quelque tumeur gommeuse du sommet de Torbite^ il en est d'autres qu'avec M. Desmarres nous rattachons à une affection delà rétine. Disons d'abord que^ dans tous les cas de compression du nerf optique, ou de sa destraction sur une plus ou moins grande étendue^ l'ophthalmoscope nous permet de constater Vatrophie de la papille du nerf optique; e'est là un signe diagnostique important que nous devons à cet instrument nouveau.
Sans nous arrêter à la rétinite qui^ comme nous le verrons^ peut être de nature syphilitique^ nous devons signaler :
V Un œdème, connu aujourd'hui sous le nom d^œdème rétinien, que Tophthalmoscope permet de reconnaître très-exactement. Dans ce cas» en effets la rétine examinée à l'opthalmoscope offre une couleur blanchâtre^ rosé sale^ empiétant sur la papille qui est toujours hypérhémiée à un degré variable. On comprend importance qu'il y a^ dans ces cas^ à déterminer le siège exact de la lésion^ car une altération de la rétine offre tou* jours un pronostic général moins grave qu'une lésion cérébrale^ quoique, au point de vue restreint de la cécité seule, ces dernières guérissent, ou du moins s'améliorent souvent plus promptement que les lésions rétiniennes.
Mais ici encore, pas plus que dans les autres lésions syphilitiques, nous ne possédons de signe pathognomonique de la syphilis. L'œdème rétinien est un symptôme commun à toutes les maladies résultant d'un trouble dans la circulation rétinienne; il est l'analogue du chémosis séreux de la conjonctive ; il s'observe dans l'bypérhémie de la rétine, dans les con-
SBGT. H. GHAP. 1. — ANATOHIE PATHOLOGIQUE. 163
gestions de la choroïde^ quelquefois aussi dans les simples conjonctivites catarrhales un peu intenses. M. Desmarres Ta toujours observé dans les amblyopies oculaires de cause syphilitique; il disparaît ordinairement après quelques semaines^ et ne porte que rarement^ par lui-même^ une atteinte durable à la vision. Ce serait donc à fin oedàme rétinien qu*on devrait rapporter les amauroses •6t les amblyopies syphilitiques fugaces qu'ojd observe quelquefois indépendamment de tout désordre matériel du cerveau ou de la portion crânienne du nerf optique. Nous en avons nous-mêmes constaté un cas que nous relaterons. Les troubles passagers de la vue que Fon voit quelquefois accompagner les lésions osseuses ou fibreuses de Torbite peuvent aussi dépendre d'un oedème zétinien qui^ dans ces cas, serait le résultat de quelque compression exercée sur les vaisseaux sanguins qui alimentent la rétine. 2* La syphilis peut encore produire, sur la rétine méme^ ou entre la ri^ine et la choroïde, des exsudais analogues à ceux 4iui se forment dans d'autres tissus^ dans Firis en particulier. Cest souvent là, suivant M. Desmarres^ la cause des amauroses sypbiKtiques incurables; c'est ordinairement dans la période secondaire tardive que se développent, comme Tiritis, ces amauroses par exsudation. Mais nous ne connaissons jusqu'ici aucun signe opbthalmoscopîque qui différencie nettement ces exsudations syphilitiques. De nouveaux et plus nombreux exameiis à l'ophthalmoscope nous en apprendront-ils davantage ? Nous oson Tespérer, lors même que tel n'est pas l'avis de M. Ricord (1), qui, tout en admettant Pexistence de ces dépôts plastiques de nature sjrphilitique sur la rétine, ajoute qu'ils ne présentent aucun caractère ophthalmoscopique spécial, et qu'étant donnés deux yeux amaurotiques par dépôts plastiques sur la rétine, Vm par cause syphilitique, l'autre dépendant de toute autre isauae» il défie l'ophthalmologiste le plus consommé de reconnat- Hre l'amaurose syphilitique par la simple inspection à l'ophthalmosoope. Ce ne sont donc, nous disait M. Ricord, comme dans toutes les afiections nerveuses syphilitiques, que les symptômes concomitants ou la connaissance exacte des antécédents qui pour-
(1) Gommonication orale.
ront faire reconnaître la nature spécifique de la lésion. Quoi qu'il en soit^ la connaissance de ces exsudais est déjà un fait d'une grande importance^ et l'existence de ce genre de lésion syphilitique démontre une fois de plus la tendance remarquable que possède la syphilis à produire partout des dépôts plastiques.
L'ophthalmoscope nous permet ainsi de voir dans Tappareil nerveux de l'œil l'analogue des trois formes anutomo-pathologiques que nous avons admises dans le reste du système nerveux.
