‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 39 sur 64 · FORME EXSUDATIVE OC PLASTIQUE · texte numérisé non relu

FORME EXSUDATIVE OC PLASTIQUE

Nous réunissons dans un même chapitre les faits relatifs aux indurations disséminées et aux tumeurs du tissu nerveux, parce que nous les considérons plutôt comme des variétés d'un même travail morbide, que comme deux ordres de lésions distinctes. C'est en effet le même travail pathologique qui produit soit une induration cérébrale plus ou moins étendue, par dépôt d'éléments nouveaux disséminés dans la substance nerveuse, soit de véritables tumeurs de volume variable. Les quelques données histologiques que nous possédons sur ce point viennent corrobo-

tiÀ PREMIÈRE PARTIR, -^ SYPHILIS DjPSXSTËIII^^IÏERTEUX.

rer cette manière de voir; nous en appelons da reste aux résultats des examens microscopiques que nous devons à MM. Lebert et Robin^ ainsi qu'à ceux que nous avons obtenus nous-mêmes et que nous avons reproduits dans ce traviail. ' ' ' "

Nous plaçons ici, en premier lieu/ une observïition dont tout Fintérét g!t dans la lésion cadavérique, le sujet étant un enfant nouveau-né, atteint très-probablement de syphilis héréditaire^ du moins si nous en croyons les nombreux ayprtements de la mère^ et la rareté des lésions de ce genre observées çn dehpi;s àe la syphilis. La lésion anatomique consistait en une, Induration partieUe du cepveau^formée par une dizainede petites tumeurs composées de tissu fibreux et d'une matière amorphe granuleuse y résultat d'une altération spéciale de la substance nerveuse' {Obs. 120).

YirchoW' parait avoir observé des altérations analo^es^ mais à une période plus avancée dans leur évolution; si nous en jugeons par la phrase suivante : a J'ai trouvé , dans la substance (Cérébrale de nouveau-nés syphilitiques, de petits foyers blanchâtres^ ponctués, entièrement constitués par des amas de corpuscules graisseux (i). j»

Nous rapprochons de ces faits Thistoire d'un malade que nous avons suivi pendant une grande partie de sa maladie, et tjni nous paraît offrir tm intérêt tout spécial (2). La lésion organique présente une grande analogie avec celle dont nous venons de parler^ seulement elle a été plus disséminée encore et plus générale; è'est une infiRration générale de matière amorphe dans le cerveau, ayant communiqué à cet organe une dureté anormale, état qui, suivant M. Robin, se rapprocherait de la cérébro-sclérose. On rencontre aussi un épanchement notable de sérosité dans les ventricules et à la surface du cerveau, et, de plus» un petit noyau apoplectique; ces diverses lésions peuvent rendre compte des symptômes observés pendant la vie,,^L'inf|ltration toute spéciale que nous avons notée,, jointe à Tépauphement séreux ^ a dû produire la compression de la massej cérébrale en totalité, d'où les symptômes variés de paralysie incom-

(I) Virehow, loc. cit,, p. S.

SlCr. II. GHAP. 11. -— FAITS CLINIQUES. tib

plète^ de troubles intellectuels^ de somnolence, de coma^ qui tous peuvent être rapportés à la compression. Hais en dehors de cette oompression en masse^on peut se demander si la pulpe cérébrale n'a pas subi une compression plus directe^ par le fait de son infiltration par une matière dure^ résistante^ d^où résulterait uneespèce d'atrophie de la substance cérébrale^ analogue à la cirrhose du foie. Ce fait pathologique est d'ailleurs un bel exemple de lédon portant uniquement sur la substance nerveuse^ et sa nature syphilitique ne peut paraître douteuse.

Mais il renferme encore une particularité anatomo-pathologique intéressante & signaler, particularité qui mérite de fixer notre attention^ tant par sa nouveauté, que par Timportance qu'y ontattachée certains auteurs allemands : nous voulons parler des taches dures^ blanches, que la pie-mère présentait à sa surface.

Le docteur Knorre, dans un intéressant travail sur les para* lysies syphilitiques (1)^ indique spécialement ce genre de lésion^ et le considère comme la cause de la plupart des paralysies sur« venant dans la période secondaire de la syphilis. Le travail du médecin allemand n'étant pas traduit en français, nos lecteurs nous sauront peut-être gré d'en reproduire ici les principaux passages : a D'après l'époque d'apparition de la paralysie (syphilitique)^ et les symptômes concomitants^ on peut admettre deux classes de paralysies. La première appartient aux symptômes {Nrécocesde la syphilis constitutionnelle^ son développement est rapide; la paralysie n'a aucune tendance à envahir d'autres nerfs que ceux qu'elle occupe au début ; il n'existe aucun symptôme cérébral^ rien de morbide dans l'état général. La seconde classe se développe à l'époque de la période tertiaire. Sans qu'il existe d'autres syipptômes syphilitiques^ il se développe lentement des paralysies qui vont toujours en s'aggravant^ s'accompagnant de troubles intellectuels et d'accidents généraux. Cette différence dans la marche des paralysies autorise à les rattacher à des lettons organiques différentes. La comparaison avec le développement des symptômes extérieurs de la syphilis peut éclaircir ce point de diagnostic.

(1) Knorre, Deutsche Kiinik, 1849, décembre.

SI 6 PREMIÈRB PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÈME NERYErX.

a On sait que, pendant la première année environ de son exis^ tence, la syphilis se manifeste par des exsudats vers la peau, les muqueuses^ Tiris^ exsudats se formant rapidement^ ayant l'apparence de petites granulations, de petites taches^ et augmentant plutôt en nombre qu'en étendue; ces exsudats prennent des dimensions de plus en plus grandes, par un accroissement lent mais incessant. Nous servant de ces données pour expliquer les causes des paralysies, nous admettrons que les paralysies de la période tertiaire peuvent dépendre de tubercules du cerveau, d'exostoses ou d'hyperostoses de la surface interne du crâne....

a Quant à la cause première de la paralysie dans la période secondaire précoce, nous ne pouvons jusqu'ici nous appuyer sur aucune autopsie, et en sommes réduits aux hypothèses. On peut supposer, dans ce cas, des exsudats de petites dimensions, des granulations isolées ou réunies en groupes, comme dans Pexanthèmeou le condylome, et connaissant la prédilection de la syphilis secondaire pour les tissus riches en vaisseaux, on peut en placer le siège dans la pie-mère, ou, lorsque la lésion ne frappe que des branches nerveuses isolées, dans la substance nerveuse elle-même. On objectera peut-être que des lésions aussi minimes ne sauraient rendre compte des paralysies si étendues qu'on rencontre parfois à cette période. Nous répondrons par ce qui se passe dans les cas de tubercules de l'arachnoïde, alors que des tubercules de la grosseur d'une tête d'épingle produisent également des paralysies. L'invasion brusque de la paralysie ne prouve rien non plus contre notre hypothèse, lorsque l'on considère la rapidité avec laquelle se produit l'exsudation syphilitique, dans l'irilis par exemple. Comme l'iritis, ces paralysies sont ordinairement concomitantes d'exanthème papuleux. Nous nous croyons donc fondés à admettre, comme causes de ces divers symptômes, des lésions analogues, savoir des exsudats soit vers la peau, soit dans l'iris, soit dans la pie-mère.

« On peut admettre à priori que les exsudations syphilitiques peuvent produire aussi bien des convulsions ^ou des douleurs que des paralysies; mais les observations exactes nous font défaut à cet égard. Nous croyons cependant que des convulsions et des douleurs qui cèdent promptement à Tiodure de potas-

8EGT. 11. GHAP. U. — FAITS CLINIQUES. til

sîuiD, après avoir résisté à d^autres moyens^ se rattachent à la même cause, d

A Tappui de son hypothèse^ H. Knorre rapporte trois observations de paralysie survenue au début de la période secondaire, et qu'en conséquence il rattache à des exsudations de la piemère. Nous en rapportons deux ici (OBs.i^Setl^). Dansia première, la syphilis est arrivée à sa période secondaire ; Tinvasion de la paralysie a été^sinon instantanée^ du moins rapide; la paralysie s'est bornée à la moitié de la face et au bras droite ce qui indique une lésion peu étendue ; il n'existe aucun symptôme indiquant une lésion portant spécialementsur la pulpe cérébrale, aucun signe de congestion cérébrale au début. Reste donc Talternative entre une paralysie purement dynamique, comme celles que nous avons admises^ sous toutes réserves^ dans la première partie de ce travail, ou, comme Fadmet Knorre, une exsudation peu étendue dans les méninges de la base du crâne et de la partie supérieure de la moelle. Dans la seconde observation de H. Knorre, nous retrouvons en partie les symptômes du cas précédent; mais, de plus, à la seconde atteinte il survint des signes indiquant un certain degré'd'irritation du cerveau lui-même ou des méninges, entre autres des vomissements qui précédèrent la paralysie de la sixième paire.

Quoi qu'il en soit des idées émises par M. Knorre, de la réalité de ces exsudations précoces sur les enveloppes cérébrales, nous laissons à l'avenir à décider de leur valeur. Dans les deux cas (Obs. 421 et 124) où il nous a été donné de constater à l'autopsie des exsudations sur les membranes cérébrales (pie-mère et arachnoïde), la syphilis était au contraire ancienne, et nous ne saurions décider si le travail morbide remontait à la période secondaire, ou si ces dépôts étaient de date plus récente. Les renseignements anamnestiques nous font entièrement défaut dans l'observation 124; aussi est-ce à un autre point de vue que ce fait nous parait offrir un réel intérêt.

On remarquera en effet que l'autopsie, faite avec grand soin, a révélé des lésions portant sur un grand nombre d'organes et de tissus. En présence d'altérations si nombreuses et si variées quant au siège, on se demande nécessairement, et c'est la ques-

tî% PREMliRB PAITIB^ ^^ SYPHILIS ftU<«ST8TÈ]|lB HnTBVX.

lion que nous nous sommes posée^ si tous les désordres observés ne sont pas les effets d'une même cause. Ce doute devient presque une certitude après Texamen attentif des organes ftltétés. •Qu'y voyons-nousy en effet ? i^ une genèse des éléments d» 4is6D conjonctif; ^ une bypergenèse des éléments desganglions, 4e la rate et du corps thyroïde (glandes lymphatiques^ fvasculaires (Sanguines). Dans le foie, dans le corps pituitaire>.dan&le citlde-sac recto-utérin, nous rencontrons les éléments du tissu cellulaire à une^riode plus ou moins avancée de leur développement ; lout formés et réunis à de la graisse dans le petit bassin, ib sont moins avancés dans le foie, où les corps fusiformeS'Sttit encore très-abondants; moinsavancés encore dans le corps pituitaire, où Ton trouve des cellules, des noyaux, des granulations •et une matière amorphe abondante. A ^intérieur de ee dernier organe les éléments ceiluleux sont déjà en voie rétrograde; ils commencent à se nécroser, ou pour mieux dire à subir la dégénérescence graisseuse. Dans les glandes vasculaires, ce sont les éléments mêmes de ces glandes qui sont augmentés en nombre et en volume. i

Dans Ifétat d'ignorance où nous nous trouvons encore en fait d'anatomie pathologique, surtout quand il s'agit de rattacher une lésion organique à la cause qui Ta produite, nous avons éprouvé d^abord, en présence de ces lésions, une certaine Indécision; bientôt,- cependant, l'apparence gommeuse de la tumeur de la selle turcique, et surtout l'état du foie, en tout semblable à d'autres que nous avions déjà observés et qui tenaient évidemmeÉt leur altération de la diathèse syphilitique, nous firent adoietU?e cette diathèse chez. notre malade, de même que quelques jours plus tard nous avons pu diagnostiquer des excès alcooliques prolongés ehee une femme dont le foie, les reins et le coesr offraient une dégénérescence graisseuse toute particulière (i). Avec l'assurance d^un diagnostic vMi, bien que porté après la mort et d'après le seul examen des lésions cadâi^ériques^t ï'unde nous a soumis à la Société anatomique (2)>le fait et les réflexions

' (1) t'obserVËtton de ce fait est ootisignée dans le& Bulletins de la Société

^e biologie. '. •

. {%)BulU de fa 800. anêl. iS6».

,. SKCT. II. GHAP. II. -T^ fAITS CLINIQUES. Si 9

que nous reproduisons ici; nous regrettons que cette Société ait tronqué, notre observation et supprimé nos réflexions, Aujourd'h|û>et malgré ce qu'il peut y avoir dincomplet dans l'observation que nous donnons, nous sommes plus que jamais convaincus que les lésions que nous avons rencontrées à l'autopsie étaient dues à Tinfluence du virus syphilitique. Nous avons^ en fsffet, pour appuyer notre opini(>n> une autorité imposante qui opii^ manquait alors, c'est celle de H. Yirchow. Voici ce que dit en effet cet auteur à propos des altérations que détermine L'^tfon (de la sypbilis sur les organes internes : « Partout nous ai;pns reconqu deux séries de Ifiéoplasies : Tune se rapprochait de^ formes hyperplastiques ou inflammatoires; l'autre présentAÎijUne analogie plus marquée avec les irritations spécifiques. Dans les deux cas, c'est le tissu conjonctif,. ou. les tissus qui iiû ressemblent (tissu osseux^ tissu médullaire], qui est le point de -départ de l'altération; les éléments spécifiques des tissus (cellules glandulaires, fibres musculaires) s'atrophient par suite de la prolifération du tissu interstitiel, et enfin se détruisent par une espèce, de nécrobiose. Les ganglions lymphatiques et les otgBaxes qui leur ressemblent (follicules linguaux et pharyngiens, amygdaieSjTate) font seuls exception à cette règle. Dans tous çea oisanes> en effet, c'est la cellule ganglionnaire qui est d'abord le point d'où part la prolifération ; mais cette exception n'est qu'apparente. En effet, les ganglions lymphatiques se distinguent essentiellement des autres glandes, et se rapprochent beaucoup plus du tissu conjonctif (i).i> Notre malade aurait akisi présenté les deux ordres de prolifération admis par l'a- Q^tomo-patbologiste allemand, et l'on peut dire que la maladie, chez elle, était complète au point de vue des altérations orga-

rniues.

: -Lor^ même que H. Bennet ne paraît pas non plus avoir considéré le fait que nous lui empruntons (2) comme un exemple de syphilis cérébro-spinale, nous croyons qu'il y a au moins lieu de supposer une relation de cause à effet entre la syphilis antérieure et les lésions cérébrales trouvées à l'autopsie, car ces dernières,

(1) Virchow, toc. cit., p. 171. —(2) Obs. 125.

comme aussi les symptômes fonctionnels observés pendant la vie^ présentent des analogies très-grandes avec les désordres cérébraux de nature syphilitique. L'altération organique consistait en un exsudât disséminé sur une assez grande étendue du cerveau^ mais s'étant en quelques endroits aggloméré de manière à former de petites tumeurs^ ce qui prouve bien ce que nous avons déjà avancé, que Tinduration cérébrale et les tumeurs ne sont que des variétés du même travail morbide, et non deux états anatomiques distincts.

Nous plaçons à côté de celle-ci une observation de M. Flemming, dans laquelle nous trouvons également un véritable exsudât ayant déterminé des symptômes d'encéphalite et la mort en cinq jours. Les détails ne sont pas assez précis pour que nous devions nous appesantir sur ce fait ; mais tel qu'il est, il prouve que nous avons raison de rapporter à cette forme de la syphilis cérébro-spinale un certain nombre de faits que Ton considérait comme appartenant à Tune des formes précédentes (i).

Dans l'observation de Prost la marche des symptômes est digne de remarque : début lent avec signes de congestion cérébrale y amélioration par les sudorifiques , puis céphalée atroce, perte de la vue et paraplégie suivies d'nne seconde guérison apparente; vertiges, évanouissements, mouvements convulsifs avec perte de connaissance, hémiplégie progressive, bégaiement; une troisième fois ces symptômes s'étaient amendés, quand tout à coup la mort survint sans nouveaux accidents inflammatoires; comme Lallemand le fait remarquer, les accidents syphilitiques ont suivi dans leur marche les mêmes oscillations que les accidents cérébraux. L'altération organique consistant en des duretés obrondes, siégeait vis-à-vis l'union des nerfs optiques, ce qui rend compte de l'amaurose; d'autres tumeurs trouvées plus avant dans le cerveau expliquent les autres symptômes observés du côté de la motilité. Nous aurions désiré voir le siège de ces tumeurs mieux défini (2).

Les détails sont encore plus incomplets dans le cas emprunté à M. Yvaren. Céphalée frontale nocturne, obtusion de l'intelli-

(t)0b8. 126. — (2)Ob8. 127.

SBGT. II. GHAP. II. — FAITS CLINIQUES. 221

gence^ mort subite; tumeur dure^ squirrheuse dans le lobe gauche du cerveau, tel est Tabrégé de cette observation dans laquelle une lésion évidemment syphilitique de la table externe du crflne ne laisse aucun doute sur la nature de TafFection. Cette observation prouve encore que des lésions de la substance cérébrale peuvent exister en même temps que des lésions des os du crâne et en être néanmoins complètement indépendantes (i) . a L'état exercé par la malade dans un lupanar du plus bas étage, » qoute M. Yvaren^ a le redoublement des douleurs pendant la nuit, les érosions du périoste et la carie des os du crâne^ ne nous laissèrent aucun doute sur Tinfluence qu'avait exercée le virus ▼érolique soit sur l'état pathologique du crâne, soit sur celui du lobe gauche du cerveau, i»

L'observation 129 est empruntée à Bonet; Lallemand^ qui la reproduit^ la fait suivre de réflexions tendant à établir la nature spécifique des accidents cérébraux ; nous en extrayons ce qui suit : a Les symptômes d'inflammation cérébrale parurent à la môme époque que ceux qui annoncèrent l'existence du virus vénârien; ils augmentèrent simultanément et dans la même proportion jusqu'au moment où un traitement sudorifique fut administré; alors les uns et les autres éprouvèrent la même amélioration; la rechute causée par l'imprudence se manifesta par le retour simultané des symptômes cérébraux et vénériens.... Chaque amélioration des symptômes cérébraux a été due à un traitement antisyphilitique^ etc.... »

C'est encore dans Lallemand que nous trouvons l'observation 430; la lésion consistait, suivant l'auteur^ en une excroissance cancéreuse bien isolée de la substance cérébrale, formée de lobes distincts, d'un tissu grisâtre, dur comme du fibro-carti- Jage. Cette tumeur siégeait dans l'hémisphère gauche et existait sans doute depuis longtemps, comme paraît l'indiquer l'existence déjà ancienne des troubles intellectuels; elle exerçait une compression sur le nerf optique gauche avant sa décussation, d'où l'amaurose droite. Au début la malade avait présenté des attaques épileptiformes,plus tard il y eut compression cérébrale qui se manifesta par un état comateux. C'est la carie du temporal

(1) Obs. 128.

222 PREMIÈRE PARTIE. — 8TPHILIS DU STSTÈHB IfERVEUX.

qui mit Tâcheron sur la voie de la nature syphilitique de Tafieo tion, car la malade était déjà privée de la parole lors de son entrée àrhÔpitaL

L'observation de Bayle et Kergaradec / plus -détaillée ftpm lêls précédentes, présente de l'intérêt. L'afiFection débuta tentemMÉ par de l'affaiblissement^ une amaurose progreësive, unerfiwailygid incomplète; quelques moisplustard^ peiteè subites tfe" eotmaié^ sance, de courte durée, avec résolution' des membresvphfttftrtfdl»> core, attaques.épileptiformes avec «rigidité des membres ^i^^bâqw accès devient plus grave chaque fois le retour à- la'^ santé ^ïM plus lent. Après le troisième accès la langue reste déviée/H MON vient de la paralysie des sphincters; depuis ce ihomént>' les?i|^p^ tomes, de plus en plus intenses, se succèdent 'sansintérruptîotf; tremblements des membres avec paralysie dSr sentiment;' affaiblissement des facultés intellectuelles, paralysie envahissant le corps entier^ stertor et mort. Les lésions trouvées à IlEiutopIrie portaient à la fois sur les os> ■ les méninges et le cervchu. L'af maurose fut un des premiers symptômes observés, e1>'à t^autop^ sienous trouvons les nerfs optiques ne présentant que U^nioiM de leur volume normal et tellement mous, qu'onJes brise enies touchant. L'hémisphère gauche et la partie antérieur de Vhè^ misphère droit sont criblés de tumeurs dures^cartilagineases^^à section lisse; une grande partie de- l'hémisphère (fauche est de^ plus réduite à l'état de bouillie; la même altération existe b ^ moindre degré à droite. Ces lésions expliqtietti les divers symp-' tomes observés du côté du mouvement^ du sentimeint et de l'intelligence. Lors même que l'affection^ dans ce cks^ pai^ëlt àvoii^ débuté parles os, la lésion nerveuse n'en est pas fn(»îns consti^ tuée par de véritables tumeurs cérébrales^ ce qui justifie la place que nous assignons à cette observation (i). On voit de plus par' cet exemple, et par beaucoup d^autre&, que' souvent l'induration cérébrale coïncide avec le ramollissement. Il est infiniment probable , comme nous l'avons avancé dans notre anatomie patho^ logique^ que ce dernier état anatomique est parfoisf'le'cternier' stade de l'induration. C'est là^ d'ailleurs^ la marche commune à' tous les néoplasmes, tubercule^ cancer^ etc....

(I) Ob». 131.

L'observation de Sanson nous montre un ramollissement de l'hémisphère gauche et une ttimeur adhérant à la fois à la substance cérébrale et à la dure-mère ramollie (pachyméningite). U se peut donc encore que, dans ce cas^ l'afifection ait pris naissance en dehors du cerveau; nous voyons cependant les syaq>t^es incjUquant une altération du cerveau débuter en môme temps jque ceux de la méningite (i).

