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CHAPITRE DEUXIÈME

Avant de passer à la symptomatologie de la syphilis cérébrospinale, et pour bien établir que les symptômes que nous signalerons se rattachent réellement à la syphilis^ nous allons étudier brièvement chacune des observations que nous possédons; nous en profiterons pour insister^ chemin faisant^ sur les particularités de physiologie pathologique que ces faits ont présentées, sur les circonstances qui ont éclairé ou obscurci le diagnostic, sur les "résultats thérapeutiques obtenus, et plus particulièrement sur les lésions qui doivent être admises comme les plus probables. dans les cas qui ont été suivis de guérison, ou dont nous ne connaissons pas les ré$]i^ltats nécropsiques.

ARTICLE PREMIER

FORME CONGESTIVE.

I. Faits cliniques se rapportant à l'hypérhémie cérébrale. -^psiiis l'observation 86 qui a été prise à l'hôpital du Midi par H. Delaunay, interne dans le service de M. Ricord,les symptômes du début

(1) Med» Times and Gaz, 1S5S, oct.,484.

nous sont inconnus ; lors de l'entrée du malade à Thôpital du Hidi^ il existait chez lui^ outre des douleurs de tête intenses, continues^ un certain degré d'affaissement des facultés intellectuelles. Un mois après surviennent brusquement des symptômes qu'on peut rattacher à une forte compression du cerveau ou à une hémorrhagie cérébrale : déviation de la bouche^ difficulté de la parole, paralysie complète du bras droite incomplète de la jambe du même c6té ; cependant la sensibilité reste intacte, l'intelligence ne subît pas de nouvelle atteinte. Cette dissonance entre les symptômes fournis par la motilité et ceux de la sensibilité semble déjà indiquer que l'on n'a pas devant soi une véritable apoplexie. Après une amélioration de quelques jours une seconde attaque a lieu ; Il s'y joint de la somnolence^ et cependant Tintelligence se maintient intacte^ de même que la sensibilité des parties paralysées. Quelques heures seulement avant la mort se manifestent la paralysie des sphincters^ de la contracture dans le bras resté sain^ des mouvements spasmodiques de la jambe du même côté, et du trismusdes mâchoires, symptômes qui persistent jusqu'à la mort. A l'autopsie on ne découvre pas la moindre lésion, ni dans les centres nerveux, ni dans leurs enveloppes. Certes, ce résultat a tout lieu de surprendre, et quiconque eût pu suivre ce malade, se fût certainement attendu à rencontrer à l'autopsie une lésion matérielle portant sur l'hémisphère gauche du cerveau^ et de plus un certain degré d'inflammation des méninges qui expliquât les symptômes des dernières heures de la vie. H n'en fut rien^ et nous sommes réduits à admettre, dans ce cas^ des congestions cérébrales répétées n'ayant laissé après elles aucune trace durable^ à moins d'admettre que l'autopsie n'ait pas été faite avec toute l'exactitude désirable, ce qui , dans ce cas surtout, n'est guère possible.

Nous rapprochons de ce fait l'observation 87, que nous empruntons à H. Gibert^ et dans laquelle une hémiplégie incomplète survint brusquement chez une malade portant une périostose du pariétal droit. Le trépan provoqua une méningite rapidement mortelle, et, à part la méningite traumatique^ on put constater l'intégrité des centres nerveux et de leurs enveloppes.

Ces faits ne sont d'ailleurs pas aussi rares qu'on pourrait le croire^ et nous trouvons^ dans une communication faite par H. Rodet à la Société impériale de médecine de Lyon^ que ce médecin a observé quatre sujets syphilitiques atteints de maladie cérébrale : deux sont morts sans qu'où trouvât à Tautopsie au* cune lésion des centres nerveux ; les deux autres ont guéri (1).

Par contre dans Tobservation 88^ que nous relatons d'après H. Gjor^ on trouve à l'autopsie une hypérhémie de la substance cérébrale; les méninges sont gorgées de sang; la pie-mère épaissie contient du sang gélatineux. La syphilis n'est pas douteuse dans ce cas puisqu'il existe encore des accidents secondaires manifestes. Deux fois les symptômes nerveux se sont amendés sous l'influence des antisyphilitiques qui évidemment n'ont pas été donnés avec assez de suite et d'insistance. Nous ne savons que penser du ramollissement partiel du cervelet constaté dans ce cas à l'autopsie : rien dans les symptômes ni dans la marche des accidents pendant la vie ne paraît se rapporter à cette lésion^ qui peut-être était de date assez récente. Nous regrettons^ à ce point de vue surtout, le manque de détails quant aux symptômes qui se sont succédé pendant les dernières semaines de la vie, et qui précédèrent Tissue fatale.

Nous rapprochons de ces trois faits un certain nombre d'observations dans lesquelles nous trouvons indiqués, d'une manière plus ou moins nette, les symptômes que nous rapportons à la congestion cérébrale : invasion brusque des accidents par des vertiges, étourdissements, troubles passagers de la motilité, dérangement plus ou moins fugace de l'intelligence, résultats favorables des émissions sanguines, etc., et nous insisterons sur les circonstances qui nous portent à rattacher ces affections à la même cause générale, la syphilis.

Dans l'observation très-détaillée de M. Yvaren, nous n'admettons qu'une succession de congestions cérébrales, car les suites de chacun de ces accès ont été de trop courte durée pour pouvoir être rapportées à une lésion organique persistante. La diversité même des accidents, ces spasmes des muscles du cou,

(1) Gaz. méd. de Lyon. 1858, p. 349.

alternant avec des névralgies, ces névralgies occupant tantôt la cinquième paire, tantôt le plexus brachial^ tantôt le nerf sciatique, nous paraissent indiquer des troubles ou purement fonctionnels^ ou tout au plus sous la dépendance d'une congestion passagère. Les antécédents^ la carie des os du nez, le caractère manifestement nocturne des symptômes fournis par la sensibilité auraient dû^ comme le dit M. Yvaren^ éclairer plus tôt le médecin sur la véritable nature du mal.

Étourdissement suivi de perte de connaissance^ perte de la sensibilité précédée pendant quelque temps de fourmillements dans les jambes et de céphalalgie; douze jours après^ retour des accidents^ puis plusieurs autres attaques semblables suivies d'un engourdissement permanent de la jambe droite et affaiblissement de la mémoire^ disparition prompte de tous ces symptômes sous rinfluence du traitement mercuriel^ tel est l'abrégé de l'observation de M. Ebrard. Y a-t-il eu ici simples congestions cérébrales^ ou lésion persistante du cerveau, c'est ce que l'autopsie seule eût pu décider. Dans tous les cas, les deux premières attaques n'ont été que des coups de sang, car les symptômes se sont dissipés avec une très-grande rapidité. Cette femme avait eu la syphilis^ mais l'observation ne donne aucun détail quant à Fancienneté ou à la nature des accidents vénériens antérieurs; l'auteur se borne à dire qu'il n'existait aucune exostose.

