‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 38 sur 64 · FORME INFLAMMATOIRE · texte numérisé non relu

FORME INFLAMMATOIRE

I. Encéphalite, — Plusieurs de nos observations paraissent se rapporter à des inflammations cérébrales et méningées. Nous avons déjà fait connaître notre sentiment à cet égard, et nos regrets que le microscope n'ait pas été appelé à confirmer la nature purulente des foyers que Tautopsie a dévoilés dans des cas de ce genre. Quoi qu'il en soit, nous n'avons aucune raison pour nier les inflammations aiguës de nature syphilitique, et, tout en reconnaissant que ces faits constituent Texception, nous allons les passer en revue.

L'un de nous a été lui-même témoin, il y a quelques années, d'un fait qui nous paraît devoir être considéré comme un cas d'encéphalite syphilitique. Malheureusement Touverture du crâne ne put être faite ; mais la lésion concomitante du foie a immédiatement paru suspecte de syphilis, et, dès lors, rien de plus naturel que d'admettre la même cause productrice pour les lésions cérébrales. Cette lésion du foie présentait, en effet, la plus grande analogie avec les lésions signalées par MU. Dittrich de Prague, Bamberger,Schûtzenberger, Gubler, ainsi que par M. Dufour (i). Néanmoins, nous le répétons, l'inspection du .cerveau aurait seule pu donner au diagnostic une certitude complète (2).

L'observation de M. Faurès, malgré l'absence de données micrographiques, présente un intérêt plus grand, quand ce ne serait qu'en montrant une lésion portant directement sur la substance

(t) Dufour, Bull, delà Soc. anatom., 1851, p. 142. (2) Ob8. 104.

cérébrale, sans aucune participation ni des méninges^ ni des parois osseuses du crâne. C^est au début de radniinistration de riodure de potassium que les accidents mortels se sont déclarés ; il jBÛt par conséquent été intéressant de savoir si cette malade avait fait précédemment quelque traitement hydrargyrique. Notons, enfm, qu'elle était dans un état de cachexie syphilitique, et rappelons que la lésion trouvée à Tautopsie nous paraît plutôt une tumeur gommeuse qu'un abcès (1).

II. Méningite aiguë, — A côté de Tencéphalite vient se ranger la méningite aiguë, représentée par une observation de Vidal de Cassis. Les symptômes, en effet, sont bien nets et bien caractéristiques : le traitement fut mixte, tel qu'il convenait en présence de symptômes inflammatoires aussi intenses; car, à côté de la maladie syphilitique, qui doit dominer la thérapeutique du genre de lésions que nous étudions en ce moment, il y a la lésion elle-même, qui entraîne avec elle ses indications précises. En face d'une inflammation méningienne manifeste, patente, l'emploi des antiphlogistiques est urgent; ce n'est que loi'sque l'affection est réduite, pour ainsi dire, à son élément causal que le traitement spécifique reprend le premier rang. Mais alors aussi, il est tout-puissant, et, sans lui, nous l'avons vu et nous le verrons encore, il n'est pas de guérison possible (2).

III. Hydrocéphale. — Il est une forme rare de la syphilis du système nerveux que nous ne voulons pas passer sous silence, quoique n'ayant aucune observation proprement dite à fournir à l'appui : c'est Vhydrocéphale syphilitique, forme propre à la syphilis héréditaire, et que nous rangeons ici sans pour cela la considérer comme une inflammation.

Nous trouvons dans le Journal de Hufefand le fait suivant : « A la suite d'ulcères rongeants sur les jambes, de coryza sy- <i philitique, survenus à deux reprises différentes, une petite maa lade fut prise d'hydrocéphale avec hémiplégie. Plus tard sur- « vint encore un ulcère à la voûte palatine, qui céda à l'emploi ce du sublimé, et depuis l'âge de trois ans l'enfant, qui avait offert

(I) Obs. 105.— (2)0bs. lOC.

a les premiers symptômes syphilitiques à l'ftge de trois mois^ « jouit constamment d'une bonne santé, s

Astruc, déjà, cite l'hydrocéphale comme pouvant dépendre de la syphilis.

Le docteur Simon, qui a écrit dans la Pathologie de Virchow le chapitre de la syphilis, dit aussi : a Bien des hydrocéphales peuvent reconnaître la syphilis comme cause, et, par conséquent, céder à un traitement mercuriel ou iodique. x>

Une observation d'Osiander (1), reproduite dans la thèse de M. Krauss, a pour sujet un enfant mort-né hydrocéphale, dont répiderme était roulé en plusieurs points et présentait, aux pieds et aux mains, des bulles verdâtres.

M. de Méric (2) est disposé à admettre une influence de la syphilis héréditau'e sur la production de l'hydrocéphale. Il a observé, chez plusieurs enfants syphilitiques, un grand développement de la tête et un mouvement particulier de rotation des yeux. On lit dans une de ses observations qu^un pemphigus se développa, quinze jours après la naissance, sur un enfant syphilitique qui guérit, et qu'il retrouva à l'âge de vingt-un mois avec une tête très-volumineuse (3).

Un médecin distingué de province nous a dit avoir accouché, à plusieurs reprises, une femme dont tous les enfants naissaient avant terme et hydrocéphales. Ayant cherché la cause de ces avortements répétés, il put s'assurer que le père de ces enfants était atteint de syphilis constitutionnelle ; quant à la mère, elle n'avait jamais présenté de symptômes syphilitiques (4).

Baumes dit aussi (5) : a C'est dans le système nerveux de la vie animale que l'effet pernicieux du vice syphilitique, héréditairement transmis, se fait principalement sentir. »

(1) Oilànàetf Denkwûrdigkeiten ft"tr die Heilk. iind Geburtsh.fi. I, p. 383.

(2) De ViérïCy Le ttsomian lectures on the syphilis. 1868.

(8) Voir aussi la thèse de concours de M. E. Vidal, De la syphilis congénitale, 1860.

(4) Ce fait n'est-il pas, comme beaucoup d'autres, un exemple de la transmission de la syphilis du père à l'enfant ? Nous rappellerons ici que certaines convulsions chez les enfants, pouvant simuler l'épilepsie ou l'éclampsie, reconnaissent pour cause une syphilis héréditaire. (Voir l'observation 42.)

(6) Baumes, toc. cit.^ 1. 1, p. 172.

Notre maître M. Rayer^ dont Popinion a tant de poids à nos yeux, nous a dit avoir plusieurs fois vu l'hydrocéphale être sous la dépendance évidente de la syphilis congéniale^ ce quMndiquaient d'autres symptômes non équivoques. Nous connaissons une jeune fille qui, depuis son enfance, porte à la racine du nez le stigmate ineffaçable de Tinfection syphilitique et qui, entre autres symptômes de syphilis héréditaire, fut hydrocéphale et que M. Rayer guérit par remploi prolongé des mercuriaux.

IV. Méningite chronique. — Parmi un certain nombre d'observations désignées par leurs auteurs sous le nom de méningite sy* philitique, il en est plusieurs que nous n'avons pas cru devoir reproduire, d'autres dans lesquelles nous admettons plutôt un travail spécial dans les centres nerveux et que nous retrouverons plus loin. Nous rapportons ici deux observations de Read (1) dans lesquelles le simple développement d'une méningite chronique peut à la rigueur rendre compte des symptômes. Toutefois la grande fréquence des dépôts plastiques, ou des « concrétions », comme les désigne Read, sous l'influence de la syphilis, ne nous permet pas d'affirmer que dans ces cas il ne s'en soit pas développé. C'est la circonstance de troubles intellectuels antérieurs ayant cédé à l'iodure de potassium qui mit Read sur la voie de la nature syphilitique de l'affection cérébrale dans le premier fait que nous lui empruntons. C'est aussi une méningite chronique que nous admettons dans l'observation que nous devons à l'obligeance de M. Hérard (2), tout en faisant les mômes réserves que pour les deux précédentes observations.