•■ Le début de Faffection par le cerveau est bien plus évident dans l'observation de H.Courtin ; nous devons méme^ dans ce cas, admettre un état congestionuel habituel du cerveau^ ayant faeilité une.extravasation sanguine qui a probablement intéressé le nerf ùjf/Ëqae et produit Tamaurose subite de il- œil gauche; l'œil droit ne a'afifaiblit que plus tard et d'une manière lente. L'état coma* téttx marque le début de la compression cérébrale qui, combattaa par les antisyphilitiques, disparait pendant quelques jours; mais de nouveaux symptômes cérébraux et méningés surviennent et SO' iermiiiiient par la mort. Les caractères anatomiques de la tumeur trouvée à l'autopsie lui assignent une origine inflammatoire; au dire de M. Courtin^ elle était constituée par des collections purulentes à divers degrés de développement; pour M. Barth c'était un produit de suppuration avec parois indurées; H. Ricord y reconnaît les caractères du tubercule syphilitique (2). .

Cette observation est encore intéressante en ce que les lésions des nerfe optiques trouvées à l'autopsie expliquent parfaitement les symptômes observés du côté de la vision. Nous avons vu en efifot que l'œil gauche fut frappé d'amaurose subite qui ne se modifia plus^ tandis que de Tœil droit la vision ne subit pas de troubles aussi intenses : à l'autopsie nous trouvons le nerf optique gaoehe jusqu'au chiasma et la moitié gauche de ce chiasma ramoUiSy'pulpeux^ méconnaissables en certains endroits; à droite an contraire il n'existe que de Tinjection du névrilème. Ce fait est cootraire à Topinion qui admettait un entre-crpisement des nerfs optiques, tout entiers dans le chiasma. On sait aujourd'hui que cet entre<-croisement ne porte que sur les fibres les plus internes de cesoerfs^ tuidis que les fibres externes ne s'entre-^croisentpas. ^

(1) Obs. 132. — (2)0b8. 133.

H. Ricord nous a dit avoir observé des faits démontrant positivement cette disposition anatomique. Ainsi il a vu la cécité frapper VœW du côté du nerf malade comme dans le cas actuel^ tandis que d'autres fois^ alors que la lésion ne portait que sur les fibres internes du nerf^ la paralysie était croisée.

Nous rapprochons de cette observation un fait rapporté par M. Virchow, dans lequel nous voyons à Tautopsie des lésions ayant avec les dernières une grande similitude de nature et de siège. L'affection , dans ce cas, fut considérée d'abord comme de nature tuberculeuse, puisqu'on ignorait les antécédents syphilitiques de la malade; mais^ dit M. Yirchow : a ce serait une tuberculisation très-étrange que celle qui guérirait par un traitement mercuriel et qui^ reparaissant huit mois plus tard avec une acuité nouvelle^ ne laisserait de traces dans aucun autre organe. Si d'ailleurs ce fait ne parait pas décisif, il doit servir au moins à provoquer à l'avenir^ dans des circonstances semblables^ des recherches plus minutieuses. x> Les dépôts caséeux, trouvés dans les poumons, diffèrent des formes habituelles du tubercule^ suivant H. Yirchow^ autant par leur situation que par leur conformation (1).

M. Ludger Lallemand (2) a publié une observation de tumeur gommeuse du cerveau qui présente d'autant plus d'intérêt que M.Leberty a joint une note relative à l'examen microscopique de la tumeur^ note que nous avons reproduite (3). Ce malade présentait en outre une coloration brune très-remarquable de la peau des mains et du front. Or^ on sait qu'à cette époque (1853)^ H. Addison n'avait pas encore appelé l'attention sur la liaison qui^ suivant lui^ existerait entre cette coloration bronzée de la peau et une altération descapsules surrénales. Dans ce cas spécial on peut donc se demander si l'autopsie n'aurait pas révélé une lésion syphilitique de ces organes, une tumeur gommeuse ou un travail hypertrophique. Quant à la tumeur du cerveau, M. Lebert l'a considérée comme une tumeur gommeuse syphilitique. On aurait pu la prendre pour une tumeur tuberculeuse, mais il n'existait de tubercules ni dans les poumons ni dans le mésentère ; de

(1) Obg. 134. — (2) Obg. 185. — (3) Voirp. 160.

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plus le microscope y signale de notables différences avec le tubercule. Nous ferons encore remarquer que cette tumeur^ quoiqu'ayant acquis un développement assez considérable, n'entraîna à sa suite d'autres symptômes cérébraux qu'un peu de délire et de la faiblesse^ et vers la fin seulement^ quelques cris inarticulés. Aussi ce malade ne nous paralt-il pas avoir succombé par le fait de son affection cérébrale ; les douleurs abdominales intenses^ les vomissements^ l'affaiblissement, la faiblesse du pouls nous paraissent pouvoir être rapportés à cet ensemble de symptômes coïncidant le plus souvent avec une coloration bronzée de la peau, et constituant la maladie dite d'Addison. Sans cette complication la mort ne serait pas survenue aussi rapidement, et nous aurions vu se dérouler les symptômes nombreux et variés que nous trouvons dans d'autres cas de tumeurs syphilitiques du cerveau.

Nous devons à l'obligeance de M. Hérard une observation que nous ne pouvons passer sous silence et qui mérite toute notre attention. En la lisant on sera frappé de ce qu'il n'y est pas fait mention d'accidents syphilitiques antérieurs. La malade, en effet, n'avait accusé aucune atteinte de syphilis^ et rien ne venant dévoiler chez elle l'existence de cette diathèse, la paraplégie fut considérée comme chloro-hystérique en raison d'un état de cbloro-anémie prononcée et d'attaques nerveuses antérieures, traitée comme telle, et considérablement amendée. Un an plus tard surviennent des symptômes cérébraux graves , céphalée atroce, somnolence, amblyopie, troubles intellectuels, crises convulsives, vomissements, hémiplégie avec faiblesse générale, puis de la contracture et du coma. A la place du ramollissement qu'on s'attendait à rencontrer, on trouve à l'autopsie une tumeur d'apparence squirrheuse dans le corps strié. Or, cette femme ne présentait aucune trace de cachexie ni de diathèse cancéreuse; l'examen microscopique de la tumeur ne la rapproche nullement des productions cancéreuses. On restait indécis quant à la nature de l'affection, lorsqu'on apprit qu'en 1855, deux ans avant l'apparition de sa paraplégie, cette femme avait été opérée, par M. Cbassaignac, de végétations énormes entourant l'anus. Cette

femme était donc probablement syphilitique, et sans pouvoir

226 PREMIÈRB PARTIE. — » SYPHILIS DU SYSTÈMB NERVEUX.

l'affirmer^ nous serions portés h rattacher à cette dîathèse les accidents et les lésions observés^ plutôt qu'à admettre une affection cancéreuse que rien n'indique. Si l'on eût connu plus tôt les antécédents de la malade^ peut-être eût-on trouvé sur le corps des stigmates qui eussent éclairé la question (i).

Nous avons trouvé dans les auteurs l'indication de faits se rapportant à des lésions syphilitiques du cerveau, qui, comme les précédentes, rentrent dans la classe des tumeurs gommeuses^ mais ces indications sont trop incomplètes pour qu'on puisse les considérer comme des observations. C'est ainsi que MM. Gildemeester et Hoyak (2) disent avoir trouvé dans le lobe antérieur du cerveau, chez un syphilitique, un noyau tuberculiforme consistant en une exsudation amorphe^ hyaline, solide^ transformée en partie en tissu conjonctif.

Friedreich (3) donne la description d'une tumeur du lobe cérébral moyen formée par un tissu brun rouge, ferme et calleux, qui reposait sur une exostose de l'aile du sphénoïde. Le malade avait eu antérieurement la syphilis et une amaurose^ mais avait guéri sous l'influence du mercure et de l'iode.

Dans un fait rapporté dans le Schmidt-Goscken's Jahrbuck (A), on parle d'un individu qui, après plusieurs atteintes de syphilis, fut pris d'amaurose, de céphalée intense avec hén^iplégie gauche. L'autopsie fit voir des excroissances verruqueuses à la partie antérieure du frontal et à l'entour des trous nourriciers des pariétaux. A la partie moyenne du cerveau existait une tumeur grosse comme le poing, de couleur et de consistance égales à celles du cerveau ; comprimant le corps strié et le chiasma des nerfs optiques.

Romberg (5) , à l'autopsie d'une femme syphilitique qui avait offert des symptômes de paralysie et de l'affaiblissement intel-

(1) Obs. 136.

(2) Gildemeester et Hoyak, loc, cit,

(3) Friedreich, Beitr. zur Lehre von den Geschwûlsten in der Schœdeih, 1853. p. 42.

(4) T. Vin, p. 92.

(6) Romberg, Casper^t Wochenschr. Janvier 1834» n9 8*

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lectuely constata un ramollissement des corps striés et trois tubercules du cerveau du volume d'une noisette.

Rappelons enfin les communications faites à TAcadémie de médecine par H. Aicord et par Culiérier, dont nous avons déjà parlé (1).

Les productions syphilitiques du cerveau^ avons-nous dit^ ne présentent pas toujours l'apparence des gommes ou du tubercule^ I^ tumeur sous forme de framboise trouvée par H. Faurès dans le quatrième ventricule d'un de ses malades^ a entraîné des accidents promptement mortels. Certes, en l'absence d'autopsie, on aurait cru dans ce cas à une hémorrhagie cérébrale, et ce nous est un motif de plus pour ne pas considérer comme des cas d'apoplexie tous ceux dont le début est brusque et la marche prompte. Le fait de M. Faurès démontre que, dans les cas d'exsudation syphilitique, le début peut être tout aussi brusque et la marche toute aussi rapide (2).

L'observation 138^ empruntée à Delpech^ nous paraît pouvoir être rapprochée de la précédente. Trois attaques apoplectiformes se suivent à des intervalles variables chez un syphilitique qui n'avait jamais subi de traitement spécifique convenable. C'est à 51 ans seulement qu'apparaissent les symptômes primitifs^ et quinze ans après^ à 66 ans, se déclare la première manifestation cérébrale, précédée pendant un temps fort long de douleurs crâniennes. Chaque attaque laisse après elle des vertiges incessants, de l'embarras de la parole; à chaque attaque le mercure fait rapidement disparaître les symptômes menaçants, et la mort survient par suite de l'interruption prématurée du traitement spécifique. La nature syphilitique des accidents cérébraux nous paraît ressortir clairement de la marche qu'ils ont suivie.

Nous retrouvons encore la même succession de symptômes, les mêmes troubles persistant dans l'intervalle des accès, chez le siyet de l'observation 139. Lallemand voit dans ces accidents successifs autant d'encéphalites; nous avouons avoir quelque peine à retrouver dans ces attaques, dont les suites graves ne persistent que pendant quelques heures, les traits caractéristiques de l'encéphalite. Nous croyons plutôt qu'il n'y a là que des

(1) Voir page 140. — (2) Obs. 137.

hypérhémies très-passagères du cerveau, dont la répétition même a provoqué une lésion plus persistante de l'encéphale. Cette lésion, nous avons de la tendance à la rapporter plutôt à une exsudation qu'à un ramollissement, parce que nous savons que c'est là la forme ordinaire des manifestations syphilitiques sur les centres nerveux.

Comme le malade de M. Faurès, le sujet de l'observation que nous trouvons dans Vidal de Cassis a présenté des symptômes simulant Thémorrhagie cérébrale. Mais la persistance des troubles intellectuels après la disparition des accidents menaçant la vie^ la connaissance des antécédents syphilitiques du malade^ l'âge du sujet, portèrent Vidal à rapporter les accidents, non à une hémorrhagie cérébrale, mais a à une affection syphilitique de la tête. » Le traitement spécifique amena du reste dans ce cas une guérison rapide (1).

Les observations un 'peu brèves de M. Bertherand (2), d'Inman (3), celle un peu plus détaillée de H. Rul Ogez (A), nous paraissent se rapprocher des précédentes, sans que nous pensions devoir nous y arrêter plus longuement.

Par contre, l'observation que nous avons recueillie nous-mêmes dans le service de M. Hérard, mérite à plus d'un titre de fixer notre attention. Nous ne dirons rien de l'asthme qui, chez ce malade, existait antérieurement à la syphilis et était, par conséquent, indépendant de cette cause diathésique. Deux blennorrhagies de longue durée sont les seuls antécédents vénériens accusés par le malade. Un accident, une cause traumatique est l'occasion d'une plaie du cuir chevelu, laquelle donne naissance à une tumeur de mauvaise nature qui s'ulcère ; tandis que l'ulcère guérit avec peine, apparaissent des ulcérations chancreuses sur les parties génitales, et se développe une paralysie de la verge et du voile du palais, puis de la faiblesse dans les membres, des étourdissements, des fourmillements, des douleurs dans la tête et dans les membres; ces symptômes précèdent de peu de jours une paralysie de tout le corps, s'accompagnant d'hypëresthésie, et tous ces accidents s'amendent promptement sous Tinfluence

(1) Obs. 140.— (2) Obs. 141.— (3) Obs. 142, 143, 144, 145. — (4) Ob8.146.

d'un traitement spécifique. On peut se demander si, dans ce cas, les accidents ne se rattachent pas à une lésion étrangère au système nerveux, si en particulier la plaie de tête n'est pas la seule cause des accidents cérébraux. Mais l*os pariétal ne paraît nullement lésé, il n^y a aucun symptôme pouvant faire admettre un travail inflammatoire des méninges. La paralysie elle-même présente d'ailleurs quelque chose de spécial par son étendue, son envahissement presque instantané des deux côtés du corps. Nous croyons donc pouvoir admettre dans ce cas un travail ayant porté directement sur renccphale; nous pensons que les ulcérations des parties génitales étaient déjà un symptôme syphilitique secondaire ou même tertiaire, que la tumeur du cuir chevelu, reconnaissant une cause occasionnelle traumatique, était une gomme ulcérée et qu'un travail analogue, se passant dans le cerveau même, y a donné lieu à une sorte de compression interstitielle qui explique les symptômes nerveux observés. Nous ferons cependant remarquer que Thypéresthésie constitue un symptôme rare et que dans les cas analogues on observe plutôt l'anesthésie (i). L'observation tirée du service hospitalier de M. Briquet nous montre une anesthésie très-remarquable, survenue, après. plusieurs attaques apoplectiformes, en même temps que des symptômes de pariilysie. Ce fait clinique renferme à lui seul à peu près toute la symptomatologie de la syphilis cérébro-spinale : signes de congestion cérébrale, hémiplégie, amblyopie suivie d'amaurose, surdité, névralgie de la cinquième paire, accès épileptiforraes, anesthésie, toutes les classes de symptômes s'y trouvent représentées; aussi admettons-nous avec M. Briquet que ce fait ne peut s'expliquer que par l'existence d'une tumeur intracrânienne; les accidents congestifsdu début nous autorisent, contrairement à l'opinion de M. Briquet, à en placer le siège dans le cerveau lui-même plutôt que dans ses enveloppes osseuse ou fibreuse. Cette tumeur ne saurait être que syphilitique ; le résultat du traitement en fait foi (2). M. Briquet fait suivre cette observation de réflexions, entre autres des suivantes : a Quelle peut être la cause de ces accidents? La manière dont ils ont défi) Obs. 147. --(2)0bs. 148.

230 PREMIÈBE PARTIE. — 8TPBUJS DU 8T8TÈ1IB lŒRVEUX.

buté semble indiquer qu'il y a eu congestion cérébrale ^èsintense^ suivie même d'une petite hémorrhagie dans les circonvolutions.... Il reste toujours à expliquer comment il est survenu des accidents épileptiformes se reproduisant à peu près tous les quinze jours. Cette forme d'accidents appartient évidemment à la compression des centres nerveux par une tu* meur. Hais cette tumeur où siége-t-elle? Est-ce dans le cerveau, dans SCS membranes, ou dans son enveloppe osseuse? Gomment comprime-t-elle des points assez étendus pour qu'il y ait à la fois perle de la vue, c'est-à-dire compression du nerf optique, paralysie de sensibilité de la face, c'est-à-dire compression de la cinquième paire et en même temps compression des cordons nerveux qui vont porter la sensibilité à la peau du tronc et des membres inférieurs? x> M. Briquet conclut à la probabilité d'une tumeur osseuse de la base du crâne.

Vidal de Cassis intitule « gomme du cerveau x> une observation dans laquelle nous voyons encore se succéder des symptômes de congestion cérébrale, des douleurs syphilitiques intenses, une attaque apoplectiforme suivie d'hémiplégie sans perte de connaissance et d'affaiblissement notable de la mémoire; l'ensemble de ces symptômes, leur disparition en quelques jours sous l'influence des antisyphililiques, l'existence concomitante de symptômes manifestement syphilitiques, tels qu'une iritis et un condylome à l'anus, toutes ces raisons engagèrent H. Nélaton, dans une de ses leçons cliniques, à diagnostiquer une lésion spécifique de la tête. 11 en suppose le siège dans le cerveau lui-môme, et non dans ses enveloppes, parce que, dit-il, «nulle partie périoste niles os ne sont atteints; il faudrait donc admettre une exostose ou une périostose interne du crâne. Ce n'est pas l'habitude des manifestations de la diathèse syphilitique de s'adresser ainsi tout d'abord à la table profonde des os du crâne. Ajoutez à cela que la manière assezrapidedontlesaccidentssesontamendés est peu conciliable avec l'hypothèse d'une altération des tissus osseux et fibreux (i). » La guérison, dans ce cas, futobtenue par Tusage du mercure suivi de i'iodure de potassium, ce qui ne justifie pas les craintes émi-

(1) Obs. 149.

SEGT. II. CHAP. II. — FAITS CLINIQUES. 23 i

sesdan&ces derniers temps par quelques auteurs, et sur lesquelles nous aurons Toccasion de revenir.

Dana Tobservation que H. Martin-Damourette a bien voulu nous communiquer, nous voyons ce praticien éviter Terreur qui fit rapporter un certain nombre de faits semblables à Thémorrhagie cérébrale. Nous ne pouvons qu^abonder dans le sens de H. Martin, et avec lui nous croyons que, dans ce cas, les accidents dépendent^ non d'une apoplexie ni d'un ramollissement, mais de ^altération la plus fréquente du système nerveux dans la syphilis^ Texsudation plastique. Nous appelons aussi en passant l'attention sur les doses énormes d'iodure de potassium qu'absorbe ce malade, et sur le retour des accidents dès qu'on vient à interrompre le traitement, preuve évidente d'une lésion persistante, et circonstance qui met la marche de l'afifection en opposition complète avec celle de l'apoplexie (i).

Lorsque les dépôts plastiques^ les tumeurs cérébrales n'ont qu'un volume restreint, lorsqu'elles siègent dans les hémisphères^ principalement dans les lobes antérieurs et à leur partie inférieure^ les symptômes qu'elles provoquent sont moins nombreux que dans les observations qui précèdent et portent plus spécialement, soit sur les fonctions sensoriales, soit sur des branches nerveuses isolées. Ainsi, dans l'observation de M. Schutzenberger (2)y longtemps après des symptômes congestifs vers l'encéphale ayant entraîné une hémiplégie passagère et des troubles plus durables du côté de rintelligence, nous voyons survenir lentement, graduellement une céphalée atroce, un affaiblissement progressif de la vision de l'œil gauche et une paralysie complète de la troisième paire et du facial du même côté; plus tard encore les symptômes de paralysie s'étendent à un bras. M. Schutzenberger admet dans ce cas une lésion extra-cérébrale, une tumeur gommeuse ou osseuse faisant saillie dans la cavité crânienne. Nous ne saurions admettre cette interprétation, et les symptômes congestifs précédant les symptômes de compression nous paraissent appartenir exclusivement aux lésions commençantes de la substance nerveuse elle-même. En effet, dans les nombreux cas

(1) Obs. 150. — (2) Obs. 151.

de lésions nerveuses indirectes que nous passerons en revue plus loin, nous ne rencontrerons presque jamais les symptômes congeslifs vers les centres nerveux que parmi les accidents ultimes marquant Textension de la lésion au tissu nerveux. Si, dans ce cas spécial, on veut conclure k une lésion des enveloppes crâniennes en raison de la sensibilité que présentait à la pression un point du crâne , il faut admettre un double travail morbide, Tun dans le cerveau, Tautre dans les enveloppes crâniennes. Nous n'admettons de même que des lésions exsudatives trèsrestreintes dans Tobservalion 452. Dès leur début les accidents cérébraux furent combattus par Tiodure de potassium qui, administré d'abord à doses insuffisantes, n'empêcha pas le développement de nouveaux symptômes nerveux, tandis qu'à doses plus fortes il fut suivi de la disparition de tous les phénomènes morbides. Il y a là un enseignement pratique sur lequel nous aurons l'occasion de revenir.

L'observation de M. Knorre (Obs. 453) cadrerait mieux avec la symptomatologie des accidents nerveux. indirects, quant au mode d'invasion des symptômes, mais la variété et l'étendue des parties atl'ectées, l'absence d'exostoses sur d'autres points du corps, nous font admettre dans ce cas, comme nous avons vu plus haut M. Nélaton le faire dans des circonstances analogues, une tumeur de la substance cérébrale elle-même. Quoi qu'il en soit, nous voyons dans cette observation une paralysie de la sixième paire disparaître sous l'influence du mercure, puis bientôt après survenir des troubles intelloctuels, une hémiplégie incomplète s'étendant aux nerfs de la sixième et de la septième paire ainsi qu'aux sphincters, réunion de symptômes assez rare.

C'est encore une lésion cérébrale que nous admettons dans l'observation si intéressante de M. Martin Magron, et nous en plaçons le siège dans les hémisphères. Nous y remarquons en effet des troubles de l'intelligence et de la paralysie portant sur le nerf optique et sur l'oculo-moteur commun gauche, réunion de symptômes que nous avons rencontrée dans des cas où l'autopsie démontra l'existence d'une tumeur à la face inférieure des hémisphères (4).

(OObs. 154.

BEGT. II. GHAP. II. — FAITS CLINIQUES. 233

L'observation i 55; de Knorre, présente de plus la paralysie de la septième paire. Les symptômes s'étant, dans ce cas, étendus à toute la moitié du corps^ il faut admettre que la lésion cérébrale a été elle-même plus étendue et plus profondément située que dans les observations précédentes.

Il en est de même dans Tobservation que nous avons recueillie nous-mêmes dans le service de M. Laugier à THôtel-Dieu (1).