Ne pouvons-nous pas rapporter à des congestions les accidents intermittents observés chez le malade d'Isbell (Obs. 91) : douleurs au front et dans les sourcils^ obscurcissement subit de la vue^ perte momentanée de la parole^ hémiplégie très-fugace^ peu prononcée^ reparaissant chaque fois en même temps que les autres symptômes cérébraux; toutes ces particularités symptomatologiques nous empêchent d'admettre un simple trouble fonctionnel, comme le veut H. Yvaren^ mais nous font croire à de véritables congestions encéphaliques, lesquelles^ étant sous la dépendance de la diathèse syphilitique^ cédèrent rapidement au traitement spécifique.

L'observation 92, de M. Rodrigues, présente une grande analogie avec celle d'Isbell. Nous voyons en effet survenir des douleurs frontales nocturnes, de l'insomnie, des symptômes de

1 70 PREMIERS PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÂIIB IIERYEUX.

congestion cérébrale portant plus spécialement sur la vue et suivis d'éblouissements et de torpeur. De tous les moyens employés pour combattre cette amaurose congestive les frictions mercurielies seules paraissent amener quelque soulagement et agissent principalement en calmant Finsomnie : cette particularité provoque l'emploi d'un traitement mercuriel qui amène une guérison complète.

Nous avons déjà rencontré un certain nombre de troubles de la vue dépendant de Tinfluence syphilitique; nous enjtrouverons encore un plus grand nombre dans la suite de ce travail; les détails anatomo-pathologiques^ dans lesquels nous sommes entrés à ce sujets témoignent de Timportance que nous attachons aux symptômes fournis par la vision. Cette importance est d'autant plus grande à nos yeux qu'il existe dans la science des faits dans lesquels l'amaurose^ la paralysie des nerfs moteurs de Tœil ont constitué Tunique symptôme de la diathèse syphilitique. Il est donc essentiel de les bien étudier afin de savoir les reconnaître à l'occasion. Un certain nombre de ces faits ont été rapportés à la iCoiigestiojQy cérébrale; nous allons en dire quelques mots.

Le Traité de l'ainaurose de M. Deval renferme un grand nombre de faits d'amaurose ayant existé comme seul symptôme syphilitique. Ces amauroses, le plus souvent doubles^ pouvant se compliquer d'héméralopie^ dépendent de causes matérielles variées. Ainsi certaines atrophies de la rétine, et l'amaurose rét'mienne qui en résulte^ des paralysies du nerf optique par compression mécanique^ peuvent être le résultat de l'action syphi-; litique. Souvent aussi c'est l'amaurose cérébrale qu'on rencontre^ tantôt par simple congestion^ tantôt par exsudation ou tumeur dans la substance cérébrale^ tantôt par ramollissement^ tantôt par' fongus de la dure-^mère ou exostoses des parois du crâneii Nous avons parcouru un certain nombre de ces observations; mais/ sauf un petit nombre de cas relatés avec assez de détails pour qu'on puisse préciser leur nature et hasarder une opinion sur la lésion anatomique probable, ces observations ne prouvent qu'une chose, c'est que l'amaurose se rencontre souvent chez les syphilitiques, et cède le plus souvent à un traitement antisyphiliti<^ que suffiitomn^nl prolongé. Le début de l'affection, la période

de la syphilis avec laquelle elle coïncide^ et surtout la présence ou Tabsence de phénomènes syphilitiques tertiaires^ sont nécessaûes pour préciser à quelle espèce appartient Tamaurose. Ainsi M. Mackenzie fait observer que rappafition soudaine de Tamau^ rote, associée à une paralysie des muscles de Tœil ou des paupières, peut être considérée comme la preuve d'une compression générale de l'encéphale^ laquelle devra céder à une médication énergique^ tandis que la succession lente des symptômes amaurotiques et paralytiques dénote le plus souvent la présence de quelque production incurable de la tête. Nous verrons, dans lecours de ce travail, ce que cette proposition a de trop absolu. Suivant H. DeVal^ Tamaurose s'accompagnant de surdité indique une turgescence cérébrale et rentre dans Tamaurose cérébrale congeétive dont nous parlons en ce moment.

Nous rapportons ici une observation de M. Deval (Obs. 93), dans laquelle se rencontre la réunion de ces deux symptômes^ mais la surdité ne tiendrait-elle pas à Textension de la syphilis buccale à l'oreille interne parla trompe d'Eustache, ou à un boursouflement de la muqueuse de ce conduit? Le laconisme de l'observation nous laisse dans le doute.

Nous en rappochons l'observation 94 dans laquelle l'auteur mentionne également la nature congestive et cérébrale de l'amaurose.

Laissons à M. Deval la responsabilité de ces faits^ et rappelons que la découverte de l'ophthalmoscope est venue^ dans ces dernières années^ éclairer d'un nouveau jour l'étude de la pathologie oculaire; nous avons déjà indiqué^ dans notre chapitre d'anatomie pathologique^ les principaux résultats fournis par cet instrument dans la connaissance des amauroses syphilitiques.

Ce qui nous fait rapporter la paralysie de la troisième paire, l'aniMyopie et la diplopie à une congestion cérébrale dans l'observation 95^ tandis que nous verrons bientôt que ces accidents appartiennent plus spécialement aux troubles nerveux symptomatiqûes de lésions étrangères au système nerveux^ ce sont les symptômes qui en marquèrent le débuts les étourdissements^ nn^asion subite de la paralysie et sa prompte disparition sous influence des spécifiques^ Ces symptômes indiquent clairement

qu'il y a eu un travail congestif vers Tencéphale^ lequel a porté sur l'origine du nerf de la troisième paire du côté droite ou du moins sur un point de son trajet cérébral^ si nous pouvons dire ainsi. Nous ne nous arrêterons pas à la symptomatologie de ce genre de paralysie; mais^ nous appuyant de Tautorité de M. Ricord, nous dirons que cet accident est très-fréquemment de nature syphilitique^ a à tel points » nous disait notre maître, (( que lorsque je vois un de ces faits pathologiques, je songe immédiatement à la vérole. La paralysie peut même, et ce fait se retrouve dans toutes les paralysies syphilitiques, ne porter que sur uneseule branche du nerf, de sorte qu'il peut y avoir paralysie du muscle releveur de la paupière sans strabisme externe, ou strabisme externe sans paralysie de la paupière; il y a même des cas de mydriase ne reconnaissant pour cause que la paralysie dés nerfs ciliaires, sans aucune lésion de la rétine, d II va sans dire que ces paralysies partielles de la troisième paire ne peuvent survenir que lorsque la cause est extracrânienne.

Quoi qu'il en soit de ces faits intéressants de physiologie pathologique, chez la malade de H. Paul la paralysie reconnaissait une cause cérébrale, car elle était survenue brusquement à la suite d'éblouissements et d'une perte incomplète de connaissance; aussi portait-elle sur la totalité de la troisième paire. Quant aux antécédents syphilitiques, ils prêtaient peu au doute ; il existait encore à la peau des symptômes non douteux de syphilis ; enfin, tandis que les traitements non spéciiiques étaient restés sans effet, quatre jours de traitement spécifique amenèrent une amélioration*notable, bientôt suivie d'une guérison complète.