V. Myélite. — La moelle épinière peut aussi s'enflammer sous l'influence de la syphilis, et c'est à ce genre de lésion que se rapporte une observation de M. Rodet, de Lyon. Nous la reproduisons sans autre commentaire, en faisant remarquer toutefois que c'est le seul fait de myélite syphilitique que nous connaissions. Dans tous les autres faits d'affections syphilitiques de la moelle il y a lieu de supposer une lésion des enveloppes osseuses ou fibreuses du rachis, ou un travail d'exsudation. Ici la marche rapide de l'invasion présente quelque chose de spécial (3).

(I) Obs. 107. et Obs. lOî. — (2) Obs. 109. — (3) Obs. 110.

SECT. II. CIIAP. il. — FAITS CLINIQUES. i93

VI. Ramollissement, — Dans les observations suivantes l'autopeie a montré comme lésion organique des ramollissements. C'est parce que nous croyons à la nature inflammatoire de la plupart de ces ramollissements que nous les rapprochons des faits qui précèdent. Nous renvoyons du reste à notre chapitre d'anatomie pathologique pour de plus amples détails.

La marche des accidents parait avoir été assez prompte dans le cas que nous empruntons à M. Reynaud (1). Quant à la part qu^a prise le mercure dans la pathogénie des accidents^ nous avons déjà fait connaître notre opinion à cet égard, et nous renvoyons à la discussion à laquelle cette observation donna lieu au sein de PAcadémie de médecine (â).

La nature inflammatoire du ramollissement ne paraît guère douteuse dans le cas que nous avons observé dans le service de M. Cullérier; de plus il y a eu des accidents congestifs^ peut-être même une déchirure vasculaire dont la trace se retrouverait à rautopsie sous la forme d^un petit noyau jaune dans le corps strié. M. Cullérier, dans une communication orale^ nous disait qu'il ne saurait décider si les accidents devaient être attribués au mercure ou à la syphilis. Nous ferons observer que le malade n'a pas pris le mercure en excès, que nous ne voyons rien, ni dans la marche, ni dans la nature des accidents, qui s'oppose à ce qu'on rapporte Paffection à la syphilis. Ce ne peut pas être davantage la période peu avancée de la syphilis à laquelle sont survenus les accidents, car si Ton en juge par les faits que nous possédons, ce serait au contraire celle où se développeraient le plus ordinairement les inflammations et les ramollissements des centres nerveux, indépendants d'un dépôt plastique (3).

Le temps écoulé entre l'accident primitif et les symptômes apoplectiformes a peut-être encore été plus court dans Tobservation intéressante que nous devons à Tobligeance de M. le docteur Féron. C'est encore là, pensons-nous, un de ces faits de ramollissement cérébral que peut déterminer la syphilis dans sa période secondaire. Il s'agit en effet d'un jeune homme de 24 ans, de robuste constitution qui contracta une blennorrhagie en octobre 1855; trois semaines après on constate l'existence d'un

(1) ObB. m.— (2) V. Arch, gén.de méd, 1836, t. X, p. 262. — (3) Obs. U'î.

chancre et bientôt apparaît une roséole. Ces accidents disparaissent au bout de deux mois sous Tinfluence du proto-iodure de mercure, mais Id malade conserve une céphalée , qui^ du reste, ne Tempêche pas de se livrer à des excès de boisson. A quelque temps de là survient une attaque subile de congestion cérébrale; des étourdissements ^ mais pas de paralysie; en mars 1858, seconde attaque avec hémiplégie. M.Ricord, qui voit le malade, attribue à cet accident une origine syphilitique et institue en conséquence un traitement par Tiodure de potassium ; une amélioration rapide survient dans Pétat du membre inférieur sous rinfluence de ce traitement, mais le membre supérieur reste paralysé et contracture. Le malade reprend néanmoins son genre de vie habituel et cesse tout traitement. Au mois d'août, troisième attaque d'hémiplégie, accompagnée cette fois de troubles intellectaels très-prononcés, et en tout analogues à ceux qui caractérisent le ramollissement cérébral ordinaire. Dans les derniersjours de janvier 1859, seulement, s'établit un écoulement séro-purulent par Toreille, et en février le malade entre à la Maison de santé où il est l'objet d'une consultation entre MM. Rostan, Ricord et Vigla, et où il succombe au bout de dix-sept jours environ.

Nous n'essayerons pas de contester l'opinion des maîtres que nous venons de nommer; nous pensons comme eux que l'hémiplégie tenait à une lésion développée sous l'influence du virus syphilitique. L'âge du malade, ses antécédents^ l'amélioration survenue pendant l'administration de l'iodure de potassium, nous dirons plus, la série de symptômes qu'il a présentés, leur récidive peu de temps après la cessation de la médication spécifique> nous paraissent autant de motifs pour admettre la nature syphilitique de l'affection. Quant à la lésion qui l'a produite nous regrettons de ne pas être entièrement de l'avis de M. Rostan, si habile et si expérimenté dans ce genre de diagnostic, mais nous ne saurions considérer comme le résultat d'une lésion osseuse le ramollissement qui très-probablement existait dans ce cas^ parce que, d'une part, nous voyons cette altération osseuse ne se manifester que longtemps après le début de l'hémiplégie, et que, d'autre part, la succession et la nature des symptômes présentés

IBGT. 11. GHAP. II. -— FAITS CLINIQUES. 105

par le malade nous indiquent une lésion portant primitivement sur le cerveau en donnant lieu tout d'abord à deux attaques de ocMigestion cérébrale. L'apparition subite des accidents n'a rien qui doive faire nier le ramollissement dans ce cas. Nous eussions été plus disposés à nous associer à la première idée de H. Ri* oord et à admettre avec lui une apoplexie syphilitique^ si les autopsies que nous avons analysées ne nous avaient pas démon* tré la plus grande fréquence relative du ramollissement dans des cas qui^par la symptomatologie^ la marche et Fàge de la ma* ladie^ par toutes les circonstances enfin qui peuvent éclairer un diagnostic différentiel aussi délicat^ se rapprochaient complètement de celui que nous discutons ici. La nature syphilitique de la lésion osseuse ne parait pas contestable, mais^ avec H. Ricord^ nous la considérons comme une manifestation nouvelle^ qui est venue aggraver Pétat du malade et hâter la terminaison de la lésion cérébrale^ laquelle Ta manifestement précédée. Comme dans ce cas la paralysie n'a porté sur aucun des nerfs qui traversent le rocher, nous croyons que la lésion osseuse a dû être de peu d'étendue (1).

Nous arrivons maintenant à l'observation détaillée d'un ma* lade du service de H. Ricord; cette observation nous a été communiquée par M. Dufour. Nous ne possédons aucun détail sur le mode d'invasion des accidents cérébraux dans ce cas; nous ne pouvons donc nous prononcer quant à l'origine du ramollissement* Quoi qu'il en soit^ c'est à un ramollissement cérébral que le malade a succombé alors qu'il était sous le coup de la diatbése syphilitique. Les minutieux détails que contient cette ol;>servation, les réflexions judicieuses que M. Dufour y a intercalées seront lus avec intérêt; on y verra combien les hommes les plus compétents sont souvent embarrassés quand il s'agit de poser, dans des cas de ce genre, le diagnostic précis de la lésion (S).

Cest ce qu'a très-bien exprimé H. Schûtzenberger dans une communicatiou sur la syphilis cérébrale, faite à la Société de médecine de Strasbourg (3). a Quand un organe est profondément situé, et que l'investigation clinique ne peut l'atteindre di-

(1) Oba. 113. — (3) Obs. 114.