Chez le malade de M. Maccarthy les désordres ont débuté par des symptômes de congestion cérébrale ; puis les nerfs de la face, et notamment la septième paire, sont devenus le siège d'un trouble fonctionnel permanent. Dans ce cas^ pas plus que dans les précédents, la paralysie faciale ne dépendait de ganglions engorgés, comme nous verrons bientôt que cela a souvent lieu. A quelle cause rapporter cette paralysie? Évidemment encore à une cause intra-crânienne, ce que démontrent les éblouissernents du début et la déviation de la langue et de la luette. La lésion la plus admissible est l'existence d'une tumeur comprimant à la fois la septième et la huitième paire. L'abolition on au moins l'affaiblissement de Todorat est une conséquence ordinaire de la paralysie de la septième paire, si l'on en croit MM. Bell, Diday etLonget (2); on peut aussi rattacher à la mémo cause la diminution de sensibilité gustalive dans la moitié gauche de la langue. Quant à la surdité, le facial étant, dans son trajet intracrftnien, constamment accolé à la huitième paire, rien n'empêche d'admettre que la compression a porté en même temps sur ces deux paires nerveuses. C'est donc à l'existence d'une tumeur spécifique, comprimant les deux nerfs avant leur entrée dans le conduit auditif interne, que nous nous arrêtons pour expliquer les phénomènes de paralysie dans ce cas spécial, tumeur qui a dû avoir un volume restreint pour ne pas produire des désordres plus étendus (3).

Chez le malade de M. Rayer (Obs. 158) nous voyons la cachexie syphilitique s'établir assez promptement. C'est à elle que nous rap-

(1) Obs. 156.

(2) Longet, Anat. etphysiol. du syst. nerv.t i. II, p. 446. (8) Obs. 157.

234 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTEMS HBRYECX.

portons lafièvre intermittente irrégulière qui précéda les accidents nerveux. Des douleurs névralgiques de la cinquième paire^ une contracture du masséter annoncent une nouvelle phase de la maladie générale ; puis survient une paralysie de la troisième paire qui s'étend à la sixième, si bien que le globe oculaire a perdu tous ses mouvements. Tous ces symptômes se dissipent sous rinfluence des mcrcuriaux. Peut-on admettre dans ce cas une lésion des tissus osseux et fibreux ayant exercé une compression sur le trajet des nerfs de la troisième et de la sixième paire pour amener une paralysie des parties que ces nerfs innervent, sur le trajet de la cinquième paire pour produire la dévralgie faciale et la contracture du masséter? Nous ne le pensons pas, et les éblouissements, les étourdisscments qui ont marqué le début des accidents nerveux nous font considérer, dans ce cas, de même que dans les précédents, comme plus probable, une lésion directe du cerveau ou des méninges.

Nous rapprochons encore de ces faits deux observations recueillies par nous-mêmes dans les hôpitaux; toutes deux paraissent se rapporter à des lésions directes du cerveau, et leur nature syphilitique ne nous parait pas douteuse. Nous signalons dans Tobservation 159, comme digne de remarque, les accidents d'hémichorée qui succédèrent à la paralysie, Tinsuccès des remèdes énergiques qui ne s'attaquaient pas à la cause diathésique des accidents, et le prompt efiet du traitement mercuriel, lors même que nous avons tout lieu de croire qu'en donnant le calomelH. Legroux ne pensait pas faire un traitement antisyphilitique, mais qu'il l'administrait plutôt en vue de son action altérante générale.

Dans l'observation 160, prise dans le service de M. Marrotte, malgré les dénégations obstinées de la malade, malgré l'absence de tout symptôme syphilitique concomitant, le prompt eflFet de l'iodure de potassium nous porte à admettre la nature syphilitique, tant des névralgies anciennes rebelles à tous les autres moyens, que des accidents cérébraux récents qui se rapportent pour nous à la forme exsudative de la syphilis cérébro-spinale.

Jusqu'ici nous avons vu les lésions syphilitiques et principalement les tumeurs siéger dans un point du cerveau. On peut

SEGT. 11. GHAP. II. — FAITS CLINIQUES. 235

aussi en rencontrer dans le cervelet et dans la moelle. C'est ainsi que H. Bertherand (1) a trouvé, chez un militaire syphilitique^ mort subitement à Thôpital militaire de Strasbourg en 1851^ le centre du cervelet occupé par une tumeur grisâtre considérable^ qui offrit au microscope des caractères histologiques analogues à ceux du tubercule cancéreux. Il avait existé chez lui un peu de lenteur dans la locomotion et d'hébétude dans le faciès^ mais pas* de paralysie proprement dite.

Nous rapportons ici Tobservalion du malade de Ward que Lallemand considère comme un exemple de tumeur syphilitique du cervelet, lors même que l'observation ne parle pas d'antécédents syphilitiques; la lésion anatomique présente en effet un aspect analogue à celui des tumeurs syphilitiques. On comprend le peu de cas qu'on doit faire d'assertions aussi vagues; néanmoins le caractère franchement nocturne des douleurs^ l'amélioration prononcée survenue sous l'influence d'un traitement raercuriel intempestivement interrompu^ plaident en faveur de l'opinion de Lallemand, sans enlever toute incertitude. C'est à la liqueur arsenicale que Lallemand attribue la mort de ce malade(OBS. 461).

L'observation de M. Greppo (Obs. 162] parait avoir également trait à une lésion du cervelet. En effet M. Longet et les physiologistes en général admettent que cet organe est le siège exclusif de la coordination des mouvements de locomotion. Suivant Magendie, toute lésion du cervelet provoquerait une tendance à un mouvement de recul. Ce symptôme et d'autres très-particuliers observés chez le malade de H. Greppo, tels que le siège spécial qu'occupaient chez lui les douleurs ostéocopes^ peuvent faire admettre que la lésion^ très-probablement une tumeur syphilitique^ avait son siège dans le cervelet.

De ces faits se rapproche encore celui que H. Hillairet^ dont on connaît les intéressants travaux sur la pathologie du cervelet^ a rapporté récemment à la Société médicale des hôpitaux. Nous croyons que chez ce malade la lésion n'était pas exactement limitée au cervelet, mais s'étendait très-probablement vers la

(0 Bertherand, Malad. vénér.^ p. 313. Paris-Strasbourg, 1852.

base du cerveau^ ce qui expliquerait les symj^tômes multiples offerts par certaines paires nerveuses (Obs. 463).

Nous pourrions en rapprocher également une observation publiée par M. Rennes (i)^ si nous n'avions pas des doutes sur la nature syphilitique de Taffection dans ce cas, en raison de Tagent thérapeutique qui amena laguérison. Nous avons en effet peu de foi dans l'action antisyphilitique de Topium; dans un certain nombre d'affections nettement syphilitiques, nousTavons vu sans aucune action curative, et toujours c'est au mercure ou à Fiodure de potassium qu'il a fallu recourir pour triompher des accidents (2). En second lieu, en admettant démontrée la nature syphilitique des accidents chez le malade de M. Rennes, l'existence d^altérations osseuses au moment de Tapparitioiî des désordres du côté de la locomotion, nous porterait à admettre dans ce cas une lésion des parois internes du crâne comme cause des accidents. Mais syphilitique ou non, la lésion a certainement réagi, chez ce malade, sur les fonctions dévolues au cervelet.

On lit dans Lallemand (3) : « J'ai vu, avec mon ami le professeur Dunal, deux végétations semblables à des choux-fleurs vénériens sur la moelle allongée d'un sujet dont les antécédents étaient de nature à faire soupçonner l'existence du virus syphilitique. Ces végétations ressemblaient tellement à celles qu'on observe sur les organes génitaux et à l'anus dans les véroles constitutionnelles que la comparaison se présenta à l'esprit de tous ceux qui assistaient à l'ouverture du corps. »

Chez le malade de M. Reynaud (4) on a noté une densité exagérée de la moelle épinière. Cette induration était-elle, comme l'induration cérébrale de notre malade des Incurables, due à une infiltration de la pulpe nerveuse par une substance amorphe, constituait-elle une sclérose de la moelle, c'est ce que le manque de données micrographiques nous empêche de décider. Malgré ce mince bagage anatomo-pathologique, jugeant par analogie avec ce que nous avons constaté dans le cerveau , nous

(1) Rennes, Ârch. gén. de méd. Février 1832, t. XXVllI, p. 202.

(2) C'est te qu'on voit, entre autres, dans notre observaUon 13, p. 48.

(3) Lallemand, Lettres sur l'encéphale^ t. III, p. 106.

(4) Obs. 111.

S8GT. II. GHAP. 11. — FAITS CLINIQUES. 237

croyons devoir admettre Texistence d'exsudats de la moelle dans les observations suivantes.

Le fait rapporté par notre excellent confrère, M. Ch. Bernard, nous montre une paraplégie de cause syphilitique ; la paralysie des sphincters indique clairement une lésion portant sur la moelle, et Pabsence de sensibilité de la colonne épinière à la pression, de tout signe indiquant une altération du canal osseux, nous porte à placer la cause organique delà paraplégie dans la moelle elle-même (1). Nous serons plus affirmatifs encore si nous admettons, avec Oppoltzer, de Vienne, que la sensation particulière éprouvée par ce malade, cette constriction abdominale signalée dans Inobservation, appartient exclusivement aux affections de la substance médullaire, et n'existe pas dans les affections qui ne portent que sur les enveloppes de la moelle. Cette constriction rappelle la sensation d'oppression épigastrique qui accompagne le tétanos ou certaines angines de poitrine; elle peut occuper différentes hauteurs du tronc; chez le malade de M. Ch. Bernard elle siégeait au-dessous du diaphragme. H. Bernard accompagne son observation de réflexions très-judicieuses (2).

Est-ce à une tumeur de la moelle ou à une lésion osseuse ou fibreuse que nous devons rapporter les accidents de paraplégie survenus chez le malade de M. Moissenet? L'absence de signes extérieurs de lésions osseuses , Tabsence d'atrophie, l'ensemble gymptomatique de la maladie, nous font pencher vers la première hypothèse; la promptitude de Tamélioration ne prouve rien, car nous avons déjà vu que la disparition, môme rapide, des symptômes fonctionnels ne prouve nullement que la lésion ait dispara. Ce malade est d'ailleurs encore en traitement pour une rechute qui suivit de près l'interruption prématurée du traitement spécifique (3).

L'observation de Knorre se rapporte, suivant cet auteur, à une exsudation sur la pie-mère rachidienne (4). La période précoce à laquelle survint la paralysie, son invasion brusque, instantanée, nous font rapprocher ce fait de ceux que nous avons rattachés à

(1) Obs. 164.

(3) Union médicale, 26 nov. 1853.

(2) Obs. 166. — (4) Oba. 166.

rhypérhémic. Lorsque tious résumerons ce que nos observations nous enseignent touchant la marche des accidents dans la forme exsudative de la syptiflis cérébro-spinale, nous insisterons sur la fréquence des accidents congestifs comme première période de la maladie.

Cest encore à une lésion des centres nerveux que nous rapportons Taffection complexe du malade dont nous donnons ici l'observation détaillée (l ). Prise dans son ensemble, l'histoire de ce malade retrace assez exactement ce que, dans la science moderne, on est convenu d'appeler la paralysie générale des aliénés. Nous nous croyons donc autorisés à admettre, dans ce cas et dans ceux que nous en rapprochons, comme lésion organique, celle qui, de nos jours, passe pour caractériser la paralysie générale des aliénés, leramollissementpériphérique du cerveau suivant M. Parchappe, lésion à laquelle, suivant MM. Lélut et Baillarger, il faudrait ajouter l'atrophie avec induration du cerveau. Ce qu'il y a de certain, c'est que chez notre malade la syphilis a joué un grand rôle, et d'accord en cela avec M. Duprat (2) et bien d'autres, nous nous demandons si on ne doit pas attribuer à la syphilis une part d'action dans l'étiologie d'un certain nombre de folies paralytiques, affection si déplorablement fréquente de nos jours. Nous avons déjà indiqué les idées très-arrétées que professent à cet égard MM. Essmarck et Jessen, Hildenbrandt et autres aliénistes (3). Les faits suivants, joints à ceux que nous avons déjà rapportés, serviront peut-être un jour à élucider celte question importante; quant à nous, nous ne saurions mettre en doute que la syphilis ne soit une cause puissante de la paralysie générale des aliénés.

L'observation de M. Arthaud(4f) ne présente que peu de détails; celle que nous devons à l'obligeance de M. Siredey, et qui a été prise à l'Hôtel-Dieu dans le service de H. Laugier, suppléé à ce tnoment par M. Richet, nous offre un symptôme très- fréquent dansr la paralysie générale des aliénés, la monomanie ambitieuse. Notons cependant ce fait, sur lequel nous insisterons plus tard, que dans cette affection les troubles des sens sont rares, et que

(1) Obs. 167.— (2) Duprat, Thèses de i>am, 1867, n© 165.— (3) Voir p. 125, — (4) Obs. 168.

BBGT. II. GHAP. II. — FAITS CLINIQUES. 2^39

dans ce cas leur existence doit faire supposer une altération cérébrale plus profonde; la moelle aussi a participé à Paltération^ et c'est môme vers la partie rachidienne des centres nerveux que Taifection a débuté^ ce qu'indiquent la marche et la succession des accidents. Nous avons entendu M. Richet rapporter^ dans ce cas^ les accidents à une méningite syphilitique (i).

L'existence de symptômes cérébraux au début de Taffection chez le malade que nous avons examiné dans le service de M. VelpeaU; nous empêche de considérer chez lui la paralysie générale comme essentielle^ Il y a eu évidemment^ au débuts un travail congestif ouexsudatif sur une grande étendue des centres nerveux^ car les symptômes ont porté à la fois sur les fonctions cérébrales et sur celles que régit la moelle épinière. Ici encore nous retrouvons la constriction thoracique d'Oppoltzer^ et de plus une atrophie survenue longtemps après le début de la paralysie (2).

Les observations de Read (3)^ et de H. Devay (4), peuvent être rapprochées des précédentes, mais nous paraissent moins concluantes; la lésion^ dans ces cas^ pourrait bien être une méningite chronique avec exsudation sur les méninges^ comme l'autopsie en a démontré l'existence chez les malades des observations de MM. E^marcket Jessen et de M. Hildenbrandt. Dans cette dernière observation nous remarquons l'existence d'un noyau cartilagineux jaunâtre entre les deux feuillets de l'arachnoïde (5V L'ob- .servation de MM. Essmarck et Jessen se borne à signaler des exsudations sur l'arachnoïde (6). Il est à regretter que les auteurs de ces deux observations n'aient pas cru devoir entrer à ce sujet dans de plus amples détails.

. . . Dana l'observation que nous avons prise à la Charité nous retjirouyons des troubles cérébraux, de l'amblyopie^ du bégaie- .mept ayaat précédé les lésions de la motilité et de la nutrition dans le bras gauche. Nous avons cherché avec le plus grand soin quelque signe de tumeur^ soit des muscles, soit des os, qui-pùt rendre compte de ces accidents si nettement localisés, maisnous

(l)0b8. 169. — <2)0bs. 170.— (3)0bs. 171. — (4)0bs. 172. — (5)Ob8. 173. — (6) Obs 174.

n'avons rien pu constater. Nous avouons que^ dans ce cas^ le genre de lésion du système nerveux nous parait très-difficile à préciser (i).

Après les lésions exsudatives siégeant dans les centres nerveux^ disons un mot de celles qui intéressent directement les différentes paires nerveuses. Nous avons signalé dans notre anatomie pathologique les diverses données fournies par les autopsies; nous avons vu^ dans un grand nombre des observations qui précèdent, que la plupart des nerfs crâniens peuvent être compris dans les altérations des centres nerveux. Nous compléterons cet ensemble en rapportant ici quelques faits de lésions exsudatives portant uniquement sur Tappareil visuel.

C'est ainsi que nous rangeons ici un cas d'œdème rétinien chez un malade dont nous avons nous-mêmes examiné les yeux à Tophthâlmoscope, et chez lequel nous avons pu constater de visu la cause rétinienne de l'amaurose (2).

Nous en rapprochons trois observations de choroïdite exsudative empruntées à la thèse de M. Schultze (3). Nous nous sommes déjà expliqués sur les données anatomo-pathologiques et les résultats que fournit Texamen opthalmoscopiquedans ce genre d'affections, nous n'avons donc plus à y revenir. Nous signalerons cependant que dans l'observation 179 l'ophthalmoscope a fait reconnaître, outre l'exsudat de la choroïde, une opacité centrale de la capsule du cristallin de l'œil droit, et quelques stries circonférentielles dans la capsule antérieure du cristallin de l'œil gauche. L'ophthalmoscope vient donc confirmer ce que H. Ricord a avancé depuis longtemps, que la syphilis peut produire des cataractes (4). Hais ces cataractes, pensons-nous, sont le plus souvent de fausses cataractes ou des cataractes capsulaires. On en jugera, du reste, en lisant les observations 180 et 181, que leurs auteurs rapportent comme des faits de cataracte syphilitique.

Dans les deux observations qu'a bien voulu nous communiquer H. Hetaxas, l'exsudat, reconnu syphilitique par HH. Deval

(1) Obs. 176. — (2) Oba. 176. — (3) Obs. 177, 178 et 179. (4) Voir p. 164.

SEGT. 11. GHAP. II. — FAITS GLINIQUBS. 241

et Follin^ siégeait^ non plus sous la rétine^ mais sur la rétine^ ce quindiquaient clairement la coloration de l'expansion rétinienne etPinspection des vaisseaux sanguins. Nous intitulerons ces deux faits : Exsudât rétinien (1).

Disons enfin^ en terminant que^ dans Tétat actuel de la science^ le mot amaurose, qui antérieurement servait à désigner tous ces faits, n'a plus aucune valeur^ et quHl n'est plus possible de se contenter d'un diagnostic aussi superficiel. Qui se borne aujourd'hui à diagnostiquer une hydropisie, sans en rechercher la cause organique? Il en est de même de Pamaurose; ce mot doit disparaître du vocabulaire scientifique, car si on le conservait, ce ne pourrait être que pour désigner exclusivement la cécité ne reconnaissant aucune cause organique, la cécité essentielle. Or^ au dire de Makenzie, Jûngken et d'un grand nombre d'ophthalmologistes, la cécité essentielle n'exist,e pas. Nous avons, pour notre part^ suffisamment insisté sur les causes organiques diverses qui président au développement de la cécité et qui doivent être rattachées à la syphilis, pour que nous n'ayons plus à y revenir.

OBSERVATIONS

Observation 120. — Enfant mort subitement quatre jours après sa naissance. Indurations cérébrales. — La mère de cet enfant a eu huit enfantsdont pas un n'a vécu ; pendant sa dernière grossesse elle a fait deux chutes; la dernière, survenue peu de jours avant raccouchement, s'est accompagnée d'un écoulement sanguin peu considérable. Elle dit n'avoir aucun antécédent ni tuberculeux ni syphilitique. L'enfant est venu à terme; il était médiocrement constitué, mais a bien pris le sein et n'a eu ni assoupissement, ni coloration anormale, ni diarrhée. Le quatrième jour la mère, en se réveillant, trouve l'enfant mort sur SQn sein. Autopsie. Membranes du cerveau normales, pie-mère ÎDJectée de sang noir. Substance cérébrale normale, sauf un certain nombre de points assez étendus où elle offre un aspect grisâtre ; au niveau de ces points la substance cérébrale est plus dure. On y reconnaît une dizaine de petites tumeurs de 1 centimètre de diamètre, de formes diverses, éparses, enclavées dans la masse cérébrale et ne

(I)0b8. 1S2 et 183.

pouvant être énucléées. M. Robin examine cette altération au microscope ; il la désigne sous le nom de sclérose, et y trouve du tissu fibreux^ une matière amorphe, granuleuse, une altération spéciale de la substance nerveuse proprement dite. Le cœur, gorgé de sang noir, renferme de petites tumeurs semblables à celles du cerveau, mais qui n'ont pu être examinées au microscope. M. Robin a pensé, en présence de ces lésions, que la mort a dû être instantanée. M. Gubler pense que, dans ce cas, il y a eu évidemment formation d'un tissu accidentel, et en présence de ces avortements si nombreux, il est porté à croire qu'on aurait pu remonter chez la mère à des antécédents syphilitiques. — (Legroux, Union médicale, 19 juin 1858.)

Observation 121. — Syphilis antécédente ; céphalalgie, somnolence, hémiplégie, paralysie de la 3® paire, amblyopie, perte de la parole, coma, mort. Épanchement ventriculaire, induration et ramollissement partiel du cerveau, exsudais sur les méninges, — Doron, âgé de 68 ans^ employé des contributions, ancien militaire, entre à l'inOrmerie des Incurables-Hommes (service de M. Hillairet) le l*^*^ juillet 1858. Cet homme, de taille moyenne, de bonne constitution, de tempérament lymphatico-sanguin, avait fait, en avril, un premier séjour à l'inOrmerie pour un enrouement. A cette époque il nous dit avoir eu, à l'âge de 20 ans, une gonorrhée et un chancre qui guérirent sans aucun traitement ; six mois ou un an après il perdit ses cheveux, et eut sur le front une éruption dont il porte actuellement encore les traces : ce sont des cicatrices blanches, arrondies, légèrement déprimées. L'enrouement qu'il accusait alors remontait à huit ou dix mois. Des vésicatoires appliqués au larynx étaient restés sans effet ; les accidents syphilitiques antérieurs avoués par le malade, les cicatrices du front ayant fait soupçonner une affection laryngée de nature syphilitique, on venait de prescrire l'iodure de potassium, quand le malade demanda sa sortie au bout de cinq ou six jours. L'enrouement persista. Aujourd'hui, 1*' juillet, il accuse une céphalalgie violente occupant toute la tète, surtout le sommet, de la pesanteur de tète et une somnolence continuelle (saignée, lavement purgatif). Le lendemain on applique des sangsues. Sous l'influence de ce traitement le malade parait sortir de sa torpeur, ses douleurs sont moindres. On s'aperçoit alors que la paupière droite est plus abaissée que la gauche, que la vue est affaiblie, que le malade a l'ouïe dure, principalement de l'oreille droite.