L'observation 96 justifie les mêmes remarques. Ici encore, début brusque de la paralysie après quelques douleurs frontales; la congestion, dans ce cas, survint pendant la nuit.

Le malade de H. Faurès(OBS. 97) a présenté des accidents apoplectiformes à un âge où les hémorrhagies cérébrales sont rares. Cette particularité seule devait déjà donner l'éveil sur la nature spéciale des accidents cérébraux ; on sait combien les auteurs, et Vidal de Cassis en particulier, insistent sur ce point. A son exemple nous ne pensons pas que l'autopsie, si elle eût été faite dans ce cas, eût révélé l'existence d'un foyer apoplectique ; mais

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en nous fondant sur ce sentiment de compression dans l'intérieur du crâne qu'accusait le malade avant Tattaque^ et nous rappelant le résultat négatif de Tautopsie chez le malade de H. Ricord, nous penchons à admettre, dans ce cas^ une congestion cérébrale mortelle.

Est-ce à une congestion de la partie supérieure de la moelle que doivent être rattachés les accidents dans la courte observation de H. Pétrequin (Ous. 98), où une paraplégie survient en même temps qu'une amaurose? Les détails nous manquent pour trancher cette question^ et nous attendrons^ pour le faire^ d'avoir par-devers nous des observations plus complètes.

Nous en avons fini avec les observations que nous rattachons à la congestion cérébrale. Sans vouloir empiéter ici sur notre symptomatologie de la syphilis cérébro-spinale^ nous ferons seulement remarquer que^ dans toutes ces observations^ dans celles du moins qui sont suffisamment détaillées^ nous reconnaissons la marche et les principaux symptômes de la congestion cérébrale, laquelle^ comme on le sait^ présente des variétés assez grandes ; pour H. Rostan, toutes ces variétés peuvent être ramenées à deux : l'hypérhémie cérébrale^ passagère^ peu dangereuse^ et le coup de sang, plus persistant et plus grave. Cette dernière forme se lie par des transitions insensibles à l'apoplexie^ et il est des cas où l'autopsie seule permet de préciser à laquelle de ces deux affections on a eu affaire. La rareté des hémorrhagies cérébrales, dans la syphilis^ nous porte à ne les admettre qu'avec une grande réserve, et à croire que, le plus souvent, on peut donner une autre explication des accidents apoplectiformes.

OBSERVATIONS

Observation 86. — Syphilis antécédente, céphalée, symptômes apoplectiformes, hémiplégie droite. Mort, Absence de lésions aéré' bralen, Brollard, 37 ans, artiste lyrique, entre à l'hôpital du Midi (service de M. Ricord) le 27 avril 1858, pour un impétigo syphilitique de l'angle des narines. Il dit avoir eu il y a six mois un chancre, et accuse de vives douleurs dans la tète. Ce fht surtout à partir du 15 mai qu'il renouvela ses plaintes à chaque visite, mais il le faisait d'une voix si calme, d'un timbre si naturel qu'on ne pouvait les croire

fondées. Le malade soufirait aussi bien le jour que la nuit» et ne présentait ni contracture^ ni paralysie^ ni mouyements/çonvulsifa.

Le 27 mai^ à la visite du matin^ on trouve 1^ malade dans Féltat suivant : la bouche est déviée, la parole difficile^ . le bras d^pit est incomplètement paralysé, la jambe droite est engourdie ; la.sensibilité est du reste intacte, Tintelligence parfaitement lucide ; le maladiej est inquiet (sangsues, lavements purgatifs). Le 28, un peu d'améliOration ; parole plus facile ; mais cette amélioration ne se soutient pas, la paralysie du bras droit devient complète ; là Wembre inférieur exécute néanmoins encore quelques mouvements, le malade peut même le soulever un peu et le détacher du lit ; langue fortement déviée à droite, bouche tirée à gauche; déglutition facile^ parole traînante et embarrassée. La sensibilité et Tintelligence se cons^ent intactes. ,, . > r *.

Cet état persiste jusqu'au 10 juin. Dans la nuit du, 10 au ^^ juin survient un nouvel et brusque accroissement des symptôpies. Le matin on constate une paralysie complète du membre inférieur droit, un assoupissement considérable^ par moments, la parole impossible, l!^s yeux restent fermés et cependant Tintelligence paraît intacte; aux encouragements pleins de bonté que lui prodigue M. Ricord, le malade répond en lui serrant la main et en pleurant ; la sensibilité est également conservée. Dans la journée se manifeste de l'incontinence d'urines et des selles involontaires, puis de la contracture du bras droit, des soubresauts dans le membre inférieur gauche, un trismus in^rmit« tent ; le malade se mord la langue ; la sensibilité reste néann^ins intacte, comme on peut s'en assurer en pinçant le malade; l'intfsUigence est saine, le malade répond par signe aux questions qu'on lui adresse, la déglutition est facile. Le malade mourut dans cet état le 1 3 juin dans la nuit. L'autopsie faite le 15 au matin ne fait découvrir aucune lésion des centres nerveux, ni de leurs enveloppes, aucun foyer apoplectique, aucun épanchement, aucun ramollissement, rien d'anormal en un mot. (Observation inédite communiquée par M. Delaunat.)

Observation 87. — Hémiplégie, trépan, mort; absence de lésion cérébrale. Une femme, portant une périostose sur le pariétal droit, présente tout à coup des accidents cérébraux : vertiges, tendance à l'assoupissement, déviation de la face, engourdissement et affaiblissement des membres du côté opposé à l'affection du crâne. L'opération du trépan entraine une méningite traumatique mortelle; on ne trouve à l'autopsie aucune lésion autre que celle directement produite par le trépan. (Gibert, in Revue médicale, mars 1840, t. p. 327.)

SEGT. U. GHAP. II. — FAITS CLINIQUES. J75

Omkrvation SS.^Bypérhémie cérébrale et méningée; ramollissement partiel du cetvelet.A. M...^ 21 ans^ non mariée, entrée à Thôpital le 26 ocU4)re 1853^ avait eu pendant quatre mois des douleurs passagères dans tout le corps^ principalement dans les membres^ parfois des douleurs plus Tives au front avec chaleur à la tête^ vertiges, bourdonnements d'oreilles, des nuages devant, les.yeux et de la tendance anx

: défoillanees ; en même temps Tappétit était perda, la langue nette,

.la Jbouche mauvaise, sans nausées ni vomissements, sentiment de pesanteur, de compression à l'estomac, sans douleur proprement dite ; selles régulières, température normale, pouls à 72. Aménorrhée depuis deux mois. Éruption papuleuse étendue, tubercules mUqueux aux parties génitales. La malade ne d(mne aucuii renseignement sur la date des accidents primitifs. On prescrit les itaercuciaux qui occasionnent de la salivation, des ulcérations des gencives et de la muqueuse buccale avec suppuration de la parotide ; les fymptdmes nerveux et syphilitiques s'amendent. Le 22 avril 1854, retour des douleurs temporales, apparition de douleurs le long du