X3) Mém. de la Sœ, méd, de Strasbourg , 1. 1, p. 1.

rectement, ses maladies ne se révèlent que par des troubles fonctionnels plus ou moins graves. Or^ la série des symptômes fonctionnels est à peu près la même pour toutes les affections d^un organe^ et quand le diagnostic est réduit à cette seule donnée, la solution de cet important problème pratique offre dincontestables difficultés. Sans doute le][mode de développement^ la succession, Tenchaînement des lésions fonctionnelles impriment souvent à Tensemble symptomatique une physionomie caractéristique et conduisent à un diagnostic assez précis de telle ou telle affection ; mais dans ces circonstances^ Tex* périence la plus consommée n'aboutit souvent qu'à des probabilités, et n'évite pas toujours l'erreur. Quel est le praticien qui n'a pas hésité, dans son diagnostic, en face de ces lésions de l'intelligence, de la motilité et de la sensibilité appartenant à toutes les affections du cerveau? Si la congestion, ï'hémorrbagie,le ramollissement, la méningite aiguë ont une physionomie symptomatique assez tranchée, les affections chroniques , certaines névroses, des tumeurs fibreuses de la dure-mère, le tubercule, le cancer, la méningite chronique ne donnent-ils pas lieu à des perturbations fonctionnelles fort analogues? Combien de fois n'est-on pas réduit à admettre une encéphalopathie sur la nature de laquelle on ne peut hasarder que des doutes ! b

Malgré l'avis contraire émis par M. Teissier (de Lyon), nous croyons devoir considérer, dans l'observation de M. Gubian, les accidents cérébraux comme symptomatiques du ramollissement cérébral constaté à l'autopsie. Sans doute ce ramollissement n'était pas aussi prononcé que chez le malade de M. Dufour ; mais est-il besoin de désorganisations aussi profondes pour produire ' des désordres, et ne sait-on pas que, dans un organe aussi délicat, aussi important dans ses fonctions que certaines portions des centres nerveux , une lésion , même légère en apparence, peut produire des désordres nombreux et souvent mortels? Nous voudrions pouvoir reproduire toute la discussion que l'observation de H. Gubian a provoquée au sein de la Société de médecine de Lyon(l), mais nous devons nous borner à constater que

(1) Gaz, méd. de Lyon, 1868, n© 16.

là comme ailleurs : tôt capifay tôt sensus. Les lésions syphilitiques de la substance cérébrale ont été niées péremptoirement par H. Gromier^ admises avec peine par H. Rambaud; H. Teissier^ comparant les effets du virus syphilitique à ceux du plomb^ croit aux affections nerveuses syphilitiques sans lésions d^organés, tandis que HM. Rambaud^ Diday^ RoUet n^admettent que des lésions nerveuses syphilitiques laissant après elles des traces palpables. Enfin M. Gubian a accompagné cette observation de quelques remarques diagnostiques qui confirment ce que nous avons déjà dit de la difficulté du diagnostic différentiel des affections cérébrales. Il dit entre autres : a II est généralement admis que des symptômes bien tranchés caractérisent le ramollissement et le différencient deThémorrhagie cérébrale... Récamier et M. Trousseau admettent que la dissonance dans les symptômes; c'est-à-dire la paralysie du mouvement seul avec intégrité de l'intelligence, des sens et de la sensibilité, atteste le ramollissement, tandis que la consonnance donne le droit d'admettre Tapoplexie. Quant au ramollissement aigu , il est difficile à reconnaître au début (1). o

Deux atteintes de maladie vénérienne antérieures, symptômes nerveux nombreux et variés , caractère nocturne des douleurs^ telles sont les circonstances qui nous font admettre la probabilité d'une cause syphilitique dans Tobservation de Lallcmand que nous plaçons ici (2). Il n'est pas question de tubercules pulmonaires^ et Ton rencontre à Tautopsie des tubercules granuleux dans un ramollissement cérébral. Ces termes sont malheureusement trop peu précis pour qu'on puisse préjuger la nature de ces productions, mais nous verrons bientôt combien les épanchements plastiques sont fréquents dans la syphilis du système nerveux. Cette observation forme la transition la plus naturelle entre les ramollissements que nous étudions en ce moment et la forme exsudative dont nous allons parler ; mais avant d'aborder ce nouveau sujet, disons un mot des troubles de la vue qui se rapportent à la forme inflammatoire de la syphilis ; nous rangeons ici la rétinite et la choroïdite congestive de nature syphilitique.

(l)Obf. 115. — (2)0bs. 116.

198 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHIUS Dl} SYSTÈME NERVEUX.

VU. Rétinite. — Au dire de M. de Graefe, de Wade et de quelques autres observateurs^ la syphilis est capable de produire des inflammations rétiniennes ; cette opinion n^est pas généralement admise, et nous avons vu que M. Follin pense que la choroïde est le plus souvent altérée ; cette membrane, riche en vaisseaux, nous parait, en effets plus prédisposée à subir Finâc^nce du virus^ si nous en jugeons par analogie de ce qui se passe dans d'autres organes.

Nous possédons cependant deux observations de rétinite syphilitique. La première (1), très-incomplète^ aété publiée par M. Wade dans un journal étranger et reproduite dans la Gazette des Hôpitaux. La seconde, toute récente, qui signale les résultats de Texamen ophthalmoscopique, nous a été communiquée par H. Metaxas et fera partie de sa thèse encore inédite. La lésion consiste en une simple congestion inflammatoire de la rétine, sans aucune exsudation ; sa nature syphilitique ne saurait être mise en suspicion (2) .

VIU. Choroîdite, — Lorsque la syphilis porte son action sur la choroïde^ nous avons déjà dit que le plus souvent elle y produit des exsudats; il est cependant des cas rares où elle donne naissance à des choroïdites congestives ; c'est ce que prouve l'observation que nous empruntons à la thèse de M. Schultze (3). Quant à la choroîdite exsudative^ nous en parlerons en temps et lieu.

OBSERVATIONS

Observation 104. — Syphilis secondaire; ictère, encéphalite, mort, Séraphine H..., petite naine âgée de 21 ans, contrefaite, rachitique, est devenue enceinte, il y a deux ans, à la suite d'un viol. L'accouchement fut laborieux, mais le forceps amena un enfant vivant et bien conformé, qui mourut six semaines après. Pendant raccouchemenl je constatai sur les grandes lèvres de nombreuses pustules plates ; j'ignore si depuis lors la malade subit quelque traitement antisyphilitique.

Il y a trois semaines, elle se réveilla un matin avec un ictère des plus intenses, survenu sans cause connue, et fut traitée par des commères. Le 13 novembre 1855, elle est prise subitement de ccmvulsions violentes avec perte de connaissance et tous les signes d'une encéphalite aiguë. Le calomel à hautes doses, les sinapismes aux

(1) Obs. 117. -- (2) Obs. ns. — (3) Obs. Ii9.

extrémités^ les émissions sanguines n'amenant aucun résultat^ la malade entre le 15 à Thôpital de Sainte-Marie aux Mines; je continuai sans plus de succès une médication énergique, et la malade expira le 17 à cinq heures du matin, sans avoir repris connaissance. Autopsie. Les parents s'opposèrent à l'ouverture du crâne. Le foie offre un très-petit volume ; son tissu est décoloré, ratatiné^ comme condensé^ parsemé de noyaux granuleux d'une coloration jaune-safran toute spéciale^ ressemblant à des dépôts de sable très-fin. On retrouve aux grandes lèvres et au pourtour de l'anus des pustules plates assez volumineuses. (L. Gros, Observation inédite,)

Observation 105. — Encéphalite, Fille de 23 ans^ arrivée rapidement à la cachexie syphilitique, accuse une grande faiblesse dans les jambes. A peine a-t-on commencé un traitement par l'iodure de potassium, que surviennent des convulsions suivies d'hémiphlégie gauche avec conservation de l'intelligence. Malgré un traitement énergique^ la malade succombe au bout de six semaines. Autopsie, Cerveau dur, sablé^ substance grise exagérée, infiltrée d'une sérosité séro-sanguinolente en quelques points. Dans la couche optique droite^ foyer contenant une matière purulente, pouvant loger un haricot, non tapissé de membrane de nouvelle formation et ne contenant pas de caillot ; à Fentour la substance cérébrale est comme usée, déchirée et légèrement infiltrée. (Faurès, Comptes rendus de la Soc. de méd. de Toulouse, 1853-54, p. 29.)