Le 8 juillet, on donne 50 ceniigr. d'iodure de potassium, qu'on porte le 12 à 1 gramme. Le 15, le malade accuse une grande faiblesse

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dans la moitié droite du corps et tombe plusieurs fois en marchant. Le 16, il peut faire exécuter des mouvements à ses membres lorsqu'il est au lit^ mais la main droite ne peut plus rien serrer. Le sentiment est aboli dans tout le côté droit, la parole est lente ; le malade^ un peu engourdi, paraît chercher ses réponses ; la céphalalgie est cependant peu vive .

Le 1*' août^ la paralysie a en partie disparu, la motilité est un peu revenue; ainsi le malade peut lever la jambe, porter la main à sa tète et serrer assez fortement. Il sent quand on le pince et n'accuse {dus aucune douleur de tête. 11 existe encore de la somnolence et ime grande lenteur de la parole ; cependant il parait avoir moins de peine à trouver les mots. On continue Fiodure de potassium. Le 5, l'état est le même ; on applique un séton à la nuque, tout en continuant le traitement spéciOque.

Le 10, le malade a moins de torpeur, parle plus facilement; les forces reviennent dans le côté droit, le malade commence à marcher seul. La sensibilité se rétablit aussi. Néanmoins la paupière supérieure est encore paralysée et ne peut se relever complètement, aussi Toeil, de ce côté, paraît-il plus petit que l'autre. L'appétit est bon, les digestions sont normales. (lodure de potassium, 2 grammes par jour.) Le 20, l'amélioration fait des progrès. Le mouvement et la sensibilité se rétablissent de plus en plus dans le côté paralysé, le malade mftrche facilement seul ; la vue et l'ouïe se fortifient. (On supprime le séton et on suspend l'iodure de potassium). Le 25, l'état général est moins bon; le malade accuse une fatigue générale, de Tengourdissement dans tout le côté droit ; il a de nouveau un peu de somnolence. (Purgatif, vésicatoire à la nuque.) Le i^' septembre, les accidents ont de nouveau disparu et le malade sort de l'infirmerie ayant encore un peu de faiblesse dans les membres du côté droit, un peu de somnolence, Tintelligence un peu obtuse; la mémoire surtout lui fait défaut.

Il rentre le 27 septembre pour une diayrrhée intense qui cède en trois jours à Topium et au sous-nitrate de bismuth. Mais à peine le flux intestinal est-il arrêté que les symptômes cérébraux reparaissent. Pendant la nuit le délire est assez violent pour nécessiter la camisole de force, et alterne avec le coma. En peu de jours le faciès s'altère considérablement et tout fait supposer qu'une nouvelle tumeur est venue comprimer encore une fois le cerveau. On reprend Tiodore de potassium à la dose de 50 centigr. qu'on porte au bout de quatre jours à 1 gramme. Les symptômes s'amendent à peine. Le 8 octobre^le délire augmente, et ne disparait que pour foire

place à un coma profond. Le 9, M. Hillairet, supposant un épanchement dans les ventricules^ prescrit, outre Tiodure de potassâum^ un Yésicatoire sur le sommet de la tête et deux pilules d'opium. Pendant toute la journée du 10, le malade a cherché à arracher son Yésicatoire ; la soirée et la nuit ont été plus calmes. Ce matin, réponses assez nettes. Le 13^ toujours du délire nocturne. L'appétit et les forces déclinent ; le malade ne peut plus marcher^ mais c'est surtout la jambe gauche qui lui fait défaut. Le faciès exprime la souffrance^ les pupilles sont contractées. (lodure de potassium^ ^ gr*; supprimer Topium.) Le 15^ raffaiblissement continue; le malade se plaint de ne pouvoir avaler sa salive, rien à la gorge. Torpeur comateuse pendant la journée; quand on vient à le réveiller^ il a des soubresauts et des bâillements continuels, puis il retombe dans le coma. L'œil gauche est rouge et douloureux. Quand le malade parle, le côté droit de la face se contracte plus que le gauche , de sorte qu'on pourrait, au premier abord, croire à une paralysie du côté gauche, la commissure droite et la joue du même côté étant tirées en haut au moindre mouvement. Le malade se plaint sans pouvoir préciser le siège de son mal. (Supprimer Tiodure de potassium.)

Le 21^ le mal dégorge a disparu; on reprend Tiodure de potassium à 50centig.Le malade s'affaisse et maigrit beaucoup. Le 27, le délire et l'agitation nocturnes ont disparu; torpeur très-intense, réponses lentes, difficiles, souvent incohérentes; selles involontair6â. Le 30, pupilles dilatées et immobiles; la sensibilité paraît intacte sur toute la surface du corps, le malade accuse vivement la douleur lorsqu'on le pince. Le 22 novembre, raffaiblissement va toujours croissant, le malade devient moins sensible aux excitations extérieures, retire moins vivement les jambes quand on le pince, et ne. prononce plus que des sons inarticulés et sans suite ; il ne reconnaît plus les personnes de sa famille. Le malade traîne encore pendant quelques jours et succombe dans la matinée du 6 décembre.

Autopsie 36 heures après la mort : Amaigrissement considérable de tout le corps. Os de la voûte crânienne d'une grande dureté, comme éburnés^ ne pré.sentant plus trace de diploé. La dure-mère adhère Jur timement aux os, surtout au niveau du sinus longitudinal supérieur; il n'existe, ni à l'intérieur ni à rextérièur de la calotte osseuse, aucune tumeur. Le cerveau fait saillie et semble augmenté de volume. L'incision des membranes laisse écouler une quantité considérable de liquide un peu foncé résultant d'un mélange de sang et de sérosité arachnoïdienne et venlriculaire. La pie-mère présente par places un peu d'injection à sa surface; dans d'autres points elle est semée de

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taches opalines assez étendues^ suivant parfois le trajet des vaisseaux vides de sang. Dans ces points^ où elle paraît décolorée^ elle présente une grande dureté. De plus elle offre une infiltration générale de ses mailles par de la sérosité. Cette infiltration en augmente de beaucoup l'épaisseur, et en certains points cette membrane a l'apparence d'une pulpe gélatineuse. Elle se détache partout facilement de la substance du cerveau. Celui-ci ne présente à sa surface aucun point de ramollissement : sa consistance peut au contraire être comparée à celle d'un cerveau qui aujait macéré dans l'alcool. 11 existe une induration générale des deux substances. En examinant attentivement la substance grise, on la trouve parsemée de taches blanchâtres de dimensions variables. La substance blanche sous-jacente est très-ferme et très-dure. Une portion de ce cerveau, présentée à M. Robin, n'a pu malheureusement être soumise à un examen microscopique complet. Toutefois M. Robin a constaté la présence d'une matière amorphe dans la substance blanche^ ce qui n'a pas lieu à rétat normal^ et l'aspect de cette portion de cerveau lui a paru se rapprocher de ce qu'on a décrit sous le nom de cérébro-sclérose. Il semble donc qu'une matière étrangère se soit infiltrée dans la substance cérébrale, travail analogue à ce qui a été décrit pour les affections syphilitiques du foie. A la coupe on ne trouve guère qu'une injecftion peu marquée de la substance blanche. Les ventricules latéraux^ distendus, renferment encore du liquide qui est surtout abondant dans la cavité ancyroïde du côté droit. Le ventricule moyen est également plein de sérosité qui communique avec celle des ventHcùles latéraux par les trous de Monro élargis. Les couches optiques ffâraissent déprimées à leur partie supérieure. Celle du côté droite diminuée de volume, présente dans ses couches centrales une coloration jaunâtre; la substance cérébrale^ en ce point, paraît un peu ramollie; on y trouve même une cavité de petite dimension, pouvant loger un pois, et paraissant se rattacher à l'existence d'un ancien foyer hémorrhagique ; cette cavité n'est point tapissée par une membrane apparente. Le corps strié ne présente rien d'anormal. Dans l'hémisphère droit, à l'extrémité de la corne d'Ammon, ou trouve un ramollissement peu étendu. Les veines renferment beaucoup de sang noir; les artères de la base présentent de nombreux dépôts athéromateux dans leurs parois. Poumons et reins sains. Rien d'anormal du côté du foie. (Lancereaux, Observation inédite.)

Observation 122. — Paralysie partielle. Un robuste matelot, âgé de 24 ans, voit survenir, en même temps que les premiers symptômes

d'une syphilis constilutionnelle, entre autres une syphilide papuleuse^ de la faiblesse dans le bras droit et une hémiplégie faciale gauche. Quatre semaines après, la paralysie du mouvement et du sentiment est à peu près complète dans le bras droit; épaule et nuque du même côté sensibles à la pression. Guérison de la paralysie en quatre semaines par des ventouses et un traitement mercuriel;les autres symptômes syphilitiques ne guérirent que plus lentement. (Knorrb, Deutsche Klinik y 1849 p. 69.)

Observation 123. — Paralysie de la 6* et de la V paire» Homme de 30 ans, ayant eu un chancre induré; six semaines après, symptômes secondaires, entre autres une syphilide papuleuse; huit jours plus tard, hémiplégie faciale gauche sans phénomènes généraux; sensibilité conservée ; rien sur le trajet du nerf facial. Ces accidents disparaissent après six semaines de traitement mercuriel. Deux mois après, céphalalgie intense, insomnie, malaise général, vomissements qui cèdent au calomel et à l'opium. Peu de jours après, diplopie subite, léger strabisme interne de l'œil gauche, impossibilité de diriger le globe oculaire en dehors. (lodure de potassium.) Amélioration très-marquée au bout de huit jours; guérison complète au bout de quatre semaines. — (Rnorre, loc. cit., p. 69.)

Observation 124 *. — Antécédents morbides inconnus ; céphalalgie, amblyopicy insomnie, troubles légers de l'intelligence, délire, mort. Tumeur gommeuse du corps pituitaire. Eœsudats des méninges, altérO' tion du foie, hypertrophie des glandes vasculaires sanguines, — La femme Lamb., âgée de 42 ans, entre à rHôtel-DIeu le 9 février 1859. Durant le premier mois de son séjour, elle se plaint de douleurs vagues dans l'abdomen, de mauvaises digestions avec perte de Tappétit et constipation. Elle offre en même temps un peu d'ictère, surtout manifeste aux sclérotiques. Le foie, augmenté de volume, présente des bosselures distinctes à la palpation. Au commencement de mars, elle commence à parler d'une douleur de tête bornée au côté gauche ; cette douleur s'était déjà fait sentir autrefois, mais aujourd'hui elle a reparu avec une intensité extrême. A partir de la même époque la vue commence à s'a£faiblir, le sommeil devient impossible, l'intelligence se trouble. Huit jours avant la mort, l'amaurose était presque complète, le système musculaire considérablement affaibli des deux côtés. Enfin, le 14 mars, survinrent brusquement des convulsions et du délire alternant avec des périodes de coma et de résolution générale, et la mort eut lieu le 16 mars au matin.

Autopsie. Les os du crâne sont sans altération, la dure-mère et

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l'arachnoïde pariétale sont intactes; sur le feuillet viscéral de cette dernière mennbrane se voient, par transparence, de petits points blanchâtres, disséminés et assez rares, du volume d'un grain de millet» et dus sans doute à un exsudât plastique; ces lésions siègent à la surface externe des hémisphères. La vascularisation de la pie-mère paraît plus grande que dans Tétat normal : un grand nombre de vaisseaux sinueux sont gorgés de sang» les artères de la base sont sans altération.

Le cerveau est volumineux et parait didScilement contenu dans ses membranes; la substance en est plutôt ramollie qu'indurée, sans adhérences avec la pie-mère. La loupe y fait constater un pointillé un peu exagéré. La surface ventriculaire est intacte, le liquide n'est pas augmenté de quantité. Les corps striés, les couches optiques, le cervelet et les autres portions de Tencéphale n'offrent pas d'altération appréciable à l'œil nu. On constate seulement un léger ramollissement du tuber cinereum dont la coloration est rougefttre. Cette lésion est évidemment consécutive à l'existence d'une tumeur qui occupe la selle turcique et qui a pour siège le corps pituitaire. En détachant le cerveau de la base du crâne, on a en effet laissé adhérente à cette dernière, dans l'enfoncement situé entre les apophyses clinoîdes antérieures et postérieures, un corps ovoïde, du volume d'un petit œuf de pigeon, qui, par son sommet, se trouvait engagé dans le tuber cinereum dont il est détaché sans déchirure, en laissant toutefois, en ce point, une légère dépression, espèce d'infundibulum qui lui servait de réceptacle. La surface externe de ce corps, assez régulier dans sa forme, est blanchâtre; sa consistance est ferme; il est constitué, à sa circonférence par une trame résistante de 1 à 2 millimètres d'épaisseur, tandis qu*à l'intérieur il se trouve composé par une masse blanche, désagrégée et ramollie, assez analogue à de la matière tuberculeuse. L'examen microscopique, fait avec M. Dezanneau, nous a permis d'y reconnaître les éléments suivants : corps fusiformes et tissu fibroïde constituant presque entièrement la tunique extérieure; noyaux, cellules, globules angulaires, granulations moléculaires et graisseuses avec matière amorphe à l'intérieur.

La moelle, examinée dans toute son étendue, a paru légèrement ramollie au-dessus du renflement cervical. Les membranes étaient saines. Les poumons n'offrent rien de particulier. Le cœur se trouve recouvert d'une couche de graisse ferme et épaisse. Les valvules auriculo-ventriculaires sont épaissies à droite et à gauche par des dépôts plastiques; leurs faces sont légèrement bosselées,leurs bords sont sains. Le foie déborde à peine les fausses côtes, il ne dépasse pas la

ligne médiane à gauche; à droite il descend un peu bas; il adhère, par des brides épaisses, pseudo-membraneuses, avec toute la portion correspondante du diaphragme; sa tunique fibreuse, très-épaisse, contribue par les prolongements qu*elle envoie dans l'intérieur de la substance hépatique, à donner à celle-ci une forme bosselée toute particulière. Un très-grand nombre de bosselures grandes ou petites, séparées par des lignes cicatricielles, se rencontrent à la surface du foie, dont la coloration est blanchâtre avec quelques points noirs. A la loupe ^ on voit facilement les prolongements considérablement épaissis de la tunique fibreuse répondre aux sillons de la surface. La substance hépatique a sa coloration à peu près normale; elle se trouve comprimée, aussi bien que les vaisseaux qui la pénètrent et les canaux qui en sortent. La rate, volumineuse, a environ 18 centimètres de hauteur; son parenchyme est ferme^ sa tunique non épaissie^ sa coloration normale. Les reins offrent, sur certains points^ et plus particulièrement au sommet des pyramides, une coloration jaunâtre. Le tube digestif est sain, les appendices graisseux de l'épi ploon sont volumineux et indurés; il existe, sous la séreuse péritonéale, une matière noire disséminée par plaques; plusieurs ganglions mésentériques sont durs et augmentés de volume. Les ovaires sont petits, ratatinés; leur tunique fibreuse est très-épaissie. L'utérus, volumineux, ne paraît pas altéré; dans le cul-de-sac recto-utérin existe, outre la matière noire sous-péritonéale déjà signalée, une tumeur du volume d'un œuf, mais aplatie, constituée par de la graisse et des éléments celluleux, et traversée par des vaisseaux parfaitement intacts. Dans l'aine gauche, on trouve un ganglion dur et hypertrophié; il y en a deux dans l'aine droite. Il y avait dans la poitrine, vers la racine des poumons, au-devant de la colonne vertébrale, quelques ganglions offrant la même altération, mais à un degré plus avancé, car déjà le centre était caséeux. Le corps thyroïde est au moins triplé de volume, il ne présente d'autre altération qu'une hypertrophie de ses éléments. (Lancereaux, Observation inédite,)

Observation 125. — Syphilis antérieure, céphalalgie, accès épileptiformes, troubles intellectuels, coritracture musculaire. Méningite cérébrale chronique, mort. Induration avec ramollissement d'une portûm de Vhémisphère gauche du cerveau. — La femme S., 35 ans; bonne santé jusques il y a quatre ans; elle fut alors atteinte de syphilis, et eut successivement, à cette époque, de la céphalalgie, des indigestions, des vomissements, de la somnolence après avoir pris une grande quantité de mercure^ Il y a six mois, accès épileptiformes d'une

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demi-heure de durée, se répétant depuis toutes les deux ou trois semaines, précédés d*une céphalalgie intense, de Tertiges, de faiblesse de la vue, et suivis d'une grande débilité musculaire; anesthésie, écume à la bouche durant le paroxysme, convulsions des membres, et plus particulièrement du bras droit ; pas d'accès depuis deux mois. Il y a un mois, tiraillements musculaires dans'le bras droite engourdissements dans la main correspondante, débilite, émaciation. Le 8 décembre 1850, au moment des son entrée à Thôpilal, céphalée intense, difGcullé et lenteur de rarticulation des mots. Paralysie légère du côté droit de la face, déviation de la langue du même côté. Sensibilité intacte, faiblesse musculaire dans le bras et la main droites, la jambe traîne un peu dans la marche. Pouls normal, anorexie, constipation, pas de menstruation depuis six semaines. Même état jusqu'au 4 janvier 1851; les phénomènes paralytiques paraissent un peu diminués (sangsues, vésicatoires à la nuque, purgatifs). Le 4 janvier, état comateux^ respiration stertoreuse, tiraillements musculaires dans le côté droit de la face, contracture dans le bras correspondant. Cet état persiste sans changement notable jusqu'à la mort, qui a lieu le 9.

Autopsie. — Adhérences très-fortes entre le crâne et la dure-mère an niveau du vertex, épaississement de cette membrane ; même état de l'arachnoïde dans toute la portion qui recouvre la moitié postérieure de l'hémisphère gauche du cerveau, et qui est en outre opaque, dense, et très-adhérente à la pie-mère. Au-dessous, existe une décoloration des circonvolutions cérébrales dans une étendue d'un pouce et demi d'avant en arrière, et d'un pouce de droite à gauche; le centre est induré au toucher, la périphérie est molle et pulpeuse. Au centre existe un dépôt dur, ayant les dimensions d'un pois, d'une coloration jaiine, entouré d'une aréole rouge, puis rosée qui disparait peu à peu. Dans une section, la partie décolorée s'étend en profondeur, et a le volume d'une noix. Le cerveau renferme, en outre, cinq autres tumeurs indurées, du volume d'un grain de millet à celui d'un pois, et semblables à la précédente. Même état des parties voisines. Les ventricules latéraux contiennent, chacun, environ un demi-drachme d'un liquide sanguinolent ; dans le gauche, vésicule du volume d'un pois^ renfermant une matière ambrée et ayant pour origine le plexus choroïde. Le reste de l'encéphale est sain. Cœur normal ; liquide sérosanguinolent dans les bronches. Matière pigmentaire dans le poumon gauche, engouement du poumon droit qui, à la loupe, offre l'appa^rence de fines granulations disséminées dans son parenchyme. Les autres viscères sont sains. Examen microscopique : La substance jaune indofée, occupant la partie malade de l'hémisphère gauche du cer-

250 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTËMB NERYEUX.

veau, est composée d'un agrégat de molécules et de granules sans pus ni tubercule, ni aucun autre corpuscule. La substance cérébrale au pourtour est chargée de nombreuses cellules granuleuses^ d'autant plus rares qu'on se rapproche plus des couches optiques. (H. Bennet, Clin, lect, on pract, of tned.)

Observation 126. — Jeune fille de 20 ans; végétations condylomateuses très-étendues aux parties génitales; deux traitements consécutifs avaient été inutiles. Tout à coup encéphalite violente, mort le cinquième jour. Autopsie : Cerveau turgescent, hypérhémie plus prononcée dans rhémi sphère gauche, surtout à la limite postérieure du ventricule latéral gauche, où la substance médullaire est parcourue par un réseau de vaisseaux fortement distendus; dans ce point, la substance médullaire est transformée en une masse d'un aspect iardacé. Au milieu de ces désorganisations se trouve une petite caverne dont les surfaces mamelonnées avaient un aspect Iardacé et étaient recouvertes d'un enduit exsudatif rougeâtre. M. Flemming ne doute pas que cette dégénérescence de tissu ne soit un produit de la syphilis secondaire. (Flemming, PathoL undTherap, der Psychosen, 1859.)

Observation 127. — Tumeurs cérébrales. Jouan, 44 ans; symptômes vénériens en l'an III. En l'an lY, boutons nombreux, étourdissements, éblouissements, angine qui dura six mois; expectoration muqueuse pmvenant des fosses nasales, destruction de toute la cloison et d'une partie du nez. Les sudorifiques amènent uneguérison apparente ; peu après^ maux de tête si violents que le malade est comme fou, imbécile ou furieux; il devient avare, craintif. Quelques mois plus tard, la vue, presque abolie, revient sous l'influence d'un vésicatoire; le malade se croit une seconde fois guéri. Tout à coup, céphalalgie suivie de vertiges, d'évanouissements prolongés, de violentes convulsions avec perte de sentiment; paralysie du bras gauche, de la face, puis de toute la moitié gauche du corps. Le quatrième jour, bégaiement ; le malade, entré à la Charité, voit encore une fois disparaître la plupart des accidents. Quelque temps après, il expire comme s'il se fût endormi. Autopsie : Nez déti'uit, substance cérébrale ferme. Vis-àvis l'union des nerfs optiques, vers la naissance des nerfs olfactifs, existent quelques duretés ayant toutes les propriétés de la substance médullaire dans laquelle elles se trouvent; la plus grosse, placée près des nerfs olfactifs, a le volume d'un pois; on trouve encore de la substance semblable plus avant dans le cerveau ; la membrane pituitaire est remplie de bourgeons couverts de matière purulente, l'ethmoide est en partie détruit, les cornets et les sinus maxillaires sont excoriés et

SIGT. 11. GHAP. II. — FAITS CLINIQUES. 251

couverts de pus. (Prost^ Méd. éclairée par robs. et Voua, des corps^ t. II, p. 59.)