. rachis jusqu'aux cuisses, grande fatigue, affaiblissement marqué des membres inférieurs. (Vomitif, puis citrate de potasse, valériane, enOn iodure de potassium.] Le 16 mai, la paralysie a diminué, la céphalée persiste. Le 24, apparition d*un exanthème papuleux disséminé, voix nasonnée, mucosités nasales mêlées de sang, paralysie de la paupière supérieure droite. (Infusion de valériane avec arnica.) Le 6 juin, la paralysie-s'étend à la paupière gauche; depuis ce moment, aggravation graduelle, selles involontaires; mort le {«'juillet. Autopsie : Méninges gorgées de sang, pie-mère épaissie, contenant du sang

. gélatineux.Substance cérébrale hypérhémiée, de consistance normale. Doni rhémisphère gauche du cervelet, ramollissement en bouillie du volume d'une noisette. (Gjôr, loc. cit.)

Omeevâtion 89. — Pertes de connaissance, délire, spasmes. W^ P., 32 ans, consulte M. Yvaren le 12 mars 1890. Insomnie depuis 3 mois, céphalalgie intolérable dans tout le côté droit de la tête; voix altérée, . nasonnée. A rage de 15 ans, bouton aux parties génitales et engorgement inguinal, qui guérissent par des frictions avec une pommade grise. Elle a eu cinq enfants; quatre sont morts en bas âge, le cinquième est vivant,chétif et malingre. Depuis Tâge de 16 ans, douleurs tnmtâles fréquentes sans exacerbations nocturnes; à 27 ans, fluxion à ktète avec élancements dans tout le corps. En septembre 1849, perte de connaissance subite, délire pendant 24 heures, puis douleurs vagues dm kl meiid>res. En décembre, seconde attaque de même genre;

la langue est mordue, la perte de connaissance dure sept heures. Quinze jours plus tard^ spasme violent des muscles postérieurs du cou suivi de douleurs intenses, la privant de sommeil ; perte progressive de Todorat ; carie des os du nez. En février 1850, douleurs intenses suivant le trajet des branches du trijumeau droit, puis du gauche avec exacerbations nocturnes. (Pilules mercurielles). Fin mars : amélioration des symptômes; gastralgie (iodure de potassium); guérison lente mais soutenue, disparition de tous les accidents nerveux. (YvAREN, loc, cit.,, Observ. 19.)

Observation 90. — La femme P... a eu une a£fection vénérienne communiquée par un nourrisson ; aucune exostose, aucun symptôme syphilitique actuel. Céphalalgie habituelle depuis deux mois^ fourmillements dans les jambes ; étourdissements avec perte de connaissance et du mouvement, raideur dans le membre inférieur droit, revenant à 12 jours, puis à 8 jours d'intervalle; affaiblissement de la mémoire. Insuccès des antiphlogistiques ; traitement mercuriel pendant lequel il y eut encore deux attaques, puis guérison complète. (Ebrard, Des névroses syphilitiques, in Gazette médicale de PariSf 1843, p. iSiO.)

Observation 91 .— M... a contracté des chancres il y a 4 ans ; un an après, douleurs dans les membres ; tous les 15 jours, puis tous les 8 jours obscurcissement de la vue avec douleurs au front et aux sourcils, augmentant d'intensité, et devenue au bout d'un an une véritable cécité intermittente revenant tous les jours à la même heure. Depuis plusieurs mois, douleurs dans les membres ; par moments perte du mouvement et de la sensibilité dans la jambe et le bras droits ; exacerbation nocturne des douleurs, qui siègent profondément dans les os ; perte momentanée de la parole. Tous les traitements sont restés sans action. Nodus vénérien sur le radius gauche, frictions mercu- . rielles. Dès le second jour la cécité disparaît, le lendemain les douleurs cessent; sept semaines de traitement par les frictions amènent une guérison complète. (Isbell, in Journ. de méd» et de chir. d'Edimh*, IX, p. 269.)

Observation 92. — César M..., 36 ans. A 22 ans, blennorrhagie, bubon, végétations, traités par les mercuriaux ; à 34 ans, chancre au prépuce et au gland, traités sans mercure. Douleurs frontales intermittentes, nocturnes; insomnie, fatigue et troubles de la vision ; congestions vers la tête et la conjonctive ; ébloui^sements suivis de

torpeur. Aujourd'hui amblyopie gauche^ amaurose congestive chronique droite; émissions sanguines^ révulsifs, belladone sans effets; les frictions niercurielles sur la tempe calment seules les douleurs et diminuent l'insomnie. Un traitement mercuriel complet par les pilules de Sédillot et les frictions, puis llodure de potassium amènent une guérison complète. (Rodrigues, in Clin, de Montpellier, i843, nov.)

Observation 93. — Amaurose. M"*' L... consulte M. Deval, le 4 décembre 1849y pour une amaurose complète à droite^ incomplète à gauche. A l'examen, on constate l'existence d'ulcérations à la bouche, de douleurs ostéocopes datant de plusieurs années, de la surdité, de l'alopécie. Le mercure et Tiodure de potassium amènent une guérison à peu près complète. (Deval, loc cit., p. 213.)

Observation 94. — Amaurose congestlve. Godet, 52 ans, a eu deux infections syphilitiques à 27 et à 32 ans. Amaurose congestlve chronique gauche depuis trois ans, amaurose droite depuis un an. Céphalalgies fréquentes, douleurs dans les membres, plaques cuivrées à la jambe; le sublimé corrosif, Tiodurede potassium et les frictions mercurielles sur le front amènent la guérison en trois mois. (Deval, loc. cit., p. 4.)

Observation 95. — Paralysie de la Z^* paire, Adélaïde G.., 53 ans, infection syphilitique il y a huit ans; six mois après, éruption cutanée, depuis lors douleurs qu'elle dit rhumatismales ; névralgies qui cèdent à des bains et à des vésicatoires. En janvier 1858, après des fatigues, étourdissement subit sans perte de connaissance, diplopie et chute de la paupière supérieure de Toeil droit ; globe de Tœil porté en dehors et en haut, ne pouvant se porter en dedans ; pupille immobile ; affaiblissement de la vue. Taches cuivrées sur la peau, adénite cervicale ; pas de traces d'accidents tertiaires. Insuccès de diverses médications.- Le 14 février, proto-iodure de mercure, 0k%05. Quatre jours après, amélioration notable. Le 8 mar^:, guérison complète. (G. Paul, in Monit. des Hôpit. M sept. 1858.)