Observation 106. — Méningite, Boucheron, 30 ans, entre àl'hôpital du Midi le 18 mai 1854. A eu, en octobre 1853, des végétations. Le 23 avril 1854, il ressent des douleurs de tête intenses, qui se localisent au front; sensibilité à la lumière et au bruit, insomnie absolue. Le 18 mai, on constate en outre un chancre induré, une adénite cervicale et inguinale, de la fièvre, et des douleurs vives dans la tête ; le 21, survient du délire. Un traitement antiphlogislique, joint au traitement mercuriel, amène la guérison en dix jours. On continue le traitement mercuriel. (Vidal de Cassis, loc, cit,, p. 506.)

Observation 107. — Méningite. M..., 26 ans, a eu, il y a un an, une ulcération syphilitique à la gorge et une iritis syphilitique double, accidents traités sans assez de suite. Quelques mois après, divagations, incohérence des idées avec tendance au suicide, symptômes qui cèdent à l'iodure de potassium ; peu de temps après, atteinte subite d'hémiplégie droite avec troubles intellectuels. D'après ces antécédents et la marche lente des accidents cérébraux, je pensai qu'il s'agissait d'nno

200 PUEMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÈME KEUVEUX.

méningile syphilitique avec concrétions; je fis pratiquer une saignée, raser la tête, y appliquer un vésicatoire, et j'employai le tartre stibié, puis le mercure. La maladie disparut rapidement et toutes les fonctions se rétablirent d'une manière parfaite. (Read^ loc. cit.)

Observation 108. — J. T..., 40 ans, avait déjà pris Tiodure de potassium pour des accidents syphilitiques tertiaires, lorsqu'il eut une attaque subite de convulsions suivie de perte de connaissance, sans paralysie consécutive. Il reprit Tiodure de potassium. Trois mois plus tard, céphalée, insomnie, teint pâle, cachectique, insuccès de riodure de potassium; guérison incomplète par le mercure. Six semaines plus tard somnolence, perte de Tintelligence, paralysie des sphincters. Traitement mercuriel avec plein succès. (Read, loc. cit)

Observation 109. — Femme H., 31 ans; entrée à l'hôpital Lariboisière dans les premiers jours d'octobre 1857. En 1844, chancres aux lèvres et végétations aux parties génitales. Six mois après, enceinte de six semaines, elle entra à Lourcine, service de M.Chassaignac, où elle passa trois mois. Elle accoucha à terme d'un enfant qui mourut à Tâge de deux mois. Au mois d'octobre 1855, violentes douleurs de tête, revenant surtout la nuit. Syphilide papuleuse. Alopécie. Un an plus tard, laryngite avec aphonie. Au mois de mars 1857, à la suite de fatigues, paralysie du muscle droit externe gauche, avec strabisme, diplopie, dilatation de la pupille. Le membre supérieur gauche fut également paralysé. Au mois de juin, elle s'aperçut que ses jambes fléchissaient, et de temps en temps elle était prise d'un délire de coiu'te durée. Légère surdité. Le 15 septembre, elle tombe sans connaissance dans la rue. Après avoir passé huit jours dans un état comateux, elle fut prise de vomissements, avec hoquet fréquent, de délire, et fut conduite, dans les premiers jours d'octobre 1857, à l'hôpital Lariboisière.

A son entrée on constate un affaiblissement considérable de Tintelligence. L'état d'assoupissement dans lequel elle est plongée alterne avec de l'agitation et du délire. Vomissements verdâtres fréquents; hoquets. Pas de paralysie, ni des membres, ni de la face ; néanmoins on remarque un léger strabisme avec chute incomplète de la paupière gauche, et un peu d'alTaiblissement de la vue de ce côté. (Ventouses scarifiées à la nuque. Vésicatoire à la nuque, puis aux cuisses. Calomel; huile de ricin.}

Le 19 octobre, iodure de potassium à la dose de 50 centigr. par jour, puis de 1 gramme. Après cinq jours, amélioration notable. Les

vomissements cessent; au délire succède un sommeil tranquille. La physionomie est meilleure ; mais le strabisme persiste encore. Le 25^ l'intelligence revient ; elle commence à voir mieux de Fceil gauche^ mais la diplopie persiste quand la malade regarde fortement à gauche. Le 28, la surdité a disparu. La vue^ surtout à gauche^ est encoi*e faible. Les jambes ont repris assez de force pour permettre à la malade de marcher. Le 5 novembre, la marche est facile et l'appétit excellent. Elle sort le 21 novembre i857, présentant encore un peu de diplopie et de faiblesse de la vue à gauche, et ayant depuis huit jours un léger écoulement par l'oreille. On lui ordonne de continuer l'usage de Tiodure de potassium. Elle revient plusieurs fois à la consultation dans le courant de Tannée 1858. Nous l'avons vue nous-mêmes le 11 février 1859, la guérison est complète.

Cette femme a pris l'iodure de potassium pendant plus d'une année. {Observation inédite communiquée par M, le docteur Hérard.)

Observation 110. — Myélite, Un malade entre à l'Antiquaille le 15 novembre 1850, pour une syphilide pustuleuse et une céphalalgie opiniâtre. On administre le proto-iodure de mercure et l'iodure de potassium qui ne produisent aucun mieux. Le 19 décembre, quelques jours après la cessation du traitement, on peut observer tous les signes d'une myélite ; plusieurs traitements sont essayés sans résultat; riodure de potassium, administré pendant cinq mois et demi jusqu'à la dose de (> gr. par jour, guérit radicalement la paralysie. (RobET, Gaz, méd.de Lyon, 1858^ p. 349.]

Observation 111. — Ramollissement cérébral, Signol , matelot, 22 ans, a eu des symptômes de syphilis primitive qui furent traités par le mercure en très-grande quantité. Des pustules cutanées, une alopécie partielle firent administrer l'iode et l'iodure de potassium; bientôt après , orchite double, ophthalmorrhée combattues par le perchlorure d*or; enfin, accès épileptiformes avec contracture des membres, suivis d'hémiplégie droite^ de perte de la parole, de surdité^ de gêne dans la déglutition et dans la respiration ; prostration, mort. Autopsie : Épanchement dans l'arachnoïde, ramollissement du corps strié gauche et de toute la face inférieure du lobe cérébral antérieur gauche; densité exagérée de la moelle épinière. Des analyses chimiques firent constater d'une manière non douteuse la présence du mercure à l'état de chlorure dans la substance cérébrospinale^ neuf mois après la cessation de son emploi. (Retnaud, de Toulon. Arch. gén. de méd,)

Observation H 2. ^ Syphilis antécédente. Attaques épilepti formes; apoplexie^ hémiplégie, troubles de l* intelligence, céphalée nocturne, coma mort. Foyer apoplectique dans le corps strié; ramollissement cérébral. LauDay, âgé de 21 ans^ garçon limonadier^ entre à lliôpilal da Midi (service de M. Cullérier), le 9 août 1858; lymphatique^ de faible constitution, dit n'avoir jamais eu de rhumatisme; il y a trois ans, il eut une Oèvre typhoïde^ et resta cinq semaines à l'hôpital d'Angers; quelque temps auparavant il avait eu, dit-il, quelques accès convulsifs avec perte de connaissance, qui ne se sont plus reproduits depuis la fièvre typhoïde; mais l'état actuel de l'intelligence chez ce malade ne permet pas d'ajouter une foi entière aux renseignements qu'il donne. En juillet 1857, il contracte un chancre, et entre le 20 juillet au Midi, d'où il sort vers la fin de l'année, après avoir eu successivement une roséole et un impétigo, et avoir été soumis à un traitement mercuriel.