Observation 128. — Tumeur cérébrale. — Femme ayant tenu une maison de prostitution^ niant tout antécédent syphilitique , accuse de violentes douleurs de tête, surtout au front^ devenant intolérables la nuit et la privant de sommeil; état voisin de Timbécillité. Insuccès des moyens les plus variés. On la trouve dans son lit, frappée de mort subite. Autopsie: Érosions et carie de la table externe du crâne; dans le lobe gauche du cerveau, tumeur de la grosseur d*une amande, ayant la blancheur et la fermeté du squirrhe, entourée d'une couche assez épaisse de substance cérébrale jaunâtre et diffluente. Vaisseaux de Tencéphale et de la moelle épinière gorgés de sang. (Yvaren, loc. ca.,Obs. 6.)

Observation 129. — Tumeurs gommeuses du cerveau. — A la suite de mouvements épileptiques, pustules à la tête ; céphalalgie, tumeurs molles et blanchâtres aux cuisses et aux pieds, somnolence, abolition de la mémoire; plus tard contracture musculaire, douleur horrible au côté droit de la tête durant tout le jour. Le gaïac amène une amélioration qui dure quarante jours. Le malade s'étant exposé au froid, pesanteur de tête, surdité, taches rouges au front, perte de la vue de l'œil gauche ; seconde guérison apparente sous Tinfluence du gaïac. Tout à coup,' tumeur molle sous la peau du sinciput, douleurs dans les membres, ulcères sur le gland. Convulsions continuelles plus fortes au cou et dans Tun des bras, paralysie de la langue, carus, léthargie, mort. Autopsie: Ventricule gauche rempli d'eau; une partie du cerveau est comme gangrenée; au milieu de cette désorganisation, trois petits corps verdâtres ayant l'aspect des tumeurs gommeuses. (Bonet, Sepulc.y lib. iV, sect. ix, addimerUum.)

Observation 130. — Marie M., 33 ans, entre sans connaissance à la Charité le 20 mai 1821. Santé dérangée à la suite de couches, intelligence détruite depuis longtemps ; yeux fixes, convergents, pupille droite dilatée, contractile, vue éteinte, assoupissement continuel, réponses incohérentes. Lors de l'invasion, attaques d'épilepsie, revenant tous les sept ou huit jours. Exostose sur le pariétal gauche. Les mercuriaux restent sans action ; la malade meurt le 30 octobre avec des symptômes de compression du cerveau, ^lu^opsie : Carie du pariétal gauche, dure-mère perforée, donnant passage à une excroissance cancéreuse ovale, de 3 pouces de long sur 2 de large , facile à séparer de la substance cérébrale, formée de 5 ou 6 lobes, faciles à diviser, durs

25S PREUIÈBB PAITIE. — SYPHILIS DU STSTÈMB WBRVEDX.

comme des fibro-cartilages, composés de tissu grisâtre^ criant sous le scalpel, sans odeur. Ventricules pleins de sérosité. ( Tâcheron^ Recherches anat, pathoL, 1823^ t. 111, p. 380.)

Observation 131 . — M., ancien officier, 40 ans, a eu plusieurs maladies vénériennes dans sa jeunesse. Depuis trois ans, faiblesse générale, céphalalgie continuelle et intolérable ; depuis dix-huit mois^ perte graduelle de la vue; depuis un an, paralysie incomplète. Entre à Gharenton le 17 mars 1821. En mai, deux ou trois pertes subites de connaissance avec flaccidité des membres ; plus tard trois attaques épilepti formes; après la dernière, survient de raffaiblissement et de la stupeur (sangsues, sinapismes); le lendemain, langue déviée à droite, urines et selles jinvolontaires. Le 1 5 mai, tremblement dans les membres ; le 1 9, hémiplégie du côté droit; Tétat s'aggrave tous les jours ; mort le 25. AtJh topsie : Os du crâne très- fragiles, dure-mère adhérente. Sous ces adhérences, quatre tumeurs dures du volume d'une noix; érosion du sphénoïde, destruction d'une partie de cet os et de Vethmoïde; cavité du crâne communiquant avec les sinus et les fosses nasales; nerfs olfactifs détruits, nerfs optiques ne présentant pas la moitié de leur volume, tellement mous qu'en les brise en les touchant. Extrémité antérieure de l'hémisphère gauche occupée par plusieurs corps analogues à des cartilages, à section lisse, luisants, sans fibres, entremêlés de portions rougeâtres avec vaisseaux injectés ; substance cérébrale détruite en ces points. Ramollissement de la partie moyenne de l'hémisphère, réduite en un liquide blanchâtre contenant une matière filante, glaireuse; corps strié gauche difQuent, de même que la partie antérieure de la face interne de l'hémisphère droit. Pie-mère et arachnoïde épaissies, indurées et injectées. (Batle et Kergaradec^ Nouv. bibliot. méd., février 1823.)

Observation 132. — Petitjean, 42 ans, sorti depuis peu de Bicétre, est amené à l'Hôtel-Dieu dans un état simulant l'ivresse, le 8 octobre 1829. Torpeur, somnolence, bras droit raide et contracté, ne sé mouvant que lentement, sensibilité conservée; yeux fermés, pupilles mobiles, langue déviée à droite. Ulcérations syphilitiques sur la poitrine et le crâne. Émissions sanguines sans résultat. Malgré un traitement antisyphilitique commencé le 10, le malade succomba le 18 dans le coma. Autopsie : Crâne épais. Au niveau de l'extrémité antérieure de l'hémisphère gauche du cerveau, dure-mère friable; audessous tumeur squirrheuse trilobée du volume d'une petite noix, d'un blanc grisâtre un peu jaunâtre, continue à la dure-mère par sa face externe, et à la substance blanche du cerveau par sa face interne,

8BGT. II. GBAP. U. — FAITS CUNIQUES. 253

assez vasculaire. Autour d'elle ramollissement diflQuent^ jaunâtre, de la substance cérébrale dans une étendue de six à buit lignes ; la substance cérébrale est semblable à de la gomme adragante; ramollissement commençant du trigone et du septum lucidum. (Sanson, dans Lallemand, loc. cit. Lettre VII, n° 2.)

Observation 133. — Tubercules syphilitiques du cerveau. — Femme de 38 ans, entre à l'Hôtel-Dieu (service de M. Beau) le 17 novembre 1844 ; il y a deux ans, sans cause connue, céphalalgie continue avec exacerbations nocturnes, occupant la région frontale droite; en même temps vision de l'œil gauche brusquement supprimée. Au bout de six mois la céphalée disparaît tout à coup, la cécité de l'œil gauche persiste. Quatre mois après, l'hémicranie reparaît, la vision s'affaiblit peu à peu de l'œil droit. A l'entrée de la malade, affaissement comme comateux, amaigrissement, peau terreuse, traces non équivoques de syphilis aux organes génitaux. M. Beau admet une altération viscérale syphilitique. Traitement spécifique; au commencement de janvier la malade se croit guérie. Bientôt, réapparition de la céphalée, légère hébétude, élocution lente, incertitude des mouvements, altération profonde des traits, mouvements convulsifs des extrémités; coma, mort. Autopsie : Congestion passive des vaisseaux de la face convexe des hémisphères. La face supérieure du lobe antérieur gauche a une teinte rosée et une mollesse marquée, avec adhérence aux méninges enflammées. Le lobe gauche tout entier est considérablement ramolli ; sous la dure-mère, noyau inflammatoire formé aux dépens de la couche corticale, irrégulièrement ovoïde, plus dur que la substance cérébrale, friable, d'un rouge brun; la face supérieure, cachée dans Tépaisseur du lobe, présente plusieurs contours trèsnets. Nerf optique gauche, depuis le chiasma jusqu'au trou optique, pulpeux, rougeâtre et presque confondu avec les produits inflammatoires des méninges; la moitié gauche du chiasmaet la portion qui lui est postérieure sont diffluentes, diminuées de volume et à peine distinctes. Les portions droites du nerf optique sont normales, sauf au niveau du chiasma, où le névrilème est légèrement injecté, rougeâtre et un peu adhérent aux méninges. (Courtin, BulL de la Société anatom,, t. XXII, p. 66.)

Observation 134. — E. H., 22 ans, a fait en 1849 un premier séjour à la Charité de Berlin pour des accidents vénériens (urétrite, plaques muqueuses), et en est sortie parfaitement guérie après un traitement par l'iodure de potassium. Sept ans après, en septembre 1856, elle est prise de douleurs très- vives dans le front et l'œil

254 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÈHB If ER YEUX.

gauche; quelques jours plus tard, cécité de rœil gauche^ qui deux jours après atteint également rœil droit. Pupilles dilatées, peu contractiles; aménorrhée (pommade mercurielle et belladonée; calomel à l'intérieur). Une légère salivation , coïncidant aTec le retour des règles, amena une amélioration notable de la vision. Six mois plus tard frissons, fièvre, perte du sommeil, vomissements, amaigrissement (la vue est parfaitement rétablie); puis douleurs de tête persistantes, paralysie de la troisième paire, état presque comateux, hémiplégie faciale incomplète à droite, et mort aprèsun mois de maladie. Autopsie : Crâne mince, bien conformé, pie-mère œdémateuse; substance grise du cerveau pâle, substance blanche un peu molle. Au niveau du chiasma des nerfs optiques tumeur composée d'une substance dense d'un gris clair, gélatineuse, transparente, traversée par les nerfs oculo-moteurs. A la place du nerf oculo-moteur droit on trouve une masse épaisse, rougefttre, calleuse; le nerf gauche est tuméGé, infiltré d*un tissu rougeâtre. Glande pituitaire assez grosse; sa surface présente quelques saillies d'apparence caséeuse, jaune verdâtre, disséminées dans un tissu d'un jaune grisâtre. La glande pinéale est augmentée de volume, transformée en une vésicule qui comprime les tubercules quadrijumeaux. Nerfs optiques tuméfiés. Nerfs olfactifs perdus dans la désorganisation cérébrale. La tumeur principale est située au niveau du sinus caverneux droit; elle occupe l'intervalle qui sépare les deux nerfs oculo-moteurs communs et s'étend sur les parties moyenne et antérieure du pont de Varole qui participe luimême à l'altération ; sa coupe présente un certain nombre de noyaux caséeux. Quelques autres tubercules caséeux de la grosseur d'un pois snnt disséminés dans les circonvolutions cérébrales. On trouve aussi quelques tubercules caséeux dans les poumons. (Vircuow^, Ueber die Natur der const. syphiL Affect,^ p. 83.)

Observation 135. — Tumeur gommeuse du cerveau. Denis G., fusilier, 26 ans, entre au Val-de-Grâce le 8 septembre 1852. Quatre atteintes antérieures de maladies vénériennes ont été combattues par le mercure. Le gland porte des traces d'ulcères, les deux aines des cicatricesde bubonssuppurésdepuisdeuxans; teinte bistrée très- foncée du front et des mains, augmentant progressivement. Depuis quelque temps, diminution des forces; dans ces derniers jours, douleurs vives dans rhypochondre droit, délire momentané. A son entrée, cris plaintifs, peau froide, physionomie anxieuse, lèvres et ongles légèrement cyaiiosés, pas de paralysie ; douleurs abdominales provoquant l'insomnie^ un peu de céphalalgie; nausées continuelles. Mort le 10.

8ECT. n. CHAP. II. — FAITS CLINIQUES. 255

Autopsie : Méninges saines; cerveau très-mou dans toute son étendue, ainsi que le cervelet. Dans rhémisphère gauche, au centre ovale de Vieussens, tumeur de forme irrégulière, du volume d'une petite noix, entourée d'une enveloppe lisse, adhérente à la substance cérébrale qui est plus ramollie dans le voisinage de la tumeur qu'ailleurs, sans autre modification de structure (1). (M. Ludger-Lallehand, Union médic, 1853, p. 441.)

Observation 136. — Paraplégie, chloro-anémie ; signes de compression et de ramollissement du cerveau. Mort, tumeur sur le corps strié droit, — A. M. entre une première fois dans le service de M. Hérard en 1857 pour des accidents qui furent considérés comme une paraplégie chloro-hystérique. Elle présentait en effet une grande faiblesse des extrémités inférieures, plus prononcée à gauche qu'à droite, un état anémique très-avancé, souffle dans les vaisseaux, pâleur de la face et des muqueuses, etc. Dans ces derniers temps elle avait eu plusieurs attaques convulsives qui furent à cette époque considérées comme hystériques. Des toniques (le fer, le quinquina), des bains sulfureux amenèrent une guérison qui permit à la malade de quitter l'hôpital.

Elle rentre dans le même service en 1858, complètement méconnaissable par un embonpoint formidable, véritable polysarcie graisseuse, accusant au côté droit de la tête une douleur intolérable par moments et lui arrachant des cris. On remarque une somnolence habituelle; par intervalles des troubles intellectuels ; la vision est considérablement altérée, les pupilles sont dilatées. Il survient d'assez fréquentes crises convulsives, sans cachet spécial, souvent des vomissements; on constate une grande faiblesse musculaire des extrémités supérieures et inférieures, beaucoup plus marquée à gauche qu*à droite, et dans le membre supérieur gauche surtout; il y a en effet de ce côté une paralysie complète avec douleurs excessives, provoquées par les mouvements communiqués; dans le membre inférieur les mêmes symptômes existent à un moindre degré. Constipation opiniâtre. L'état va en s'aggravant malgré l'emploi des ventouses sur la tête^ d'un séton à la nuque, de révulsifs sur le canal intestinal et de frictions calmantes. Il survient bientôt dans le côté gauche du corps, mais surtout dans le membre thoracique de ce côté, de la contracture alternant avec la paralysie ; il s'établit un coma persistant qui n'est

(1) Voir p. 150 les détails de rexamen microscopique de cette tumeur, par M. Lebert.

256 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTfUIB NERVEUX.

interrompu que par des cris de douleur^ les vomissements deviennent très-fréquents. Enfin la malade succombe le i9 janvier 1859. Autopsie : Absence de toute lésion des os du crâne et de la dure-mère» épanchement abondant dans l'arachnoïde; à la face inférieure du corps strié droit» immédiatement sous les méninges» tumeur du volume d'une noix, ayant extérieurement la coloration de la substance cérébrale, ne donnant à la pression aucune sensation de fluctuation. A un centimètre de cette grosse tumeur en existe une seconde semblable» mais beaucoup plus petite, ressemblant, pour les dimensions, à un noyau de cerise. Fendues par le milieu, ces excroissances présentent deux portions distinctes : l'une corticale, dure, formant une coque résistante d'une couleur jaune rosé, l'autre centrale» beaucoup moins dense» plus rouge» et paraissant contenir une notable quantité de sang. A Tentour de ces tumeurs, comme partout ailleurs» la substance céré* brale est normale, et ne présente aucun ramollissement. (Observation inédite communiquée par M. Hérard.)

Observation i 37. — Une fille de 20 ans» atteinte depuis plusieurs années d'une syphilis constitutionnelle rebelle aux traitements internes et externes usités en pareil cas, était depuis six mois dans le service de M. Faurès, lorsque tout à coup elle fut prise d'une violente douleur de tête; elle poussa un cri, promena sa main sur son front et plus particulièrement sur le côté droit : le côté gauche du corps venait d'être paralysé. Six jours après» elle mourait, malgré les moyens les plus énergiques. Autopsie : Dans le quatrième ventricule» production morbide semblable aux végétations syphilitiques (qui avaient toujours été abondantes chez cette fille), composée de granulations rouges» nombreuses^ adhérentes à la membrane qui tapisse le ventricule, du voklme d'une tête d'épingle» donnant à cette production la forme» la couleur, et le volume d'une grosse framboise. Son tissu avait la plus grande analogie avec le tissu érectile; il était tout vasculaire. (Faurès» Comptes rendus de la Société de méd, de Toulouse, t853 et 54» p. 31.)

Observation 138. — Vieillard de 66 ans» avait eu quinze ans auparavant des chancres et des bubons, et plus tard des pustules, puis des ulcères au gosier, une ophthalmie profonde et des douleurs dans les coudes, aux jambes et au crâne, sévissant la nuit et accompagnées d'engorgement du périoste. On essaya, après différents moyens» quelques frictions mercurielles et quelques grains de sublimé» qui produisirent d'heureux efifets» mais on s'arrêta bientôt par timidité. Depuis deux mois» maux de tète intenses; il y a peu de jours attaque d'apo-

dlexie qui a laissé un embarras léger dans la prononciation^ une dé- Tiation des traits de la face et des vertiges continuels. L'optithalmie et les douleurs de tête subsistent encore; pustules fort étendues sur les avant-bras et sur le front, ulcérations au voile du palais. La syphilis est considérée comme la source de tous ces symptômes, l'apoplexie comme symptomatique de la douleur continuelle et intolérable de la tête. (Sangsues à l'anus, réitérées tous les dix jours, séton à la nuque, eau de Sedliiz, sublimé à Tintérieur à la dose de ^ de grain matin et soir, avec décoction de douce-amère. Le sublimé est porté successivement jusqu'à 7 de grain matin et soir. Les douleurs de tête et des membres se dissipent, les ulcérations se cicatrisent. Le malade marche avec assurance, il peut parler tout en bredouillant. Importuné du traitement, il le cesse, et au bout d'un mois il y eut reproduction de tous les symptômes. Le traitement fut repris après une nouvelle attaque apoplectique, et dissipa de nouveau tous les accidents : le malade avait pris 48 grains de sublimé quand il cessa tout traitement; bientôt les douleurs reparurent dans la tête et dans les membres, puis de nouveaux symptômes apoplectiques enlevèrent le malade. (Dblpegh, Clin, chir.^ 1. 1, p. 392.)

Observation 139. — Marguerite P., santé parfaite jusqu'à 24 ans; trois mois après son mariage, hémorrhagie utérine, inflammation de Taine droite qui se dissipe spontanément. Deux mois plus tard, céphalalgie frontale plus intense à gauche qu'à droite, petites tumeurs du côté gauche du front avec inflammation cutanée, ulcérations du gosier, altération du timbre de la voix. (Vésicatoire à la nuque, pansement avec onguent mercuriel). Au bout de deux mois, guérison apparente avec cicatrices irrégulières, déprimées, sur le front. Vingt jours plus tard,céphalalgie violente, engourdissement et fourmillements s'étendant jusqu'aux orteils du pied droit et suivis, pendant une heure, de privation du sentiment et du mouvement de tout le côté correspondant. Disparition de Thémiplégie, persistance des fourmillements et de Tengourdissement dans le côté droit de la face, de la langue et du pouce de la main droite. Un vésicatoire à la nuque reste sans résultat. Peu de temps après, tumeur au côté gauche du cou, qui marche lentement, suppure, et laisse une cicatrice irrégulièpe cuivrée ; puis d'autres tumeurs apparaissent au sternum, au côté droit du cou et sur l'épaule droite. Tout à coup nouvelle exaspération des symptômes cérébraux pendant une heure et retour lent à l'état antérieur.

Entrée à l'hôpital le 16 mai 1833, elle accuse une céphalalgie vague. Tumeur dans le muscle sterno-mastoïdien droit, exostose à l'olécrâne

2S8 PREMliRB PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÈMB NERVEUX.

gauche, plus douloureuse la nuit. Toujours de l'engourdissement à droite. Le 17, nouvelle hémiplégie qui dure une demi-heure. (4 pilules de Sédiilot, salsepareille.) Le 21, les douleurs olécraniennes sont moindres. (3 pilules.) Le 1"' juin, ulcération au palais; la tumeur du cou a diminué. Les symptômes s'amendent. Le 20, tous les symptômes ont disparu. (Suppression des pilules, muriate d'or et de soude.) La malade sort à la fin du mois, refusant de continuer le traitement. (Lallemand, loc. cit., lettre VII, n. 27.)

Observation 1 40. — Un jeune homme que j'avais soigné de la vérole (chancre induré et syphilides), offrit les symptômes d'une attaque d'apoplexie. Un collègue, appelé, agit dans la supposition d'une apoplexie ordinaire , ne connaissant pas les antécédents. Le premier danger une fois conjuré, restait une altération des facultés intellectuelles; la mémoire surtout était souvent absente. Une consultation dont je fis partie eut lieu. L'iodure de potassium fut prescrit, mais à hautes doses; on alla jusqu'à 5 grammes par jour. Les facultés intellectuelles se rétablirent avec une grande rapidité, et le malade ne ressentit plus rien de son attaque. Il est aujourd'hui en pleine santé et jouit de toutes ses facultés. (Vidal de Cassis, Mal, vén., p. 500.)

Observation 141. — Un officier qui avait eu plusieurs véroles était en traitement pour une entorse. Il commençait à se lever, lorsqu'un jour, en allant aux latrines, il tombe et ne peut se relever. Porté dans son lit, il reprend ses sens, mais la langue reste paralysée, fortement déviée à droite, la commissure labiale gauche relevée; le pharynx ne fonctionne plus qu'avec peine. Trois saignées coup sur coup, des purgatifs énergiques font promptement justice de la paralysie buccale, mais la gorge reste affectée, et les moyens employés n'opèrent plus. Au bout de huit jours, on croit reconnaître des ulcérations syphilitiques au voile du palais et sur les gencives. Le traitement mercuriel est aussitôt prescrit et amène une amélioration presque soudaine. (Ber- THERAND, Mal. véu., p. 311.)

Observation 142. — Hémiplégie. Th. Dolan, 23 ans; chancres syphilitiques et éruption de même nature qu'il conserve, les premiers neuf mois, la seconde trois mois. Un an après, ulcères à la gorge pendant six mois, et enfin l'année dernière, douleurs le long des os de la jambe et dans les articulations, revenant avec plus de violence pendant la nuit. Depuis la disparition des symptômes secondaires, douleurs de tête qui sont devenues constantes, et qui ont

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continué jusqu*à ce qu'il ait perdu tout à coup l'usage des membres du côté gauche. Lintelligence est restée intacte. La guérlson de l'hémiplégie a été obtenue à l'aide du caiomel et de ranUmoine. (Inman^ Lond. med. Gaz. 1843, p. 608.)

Obsertatioii 143. — Hémiplégie, Richard P., 32 ans, a eu la vérole il y a deux ans^ et depuis lors quatre fois des ulcères à la gorge et trois attaques de pardysie; après la troisième attaque il perd pendant un temps l'usage de ses sens et de ses membres gauches; depuis ce moment hémiplégie. Sous Tinfluence d'un traitement mercuriel il recouvre la vue et la parole ; la contractilité musculaire ne se réveille que sous les commotions de la pile voltaîque. (Ikman, loc, cit.)