Observation 96. — Paralysie de la 3^ paire. François G., 30 ans. A 23 ans, chancres sur le gland, traités par le mercure, plus tard syphilides, alopécie. H y a quelques semaines, céphalalgie frontale continuelle. Le 28 septembre 1857, à son réveil, chute de la paupière lapérieure droite, étourdissements, strabisme externe de l'œil droit, pupille dilatée et immobile. (Proto-iodure de mercure, 0s%05). Au

bout de sept jours, la paralysie a diminué. Le 15 noyembre, après cinq semaines de traitement, guérison complète. (G. Paul, loc. ciU)

Observation 97. — Congestion cérébrale. Hémiplégie. Homme de 25 ans, contracte une syphilis et se soigne fort mal. La vérole devient rapidement constitutionnelle et résiste à tous les traitements. Les forces déclinent, et après de violents maux de tête et un sentiment de forte compression dans l'intérieur du crâne, le malade est trouvé un matin frappé d'apoplexie avec hémiplégie droite. Tous les moyens, entre autres les frictions mercurielles, restent sans action. Le malade succombe, mais Tautopsie ne fut pas permise. (Faurés, in Comptes rendus de la Soc. méd. de Toulouse, 1853 à 1854, p. 30.)

Observation 98. — Paraplégie et amaurose. Un jeune homme devint aveugle en même temps qu'il était frappé de paralysie des membres inférieurs. Il déclara avoir eu la vérole et n'avoir subi aucun traitement approprié ; il y avait donc tout lieu d'attribuer ces paralysies à l'action du virus sur quelque partie de la tête ou du rachis. 11 fut en conséquence soumis à un traitement parla liqueur de Van Swiéten. Au bout de quinze jours il commença à recouvrer la faculté de voir, et après deux mois de traitement anti vénérien il quittait l'hôpital parfaitement guéri. (Pétrequin, cité par M. Deval, loc. cit., p. 218.)

IL Faits cliniques se rapportant à l'anémie cérébrale. — Nous avons rencontré plusieurs observations dans lesquelles des symptômes de congestion cérébrale apparents ont constamment été aggravés par les émissions sanguines et les moyens débilitants. Nous avons cru voir là quelque chose de spécial, de choquant, et nous en sommes venus à nous demander si la diathèse syphilitique ne saurait pas rendre compte de cette apparente contradiction^ et si Ton ne saurait pas trouver dans ces cas une explication plus satisfaisante des troubles cérébraux^ qu'en admettant une hypérhémie cérébrale. C'est qu'en effet, il est un autre état de la circulation cérébrale qui, pensons-nous, ne doit pas être rare chez les syphilitiques, nous voulons parler de Vanémie cérébrale.

L'anémie cérébrale a été peu étudiée en France, et c'est surtout dans les auteurs anglais et allemands qu'il faut aller puiser le notions les plus exactes sur cet état pathologique, sur ses causes, ses symptômes et sa marche. On sait que quelques phy-

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Biologistes^ Honro en tète^ puis Kellie^ Abercrombie et d'autres, admettaient que le cerveau est le seul organe dont la richesse en sang reste toujours la méme^ à très-peu de chose près^ même à la suite d'hémorrhagies abondantes; ce point de doctrine a été en partie admis parRochoux (i). Depuis les belles recherches de Berlin, de Donders^ de Burrows, cette théorie ne saurait plus être défendue^ et ne pouvant entrer ici dans trop de détails, nous renvoyons aux intéressants travaux des auteurs précités et qui presque tous ont été reproduits dans les Schmidt's Jahrsbïœher, ou à la Thèse de M. J. Ehrmann (2). Leur lecture attentive nous a conduits à admettre avec eux, que la quantité de sang qui circule dans le crâne n'est pas constante, que même ses variations peuvent être assez notables. Or, la diminution du sang destiné à Tencéphale donne lieu à des pertes de connaissance, des paralysies ou des convulsions, absolument comme Texcès de sang, rhypérhémie cérébrale.

Ce fait, si digne de remarque, de deux conditions aussi opposées, Tanémie et Thypérhémie, se traduisant par les mêmes désordres fonctionnels, n'avait pas échappé à Hippocrate, qui le formule nettement dans ses Aphorismes (3), et il n'est pas douteux que plus d'une fois le délire, le coma, les convulsions générales ou partielles, attribués à des états congestifs ou inflammatoires du cerveau et de ses enveloppes, et traités comme tels, dépendaient de l'anémie de cet organe. On est souvent mis sur la voie de la vérité par la nature des conditions et des médications qui modifient favorablement ou aggravent cet état. Au dire de Marshall Hall (4), des causes débilitantes produisent souvent, chez les enfants, des symptômes essentiellement anémiques et ayant la plus grande analogie avec ceux de l'hydrocéphale aiguë; cet état, que Tauteur anglais décrit sous le nom ^'affection hydrocèphaloidcy combattu par les antiphlogistiques, va toujours en s'aggravant, tandis qu'il cède aux toniques et aux stimulants.

Voyons un peu si la syphilis ne peut pas être considérée comme

(1) Rochoux, Recherches sur Vapoplexie. 1833.

(2) Ehrmann, Recherches sur Vanéniie cérébrale. Strasbourg, 1868.

(3) Hippocrate, Âphor., sect. \i, 48.

(4) Marehal Hall, Médical Essaye.

180 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÈUB NERYEOX.

favorisant Tanémie cérébrale, et si quelques-unes des observalions que nous possédons ne doivent pas rationnellement en être considérées comme des exemples .

L'anémie cérébrale reconnaît des causes générales et des causes locales.

Au nombre des premières se trouve Fanémie générale, qui elle-même peut être consécutive à l'épuisement qu^occasionnent les maladies aiguës ou chroniques, ou survenir sous l'influence d'hémorrhagies abondantes, de causes débilitantes variées; Tanémie cérébrale se rencontre encore chez les chlorotiques.

Parmi les causes locales se trouvent l'obstruction des artères afférentes, leur compression par des tumeurs, par des épanchements sanguins, séreux, ou autres.

Or la syphilis nous parait capable de produire l'anémie par ces divers mécanismes. On sait assez combien le sang est souvent modifié chez les syphilitiques, et le nom de chlorose syphilitique, donné à cet état par M. Ricord, nous dispense d'entrer à ce sujet dans déplus amples détails; nous pouvons donc admettre une anémie cérébrale par chlorose syphilitique. Ne serait-ce pas là la véritable explication des symptômes nerveux observés chez le malade de M. Knorre, dont nous plaçons ici l'histoire? On y retrouve en effet l'ensemble des symptômes rapportés par les auteurs à la chlorose syphilitique, et, de plus, des symptômes nerveux sous forme d'hémiplégie, d'amblyopie, de paralysie de la septième paire, enfin de l'affaiblissement des facultés intellectuelles, accidents qui disparaissent sous l'influence d'un régime réconfortant et de l'iodure de potassium. (Obs. 99.)

Rien n'empêche d'admettre en second lieu que des tumeurs syphilitiques de la base du crâne ou de la dure-mère, ou bien encore des exsudats développés dans le cerveau même, et comprimant le calibre des vaisseaux artériels, ne produisent également l'anémie cérébrale avec son cortège de symptômes. Dans l'observation 100, que nous reproduisons d'après M. Virchow, l'anémie paraît être produite par la compression due à l'hypertrophie du cerveau. .