Il rentre à l'hôpital du Midi, le 9 août 1858. Quelques jours plus tard^ il est pris d'hémiplégie gauche avec paralysie faciale du même côté et diplopie. 11 était tombé de son lit comme une masse inerte, et c'est l'infirmier qui, en voulant le déplacer dans son lit^ constata la paralysie. Le malade, en effets ne peut remuer la main gauche, dont les doigts restent fiéchis; la paralysie de la jambe n'est pas aussi complète; la sensibilité paraît diminuée dans les parties paralysées. On constate de plus Texistence d'une ulcération sur le prépuce^ de ganglions inguinaux engorgés et d'une éruption spécifique de forme tuberculeuse. Ce malade, autrefois vif et assez intelligent, est triste et sombre depuis sa rentrée; il pleure chaque fois qu'on lui parle, et paraît fatigué par les questions. Cinq ou six jours avant sa chute, il avait éprouvé des maux de tête intenses et accusait^ de plus, des douleurs vagues dans les membres. Avant le début de la paralysie, le malade éprouvait déjà des fourmillements dans les membres, des tremblements dans la jambe gauche, qui le forçaient à s'arrêter brusquement; la sensibilité paraissait aussi un peu émoussée; depuis un mois déjà le malade éprouvait fréquemment des étourdissements et des vertiges.

Loi-s de notre examen^ à peu près quinze jours après le début de la paralysie^ le regard est fixe, la physionomie hébétée. Couché sur le dos, le malade paraît indifférent à tout ce qui se passe autour de lui, répond avec lenteur aux questions qu'on lui adresse; il a cependant encore assez de mémoire pour raconter en partie son histoire, tout en se contredisant quelquefois. Il accuse des douleurs de tète siégeant principalement à l'occiput, s'exaspéranl la nuit; parfois

SEGT. II. GHAP. H. — FAITS GUNIQUES. 203

des picotements douloureux dans la région mal air e^ des élancements dans les membres paralysés^ principalement au niveau des articulations. Toutes ces sensations douloureuses augmentent vers sept ou huit heures du soir^ pour diminuer vers trois ou quatre heures du matin. La pression sur la fesse gauche le fait souffrir jusque dans les orteils. Rien de semblable n'existe dans le côté droit du corps. Les membres sont en outre le siège de contractions involontaires. Outre le traitement spécifique^ on applique un séton^ et la diplopie disparaît assez rapidement, Tintelligence se réveille aussi notablement; mais la paralysie et les spasmes persistent. La fièvre s'allume; on la combat inutilement par des sangsues et des purgatifs ; on fait pratiquer des frictions mercurielles. La respiration devient stertoreuse^ la somnolence est continuelle, le malade ne répond plus aux questions et la mort survient au bout de quelques jours. Autopsie (1). . Rien d'anormal dans les organes thoraciques et abdominaux. Ramollissement de presque tout Thémisphère droit du cerveau, plus prononcé dans le lobe antérieur; danç une étendue de trois centimètres environ, ce ramollissement a une couleur lie de vin, la substance cérébrale est complètement désorganisée par places. En enlevant avec précaution ce lobe ramolli et en pénétrant dans le ventricule latéral, on y trouve un noyau apoplectique de coloration jaunâtre remontant sans doute à une date déjà ancienne, s'étendant au corps strié; le plexus choroïde du ventricule est fortement injecté. Le lobe gauche est normal, sauf une légère injection générale de la substance cérébrale et des enveloppes. Rien dans les autres parties des centres nerveux. (Lancereaux, Observation inédite,)

Observation 113. — Syphilis antécédente. Congestion cérébrale, céphalée, deux attaques d'hémiplégie, iodure de potassium, guérison. Troisième attaque, troubles de V intelligence, carie du rocher, mort. M. X..., 24 ans, de Sens , employé, demeurant à Paris. Ce jeune homme était d'une robuste constitution ; poitrine large, bien musclé, bonne santé habituelle; sujet presque tous les printemps à des hémorrhagies nasales; celles-ci manquèrent Tannée où Taffection débuta.

Au mois d'octobre 1857, il contracte une blennorrhagie avecbalanoposthite, phimosis, accidents qui le font aller trouver M. Ricord; ce n*e8t que trois semaines seulement après le début, qu'en découvrant le gland, on peut constater, sur le prépuce plusieurs chancres peu

(1) Les résultats nécroscopiques nous ont été communiqués par M. TémolB, interne du service.

étendus en surface ; à celle époque paraît une roséole qui dure huit jours, et en même temps qu'elle, des douleurs de tête obtuses; le proto-iodure de mercure est administré. Au bout de deux mois les accidents disparaissent, à l'exception de la céphalée,* du reste, pendant cette période, le malade mène une existence des moins régulières, sort, boit de l'absinthe en excès, veille et court de tous côtés. Il paraîtrait que, vers celte époque, à la suite d'un excès plus violent, il aurait eu une attaque de congestion cérébrale, qu'il serait tombé sous l'influence d'un étourdissement, mais se serait remis au bout de quelques heures, sans paralysie. Sorti de l'hôpital du Midi après deux mois, il néglige de suivre son traitement. Au mois de mars 1858, attaque subite d'héiniplégie, avec perte de connaissance; l'hémiplégie porte sur le côté gauche. On le transporte chez Mi Ricord, qui, en raison de la céphalée, qui n'a pas cessé depuis sa sortie de l'hôpital, ainsi que des accidents d'infection syphilitique, le soumet à un traitement par riodure de potassium pris à la dose de 2 grammes à 2 grammes 1/2. Les accidents s'amendent sous l'influence de cette médication; les mouvements reviennent dans le membre inférieur, qui reprend ses fonctions, le malade marche, se promène, en traînant seulement un peu la jambe ; mais le membre supérieur gauche reste contracture; du reste, pas de convulsions isolées, ni par attaques, à aucune époque. La face reste un peu déviée, la sensibilité n'avait pas été atteinte. Quittant M. Ricord pour retourner à Sens, le jeune homme, loin de suivre un traitement régulier, se faisait administrer des vomitifs répétés par un médecin du pays. C'est le jour de l'administration d'un de ces vomitifs qu'il est frappé, au mois d'avril 1 858, d'une autre attaque d'hémiplégie du même côté; dès lors, les accidents deviennent continus et s''accroissent progressivement; rinlelligence s'altère gravement ; le malade rit et pleure sans sujet, refuse par moments de répondre, ou de se soumettre à l'examen ; dans d'autres instants, il a conscience de son état, souhaite vivement sa guérison, répond avec lucidité, mais brièvement; il marche encore, mais en traînant la jambe. La céphalalgie occupe alors le côté droit de la tête; elle est intense, permanente; la figure grimace souvent, sans doute sous l'impression de ces douleurs ; il n'y a pas de mouvement fébrile, ni de diarrhée. Chez M. Ricord, où on l'a ramené, les douleurs dans le côté droit de la tête prennent un caractère et une intensité terribles, arrachant au jeune homme des plaintes, des cris; elles augmentent par la pression, occupent la région temporo-pariétale, et dix jours environ après cette recrudescence subite, dans les derniers jours de janvier 1859, il se déclare par le conduit auditif, du

8ECr. II. CH.4P. II. — FAITS CUNIQUES. 205

côté droit, un écoulement de liquide^ d'abord séreux^ empesant le linge^ et qui, dès le soir du jour où il apparut^ prit le caractère du pus; celui-ci s'écoule en grande quantité, remplit le canal auditif, qu'on est obligé presqu'à tout instant d'éponger, d'injecter avec une solution étendue de teinture d'iode. Une circonstance à noter, c'est que la membrane du tympan ne paraît point détruite^ car, en faisant fermer la bouche du malade, puis en le faisant soufQer en pinçant le nez, il ne sort aucune bulle d'air par le conduit auditif, ni une quantité plus grande de liquide purulent : mais peut-être faut-il Tattribuer à un engorgement de la trompe d'Eustacbe.