Observation 144. — Hémiplégie. John Wite , 23 ans, tonnelier, ayant une cataracte à Toeil gauche, a eu la syphilis il y a deux ans et des exostoses aux tibias ; ces accidents furent combattus par le mercure jusqu'à salivation. Plus tard survinrent des ulcères dans la gorge, et dernièrement il fut frappé d'hémiplégie de tout le côté droit du corps, avec conservation de Tintelligence. 11 guérit rapidement sous l'influence d'un traitement mercuriel. (Inman, loc. cit.)

Observation 145. — Hémiplégie. Owen Richards, âgé de 30 ans, clerc^ est pris subitement d'hémiplégie droite complète; la face reste tirée à gauche ; après l'attaque, le malade reste sans connaissance et conserve de la difficulté à articuler les mots. Ce malade âTait eu, sur le gland, un large chancre, trois mois avant l'attaque d'apoplexie. Sous l'influence d'un traitement mercuriel et iodé la paralysie se modifiait sensiblement, lorsque le malade quitta l'hôpital avant sa guérison complète. (Inman, loc. cit.)

Observation 146. — F., douanier, 40 ans, a depuis dix ans des douleurs continuelles à la région sincipitale droite, douleurs gravatives qui ne lui laissent pas de repos. En juillet 1841, les symptômes prennent une intensité inaccoutumée, les nuits sont sans sommeil, les douleurs atroces. 11 survient des congestions cérébrales avec perte de connaissance, des accès épileptiformes suivis de stupeur, puis bientôt on affaiblissement et une émaciation extrêmes, une véritable fièvre hectique. M. Rul Ogez avait épuisé tout Tarsenal thérapeutique, lorsqu'il essaya les antisyphiiitiques, le mercure jusqu'à la salivation. 11 fut conduit à cette médication spéciale par d'anciens chancres qu'avait eus le malade, et par l'exacerbation nocturne des douleurs. Ce traitement ne donna qu'un calme momentané. L'hydrosudopathie fut

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essayée sans succès. C'est quand M. Rul Ogez croyait la mort imminente, que, supposant une tumeur de Tencéphale, il employa l'iodure de potassium en commençant par 50 centigr. par jour. Dès la première semaine Tamélioration fut surprenante^ le malade reprit courage et énergie (séton à la nuque) ; l'iodure fut porté jusqu^à la dose de 6 gr. par jour. La guérison fut rapide, et l'iodure néanmoins continué à haute dose pendant quatre mois sans autre inconvénient qu'un peu de ptyalisme et d'enchifrènement avec flux des fosses nasales. (Rul Ogez, Journ. de méd, de Bruxelles , janv. 1843; et Bull, gén, de thérap. t. XXIV, p. 143.)

Observation 147. — Asthme nocturne. Syphilis. Tumeur du cuir chevelu, céphalée, paralysie avec hypéresthésict étourdissements, chute avec perte de connaissance; traitement mercuriel. Guérison. X., âgé de 34 ans, cocher, entre, le 16 avril 1858, à Tbôpital Lariboisière (service de M. Hérard). De forte constitution, cet homme est depuis huit ans sujet à des accès d'asthme nocturne qu'il calme en fumant du datura. 11 y a cinq ans il eut une blennorrhagie qui dura longtemps, guérit spontanément, mais reparut l'hiver dernier pour disparaître de nouveau après un traitement par le nitre. Il y a huit mois il reçut un coup de timon de voiture qui lui fit à la tête une plaie assez étendue. Au mois de janvier dernier il s'aperçut qu'il avait sur la tête, à l'endroit même où avait été la plaie, une tumeur qui s'écorchait souvent; cette tumeur prit bientôt un grand développement, s'ulcéra, et forma, au bout d'un mois, une eschare du volume d'une noix qui se détacha par la suppuration. Quinze jours plus tard apparurent sur la verge plusieurs boutons blancs qui devinrent chancreux, et persistèrent pendant deux mois; il survint eu même temps de la paralysie de la verge et du voile du palais. Enfin, le 1®' mars dernier, le malade ressentit tout à coup des étourdi ssements, une grande faiblesse dans les membres, des fourmillements dans les mains et dans les pieds, des douleurs dans les membres et dans la tête, supportables pendant le froid, mais augmentant par la chaleur, devenant intolérables pendant la nuit. Il y a quelques jours, à la suite d'un de ces étourdissements, le malade perdit connaissance ; c'est ce qui le décida à entrer à Thôpital.

État actuel : Le malade ne peut ni marcher ni se tenir debout, par suite de paralysie presque complète des deux jambes. La sensibilité est partout conservée ; néanmoins, lorsque le malade pose les pieds à terre, il ne sent pas bien le sol, et croit marcher sur un corps arrondi; la paralysie occupe les deux extrémités inférieures et la verge ; ces

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parties sont le siège d'une hyper esthésie très- marquée; le moindre attouchement provoque de vives douleurs. Le bras droit et la main gauche sont également paralysés; il existe un état générai de maigreur, mais non une atrophie portant plus spécialement sur certains muscles. Érections nulles depuis plus de quatre mois; pas de pollutions nocturnes; céphalalgie, douleurs violentes dans les jambes, re- TBnant aussi bien de jour que de nuit. Avant son entrée le malade a pris pendant peu de temps de l'iodure de potassium dans du sirop de salsepareille, des pilules mercurielles, des bains alcalins; ses chancres ont été pansés avec du vin aromatique. (Traitement mercuriel, bains sulfureux.)

Le 17 juin, une amélioration progressive est survenue dans Tétat du malade. Aujourd'hui les deux jambes ont repris leurs fonctions ; la marche, d'abord chancelante, est devenue franche et nette; le malade sent distinctement le sol; il éprouve encore quelques douleurs dans les mollets Ioi*squ'il reste longtemps debout ; l'hypéresthésie n'existe plus ; les bras ont repris de la force, le malade peut facilement soulever un seau d*eau; encore un peu de tremblement dans les mains lorsque le malade tient les bras étendus ; les deux bras ont la même force, les deux moitiés du corps la même sensibilité. La plaie de têle se déterge; aucune sensibilité; aucun gonflement osseux à Tentour de la plaie. Les facultés génitales paraissent se réveiller; il y a quelques â^ctions.

Pendant deux mois de séjour à l'hôpital Lariboisière, le malade a continué son traitement mercuriel ; au bout de huit jours il était survenu une légère salivation ; le malade n'en continua pas moins son traitement, en prenant conjointement du chlorate de potasse, et le mercure fut parfaitement toléré. 11 pouvait être considéré comme guéri lorsqu'il partit pour les bains d'Aix (Savoie) vers la fin de juin. Nous avons eu l'occasion de le revoir en avril 1860. La guérison ne s'était pas démentie un instant depuis deux ans; il n'est plus survenu aucun symptôme syphilitique. (L. Gros, Observation inédite.)

Observation 148. — Accidents nerveux multiples. — Femme de 42 ans, couturière, au teint coloré, est prise en 1844, dans la rue, de maux de tête, de vertiges, de bourdonnements d'oreille, de troubles de la vision suivis de perte de connaissance. A la suite de cet accident, fourmillements dans tout le côté gauche du corps, avec Oaiblesse extrême du même côté, dif6culté à trouver les mots et troubles de la vision de l'œil gauche. Quinze jo^ rs après, nouvelle attaque. Ces attaques se renouvellent ainsi tous les quinze

262 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSXÂIIB NERYBCX.

jours^ et chacune laisse après elle un embarras plus grand dans les idées, une faiblesse plus grande du côté gauche et une céphalalgie gravative qui persiste pendant deux jours. En mai i 846, douleur continuelle^ lancinante, à la tempe et à la région sus-orbitaire gauches, perte complète de la vue de l'œil gauche, sans altération de ses éléments, affaiblissement de Touïe du même côté, perte de la sensibilité tactile du côté gauche de la face, y compris la narine et la muqueuse des lèvres; parole lente, difficulté à rassembler ses idées et à prononcer des mots ; peau du tronc, du cou et des membres complètement insensible à gauche. État général satisfaisant. Pendant un séjour de trois mois à l'hôpital, plusieurs accès épileptiformes avec gémissements, écume à la bouche, contorsions des traits de la face, suivis pendant un ou deux jours de céphalalgie et de courbature. (Saignée, sangsues, purgatifs.) On prescrit aussi Tiodure de potassium durant quelques jours, mais sans effet bien marqué. En août , douleurs continuelles de toute la moitié gauche de la face, gravatives et contusives, se transformant parfois en élancements qui ne sont circonscrits au trajet d'aucun nerf. Toutes les branches de la cinquième paire paraissent paralysées, les muqueuses nasale, palpébrale, labiale, linguale, palatine sont insensibles au toucher, Folfaction est diminuée, la vue perdue de l'œil gauche, la pupille est immobile tandis que les mouvements de l'œil sont conservés sensibilité gustative détruite dans le côté gauche de la langue ; intelligence obtuse, anesthésie générale de la peau à gauche, avec affaiblissement de la contractilité des muscles du côté correspondant. État stationnaire jusqu'en novembre ; à cette époque, la vision est un peu meilleure, les douleurs de la face et la faiblesse des membres un peu moindres. M. Briquet, qui tout d'abord avait songé à une origine suspecte des accidents, soumet de nouveau la malade à Piudure de potassium. Huit jours s'étaient à peine écoulés, qu'un mieux sensible se manifeste, les douleurs sont moindres, la sensibilité et la motilité un peu plus grandes. Depuis lors le mieux fait de rapides progrès, il n'y a plus d'attaque, seulement la malade ressent encore de temps à autre des douleurs dans le côté gauche de la face. (Briquet, Union ruéd., 6 février 1847.)

Observation 149. — Hémiplégie. Rousset, 25 ans, entre le 6 décembre 1854 dans le service de M. Nélalon; il est d'une faible constitution, lymphatique, rachi tique. A 18 ans, il eut une blennorrhagie urétrale très-douloureuse; porteur d'un phimosis naturel, il ne peut dire s'il a eu des chancres; il prit du mercure pendant quinze jours; la cbaudepisse dura trois mois. A la fin de 1850^ céphalée intense qui se

SECT. n. GHAP. U. — FAITS CLINIQUES. 263

limita en avant et à gauche, avec exacerbations nocturnes^ fièvre, insomnie ; otorrhëe purulente qui disparut sans traitement. Depuis lors, étourdissements, troubles de la vue, bourdonnements; parfois le malade chancelle et se trouve obligé de prendre un appui ; ces accès durent cinq à six secondes. En mars 1852, douleurs rachidiennes profondes, continues, anorexie, insomnie. En décembre, seconde blcnnorrhagie avec adénite inguinale gauche indolente^ pointdouloureux près du frein. Pendant l'été de 1852, éruptions successives ayant tous les caractères de l'ecthyma spécifique et dont les cicatrices existent encore. Depuis lors céphalalgie habituelle. Le 9 août 1854, après une nuit d'insomnie provoquée par une migraine plus violente que d'habitude, tête lourde, vue trouble, marche mal assurée. Ces prodromes allèrent en s'aggiavant jusqu'à huit heures du soir, heure à laquelle le malade tomba brusquement sans convulsions, sans perte de connaissance, sans douleur particulière, et resta privé de la parole et de rintelligence et frappé d'hémiplégie. Les saignées et les purgatifs ramenèrent la parole; les mouvements des membres se rétablirent lentement; au mois de novembre la mémoire est encore affaiblie; il survient une iritis à marche chronique avec troubles de la vue et douleurs préorbitaires intenses, surtout la nuit. A son entrée à Thô* pital, le malade est mis à l'emploi du mercure et de l'iodure de potassium; on fait, déplus, des instillations belladonées dans Toeil. Déjà le 13 décembre, la paralysie est en voie de résolution, la main gauche mai'que 14 au dynamomètre, la droite marquant 30; il existe un condylome de Tiris. M. Nélaton suppose une gomme, une lésion syphilitique du cerveau lui-même et non de ses enveloppes. Le 26 décembre on supprime le mercure, on augmente la dose d'iodure de potassium. Le 21 janvier, l'iris est toujours déformé, la vue encore trouble. La paralysie est tout à fait dissipée, les forces sont égales des deux côtés. (Vidal de Cassis, loc, cit,^ p. 501.)

Observation 150. — Syphilis secondaire. Hémiplégie à marche lente, obtunon de l'intelligence; traitement mercuriel et iodé; amélioration, A la fin de novembre 1857, M. D... fut frappé d'une hémiplégie qui envahit successivement le membre thoracique droit, puis le membre pelvien du même côté et enfin la langue ; l'intelligence de- Tlnt très-obtuse; la sensibilité était conservée. Ces phénomènes de paralysie mirent deux ou trois jours à se développer. Il existait à ce moment des symptômes de] syphilis constitutionnelle remontant à huit ou neuf mois (deux vastes grappes d'énormes ganglions sousmastoîdiens élargissant considérablement le cou, des croûtes dans les

cheveux^ des syphilides squammeuses^ des macules, abondantes surtout aux membres inférieurs, les ongles étaient fendillés, etc..)

La lenteur dans le développement de la paralysie, jointe à cette coexistence de syphilis, me fît songer à rhémlplégie syphilitique plutôt qu'à une hémorrhagie cérébrale ; Tabsence de prodromes, etc.. éloigna Tidée d'un ramollissement. Néanmoins, dans le doute, je fis la médication déplétive et dérivative de l'apoplexie (saignées à l'anus, drastiques, sinapismes, etc.); aucune amélioration ne se manifesta. Je commençai alors, sans plus attendre, le traitement de la syphilis, huit jours au plus après le début de la paralysie. (Bi-iodure de mercure, i centigr.; iodure de potassium, 1 gramme.) Cette dose fut donnée une, puis deux fois, jusqu'à dix fois par jour. Il y eut une infection mercurielle très-prononcée de la bouche malgré le chlorate de potasse, l'alun^etc., et le malade pendant plusieurs semaines ne put manger que des potages.

L'amélioration se manifesta après quelques jours de traitement, d'abord à la langue et plus tard à la jambe; elle fut faible, mais se continua sans interruption tant que dura le traitement iodo-hydrargyrique. De temps en temps ce traitement était interrompu pour recourir aux purgatifs et même aux sangsues à l'anus; l'amélioration cessait de se produire dès qu'on cessait le traitement spécifique et les autres moyens se sont toujours montrés inefficaces.

Pendant cinq mois environ le traitement mixte par le mercure et l'iodure de potassium fut continué. Depuis lors l'iodure seul a fait les frais du traitement avec quelques bains de sublimé corrosif et des fumigations cinabrées. Aujourd'hui le malade a dépassé 1800 grammes •d'iodure de potassium. Toutes les fois qu'il en cesse l'emploi, la maladie reste stationnaire, pour reprendre sa marche ascendante vers la guérison dès qu'on donne de nouveau l'iodure qui n'a d'action bien marquée que quand il est donné à la dose de 3 grammes par jour au moins. Souvent le malade en prend 8 ou 10 grammes par jour sans phénomène marqué d'iodisme.

Aujourd'hui 26 janvier 1859 la parole est libre, la paralysie du membre inférieur a en grande partie cédé et le malade peut se promener depuis plusieurs mois. Le bras et surtout la main qui ont été envahis les premiers, sont aussi à un degré moins avancé de guérison. Actuellement j'électrise les muscles pour entretenir la nutrition jusqu'à ce que le mouvement s'y rétablisse. {Observation inédite communiquée par M. Martin Damourette.)

Observation 151. — Femme de 32 ans, cachectique, maigre, au

SECT. n. CHÀP. n. — FAITS CLINIQUES, 265

teint terreux^ à la parole lente et difQcile, entre à la Clinique le 24 novembre 1849. Les muscles de la moitié gauche de la face, la paupière el les muscles internes de l'œil du même côté sont incomplètement paralysés. Pupille gauche dilatée et immobile, amaurose complète; faiblesse notable du bras gauche; membres inférieurs faibles, les deux, au même degré, exécutant avec lenteur les mouvements; intelligence conservée, parole lente, mémoire affaiblie. Il y a deux ans, après une journée de fatigues, vertiges considérables, mais momentanés. Le lendemain, au réveil, le côté gauche était paralysé. Cette hémiplégie se dissipa lentement; il restait cependant encore, au bout de deux mois, un peu de difficulté à trouver les mots. Bonne santé, en apparence, durant dix-huit mois. Il y a trois mois, céphalalgie des plus intenses, localisée à la région frontale et pariétale droites, avec irradiation dans toute la tête, et retour par accès dont la durée était souvent de plusieurs jours. Affaiblissement progressif de la vue du côté gauche, chute de la paupière, paralysie des muscles internes de rœil. Depuis lors, amaigrissement sans lésion viscérale manifeste. Six mois avant l'invasion des premiers symptômes, végétations aux parties génitales, éruption cutanée, tumeur au sternum terminée par suppuration et expulsion de fragments osseux.

En ce moment, exostose sensible à la pression vers la partie supérieure du sternum; au-dessous d'elle, cicatrice blanche adhérente à Tos; gonflement indolent du tibia; douleur k la pression du crâne dans les régions où se fait spécialement ressentir la céphalée. (Iod.de potassium, 30 centigr. porté en cinq jours à 1 gramme.) Les douleurs de tête s'étaient déjà calmées, quand tout à coup éclate un délire furieux, qui persiste pendant plusieurs jours, et n'est calmé qu'après un temps assez long, par l'opium, les sangsues, les vésicatoires. (Frictions mercurielles, [décoct. sudorifique , solution d'iodhydrargyrale de potassium.) Ce traitement est bien supporté ; i 8 frictions ne produisent pas de salivation. Les accidents disparaissent progressivement; au bout de deux mois, ils ont tous cédé, à part la mémoire des mots qui ne revient pas. La solution est continuée, et, au printemps, la malade quitte le service, ne conservant qu'un peu de difficulté dans la parole. (ScHUTZENBBRGER, Goz, méd. dc Strasbourg, loc, cit,)

Observation 152. — Syphilis; céphalée, vertiges, diplopie; iodure de pùUusium, gtiérison. Un étudiant en droit, âgé de 26 ans, a eu, il y a deux ans, une vérole qui fut méthodiquement traitée. Il y a deux mois, il ressent une céphalée intense qu'il combat par l'iodure de potassium à faibles doses; en même temps il s'aperçoit qu'il n'est pas solide sur ses jambes, qu*il a des vertiges, qu'il ne peut marcher sans

risquer de tomber; il a de la diplopie^ et ne peut plus travailler. Croyant que ces symptômes proviennent de Tiodure de potassium, il ^interrompt, sans en éprouver d'effet avantageux; bientôt après^ il le reprend à doses plus fortes; au bout de huit jours^ les symptômes cérébraux avaient disparu ; mais le malade accuse encore quelques douleurs dans la tête. {Observation inédite, communiquée par M. le docteur Martin-Magron.)

Observation 153. — Négociant, 30 ans; six ans auparavant, chancre au prépuce et bubon suppuré, traités sans mercure. Trois ans plus tard, sans accidents dans Tintervalle, tophus à la tête, qui s'abcèdeot et guérissent en peu de temps par l'iodure de potassium. Il y a dixhuit mois, sans symptômes généraux, strabisme de l'œil droit avec diplopie qui guérit par la décoction de Zitlmann. Bientôt, indolence, insouciance, obscurcissement de la mémoire et du jugement, parole lente, incorrecte, le malade est obligé de chercher les mots. Hémiplégie du côté droit, portant plutôt sur le mouvement que sur le sentiment; hémiplégie faciale, déviation de la luette, Toeil droit s'incline en dedans et ne peut plus être ramené vers l'angle externe de Forbite, d'où diplopie qui contribue à rendre la marche impossible. Les muscles paralysés sont mous; il y a par moments paralysie des sphincters. Ces accidents sont considérés comme de nature syphilitique, et combattus par les frictions mercurielles. Dès la seconde friction, amélioration; tous les symptômes, à Texception du strabisme, ont disparu après la dixième, lorsque la diarrhée oblige d'interrompre le traitement. Une salivation^urvint après la cessation du traitement, et dura un an; le strabisme disparut, sans aucun nouveau moyen, au bout de six mois, et depuis trois ans, le malade jouit d'une bonne santé. (Knorre, Deutsche Klinik^ 1849, p. 69.)

Observation 154. — Syphilis antécédente ^ affaiblissement de Vintel' ligence, céphalée, vertiges, ambîyopie gauche, paralysie de la troisième paire; traitement mixte, guérison. M. F..., aujourd'hui âgé de 48 ans, a eu, à l'âge de 23 ans, une ulcération à la verge, qu'il traita par les préparations mercurielles. A 25 ans, il eut des maux de gorge qui persistèrent longtemps pour disparaître sans traitement. A 32 ans apparurent, sur le dos, des tubercules qui s'ulcérèrent et se réunirent en une large plaie. On pansa avec l'onguent napolitain, on administra quelques pilules de mercure. La plaie se cicatrisa, et le malade jouit d'une bonne santé jusqu'à l'âge de 45 ans. A ce moment survinrent des ulcérations à la gorge, à la langue, des tubercules se montrèrent de nouveau sur le dos et s'ulcérèrent. On donna des bains

sulfureux^ mais pas de traitement mercuriel. Le malade^ qui continuait son état, s'aperçut alors que la mémoire lui faisait quelquefois défaut; il éprouvait aussi des douleurs de tête et des vertiges; puis peu à peu la vue diminua de l'œil gauche^ la paupière prolabée n'était relevée qu'avec difficulté. Le malade amaigri ne pouvait plus supporter la fatigue, Tintelligence diminuait de plus en plus, il se sentait porté continuellement à rire, même des choses les plus pénibles; on ne fit cependant aucun traitement antisyphilitique. Bientôt les ulcérations du dos s'élargirent, la langue s'indura dans certains points; le malade n'articula les mots qu'avec grande difficulté; la chute de la paupière devint complète.