Voici du reste quels sont les symptômes de l'anémie cérébrale : quand l'anémie cérébrale s'établit lentement^ graduelle-

ment, on observe d'abord une céphalalgie habituelle^ générale ou partielle^ fixe ou changeant de place, variable de caractère et d'intensité ; il y a des vertiges, des éblouissements^-des bourdonnements d'oreilles; le visage est pâle, il y a de la somnolence, souvent les facultés intellectuelles baissent. Ces symptômes ne présentent pas toujours la même intensité; on remarque surtout que les émissions sanguines, les hémorrhagies, leur impriment un caractère plus sérieux, de même que la plupart des causes débilitantes; il survient alors de l'insomnie, du délire, des convulsions, des secousses tétaniques ou un état comateux. Dans les casd'invasion brusque, les symptômes les plus saillants du début sont la perte de connaissance précédée de vertiges, d'éblouissements, souvent des paralysies plus ou moins étendues, etc. . . Nous n'insistons pas davantage sur l'analogie de ces symptômes avec ceux de l'hypérhémie cérébrale, et nous passons immédiatement à Texamen des circonstances qui peuvent faire admettre ou supposer l'anémie cérébrale dans quelques cas de syphilis.

Ce sera d*abord l'existence d'une chlorose plus ou moins prononcée, comme nous en rencontrons dans quelques-unes de nos observations; ce sera en second lieu l'influence fâcheuse qu'ont eue en maintes circonstances les émissions sanguines ou d'autres causes débilitantes. C'est ainsi que nous voyons plusieurs fois des accidents cérébraux légers s'aggraver subitement à la suite d'une émission sanguine. Nous rapportons ici deux observations dans lesquelles cette particularité est on ne peut plus tranchée. La première appartient à Bœhr; nous y voyons se succéder, depuis la première infection syphilitique, de nombreux symptômes qui, pour la plupart, sont franchement spécifiques; si d'autres symptômes ne paraissent pas devoir être rattachés au même principe diathésique, nous voyons cependant, dans la succession même de ces divers accidents, un caractère spécial aux affections diathésiques, nous rappelant, à ce propos, les idées émises par Maisonneuve au sujet de l'épilepsie reconnaissant une cause analogue; une saignée est immédiatement suivie de tous les symptômes qui accompagnent l'apoplexie, symptômes se compliquant de troubles gastriques graves, et consécutivement, d'un marasme physique et moral des plus prononcés. (Obs. 101.)

Dans l'observation que nous avons recueillie à Bicêlre, il y a deux ordres de faits que nous devons étudier séparément^ si nous voulons nous rendre un compte exact de la valeur relative des symptômes. Et d'ab(»rd, nous voyons survenir, après une syphilis ayant rapidement atteint la période secondaire, des douleurs de tête excessivement vives, dessinant, au début, une de ces névralgies temporo-occipitales que nous avons étudiées ailleurs, névralgie nocturne tellement intense que le malade était comme fou de douleurs. A ce moment tout symptôme apparent de syphilis avait disparu, ce qui n'empêche pas M. Ricord de considérer, avec raison, cette névralgie comme syphilitique, et de la combattre par riodure de potassium. Les douleurs cessent promptemenl, reparaissent quelques jours après pour céder de nouveau au même agent spécifique. Puis la vue baisse, il se déclare une paralysie de la troisième paire. Notons, en passant, cette propriété étrange en vertu de laquelle la syphilis, tantôt produit des douleurs atroces, tantôt, au contraire, annihile Taction nerveuse dans une portion restreinte de Tarbre nerveux. Ces divers accidents ne sont pas survenus brusquement, mais se sont développés avec une certaine lenteur, ce qui indique un travail pathologique plus soutenu, soit dans les branches nerveuses elles-mêmes, soit dans les centres nerveux, soit enfin, et c'est, dans ce cas, la supposition la plus probable^ dans les tissus fibreux et osseux qui donnent passage aux nerfs de la deuxième et de la troisième paire, peutêtre même à l'endroit où ces deux nerfs se croisent. Les troubles de la vision sont donc peut-être, dans ce cas, comme dans ceux que nous trouverons plus loin, le premier symptôme d'une lésion syphilitique de la surface interne du crâne, et c'est à cette lésion que nous rapportons la persistance d'une partie des accidents nerveux, et ce que la guérison du malade a eu d'incomplet. Hais, à côté de ce drame morbide chronique, nous voyons bientôt apparaître des accidents aigus rentrant plus spécialement dans notre sujet actuel : à la suite d'une émission sanguine, le malade s'éveille un matin avec une hémiplégie complète du côté gauche. Les douleurs de tête ayant reparu, alors que la paralysie était en voie d'amélioration^ on pratique une saignée, et aussitôt l'hémiplégie reparaît avec une intensité nouvelle. Or, nous le deman-

dons à tout esprit non prévenu^ est-ce là un fait d'apoplexie ordinaire^ et en présence d'une marche symptomatique aussi insolite^ n'est-on pas en droit de chercher une cause insolite aussi^ et, dans le cas actuel, ne doit-on pas admettre que l'anémie cérébrale a été pour quelque chose dans cette double attaque aploplectiforme ?

Nous rapprochons de ces faits une observation qui^ par les considérations thérapeutiques qu'elle soulève^ ne laisse pas que de présenter de l'intérêt. La syphilis^ non douteuse dans ce cas^ remonte à moins d'une année ; un traitement mercuriel trèsprolongé a été dirigé contre les premiers symptômes secondaires, ce qui n'empêche pas le retour de nouvelles manifestations syphilitiques vers la peau. Le traitement spécifique venait à peine d'être interrompu, quand surviennent des symptômes de congestion cérébrale; les émissions sanguines^ loin d'enrayer les accidents^ sont suivies d'hémiplégie complète, et c'est l'iodure de potassium qui amena une guérison^ encore incomplète^ il est vrai, mais qui, nous avons tout lieu de le croire, pourra progresser encore par la continuation du traitement à doses croissautes. A quelle cause attribuer les accidents dans ce cas? Nous serions assez disposés à admettre qu'ici le traitement mercuriel n'a pas été tout à fait innocent ; cette femme^ en effet, a eu, au début de son traitement, une salivation mercurielle, et n'en continue pas moins ses pilules pendant six mois encore; son teint est pâle, terreux ; de plus, les émissions sanguines aggravent les accidents nerveux, preuve que ces derniers ne dépendaient pas d'un état congestionnel actif; toutes ces circonstances font que nous ne sommes pas éloignés d'admettre, dans ce cas, une anémie cérébrale produite elle-même par un traitement mercuriel exagéré. Hais dans ce dernier fait, comme dans le précédent, la persistance de la paralysie nous paraît se rapporter à une lésion plus profonde intéressant l'encéphale.