Cest dans cet état qu'on amène le malade, en février 1859, à la Maison municipale de santé, dans le service de M. Vigla. 11 présente les symptômes suivants : paralysie du membre supérieur avec contracture qu'on peut vaincre sans trop de difficulté ; la sensibilité y persiste et même paraît exagérée ; le membre abdominal est paralysé du mouvement, mais non contracture; le malade se couche, tantôt sur un côtéf tantôt sur l'autre; pas de strabisme; écoulement abondant de pus crémeux par l'oreille droite; grimacement de la face à chaque instant ; celle-ci est déviée à droite, surtout quand le sujet parle ; réponses brèves, mais justes, quand le médecin l'interroge ; il reconnaît bien ses parents et ses amis. État d'assoupissement, alternant avec de l'agitation ; celle-ci augmente le soir, continue la nuit ; le malade ne repose guère que dans le jour, pendant quelques heures; continuellement absorbé, rires et pleurs, divagation par moments; langue naturelle. Au bout de quelques jours, MM. Vigla, Rostan et Ricord sont appelés en consultation. Voici leurs opinions :

Pour M. Rostan, les accidents cérébraux, Técoulement du pus doivent être considérés comme des effets de la syphilis ; selon lui, l'écoulement purulent de Toreille vient d'une carie syphilitique, qu'il croit siéger dans les cellules mastoïdiennes; Taltération osseuse serait primitive. C'est elle qui aurait déterminé les accidents cérébraux qui fmi frappé le malade, en provoquant, par contiguïté, Taltération des méninges, puis un travail local de ramollissement de la substance cérébrale ; le liquide, d'abord séreux, qui s'est fait jour, au début, par Toreilie, serait analogue à celui qui s'écoule dans certaines fractures du rocher. Ainsi, travail de carie, précédant les symptômes d'hémiplégie, les déterminant, et se faisant à une époque bien éloignée jouian dehors.

M. Ricord serait porté à croire qu'il y a eu des foyers d'épanchément sanguin, qu'il y a carie de nature syphilitique, et que l'influenco de cette diatiièse a dû frapper le cerveau et déterminer les symp-

tomes t)bservés ; il croit en effets qu'il existe une paralysie syphilitique à forme apoplectique^ et que Ton a tort de croire que les paralysies qu'on peut rattacher à la syphilis surviennent toujours à pas lents ; il finit par se ranger à l'opinion de M. Rostan qui n'admet pas (Je foyer sanguin. Tous deux yeulent que l'on administre Tiodure de potassium^ qui^ antérieurement avait amené la disparition presque complète de la céphalée et de la paralysie ; il considère le malade comme étant dans un état désespéré.

M. Vigla pense que la compression exercée par le pus a dû agir pour augmenter les accidents cérébraux^ et qu'il y aurait peutêtre lieu à appliquer une couronne de trépan, pour évacuer le liquide. M. Ricord combat cette idée et affirme que ce serait avancer la fin du malade.

Celui-ci^ les jours suivants^ éprouve une amélioration trompeuse, qui se traduit par des réponses moins brèves^ quelques interrogations, une soumission plus raisonnée aux soins qu'on lui prescrit, et par la disparition progressive de l'écoulement du pus, disparition qui devient complète au bout de quelques jours. Mais l'amélioration éprouvée par le malade n'était que passagère ; quelques jours seulement après l'administration de Tiodure de potassium, la fièvre s'allume le soir, l'agitation règne toute la nuit, ne laissant dans le jour, que quelques heures de répit ; la respiration, la veille de la mort, devient stertoreuse, le malade tombe dans le coma, ne répond plus que par quelques grognements, ne présente pas, du reste, de mouvements convulsifs, et s'éteint dans la nuit du 16 février 1859, à il heures du soir. Les parents du malade s'opposent d'une manière absolue à l'autopsie. {Observation inédite, communiquée par M. Fbron.)

Observation 114. -* Syphilis antécédente, céphalée, troubles intellectuels, paralysie générale, contracture des membres supérieurs, comat convulsions, mort. Ramollissement cérébral, Loustanot, âgé de 24 ans, ferblantier, entre le 8 mars 1855 à l'hôpital du Midi, dans le service de M. Ricord. Il a eu au mois d'août 1854 une première chaudepisse qui ne fut pas traitée et dura cinq mois. Le 1*' janvier 1855 tout écoulement avait cessé, le gland et le prépuce étaient parfaitement sains. Depuis cette époque il eut plusieurs rapports sexuels dont le dernier remonte à un mois; huit jours après il s'aperçut d'un écoulement entre le gland et le prépuce, et aujourd'hui nous constatons une balano-posthite exulcéreuse intense avec phimosis accidentel incomplet; tout autour du gland on sent des indurations, de plus il existe une lymphangite dorsale et un engorgement ganglionnaire

indolent très-considérâble dans l'aine droite; il n'y a du reste pas de trace d'exanthème à la peau et pas d'engorgement des ganglions cervicaux (pilules mercurielles^ injections au nitrate d'argent}. Le 20 mars, le malade pouvant découvrir le gland, on constate positivement un chancre induré du reflet du prépuce à droite. Le malade prend pendant quinze jours 4 pilules^ et sort le 1 1 avril sans avoir présenté de manifestation secondaire^ mais ayant encore de l'induration à la place de son chancre.

Le 15 juillet; le malade rentre à l'hôpital; n'ayant pas continué son traitement; il présente des marbrures équivoques sur le tronc, d'énormes ganglions cervicaux^ de la calvitie syphilitique et une éruption pustuleuse superficielle du cuir chevelu et de la peau du front. Cette éruption dure depuis un mois ou six semaines; on en voit aiyourd'hui les macules de terminaison formant une superbe corona veneris ; plaques acnéiformes au menton^ offrant, comme le front une teinte cuivrée ; rien à l'anus ni à la gorge, céphalée nocturne intense, surtout péri-orbitaire, troublant même^ au dire du malade^ le jeu ordinaire de la vision. L'induration du chancre persiste encore ainsi que Tadénopathie ; on voit sur le prépuce deux petites ulcérations secondaires et des végétations naissantes, fruit de Tanciennebalano-posthite ; papules granulées des ailes du nez. (Reprendre le traitement mercuriel; 3gr. de tartrale ferrique.) Le 12 août, le malade, qui a continué son traitement jusqu'à ce jour, demande à sortir, quoique non complètement guéri.

Le 16 août; le malade revient à la consultation dePhôpital dans un état dlmbécillité remarquable, avec embarras dans la parole et afifaiblissement général des fonctions musculaires. Il se tient ratde et légèrement incliné sur le côté droit, le bras droit immobile et étendu le long du corps, comme affecté d'une hémiplégie incomplète; cependant, lorsqu'il essaie de remuer son bras, on voit qu'il n'est pas affecté de résolution, mais au contraire d'une sorte de contracture. Le malade parle à peine et demande à rentrer à Fhôpital. Lors de sa sortie du 12 août, nous n'avions remarqué aucun désordre dans rionervation, mais seulement une intelligence paresseuse et peu développée; qui peut-être n'était déjà qu'un prodrome. L'état où il se trouvait le 16 était si singulier, que je me demandai s'il ne lui était pas arrivé quelque accident pendant les fêtes publiques du 14 et 15 août; je soupçonnai aussi des abus alcooliques, et les autres malades de la consultation le prenaient pour un homme ivre; cependant il ne sentait pas le vin. Le soir, j'apprends que depuis son entrée il ne fait que sommeiller; je le laissai tranquille, pen-

208 PREMIÈRE PARTIE. — SYPUILIS DU STSTÈHB NERYECX.V

sant que le lendemain^ s'il s'agissait d'ivresse, les fumées du vin seraient dissipées.