M. Martin est consulté en 1852; le malade est complètement affaissé, il a Tair hébété. Il ressemble à un squelette, ne marche qu'avec peine dans la chambre, et ne prononce les mots qu'avec la plus grande difficulté , ne trouvant pas les expressions propres; la moindre émotion le fait rire et pleurer en même temps; il ne peut pas écrire; la paralysie de la paupière est complète, la pupille est très-dilatée, l'iris immobile; léger strabisme externe de l'œil gauche, dont les mouvements ne suivent pas ceux de l'œil du côté opposé. La langue présente, en différents points, des masses dures et des sillons profonds. Il existe sur le dos une large ulcération serpigineuse. M. Martin institue un traitement mixte par le proto-iodure de mercure et l'iodure de potassium. Le premier de ces médicaments est poussé jusqu'à la dose de 20 centigr.; le second jusqu'à celle de 4 grammes. Après trois mois de traitement^ Tintelligence revient peu à peu, le malade rit moins souvent sans cause, la mémoire se fortifie; les ulcérations sont cicatrisées; la langue reste toujours gonfice, les indurations n'ont pas disparu; la pupille^est un peu mobile, la paupière peut être relevée sous rinfiuence d'efforts; le malade se promène librement dans sa chambre, sans être soutenu; Tappétit, qui était presque nul, reparaît; la vue est meilleure. Après trois autres mois de traitement, la paupière et l'iris ont repris leur mobilité, la mémoire est revenue assez pour que le malade puisse tenir des livres. Aujourd'hui il existe encore de la tendance au rire, mais le malade peut la réprimer; les indurations de la langue ont disparu, la parole est presque complètement libre, la santé générale très-bonne. Depuis lors, le malade sent quelquefois sa mémoire faiblir, son hilarité augmenter; il prend alors pendant quelque temps de l'iodure de potassium, et tout disparait.

rajouterai encore que cet homme est marié, que sa femme n'a jamais ressenti aucun malaise suspect. Son fils^ âgé de 16 ans, est

268 PREMIÈRB PARTIE, — - SYPHILIS DO STSTillE NERVEUX.

venu me consulter pour une exostose de rextrëmilé interne de la clavicule, qui disparut après trois mois de l'emploi de Tiodure de potassium. (Observation inédite y communiquée par M. Martin-Magron.)

Observation i55. — Ouvrière, 40 ans. A 26 ans^ chancre de la fosse naviculaire et bubon suppuré, dont on voit encore les traces. Cicatrices sur les amygdales ^ alopécie partielle ; engorgement encore existant des glandes inguinales et cervicales, pouvant Pexistence d'accidents secondaires. Depuis quelques semaines, affaiblissement de la vue de l'œil gauche, puis de Toeil droit; aujourd'hui, abolition de la vision à gauche, obscurcissement à droite, peu de mobilité des pupilles, dont la gauche est un peu dilatée. Absence d'altération à l'œil nu. Depuis trois jours, céphalalgie légère, hémiplégie gauche, abolition des mouvements de ce côté, sensibilité obtuse ; hémiplégie faciale correspondante incomplète, prolapsus de la paupière supérieure. Au bout de trois semaines de traitement par î'iodure de potassium, la malade peut lire de l'œil gauche, les pupilles sont redevenues normales quant à leur dimension et à leur motilité; la malade peut marcher seule, les forces sont revenues dans le membre thoracique gauche. Elle est encore en traitement. (Rnorre, loc. cit.)

Observation 156 *. — Syphilis ancienne. Amaurose et hémiplégie du côté gauche avec paralysie de la troisième paire, T... Célina, liih gère, 35 ans, entre à l'Hôtel-Dieu (service de M. Laugier) le 25 février 1859. Constitution faible, tempérament nerveux. Chancres et bubon il y a dix ans; traitement mercuriel; éruption de taches brunes sur le visage, ayant cédé à des bains de Baréges ; alopécie ; douleurs de tête fréquentes; plusieurs fois elle a été prise, dans la rue, d'étourdisseraents sans perte de connaissance.

Depuis un mois, les accidents ont augmenté d'intensité; à la céphalalgie et aux vertiges est venue se joindre une faiblesse générale; les facultés intellectuelles paraissent obtuses, la mémoire se perd. Il y a paralysie de la troisième paire gauche, manifestée par la chute de la paupière, la dilatation pupillaire et un strabisme externe de l'œil gauche. Enfin, depuis quinze jours, tout le côté gauche a perdu de sa motilité, tandis que la sensibilité s'est conservée intacte. La malade trébuche fréquemment en marchant; la vue est affaiblie des deux côtés, mais principalement à gauche.

Le 26 février, on tente Texamen ophthalmoscopique; mais la malade s'y refuse après une première tentativequi avait faitapercevoir au

SECT. n. CHAP. II, — FAITS CLINIQUES. 269

fond de l'œil quelques gros vaisseaux sur un fond jaunâtre. (lodure de potassium, 2 grammes, porté le 2 mars à 3 grdmmes.)

Le 6 mars, la malade est plus solide sur ses jambes; les membres gauches ont repris de la force^ le strabisme est moins marqué ; l'œil gauche a repris en partie sa mobilité. (Idem,) Le \0, l'amélioration a fait de notables progrès. La malade demande son exeat. (Idem.) Nous l'avons revue depuis, ramélioration continue. (Lancereaux, Observation inédite.)

Observation 157. — Fontaine, 25 ans, a eu quelques chancres indurés, il y a un an; quatre mois plus tard, nouvelles ulcérations; pas de traitement général. Six semaines après la cicatrisation de ces derniers chancres, éruption tuberculeuse générale, et tubercules muqueux au pourtour de l'anus. (Proto-iodure de mercure, fumigations dnabrées.) Les accidents se dissipent, mais quinze jours après, nouvelle éruption pustuleuse sur les jambes, et engorgement syphilitique du testicule droit. (Prolo-iodure de mercure et iodure de potassium pendant trois mois.) Céphalée, étourdissements fréquents, surdité commençante; le malade rentie à l'hôpital, douze jours après sa sortie, le 13 août 1842. A son entrée, hémiplégie faciale gauche, odorat diminué à gauche, sensibilité gustative moindre dans la moitié gauche de la langue, luette un peu portée en avant, et fortement déviée à droite. (Sangsues, frictions mercurielles, iodure de potassium, porté jusqu'à 3 grammes.) Le 2 septembre, amélioration très-notable; le 13, la paralysie faciale est dissipée, les sens ont repris leur intégrité; guérison complète. (Maccartht, Gaz. méd, de Paris, 1842, p. 833.)

Observation 158. — Henri J.-H., 33 ans, entre à la Charité (service de M. Rayer) le 11 mai 1848. Chancres en 1843, avec blennorrhagie, guéris en six semaines par un charlatan. En automne 1847, afiai' blissement, fatigue dans les jambes; en janvier 1848, plusieurs accès de fièvre. Le 20 février, douleur vive dans la moitié gauche de la face, difficulté à ouvrir la bouche; le 9 avril, douleur sourde avec engourdissement dans le côté gauche de la tête, qui persiste encore aujourd'hui, et s'exaspère la nuit; son siège principal est au front, au-dessus de Tœil et à la tempe; élancements douloureux vers la racine du nez; sangsues et narcotiques n'amènent qu'un calme passager. Bientôt, chute complète de la paupière, vue trouble, diplopie, mouvements de Tœil limités (strabisme interne), sensibilité de la face conservée. Tel était l'état du malade, le 11 mai. (Pilules de Sédillot.) Le 17 déjà, amélioration notable; l'œil ne peut encore se porter en dehors; vision

encore trouble; la diplopie a disparu en partie. Le 26, la paupière a repris sa motilité. Dès les premiers jours de juillet, la plupart des accidents avaient disparu; un mois plus tard, la guérison était complète et s'est maintenue. (Badin d'Hurtebise, Thèses de Paris, 1849.)

Observation i59 *. — Céphalalgie, étourdissements, vertiges, hémi' plégie^hémichorée. Insuccès des saignées et des purgatifs, Guérison parle calomel. — Le nommé A., 38 ans, garçon marchand de vin, entre à l'Hôtel-Dieu (service de M. Legroux), le 1" février 1859. C'est un homme sanguin, fort et robuste^ qui a toujours joui d'une bonne santé ; il y a vingt ans il eut un chancre probablement induré d'après ce qu'il raconte, puis seraient apparus quelques accidents secondaires assez peu prononcés et sur lesquels le malade ne donne que des renseignements incomplets. Environ un mois avant son entrée àTHôtel- Dieu, le malade est pris d'étourdissements^ de céphalalgie^ de faiblesse de Toeil gauche; puis survient en quelques jours une paralysie presque complète de tout le côté gauche. C'est dans ces conditions qu'il se présente à l'hôpital. On est frappé en rapprochant par son apparence de bonne sanlé ; il se plaint toujours de céphalalgie, de vertiges et d'étourdissements, il peut à peine soulever les membres gauches, la jambe toutefois peut encore exécuter quelques mouvements; il est pris de bâillements très- fréquents.

Le 2 et le 3 février, il est purgé avec de la scammonée ; le 4, ventouses scarifiées à la nuque; le 7, saignée de trois palettes; le 8, 25 sangsues derrière l'oreille droite, le malade accusant une douleur avec paroxysmes dans le côté droit de la tête. Le 9 et le 10, tartre stibié. Le 11, vésicatoire sur la tête. Sous l'influence de ce traitement énergique on ne constate aucune amélioration. Le 12, M. Legroux donne le calomel qu'il continue jusqu'au 26. Durant tout ce temps le malade prend 12 grammes de calomel. La douleur de tête diminue graduellement et finit par disparaître; Théiniplégie avait également presque complètement disparu lorsque apparurent des mouvements choréiques très- violents dans le côté paralysé. On remplace le calomel par des bains avec 15 grammes de sublimé corrosif. L'hémichorée disparaît bientôt avec tous les autres accidents, le malade reprend ses forces, etlorsqu'il partit pour Vincennes le 25 mars, la guérison pouvait être considérée comme complète. (Lancereaux, Observation inédite,)

Observation 160 *. — Névralgies syphilitiques anciennes, hémiplégie récente à droite puis à gauche, céphalée, insomnie, pleurs fréquents avec contorsions du visage, paralysie des sphincters. lodure de potassium, amélioration. La femme G., âgée de 45 ans, entre à la Pitié le

SECT, n. CHAP. II. FAITS CLINIQUES. 271

24 juillet i860 (service de M. Marrotte). Cette malade qui nie tout antécédent syphilitique, et ne porte sur le corps aucune trace pouvant faire supposer une maladie syphilitique ancienne^ est amaigrie^ elle a la peau sèche^ écailleuse; elle raconte qu*il y a dix ans^ elle fut atteinte dedouleurs excessivement intenses danslecôté droit du corps et principalement dans la jambe droite; ces douleurs paraissaient suivre le trajet des nerfs sciatique et crural et'n'étaient pas continues, mais reparaissaient le jour et lanuit, en même temps qu'une douleur atroce à la base du crâne, avec exacerbation nocturne et insomnie. Ces douleurs et Tinsomnie durèrent environ ciuq ans ; pendant ce temps la malide fut traitée par plusieurs médecins qui épuisèrent les moyens ordinaires employés contre les névralgies. Yalleix, entre autres^ qui lui fit sur les cuisses des cautérisations profondes dont on peut voir encore des traces, la montrait comme un curieux exemple de névralgie rebelle. Entrée à cette époque dans le service de M. Mdrrotte, elle fut soumise à Tiodure de potassium. La malade n'en avait pas pris depuis plus de huit jours que les douleurs avaient disparu, que le sommeil était revenu au point qu'elle dormait constamment même durant les visites du médecin ou des étrangers. Depuis lors, de nouvelles douleurs reparurent presque tous les mois, mais cédèrent toujours rapidement à Tusage de Tiodure de potassium ; au dire de la malade elles disparaissaient parfois dès le lendemain de remploi du médicament; malheureusement celui-ci a toujours été abandonné aussitôt après la disparition des douleurs, et c'est là la cause probable des nouveaux accidents qui l'amènent aujourd'hui à l'hôpital. État actuel: Embarras de la parole, datant de la fin de janvier; stupidité du visage,- pleurs faciles, mémoire assez bien conservée, intelligence assez nette, faiblesse musculaire dans tout le côté droit; les membres ont de la peine à être soulevés et à exécuter leurs mouvements habituels, la sensibilité est conservée ; céphalalgie, insomnie, étourdissements, vertiges. (lodure de potassium ie%50.) Ce médicament est continué durant huit jours et les accidents disparaissent en grande partie. Une diarrhée abondante étant survenue, on se trouve dans la nécessité de le cesser. Trois semaines plus tard, survient, en quelques jours, une hémiplégie complète du côté gauche qui, jusque-là, avait à peine offert un peu de faiblesse. Il s*y joint de la paralysie des [sphincters. La diarrhée continuant, on se trouve dans la nécessité d'ajourner le traitement; les pleurs deviennent presque continuels, la malade ne répond plus aux questions; à chaque parole qu'on lui adresse, elle se met à pleurer en jetant des cris et en faisant des contorsions caractéristiques bien propres à faire supposer un ra-

272 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSlillB NBRVBVX.

mollissernent cérébral. Elle se plaint en outre d'une douleur inlenae avec exacerbation nocturne, localisée à la partie postérieure droite de la tète, dMnsomnie, de vertiges fréquents, d'étourdissements, de faiblesse de la vue; elle est dans un état de maigreur excessive, toujours étendue sur le dos, sans force et sans volonté, offrant du reste tous les caractères d'un état cachectique avancé.

Vers le 8 septembre, on essaie de donner à la malade 30 grammes de sirop d'iodure de fer; elle parait un peu mieux sous Tinfluence de ce médicament continué durant sept jours; la diarrhée disparaît. Le i5, on reprend Tiodure de potassium à la dose de 1 gramme ; quelques jours plus tard, on porte la dose à 1^S50, puis à 2 et à 3 grammes, avec 15 grammes de sirop de morphine; la malade peut le supporter, Tappélit qui avait cessé pour un moment, revient, et la malade peut manger deux portions; les accidents de paralysie diminuent. Le 25, elle peut soulever le bras au niveau de la tête, la jambe se meut avec plus de facilité encore, la tendance à pleurer n'existe plus, la douleur de tête a presque complètement disparu ainsi que l'insomnie, les vertiges et les étourdissements. L'amélioration continue. Le f octobre, le médicament est donné à la dose de 1 gramme, puis supprimé le 10. A cette époque, la malade ne conservait plus qu'un peu de faiblesse générale; elle pouvait se lever et marcher dans la salle, néanmoins elle tombait quelquefois. Deux bains provoquèrent quelques jours plus tard des perles de connaissance. Vers le 8 décembre, la malade accuse de nouveau une céphalée occipitale, des étourdissements, des vertiges et de Tinsomnie; nouvelle tendance aux pleurs. Le 20, on reprend Tiodure de potassium à la dose de 1 gramme. Le 30, amélioration déjà assez notable. On continue le médicament. (Lancereaux, Observation inédite,)

Observation 161. — Tumeur du cervelet, J. S., malade depuis huit mois, accuse des douleurs traversant la tête, apparaissant à deux heures du matin ; parfois des spasmes dans les muscles de la face; nausées, vomissements. Des émissions sanguines copieuses et répétées, des purgatifs, des pilules mercurielles n'amènent aucune amélioration; les douleurs deviennent franchement intermittentes et reviennent toutes les deux nuits. (40 gouttes de liqueur arsenicale.) Mort subite. Autopsie : Engorgement des vaisseaux du péricrâne et du cerveau, liquide abondant dans les ventricules; lymphe coagulable dans les ventricules et sur les corps striés ; dans L'hémisphère droit du cervelet, tumeur comme squirrheuse, de la grosseur d'une petite noix, de consistance cartilagineuse, ayant pesé sur Toccipital et y ayant

SBGT. II. GHAP. 11. — FAITS CLINIQUES. 273

jNTOduit un commencement d'absorption. (Ward^ Nouv, bibl, méd,, t. VI, p. 368.)

Observation 162. — X..., tempérament sanguin, 36 ans, a depuis trois semaines un chancre induré qui guérit par le mercure. Quatre mois après, douleur vers la région cérébelleuse s'irradiant vers les régions pariétales; la démarche est chancelante, indécise^ incertaine; quelquefois un mouvement de recul se manifeste auquel le malade est obligé d'obéir. Aucun désordre du côté des membres supérieurs; parole un peu embrouillée ; saignées, purgatifs, sans résultats. Ulcération spécifique dans Tarrière-gorge. (lodurede potassium.) Amélioration notable dès le quatrième jour; le médicament ayant été suspendu pendant quelques jours, retour de tous les symptômes ; CD reprend le médicament; guérison. (Greppo, Gaz, méd. de Lyon, 1849.)

Observation 163*. — Homme de 44 ans, d'une bonne constitution, grand et fort, atteint durant son enfance d'une affection cutanée qui dura huit années. A 22 ans, chancre et blennorrhagie. Six semaines plus tard, taches cuivrées sur tout le corps. Guérison complète après Un traitement de huit mois. Marié à 25 ans, sa femme accoucha huit mois après d'un enfant excessivement chétif qui ne vécut que quelques jours, sans aucune trace d'éruption cutanée. Quelque temps après son accouchement, la mère a des taches sur le corps, une leucorrhée abondante et maintenant encore des plaques nombreuses de pityria- ^. A 32 ans, le malade éprouve des étourdissemenls fréquents, il se plaint de névralgies plus vives la nuit et de vomissements qui cèdent à la glace et à la belladone. Peu de temps après, il passe en Amérique où les mêmes symptômes se renouvellent pour disparaître au bout de quelques jours. Les étourdissements et les vertiges reparaissent de temps en temps. Revenu en France, il est pris tout à coup des mêmes accidents après avoir fumé plusieurs cigares et bu plus que de coutume; il éprouve de plus un tremblement dans les membres inférieurs, s'affaisse subitement et reste trois quarts d'heure sans connaissance, les yeux convulsés et égarés. Pas de paralysie. Quinze jours plus tard, affaiblissement des membres inférieurs, et, par intervalles, fourmillements dans la tête, les jambes et les bras. Cos fourmillements diminuent peu à peu et reviennent sous forme d'accès, de deux minutes de durée, en même temps qu'un mouvement d'élévation et d'abaissement de la paupière supérieure. Le malade dit avoir en une petite tumeur sur le sourcil gauche qui céda, après huit mois,

à des frictions à la plante des pieds avec une pommade^ et à l'usage du Rob Lafîecteur. Il y a huit mois, après une longue course, faiblesse plus grande dans les membres inférieurs et embarras de la parole. Il y a deux mois, vomissements incoercibles revenant sans efforts, et qui, dans ces derniers temps, sont maîtrisés par la pepsine acide. Le malade va faire de l'hydrothérapie à Auteuil, mais les douleurs de tête sont aggravées, la faiblesse des jambes augmente ainsi que les fourmillements et les étourdisse ments.

11 entre alors à Saint-Louis, où Ton constate l'état suivant : Douleurs passagères dans la tête sans siège précis, paralysie faciale gauche. Prolapsus de la paupière supérieure correspondante, bien qu'elle jouisse encore un peu de ses mouvements. Larmoiement durant les accès de fourmillements; légère inégalité des pupilles^ diplopie. Conservation de la vue, ouïe dure à gauche ; léger embarras de la parole, intelligence conservée, mémoire un peu affaiblie. Les membres ont conservé leur force et les muscles leur contractilité. Sensibilité et action réflexe intactes. Le malade retire involontairement les membres inférieurs quand on vient à lui chatouiller la plante des pieds. La station verticale est difficile et vacillante, le malade a besoin d'être soutenu pour ne pas tomber. Dans la progression, les mouvements sont irrdguliers, non coordonnés, eu zig zag; si dans la station le malade vient à fermer les yeux, il perd Téquilibre et s'affaisse. Dans le décubitus dorsal, il peut soulever les membres inférieurs au-dessus du plan horizontal et les mouvoir dans tous les sens.

Le calomel est administré pendant quelques jours à dose réfractée et amène un amendement notable de tous les symptômes. On le remplace par les pilules de Sédillot, et au bout d'un mois le malade était assez bien guéri pour travailler. (Hillairet, Union médicale du 7 août 1860,)

Observation 164. — Pierre M., 37 ans, entre à l'hôpital du Midi le 22 septembre 1853. A eu plusieurs blennorrhagies, quelques chancres et d'autres accidents syphilitiques (céphalée nocturne, syphilide papuleuse, angine, alopécie, cxostose). Quatre mois avant son entrée au Midi, lassitude dans les jambes; trois semaines plus tard sentiment de constriction au niveau du diaphragme ou un peu au-dessous, constipation et gêne dans rémission des urines; on emploie sans succès la liqueur de Van Swieten et l'iodure de potassium. À son entrée, marche impossible, station verticale difficile, pas d'atrophie; paralysie de la vessie. Le symptôme le plus fatigant est une barre ou constriction continuelle exerçant une forte pression autour des reins et du

ventre; anestbésie et analgésie locale de la peau entre la sixième et la huitième côte à gauche. Dès le 23 septembre te malade est soumis à Tusage du proto-iodure de mercure et de i'iodure de potassium (1 à 4 grammes). L'améliorationf ut des plus promptes et des plus marquées. Le 15 novembre^ marche facile^ sans bâton^ émission des urines presque normale. La barre persiste encore. (Ch. Bernard, Union méd., 24 nov. 1853.)

Observation 165. — Syphilis antécédente; paraplégie, paralysie des sphincters. lodure de potassium. Amélioration rapide, — M. Philippe^ peintre en bâtiments^ âgé de 55 ans, entre à Thôpital Lariboisière le 23 août 1858, salle Saint- Jérôme, dans le service de M. Moissenet. Ses père et mère sont morts tous deux à un âge avancé, et avaient toujours joui d'une bonne santé. Quant à lui il a toujours été bien portant; il exerce la même profession depuis Tâge de 14 ans et n*a jamais eu ni coliques^ni rhumatismes, ni douleurs dans les articulations. A rage de i9 ans, il eut une blennorrhagie qui dura environ un an, et fut traitée peu énergiquement ; ce n'est que plus tard qu'il prit quelques pilules. H affirme n'avoir jamais eu d'ulcération ni sur la verge, ni sur le gland.