Nous avons été heureux.de trouver, depuis la rédaction de notre mémoire, des opinions très-analogues aux nôtres dans la thèse de M. Hildenbrandt, touchant l'anémie cérébrale et le rôle qu'on doit lui attribuer dans quelques cas de syphilis du système nerveux, et, en particulier, dans des cas de troubles intellectuels

d'origine syphilitique. Ainsi^ M. Ilildenbrandt dit, entre autres (i) : a Le cerveau^ ne trouvant plus dans le liquide sanguin les conditions physiologiques de sa nutrition^ de son élaboration^ doit péricliter^ et ses fonctions se troubler plus ou moins.

a L'anémie cérébrale ne peut-elle être la suite de la chlorose^ des cachexies^ des causes générales de débilitation^ et cette anémie ne peut-elle avoir comme conséquence Taltération même de la pulpe cérébrale? etc.

« Si nous ne pouvons rapporter d'observations qui viennent confirmer ce que nous avançons, y a-t-il lieu de s'en étonner) Quand l'aliénation syphilitique est encore si peu connue, comment l'attention des observateurs se serait-elle portée vers ce point si délicat de pathogénie syphilitique ? d

Nous avons été également frappés, en lisant les observations publiées par M. Virchow, dans son opuscule sur la Syphilis constitutionnelle, de voir, dans un grand nombre de ces observations (2), figurer, au nombre des caractères rencontrés à l'autopsie, l'anémie du cerveau. Dans quelques cas cette anémie était générale; dansd-autres elle ne portait que sur la substance grise. Il est plusieurs de ces observations que nous reproduisons en abrégé à la place qui leur appartient, mais ici nous ne devions que signaler l'anémie cérébrale constatée à l'autopsie. Quoi qu'il en soit, nous croyons que le rôle que joue l'anémie cérébrale dans la production des accidents nerveux, liés à la syphilis, est encore très-obscur, et nous serions heureux que les idées que nous hasardons ici se trouvassent justifiées et confirmées par des recherches ultérieures.

(0 Hildenbrandt, loc, cit., p. 12.

(2) Virchow, Ueber die Natur der constitutionnell-syphilitischen Âffectionerif obs. 3, 4, 6, 6, 7, 8. — Dans cette dernière, Fauteur dit : « Le cerveau était pâle dans toute son étendue ; la surface du grand hémisphère cérébral , surtout à droite, était un peu aplatie et présentait une légère coloration jaunâtre ; la substance grise de la couche corticale des corps striés et du thalamus était tout à fait anémiée, fort résistante Moelle épinière également

très-pâle et relativement très-consistante; dure-mère spinale très-imbibée de sang ; arachnoïde légèrement adhérente â la portion cervicale.

OBSERVATIONS

Observation 99. — Ouvrière de 46ans^ syphilitique depuis deux ans, n'a fait que des traitements incomplets. Depuis quelques mois céphalalgies fréquentes^ vertiges, malaise, faiblesse et engourdissements des membres gauches^ diminution de la vue. Quatre semaines après^ amblyopie très-prononcée, face tirée à droite, abattement, perte de la mémoire, parole lente et indistincte, peau terne, amaigrissement (chlorose syphilitique). Les toniques et Tiodurc de potassium dissipèrent en deux mois, avec la chlorose, les paralysies et les troubles intellectuels. (Knorre, in Deutsche Clinik, 1849, p. 69.)

Observation 100. — Emilie A., 24 ans, fille publique, entre à la Charité le 15 décembre 1845. Depuis trois jours, malaise, vomissements bilieux, douleurs dans la région de l'estomac et 'du foie, rétention d'urine. A son entrée, frisson prolongé, douleurs occipitales et temporales, bouche amère, abattement, engourdissement des membres, un peu de toux, menstruation. Le 16 au matin, gastralgie, céphalalgie, vertiges, soif intense (saignée de 320»') ; le soir céphalalgie, douleur dans la cuisse gauche, assoupissement continuel, station impossible, soif intense. Dans la nuit subdelirium ; ces accidents persistent en s'aggravant les jours suivants; il s'y joint de l'agitation, de la loquacité, puis un délire continuel, de la torpeur, une dyspnée considérable, de l'hypéresthésie de to.ut le corps; la malade succombe le 22. Autopsie: Crâne normal, vaisseaux du diploé trèsnombreux et gorgés de sang. Dure-mère trcs-amincie, sinus pleins de sang caillé légèrement couenncux ; quelques glandes de Pacchioni très-développées. Le cerveau est si turgescent, qu'après l'enlèvement des membranes on trouve les circonvolutions entièrement aplaties. La surface cérébrale paraît si sèche, si aplatie et si anémique qu'on peut à peine supposer Texistcnce de la pic-mère. Petite quantité de sérosité limpide à la base du crâne, peu de sérum dans les ventricules, anémie des plexus choroïdes. La substance cérébrale est résistante, sans pourtant avoir la résistance du cuir ; elle est sèche, compacte, complètement anémique, sans la moindre modiOcation de structure. Moelle épinière et nerfs normaux. Pharyngite granuleuse et ulcéreuse, tuméfaction des ganglions jugulaires et sous-maxillaires. Cicatrices du foie. Périmétrite et périhépatite partielles guéries. Induration de la rate. (Yirchow, loc, cit. Cas. 3.)

Observation 101. — A la suite d'une excavation au prépuce qui

guérit spontanément^ X. eut une éruption syphilitique sur tout le corps et des végétations à la marge de l'anus. Un an après^ blépharoblennorrhée avec iritis syphilitique qui guérit par un traitement méthodique. Neuf mois après, la vue baissa tout à coup considérablement. Une saignée fut suivie d'hémiplégie et de symptômes d'apoplexie ; des sangsues et le calomel jusqu'à salivation dissipent les accidents en trois jours. Neuf mois plus tard, insomnie rebelle, opiniâtre, céphalalgie intolérable, diurne, troubles gastriques qui persistèrent pendant un an, amenèrent de la mélancolie, le dégoût de la vie. Un traitement par les frictions mercurielles et la diète lactée amenèrent la guérison en peu de mois. (Boehr, in Journ. der practi' schen Heilkunde, et Gaz, méd. de Paris, i836, p. 502.)