Le 17, l'état est le même que la veille : hébétude générale^ sorte de crainte à notre approche ; interrogé sur ce qui lui était arrivé depuis sa sortie, il répond à peine quelques mots très-confus, et affirme n'avoir pas souffert de la faim. Examiné au lil, il ne paraît pas y avoir de difierence d'innervation entre les deux côtés du corps, mais seulement de la raideur et une lenteur générale dans tous les mouvements ; pouls et respiration calmes. L'existence de ces symptômes me fit supposer un ramollissement cérébral au début, malgré le jeune âge du sujet, et, en l'absence de M. Ricord, je prescrivis une saignée, de l'eau de Sedlitz, un lavement purgatif et la diète. Le 18, M. Ricord, après avoir examiné le malade et avoir été mis au fait des antécédents, pensa que nous pourrions bien avoir affaire à des accidents syphilitiques de la base du crâne, avec retentissement encéphalique par voisinage. Ou se rappi^la alors que le malade avait accusé des douleurs périorbitaires, de l'embarras dans la vision, surtout de l'œil droit, et ceci vint en quelque sorte confirmer le diagnostic. On demanda au malade s'il ne voyait pas double, mais ses réponses, pour moi du moins, n'étaient pas concluantes; il semblait incapable de saisir ces différences et répondait tantôt oui, tantôt non, comme étant sous la pression de la dernière question qu'on lui adressait. 11 marchait toujours en'chancelant; il avait le corps incliné, non plus à droite, mais à gauche.

Quoique des accidents syphilitiques de la base du crâne fussent à la rigueur possibles à une époque aussi peu éloignée de l'infection primitive (janvier i 855], cela indiquerait néanmoins une bien grande précocité chez le malade, surtout après un traitement mercuriel continué pendant un grand mois. D'ailleurs, lors de sa sortie le 12 août, le malade ne nous avait rien offert d'assez saillant pour nous faire soupçonner quelque chose du côté du cerveau, et cependant le 16 il revient avec des symptômes d'encéphalopathie générale qui ne sauraient dépendre d'une cause locale comme un accident tertiaire de la base; il eut de plus fallu que cette cause prît naissance ou se fût développée en trois jours !... J'avoue donc, que malgré ma confiance habituelle dans la parole de M. Ricord, j'ajoutai peu de foi dans son diagnostic. M. Ricord institua un traitement en conséquence de son diagnostic, (lodure de potassium, 3 gr. "Vésicatoire sur le sinciput pansé avec onguent mercuriel et pommade épispastique; onctions mercurielles sur le rachis.) Le 19, l'état est le même; dans la journée, le malade présente une

SEGT. II. GHAP. H. — FAITS CLINIQUES. S09

contracture très-marquée du membre supérieur gauche ; celte contracture persiste, en diminuant peu à peu, jusqu'au 21 au matin et est remplacée par un affaiblissement musculaire très-marqué. Maigré le traitement, Tétat ne s'améliore guère les jours suivants; la locomotion paraît se rétablir un peu^ mais les facultés intellectuelles restent toujours aussi affaiblies. Le 27 et le 28^ contracture du bras droit avec aggravation de l'état cérébral, perte incomplète de connaissance, coma. Le 1*' septembre, le malade peut se lever et se promener seul^ 'mais sa démarche est encore très-chancelante. Pendant quelque temps cette amélioration semble se soutenir, puis de nouveau l'état s'aggrave; le malade tombe à chaque pas et est obligé de reprendre le lit ; il est comme un paralytique général, pleurant, riant quand on lui parle, paraissant avoir peur des personnes qui l'approdient, l'œil ûxe^ la parole lente et embarrassée ; la défécation est paresseuse , et on est contraint de le purger plusieurs fois. Cet état persiste pendant tout le mois de septembre; on applique plusieurs vësicatoires sur la tête et la nuque, on continue Tiodure de potassium ; les frictions mercurielles sur le rachis n'ont pas été faites avec grand soin.

Dans les premiers jours d'octobre on cesse la médication iodée pour laisser reposer le malade; on la reprend au bout de peu de jours pour la continuer jusqu'au 28 octobre. Pendant tout le mois d'octobre il n'y eut aucun changement notable ; la faiblesse est extrême pendant la marche, le malade, quoique mangeant avec gloutonnerie, a un peu maigri. Depuis plusieurs jours il se plaignait d'insomnie, lorsque le 28 octobre, après le dîner, vers 6 heures du soir, il perd complètement connaissance; quelques heures auparavant on avait déjà remarqué une déviation très-sensible de la bouche à gauche. Pendant la perte de connaissance, le pouls était calme, la face n'était pas animée. (30 sangsues derrière les oreilles, sinapismes.) L'attaque se dissipe dans la nuit et le lendemain matin le malade se lève dans un demlnlélire et ne sachant où il va. Â la visite nous le trouvons plongé dans un état de stupeur; lorsqu'on lui parle ou qu'on veut î'eiaminer^ il pleure. Le côté droit est en demi-résolution, mais paraît sensible; la bouche est tirée à gauche. (Eau de Sedlitz, vésicatoires aux mollets.) On ne peut le faire boire dans la journée, il avale de travers ; le pouls et la respiration sont calmes. Le 30, l'eau de Sedlitz n'a pas été prise ; les symptômes sont à peu près les mêmes^ moins la résolution du côté droit et la déviation de la bouche, l^e malade urine bien. (Lavement purgatif, eau de Sedlitz.) Le 3i, rétat ne s'est pas modifié, Teau de Sedlitz n'a pu être prise, le ma-

'210 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÈMB HERYEUX.

ladc avalant toujours de travers. Oa lui foii prendre Teau de Sedlitz à la visite au moyen de la sonde introduite dans le nez^ et d'une seringue. Par le même moyen on lui administre deux tasses de bouillon et un peu de tisane dans le courant du jour. Dans la nuit suivante il eut une selle très-abondante.

Le !*' novembre. Même état 4 le malade tejette pai*'la boiiehe de nombreuses mucosités spumeuses, re^te dans un état ode 8ta{yèur complète, sans dire un mot et ne s'agite que lôrsquêf, deut fol^'ditilë la journée, on lui passe la sonde dans le nez pour lui fàii^''b6!^ M bouillon et de la tisane ; il fait alors de violents efforts avec* ta basie de la Langue et fait plier la sonde toutes les fois qu'on né Tarme^^ d'un inandrin. Le 2 au soir, la séance d'introduction de la ^nde avait été très-laborieuse et je ne pus parvenir à injecter dtt boilil* Ion qu'avec la sonde œsophagienne. Une heure aprè»ll tombe -daïis le coma, comme le 28 octobre, avec écume à la bouche, saiïs convulsions. Il n'en présenta du reste dans aucune de ses attaqites, et les pupilles furent toujours normales. Toute la nuit se passa daM cet état, la respiration qui, aux premiers accès, était restée lente' et ^tis bruit, devint peu à peu sterloreuse, une grande quantité de mucosités s'amassant dans les bronches, la trachée et labotièhë. Lë3'àu matin, le malade était agonisant, le pouls calme, mais lia respiration toujours de plus en plus stertoreuse; les membre^ sfu^érieiin étaient atteints de convulsions toniques, fortement étendus, rigides, et les avant-bras dans un état de pronation forcée. Le malade mourut dans la matinée. '

Autopsie. Pas de lésion du foie, de la rate, des i^eins, des poumons, du cœur, ni de la vessie. Trachée et bronches vitement congestionnées; nous ne trouvons dans les voies aériennes aucune trace du bouillon qui y avait été injecté par fausse route de la «onde. L'arrîère-gorge, l'entrée du larynx, la paroi postérieure du pharynx, ne présentent ni ecchymose ni déchirure; l'ouverture postérieure des fosses nasales n*est pas examinée. Cerveau en contact parfait Rvec la dure-mère ; pas de liquide céphalorachidien sous Tarachnoïde vitoérale ; pie-mère de la concavité vivement congestionnée; mais lisse, sans aucune exsudation ; circonvolutions légèrenrent aplaties. Le cerveau enlevé de la boite crânienne et examiné avec' soin ne nous monl^ qu*un ramollissement général, assez marqué, niaise pliis fnrononcé dans les parties blanches centrales, la voûte à tf ois piliers, le corps calleux, les parois ventriculaires latérales et la modle àWàth gée à sa partie antérieure. Un peu de sérosité sanguinolerite dans lés ventricules; piqueté général plus prononcé (httiK la substance grise,

SEGT. II. GHAP. 11. — FAITS CLINIQUES. 211

qui est assez tamollie, et se détache en plusieurs points avec la piemère des circonvolutions. Il n'existe nulle trace de tumeur à la base du crâne. Cet os et la dure-mère des parois crâniennes paraissent parfaitement sains.