3° Nous avons déjà indiqué ailleurs^ à l'occasion d'une observation d'amaurose à laquelle nous croyons devoir refuser Tessentialité^ que H. FoUin admets comme cause organique la plus fréquente des amauroses oculaires syphilitiques, une exsudation, non plus dans la rétine elle-même, mais sur la choroïde. Dans la choroïdite syphilitique, nous disait récemment M. Follin (i), on aperçoit au fond de l'œil un nuage léger, opalin, qui part du pourtour de la papille et s'étend en s'afiTaiblissant du côté de Vora serrata ; on reconnaît avec la plus petite habitude que cet exsudât •est post-rétinien, et qu'on l'aperçoit à travers la rétine transparente. Si on suit le développement de cet exsudât, on le voit devenir plus épais, plus opaque, et l'afiTaiblissement de la vue augmente en proportion de son épaisseur et de son étendue. Ce dépôt plastique est très-persistant et entraîne quelquefois des amauroses rebelles à toute autre médication que la médication spécifique. H. de Graefe (2) a décrit cette lésion dans un travail récent.
4® Enfin puisque nous parlons ici de toutes les causes organiques de cécité qui peuvent dépendre de la syphilis, nous devons encore mentionner la cataracte syphilitique, affection sur l'anatomie pathologique de laquelle nous ne possédons aucune donnée, mais que nous admettons avec Lallemand, H. Ricord et d'autres auteurs, a Dans quelques circonstances, » dit M. Ricord (3), 6 on trouve des aberrations de vision dépendantes des déformations du globe oculaire qui paraissent avoir pour siège la sclérotique. A cette période aussi peut se produire Tamaurose déterminée par l'afiection du système nerveux de l'œil, Tamblyopie;
(1) Communication orale.
(2) De Graefe, m Deutsche Klinik. 1858, n. 2f.
(3) Ricord, in Gaz, des kôpit. Février 1846.
8BGT. II. GHAP. 1. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 165
nous ne voyons ancnne impossibilité à ce que la cataracte devienne la conséquence de Faction du principe syphilitique sur le cristallin ou sur la membrane cristalline, d Dans une des observations de choroïdite exsudative que nous reproduisons^ on lit que la capsule cristalline était devenue opaque.
Nous devrions^ après avoir parlé du nerf optique^ passer en revue les autres branches nerveuses qui portent la sensibilité et le mouvement dans chaque partie du corps; ce travail cependant nous exposerait à bien des redites, et nous nous en tiendrons aux quelques données suivantes qui^ pensons-nous^ seront suffisantes.
C'est ainsi que nous possédons quelques autopsies qui signalent des lésions assez étendues des nerfs oculo-moteurs. HM. Essmarck et Jessen ont vu les nerfs oculo-moteurs^ depuis leur sortie du cràne^ devenus noueux et présentant une épaisseur triple de leur épaisseur normale; ils étaient transformés^ ainsi que le névrilème^ en une masse homogène^ lardacée, constituée par une substance granuleuse fine; le trijumeau gauche était hypertrophié^ le nerf acoustique du même côté^ notablement épaissi^ avait une coloration d'un jaune pâle. Dans une observation de M. Virchow, on trouve à Tautopsie, à la place de Toculo-moteur droite une masse épaisse^ rougeâtre^ calleuse; Toculo-moteur gauche tuméfié^ infiltré d'un tissu rougeâtre; les nerfs olfactifs se perdent dans une tumeur dont nous donnons plus loin la description. Dittrich (1) mentionne, dans un cas d'amaurose syphilitique^ la transformation du nerf optique en une masse d'un gris sale^ flasque^ villeuse et fibreuse.
Disons encore que quelques auteurs anciens rapportent les névralgies^ la sciatique en particulier^ à des lésions du névrilème^ à une inflammation^ à des exsudats liquides ou solides dans l'épaisseur du nerf lui-même. Cotugno est de ce nombre ainsi que Cirillo; ils ont vu des nerfs augmentés de volume de plus d'un tiers^ et présentant la consistance des tendons.
Enfin il est de nombreuses altérations des nerfs qu'on désigne sous le nom de névrâmes. La composition de ces névrômes est loin d'être identique^ car on a donné ce nom à toutes les productions
(I) Prager Viertelj, 1849, 1. 1, p. 23.
i66 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÂUB NERVEUX.
qui peuvent se développer dans les nerfs et former une tumeur^ sans distinction des éléments morbides qui les constituent. Aussi les opinions les plus divergentes partagent-elles les auteurs rela^ tivement à la nature des névrômes ; cancéreuse pour les uns^ ce sont pour les autres des productions fibreuses avec ou sans genèse des éléments nerveux. Deux faits rapportés par Dixon (1) noiis portent à admettre qu'il existe des névrômes de nature syphilitique. Il s'agit de deux cas de syphilis tertiaire dans lesquels des tumeurs s'étaient formées dans le nerf oculo-moteur commun. Un examen attentif de ces tumeurs^ que Dixon appelle névrôme syphilitique, les montra composées d'un tissu fibreux mélangé de matière granuleuse^ de coloration jaune pâle, de consistance presque cartilagineuse.