Observation 102. — Syphilis antécédente; névralgie temporo-occipitale, amblyopie, paralysie de la 3"® paire ; anémie cérébrale, hémiplégie, lodure de potassium, amélioration. Sauvé Nicolas, âgé de 40 ans, imprimeur en taille-douce, est un homme robuste qui a toujours joui d'une bonne santé ; son père est encore bien portant, sa mère est morte à l'âge de la ménopause, d'un cancer utérin. A l'âge de 41 ans, il eut un chancre sur le prépuce, sans bubon suppuré ; antérieurement, de 20 à 30 ans, il avait eu cinq blennorrhagies. A la suite de son chancre, il lui survint des plaques muqueuses dans la gorge, une éruption à la peau^ de l'alopécie; ces divers accidents furent traités par les préparations mercurielles et Tiodure de potassium à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Gibert. L'éruption n'ayant pas encore entièrement disparu, trois semaines après sa sortie de l'hôpital, il se fit soigner par un charlatan qui lui donna du mercure pendant cinq ou six mois, au point que ses dents furent ébranlées. La santé était néanmoins redevenue bonne, à l'exception de quelques croûtes qu'il avait dans les cheveux, lorsqu'il y a deux ans et demi, il éprouva des douleurs très-vives au niveau et au-dessus de la tempe droite, avec élancements qui lui faisaient croire que sa tête allait s'ouvrir ; ces douleurs gagnèrent bientôt les parties postérieures de la tête ; elles s'exaspéraient toujours vers deux heures du matin. Le malade entre au Midi ; il était alors comme fou ; M. Ricord lui fait appliquer un véslcatoire sur la tête, et malgré l'absence de tout symptôme syphilitique concomitant, lui prescrit avec succès l'iodure de potassium à la dose de 3 grammes par jour. Deux mois plus tard, les mêmes douleurs reparaissent pour disparaître de nouveau après quinze jours de traitement par 2»% d'iodure de potassium; une troisième rechute céda encore au même moyen. Bientôt le

malade s'aperçut que sa vue baissait^ il survint un strabisme externe avec chute delà paupière. M. Siebel^ consulté^ prescrit des purgatifs, des pëdiluves, des saignées et des sangsues. Durant le traitement^ après une application de buit sangsues^ le malade s^éveille le matin avec une bémiplëgie complète du côté gauche; il peut à peine bouger la jambe. Il entre d'abord dans le service de M. Guérard ; il y était depuis trois semaines quand les douleurs de tête reparaissent; on pratique une saignée de deux palettes ; le lendemain la paralysie, qui était en voie d'amélioration, a de nouveau augmenté et le malade quitte le service, après un séjourde trois mois et demi, sans avoir fait de progrès. Quinze jours après, il entre dans le service de M. Heurteloup qui lui fait prendre 5^% d'iodure de potassium en trois jours, et continuer ce traitement pendant un mois. On joint à ce traitement remploi de Pélectricité. Les douleurs, qui avaient reparu, disparaissent, la paralysie diminue beaucoup, la marche devient facile, l'œil reprend sa direction normale. Le malade sort au bout de deux mois dans un état très-satisfaisant. Depuis ce moment, il eut quelques rechutes qui cédèrent à remploi de Tiodure de potassium; néanmoins la paralysie ne disparut jamais entièrement, et le malade entra à Bicêtre en janvier 1858. Son état était alors à peu près le même qu'aujourd'hui 25 octobre. Nous constatons à ce moment une légère inégalité des deux pupilles ; Tœil droit se porte encore difQcilement en dehors ; la main serre assez fortement, le bras n'est pas atrophié ; le biceps qui, suivant le malade, a été atrophié pendant quelques mois, a repris son volume sous Tinfluence de Télectricitë ;^ le malade traîne un peu la jambe en marchant, ce qui no l'empêche pas d^aller à pied à Paris. 11 a eu autrefois des exostoses qui ont disparu. Au mois de février dernier survint une nouvelle crise de douleurs qui guérit, comme les précédentes, par Tiodure de potassium. Il se porte bien actuellement, à part quelques étourdissements. (Lancereaux, Observation inédite.)

Observation 103. — Syphilis antécédente, céphalalgie nocturne, perte subite de la parole^ anémie cérébrale^ hémiplégie gauche ; iodure de potassium, amélioration, La femme B., 32 ans, fortement constituée, au teint un peu jaunâtre et terreux, n'a jamais eu de rhumatismes; pas de convulsions dans son enfance. Il y a cinq ans, fièvre typhoïde grave ; quelques mois auparavant elle était accouchée de son septième enfant qui mourut à l'âge de 11 mois; des six premiers, deux sont morts, l'un à l'âge de 4 ans, l'autre à l'âge de 5 ou 6 mois ; depuis sa flèvre typhoïde la malade a fait six fausses couches au terme de deux

à trois mois, la dernière a précédé de quelques mois l'apparition de la paralysie, alors que la malade avait déjà eu la syphilis. En avril 1857^ elle contracta un chancre; les ganglions inguinaux ne suppurèrent pas^ la malade ne fit aucun traitement. Environ six semaines après apparut une roséole, puis une syphilide papuleuse^puisde la céphalalgie qui, au dire de la malade, était plus vive le jour que la nuit, enfin de Talopécie. La malade alla à la consultation de Lourcine, où on la soumit à l'usage du proto-iodure de mercure; elle eut bientôt une salivation peu intense qui guérit sans traitement. Au bout de huit jours de traitement les syphilides avaient pâli; la malade con> tinue néanmoins ses pilules (une par jour) depuis le mois d'avril 1857 jusqu'au mois de février 1858. En décembi*e 1857, il était survenu une nouvelle poussée de syphilides qui avait duré un mois. Au mois de février 1858, alors que la malade avait cessé ses pilules depuis quinze jours^ se trouvant dans la rue et sans prodrome aucun, elle perd tout à coup l'usage de la parole et ne peut répondre à une personne qui lui demandait un renseignement; en même temps le bras gauche s'engourdit; on pratique le jour même une saignée. Le lendemain la paralysie est plus intense et a gagné la jambe du même côté, on applique douze sangsues et le soir l'hémiplégie est complète. L'usage de la parole ne revient qu'imparfaitement au bout de quelques jours ; depuis lors la malade ne peut articuler les mots sans un bégaiement prononcé. Pendant deux mois la paralysie du mouvement s'accompagna de celle du sentiment. Entrée à Lariboisière, elle y resta six semaines sans traitement ; huit jours après sa sortie elle commence à se servir de sa jambe, mais depuis un mois son état est stationnaire. Aujourd'hui 15 juillet, la malade se présente à la consultation de la Charité ; elle marche en traînant la jambe et ne peut faire à pied une course un peu longue ; elle peut exécuter quelques mouvements avec le bras, mais non s'en servir. (lodure de potassium, 20^^ dans eau, 4008^)

Le 17 septembre, la malade revient à peu près dans le même état; on continue la même solution.

Un mois plus tard, nous constatons une légère amélioration ; la malade commence à se servir de son bras, elle peut le porter à la tête ; elle marche mieux et peut faire d'assez longues courses. Nous remarquons un peu d'enrouement et faisons suspendre le traitement pendant quelques jours, après lesquels on le reprend à la dose de \6«^, d'iodure sur 250«% d'eau.

Le 19 novembre, l'enrouement a augmenté, la voix est presque éteinte. La malade est sans fièvre ; elle accuse une sensation conslric-

tive, une espèce de barre qui comprime l'estomac et la fait beaucoup souffrir la nuit; on constate une chaîne de ganglions engorgés, partant de l'apophyse mastoïde droite, et descendant jusqu'au larynx. L'état de la jambe est considérablement amélioré ; la malade marjhe beaucoup mieux, peut soulever sa jambe; elle peut aussi porterie bras sur la tête quoiqu'avec un peu de difficulté. 11 n'y a aucune atrophie dans les membres paralysés. On suspend le traitement pour le reprendre plus lard. (Lancereaux, Observation inédite,)

ARTICLE II

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