A la demande de M. Ricbrd^ M. Perjsonne^ pharmacien en chef de l'hôpital dû Midi â analysé la moitié du cerveau et n'y a pas trouvé le moindre atome de mercure. (Observ. inéd. communiquée p^f

Observation 115. >— Ramollissement cérébral. J. P.^ 22 ans^ teinturier^ ènlfe à la Clinique médicale le 17 avril 185S. Chancre en mars 18^6, dont Tinduration persiste encore; un traitement général prescrit alors n'est pas continué; hientôt après, pustules plates à l'anus^ aux membres inférieurs, adénite inguinale, alopécie. Au commencement de 18571e malade suivit régulièrement^ pendant trois mois. un traitement spécifique; huit mois après, céphalée avec exacerbations nocturnes, un peu plus forte à droite qu'à gauche, bourdonnements d'oreilles/ somnolence alternant avec l'insomnie, vertiges; sensibilité conservée, mobilité diminuée , marche incertaine. En février 1858, aggravation des symptômes, et un matin hémiplégie gauche, troubles des sens, hallucinations, dysécée, contractilité etsensilnlitë électiriques conservées dans le côté paralysé, intelligence lente et paresseuse, embarras dans la parole, tremblements fréquents de tout le corps. Le 8 mai M. Teissier prescrit le mercure et Tiodure de potassium, après avoir, d'accord avec M. Diday,admis Texistence possible d'une exostose crânienne, ou iine modification pathologique du centre nerveux par la syphilis. Le 16 mai, après une amélioration notable^ accélération du pouls, céphalalgie plus intense. Le 18, nouvelle hémiplégie complète du même côté, suivie, le 21, de demi-contracture des masséters et des ptérygoïdiens^ d'obscurcissement de plus en plus marqué de rintelligence; le 23, strabisme divergent, résolution de tous les membres, mort. Autopsie : État sain de la dure-mère» des méping^s.et des os du crâne. Un peu de sérosité limpide ou sanguinolente. 4ans les ventricules. Substance cérébrale un peu diminuée dé densité dans la totalité de sa masse ; des coupes horizontales et verticales, faites avec grand soin, permettent de reconnaître un léget ramollissement relatif à la partie supérieure et antérieure de la substance blanche de Thémisphère droit, d'une étendue de 2 à 3 centimètres. Toutefois la pulpe cérébrale n'est presque pas diffluente et ressemble bien plus à une crètne épaissie et liée qu'à cette bouillie qui caractérise le véritable ramollissement. Aucune

Siâ PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÂIfE NERVEUX.

autre lésion appréciable n'existe dans Tencéphale. Cervelet pâle^ comme anémié à sa surface. (Gubian, Gaz. méd, de Lyon^ 1858; p. .342.)

Observation 116. — Encéphalite; ramollissement cérébral^ granulations tuberculeuses du cerveau. D.^lymphatico-nerveux,est sujet depuis l'âge de 10 ans à des accès d*hémicranie. En 1808 (il avait 37 ans), forte contusion à la tête ; peu de temps après, affection vénérienne traitée par le sublimé. En 1816, douleurs de tête fréquentes, revenant la nuit, qui cèdent en apparence aux antiphlogistiques, reviennent plus intenses en janvier 1817, s'accompagnent d'assoupissement, de perte de la parole, sans perte de connaissance ; elles siègent profondément sous l'arcade sourcilière droite. Parfois mouvements convulsifs des yeux, de la jambe et de la cuisse droites, et même du bras droit. Pendant le sommeil urines involontaires. Démarche mal assurée. Un traitement par les émissions sanguines et les dérivatifs semblait avoir amené une amélioration marquée, quand le malade succombe tout à coup à une attaque apoplectique. Autopsie : Foyer purulent considérable dans le lobe antérieur de l'hémispbère gauche du cerveau, à la partie qui correspond à la voûte orbitaire et à la faux. Les parties environnantes étaient réduites en une matière putrilagineuse au milieu de laquelle on reconnaissait des granulations tuberculeuses de la grosseur d'un grain d'orge. La portion de la faux, en contact avec ce foyer purulent, était elle-même altérée. Le resle du cerveau avaitune résistance plus grande qu'à l'ordinaire. (Lallehand, Lettres sur V Encéphale, Lettre A, §11«)

Observation 117. — Rétinite. Femme ayant eu la syphilis, accuse depuis six mois des douleurs vives des deux yeux, de la céphalée, du larmoiement, de la photophobie et de la photopsie; pendant une semaine la vue avait même été totalement abolie. Pupilles mobiles, pas de granulations ni d'infiltrations iriennes; coloration un peu moins noire du fond de la pupille. Ces accidents, que Wade rapporte à une rétinite, cèdent à un traitement mercuriel de plusieurs mois de durée. (Wade, u4nn. méd. de la Flandre occid. et Gaz, des hôpit., 1848, p. 454.)

Observation 118"^.— Rétinite syphilitique. L., du Mans, 25 ans, dessinateur, se présente au dispensaire de M.Ghassaignacen mai 1860, se plaignant d'une photophobie très-prononcée. Constitution bonne, santé antérieure parfaite. Il contracta, il y a sept mois, un chancre qui guérit promptement sans mercure; engorgements ganglionnaires des

aines^ qui suppurèrent; traitement mercuricl pendant trois mois, interrompu deux fois à cause d'une fièvre intermittente. Quatre mois après l'accident primitif survient de la courbature, de la céphalalgie^ de la fatigue oculaire. Depuis ce moment photophobie ; le jour est, au dire du malade, le plus cruel supplice qu'on puisse lui infliger ; il peut cependant encore lire un journal.

État actuel. Les yeux ne présentent rien d'anormal, ni rougeur^ ni gonflement ; pupilles contractiles. Dans son intérêt on engage le malade à se laisser examiner à l'ophlbalmoscope. Aussitôt que les rayons lumineux pénètrent dans l'oeil^ le malade accuse une douleur excessive. On voit très-nettement une rougeur vive de la membrane rétinienne dont les vaisseaux sont très-multipliés. L'existence concomitante d*une syphilide papuleuse bien caractérisée^ l'absence des causes habituelles de la rétinite, font diagnostiquer une rétinite syphilitique^ et on prescrit trois pilules de Sédillot par jour, trois bains de sublimé par semaine. Au bout de trois semaines tous les accidents ont disparu; un nouvel examen ophthalmoscopique montre la disparition des altérations rétiniennes. (Observation inédite, communiquée par M. BfETAXAs.)

Observation 1 1 9. — Choro'tdite congestive. X., 26 ans, domestique, aeu un chancre il y a trois mois ; affaiblissement très-prononcé de la vue depuis huit jours, pupille contractée, injection du canal de Fontana, tension du globe oculaire, pas de douleurs ni de larmoiement, milieux transparents. Roséole pustuleuse, ganglion cervical à gauche, papules muqueuses à la vulve. (Proto-iodure de mercure.) Trois semaines après, la malade était guérie. (Schulze, Thèses de Paris, 1859,Obs. 1.)

ARTICLE 111

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