Il y a environ deux ans, quelque temps après un coït suspect, il vit apparaître deux boutons dans l'aine, puis, peu de temps après, un écoulement qui disparut, puis reparut de nouveau. Lors de son entrée à l'hôpital, le malade prit de Tiodure de potassiuni et l'écoulement s'arrêta après six semaines. A la même époque survinrent de l'alopécie, des croûtes sur la tête, des adénites inguinales, de nombreux boutons sur tout le corps, qui devinrent squammeux. En même temps se manifesta une iritis. Le docteur Coursserant, consulté, diagnostiqua une syphilis constitutionnelle, et prescrivit en conséquence une centaine de pilules et la décoction de salsepareille. Pendant le traitement, qui dura environ trois mois, l'éruption cutanée et riritis disparurent, mais l'écoulement reparut. Le malade alors alla consulter Gh. Albert, qui lui prescrivit des poudres; l'écoulement s'arrêta de nouveau.

11 y a environ huit mois, venant à pied de Saint-Maur à Paris, il éprouva dans le pied gauche une douleur légère, semblable à un picotement ou à un fourmillement ; cette sensation alla en augmentant^ et gagna bientôt Tautre pied. Puis le malade, ne se sentant plus maître de ses mouvements, fait des zigzags en marchant, les jambes se jetant ou en avant ou sur les côtés; bientôt, que le malade soit au lit ou qu'il marche, les jambes sont agitées par des soubresauts s'ac-

compagnant de douleurs qui, après avoir commencé dans les jambes, s'étendent aux genoux et aux cuisses. Ces douleurs, qui existent encore aujourd'hui, ont toujours été plus vives la nuit que le jour. Peu à peu, la faiblesse augmentant, le malade ne peut plus marcher ; à peine peut- il se soutenir. A cette époque il garde le lit chez lui pendant dix-huit jours, puis entre à l'hôpital.

A son entrée, le malade ne peut se tenir debout ; dans son lit Une peut ni soulever les jambes ni même les changer de place. On ne constate aucune diminution de volume des parties paralysées; la contractilité électro-musculaire est conservée ; la sensibilité est diminuée mais non abolie ; les soubresauts sont très-fréquents le soir, très-rares dans la journée. Le malade accuse une sensation de froid dans la jambe gauche. En même temps que la paraplégie il est survenu de la gêne dans rémission des urines, une incontinence incomplète; le malade urine souvent et n'a pas de sensation du passage de l'urine dans le canal; aussi l'urine s'écoule-t-elle sans que le malade s'en aperçoive; de plus il y a de la constipation; le malade n'accuse du reste aucune douleur dans les reins, il n'a jamais eu de céphalalgie. Les membres inférieurs sont couverts de taches cuivrées légèrement déprimées, plus larges sur les parties inférieures des jambes. Sur le sternum il y a des taches semblables et de plus quelques cicatrices blanches, enfoncées. Sur la face les taches cuivrées sont moins caractérisées. Les symptômes de paralysie, survenus un mois après la cessation des pilules prescrites par le docteur Coursserant, avaient été en s'aggravant pendant quatre mois et étaient à peu près stationnaires depuis quinze jours lors de l'entrée du malade à Thôpital. (lodure de potassium 8 grammes pour 250 de sirop. Le malade en prend successivement 1, puis 2, 3 et 4 cuillerées par jour.)

Dans le courant d'octobre, le malade peut remuer les jambes dans son lit, puis se lever ; il commence par marcher avec l'aide de deux personnes, puis d'une seule, puis avec un bâton, et enfin tout seul. La miction diminue de fréquence, l'incontinence a disparu, la sensibilité des parties paralysées est en partie revenue. On cesse le traitement dans les premiers jours de novembre et on prescrit des bains sulfureux tous les jours; vers le 15 novembre, on tenta à plusieurs reprises l'électricité; mais depuis cette époque l'amélioration, au lieu d'augmenter, va plutôt en diminuant, ce que le malade attribue à Taction de l'électricité. Ainsi il ne peut plus entrer seul au bain, il urine plus fréquemment, les soubresauts reviennent avec une assez grande fréquence. Cette rechute ne doit- elle pas être rapportée plutôt à la cessation prématurée du traitement spécifique?

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Quoi qu*il en soit, le malade quitte Thôpital le 5 décembre, dans rétat suivant : Apparence de la meilleure santé ; quelques taches cuivrées sur les jambes; pas trace d'exostose, pupille rétractée, déformée à droite ; constipation, miction fréquente. Dans le lit, le malade exécute tous les mouvements; sensibilité à peu près normale ; lorsqu'on pince légèrement le malade, on provoque aussitôt un mouvement brusque et involontaire de tout le membre. Il n'existe aucune déformation de la colonne vertébrale ; les urines ne présentent rien d'anormal. Il existe au sacrum une excoriation en voie de cicatrisation lente. Le malade peut marcher sans bâton, mais bien plus diffî- Cilement qu'il y a un mois; il chancelle lorsqu'il veut se tourner; il traîne les pieds sans relever la pointe. Rien d'anormal dans les autres fonctions.

Le malade rentre à THÔtel-Dieu dans le service de M. Horteloup le 13 décembre 1858. A partir du 20, il prend 3 grammes d'iodure de potassiumipar jour, et aujourd'hui, 20 février, il marche assez facilement, monte et descend seul les excaliers de THôtel- Dieu pour aller prendre des bains sulfureux. On le soumet en même temps à l'électricité. (Lancereaux. Observation inédite.)

Observation 166. — X., âgé de 20 ans, eut, il y a trois mois, un chancre du prépuce suivi bientôt de pityriasis de la tête, d'alopécie, d*adénite inguinale et cervicale indolente et de syphilide papuleiise; il ne fit aucun traitement. Un matin il se réveille atteint de paraplégie avec abolition de la sensibilité des membres inférieurs, paralysie complète de la vessie et du rectum. La syphilis paraissant la seule cause admissible de ces accidents, on institua un traitement spécifique et on fit appliquer quelques ventouses dans le dos. Tous les accidents s'amendèrent, et en quelques semaines la guérison fut complète. Trois ans après le malade accusa dans la jambe gauche de la ikiblesse qui disparut en peu de temps par Tiodure de potassium. (Knorre, loc. cit,)

Observation 167. — Syphilis antécédente, Lypémanie, hémiplégie, paralysie des sphincters, embarras de la parole, hémichorée, troubles intellectuels, céphalée^ vomissements nocturnes, etc.,. Lambert, âgé de 32 ans, employé du gouvernement, entre le il mars 1858 à la Charité (service de M. Rayer). Il n'a jamais été sérieusement malade dans son enfance;. au printemps 1846, il eut un écoulement urétral qui guérit spontanément. En août 1846, il eut une première atteinte de syphilis^ caractérisée par un chancre induré de la verge suivi de

bubons non suppures. 11 fit un traitement par les pilules de sublimé et les cautérisations locales; ce traitement dura un mois et demi et amena une légère salivation. En novembre 1846, se manifestèrent des accidents syphilitiques du côté de la gorge, des syphilides et un engorgement des glandes sous-maxillaires. Il essaya de se traiter seul par le sublimé, et se donna une salivation; il consulta alors M. Ricord qui le soigna pendant trois semaines environ. Le malade, qui jusque alors avait toujours été fort gai, vit son humeur se modifier, devint triste et fut souvent tourmenté par des idées noires.

En 1850, obligé de quitter Paris, il éprouva un ennui profond, des accès de découragement. Il eut à cette époque une blennorrhagie qui dura trois semaines et qui fut traitée par un chirurgien militaire, au moyeu du copahu et des injections au nitrate d'argent. En 1851, une seconde blennorrhagie qui dura également près de trois semaines céda de même au copahu.Vers la fin de 1850 il lui arriva deux ou trois fois de sentir tout à coup une faiblesse subite dans tout le côté droit du corps ; s'il tenait à la main un crayon ou une plume, ces objets échappaient et glissaient hors des doigts avec une facilité extrême; lorsqu'il voulait marcher la jambe droite se faisait traîner sur le sol et faiblissait sous lui; la face était un peu déprimée d'un côté, en même temps le malade éprouvait des fourmillements et de Tengourdissement à la peau. Ces accidents revenaient environ une fois par mois, ne duraient que trois ou quatre minutes, et le malade y faisait peu d'attention.

A la fin de celte même année 1850, le malade fit un séjour de quinze jours à Paris, en allant de Vesoul à Rennes. Pendant le voyage de Vesoul à Paris, il eut une rétention d'urine intense qui le fit beaucoup soufîrir, et ne céda qu'au bout de deux ou trois jours à l'usage du nitre. En traversant une rue, il ressentit une de ses attaques de paralysie, s'assit sur un banc, mais la paralysie persista et Ton eut de la peine à le ramener chez lui. Le médecin appelé ordonna le repos et l'iodure de potassium. Au bout de quinze jours, le malade put de nouveau marcher, mais la moindre course provoquait une excessive fatigue dans la jambe droite, fatigue qui cessait complètement par le repos.

Arrivé à Rennes le malade interrompit son traitement par l'iodure, travailla beaucoup de tête, eut énormément d'ennuis, son caractère s'en ressentit, il devint d'une très-grande impressionnabilité. Sa santé générale s'altéra. Dès qu'il avait mangé, il était pris d'une envie irrésistible d'aller à la garde-robe; si l'envie n'était pas satisfaite, les matières s'échappaient sans le concours de la volonté par

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suite d'inertie des sphincters. A partir de l'attaque de Paris, les érections étaient presque nulles^ ce qui augmenta considérablement les idées noires du malade. Cette impuissance s'accrut toujours; malgré cela le malade éprouvait des désirs à la vue des femmes. Le matin à son réveil il laissait échapper quelques gouttes d'urine par regorgement.

En mai 4851, le malade se réveille une nuit en sursaut et se sent paralysé du côté droite il fait quelques mouvements, et la paralysie lui semble se dissiper; il se rendort^ mais à son réveil la paralysie est complète à droite, le visage est déformé. Le malade ne peut plus parler, il a de la soif, de la sécheresse de la bouche, un peu de bredouillement, de légers troubles de la vue, du strabisme. Le médecin pratique une saignée, ordonne le repos et Tiodure de potassium. En juin il n'y avait pas encore de changement. Le malade va prendre les bains de mer à Saint-Malo. 11 éprouve de la difficulté à parler et une grande fatigue de la langue. Il prend deux bains de mer par jour, et au bout de dix jours, il obtient du soulagement. Taudis que le côté droit allait mieux, il est pris de mouvements nerveux dans le côté gauche du corps, auxquels le médecin donne le nom de chorée. En même temps quelques troubles intellectuels se manifestent, le malade est d'une gaieté folle, fait à ses voisins des niches comme un enfant.

De retour à Rennes on le conduit à la maison des aliénés. Il est pris de pressentiments funestes, se met en colère, puis verse des larmes sans motifs^ il tente de s'évader. U y reste six mois, fut traité par les bains, le repos ; on lui défend de lire. De nouveaux actes de folie se succèdent, il mange de la sciure de bois, commet d'autres extravagances, tout en se rendant compte qu'il fait des sottises.

Vers le nouvel an 1852, il revient à Paris; son état s'est amélioré, il a de nouveau des érections assez complètes et en profite pour aller voir des femmes, mais il a dans l'esprit une grande versatilité^ des accès d'humeur noire qui Tcmpéchent de se livrer à un travail soutenu. C'est ainsi qu'il a été successivement précepteur, rédacteur de journal^ qu'il a habité Bordeaux, Bruxelles, Liège, où il s'aperçoit avec peine que ses érections diminuent de nouveau. En 1857, ses idées noires l'assaillent plus que jamais; il est dominé par des idées de suicide incessantes auxquelles il échappe en s'adoimant aux idées religieuses; il prie sans cesse. En septembre 1857, il éprouve des malaiseSj il a la tète lourde, pesante, il est insouciant; enfin il entre à kCharité, le 1 1 mars 1 858, accusant de la pesanteur de tête, de Taffai-

blissement de la mémoire, une grande fatigue dans les jambes, de la rétention d'urine, un peu de constipation, et quelquefois des selles involontaires. On lui prescrit les pilules de Sédilloi et les bains sulfureux.

Examen du 27 mars. Décubitus le plus souvent sur le côté droit, plis de la peau de la face plus marqués à gauche qu*à droite. Sensibilité égale des deux côtés du corps, peut-être un peu plus prononcée dans la jambe droite. Le malade n'a pas de vertiges, il en a eu pendant longtemps au point d'éviter les places publiques et les ponts, mais ne peut en préciser l'époque. La mémoire est diminuée pour les choses sans importance; il se rappelle les événements importants, mais ses souvenirs sont confus. Pendant la mvit il ne dort pas, les heures passent pour lui avec une rapidité effrayante. Néanmoins depuis 1851, il n'a plus de rêves; à Rennes il est resté sept nuits sans dormir, sans se coucher et sans éprouver de fatigue. Aujourd'hui le sommeil est meilleur, cependant il se lève presque toutes les nuits, se promène. 11 vomit aussi souvent la nuit. Il n'a jamais eu ni coma, ni évanouissement. Aux idées noires qui l'ont tourmente si longtemps, a succédé depuis quelques semaines une gaieté folle, il fait des enfantillages, joue sans cesse au bilboquet; néanmoins il a plus d'empire sur lui-même et peut combattre ces dispositions. Il est d'une susceptibilité très-grande. Pas d'agitation fibrillaire. Les bras étendus tremblotent légèrement, le gauche plus .que le droit. La marche est assez libre, les mouvements sont égaux dans les deux membres inférieurs : lorsque le malade ferme les yeux, il a do la peine à se tenir debout. Il porte sur les deux tibias des traces d'anciennes périostoses Un peu de gêne dans la parole ; le malade ne peut plus parler aussi vite qu'auparavant, il peut siffler et enfler les deux joues. L*appétit a toujours été conservé ; dès que le malade parle, il éprouve une soif vive. La langue est épaisse, non déviée. Depuis un mois vomissements subits, sans cause, sans nausées, survenant la nuit après des quintes de toux; il vomit des aliments, puis des mucosités; ces vomissements reviennent une fois ou deux par nuit, jamais de jour et s'accompagnent de céphalalgie ; il a fréquemment le hoquet. Alternatives de constipation et de diarrhée, quelquefois selles involontaires depuis sa paralysie; il n'a jamais eu d'hémorrhoïdes, mais quelquefois un sentiment de cuisson au fondement après la défécation* Essoufflement à la moindre cause (son père était asthmatique). Système circulatoire normal. Un peu de strangurie par moments. En ce moment quelques érections très-légères le matin. Une seule pollution depuis deux ans. Il y a deux ans que le malade n'a vu de femme.

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Depuis trois ou^ quatre ans^ douleurs dans les jambes (ostéocopes) revenant à plusieurs reprises, mais durant peu. Le malade se sent mieux depuis qu'il prend les pilules de Sëdillot.

29 avril. Le malade est à l'hôpital Lariboisière (service de M. Tardieu), depuis le 9 avril. Il y est considéré comme atteint de paralysie générale des aliénés. Il se sent beaucoup mieux, est heureux de l'air, de la nourriture, des soins qui l'entourent ; son esprit est plus tranquille. Depuis huit jours, il éprouve plus de fatigue en montant les escaliers, n'a pas de vertiges, mais depuis quelques jours il a tout à coup la sensation d'un éclair qui, partant du diaphragme monte jusqu'à la tête et occasionne un éblouissement passager. Ce symptôme revient sans régularité, peut-être plus souvent après les repas. Le malade mange salement, bave en mangeant, dirige mal sa cuiller; quelques érections incomplètes. La vue est plus claire, l'état moral assez bon ; il a encore une gaieté exagérée, cause beaucoup, aime les conversations savantes. Ses mouvements sont assez réguliers, quoique un peu saccadés; hier matin rétention d'urine avec douleurs vives; cet accident n'a pas persisté. Le malade est à l'usage de la rhubarbe, du chiendent nitré et des bains de vapeur. Depuis six jours il a quatre cautères sur les lombes ; les eschares se forment.

6 mai. La rétention d'urine se reproduit assez fréquemment. Sensibilité cutanée toujours un peu moins vive adroite qu'à gauche; un peu de toux avec sensation de brûluie dans la poitrine, provoquant toujours de la céphalalgie vive, des nausées pendant la nuit; pas de vomissement depuis trois nuits ; les sensations douloureuses du dia- [^agme sont moins prononcées. Les bains de vapeur occasionnent une oppression très-grande. Les eschares des cautères ne sont pas encore détachées. Encore quelques inégalités sur les tibias. Vue assez bonne, état intellectuel plus calme.

14 mai. Le malade a pris un dernier bain, il y a trois jours et y a éprouvé un froid glacial; depuis lors, fièvre la nuit qui persiste ce matin ; face un peu bouffie à droite ; narine pulvérulente, sale, pas de paralysie faciale. Le malade se tient bien sur un pied, même en fermant les yeux; il écrit plus facilement, se sent assez calme. Encore de la rétention d'urine. Sensibilité plus égale des deux côtés du corps, toux nulle, vomissements moins fréquents, céphalalgie moindre; encore des éclairs partant du diaphragme; érections toujours très-incomplètes. Les cautères suppurent.

3 juin. Le malade a repris aujourd'hui un bain alcalin, la fièvre n'a duré que trois à quatre jours, avec chaleur et céphalalgie, surtout le soir; aujourd'hui , face moins boufQe; les mouvements des mem-

bres lui paraissent plus faciles. Le chapelet d'exostoses ou de tumeurs gommeuses des deux tibias ne cause plus aucune douleur. Il se sent beaucoup plus calme. La rétention d'urine persiste, mais moins intense; quelquefois, constipation et tënesme. Lorsqu'il s'impatiente, il laisse aller sous lui ; plus de vomissements, encore quelques nausées, encore quelques éclairs partant du diaphragme, montant à la tête, et descendant jusqu'aux testicules. Érections nulles. Le malade est animé, excité; il se dit lui-môme rageur. Le 12 juin, le malade est évacué sur Bicêtre. (L. Gros, Observation inédite.)

Observation 168. — Il y a huit mois, on apporta à l'Antiquaille (service de M. Arthaud), sans renseignements, un militaire qui présentait une syphilide répandue sur tout le corps et le faciès d'un dément. Grand affaiblissement de l'intelligence, tremblotement musculaire et bredouillements caractéristiques de la paralysie générale. Traitement antisyphiiitique parle sirop de Bout igny, continué pendant trois mois. Ce malade sortit complètement guéri, et la guérison persiste encore aujourd'hui. (Arthaud, Gaz. méd. de Lyon, 1858, p. 347.)

Observation 169. — Syphilis antécédente; paralysie générale. Traitement antisyphilitique , amélioration prompte. Bertambois, cordonnier, âgé de 27 ans, entre à l'Hôtel-Dieu (service de M. Laugier) le 18 mai 1857. C'est un homme de taille moyenne, de bonne constitution; il n'a eu aucune maladie jusqu'à l'âge de 18 ans. A cette époque, servant comme marin, il eut le scorbut à Rio de la Plata, et ne guérit qu'après sept semaines de «éjour à terre. Un an plus tard, dans l'hiver de 1846 à 1847, il eut les pieds gelés à la Nouvelle-Zélande; bientôt après, il fut réformé à cause d'un orteil qui prenait une position vicieuse. En 1849,11 eut un chancre et une blennorrhagie légère. Le chancre, situé à la face supérieure du gland, guérit en trois semaines par des cautérisations au sulfate de cuivre et de la cendre de tabac, moyens conseillés par des camarades. Il ne survint pas de bubon suppuré, mais une adénite indolente, peu volumineuse, du côté droit. Le malade ne fit d'ailleurs aucun traitement interne. Six à sept mois après le chancre survinrent de l'angine, de l'alopécie, des douleurs vagues dans la tête. Le malade, qui dit n'avoir eu à cette époque aucune tache sur le corps, n'employa, pour tout traitement, que quelques gargarismes alumines. En 1853 survint une affection cutanée sur les bras, le ventre et la poitrine, caractérisée par des boutons qui suppurèrent. M. Bazin lui ordonna quelques bains sulfureux, et l'envoya à l'hôpital du Midi, où il entra en janvier 1854, dans le service

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de M. Ricord. Au dire du malade, M. Ricord aurait appelé sa maladie une roséole ; le malade avait aussi des plaques muqueuses. Le traitement consista en bains sulfureux, et dans l'emploi des pilules de proto-iodure de mercure , jusqu'à quatre par jour ; il fut continué jusqu'au mois de mars. Quelque temps après le malade accusa de la céphalalgie, et les gencives se prirent. On commença alors riodure de potassium, et après une suspension , on donna concurremment le proto-iodure de mercure et Tiodure de potassium, jusque vers le commencement de mai. A cette époque, les boutons avaient disparu, ainsi que la céphalalgie; l'appétit était revenu. On continua riodure de potassium seul à la dose de 4 grammes, et les bains sulfureux. Le mois de juin se passa sans accidents, et le malade sortit en juillet pour reprendre son travail.

Au mois d'août 1855, le malade ressentit de la faiblesse dans les jambes, précédée de fourmillements, de douleurs thoraciques en ceinture ; la marche devint chancelante ; il survint aussi des douleurs dans le dos et dans les reins, des battements dans la tête, de Tinsomnie, de la constipation. Du reste, il n'y eut pas de troubles de la vue, les urines étaient normales; aucune tumeur gommeuse, rien vers les os. Le 17 août, le malade entre à la Pitié, dans le service de M. Becquerel, où il est soumis à un traitement par les bains sulfureux, 4 milligr. de brucine en pilules , et des cautères. Le malade resta trois mois sans marcher, et sortit, au bout de trois mois, guéri , et n^ayant pris ni mercure, ni iodure de potassium. La santé resta bonne jusqu'en 1857. En avril, tandis qu'il travaillait au port de Bercy, il s'aperçut de tremblements dans les membres , plus marqués dans les membres inférieurs, de douleurs dans ces parties et dans le dos; sa marche devint chancelante. ( Le malade avait quitté son état de cordonnier, parce que la position assise lui était pénible et qu'il éprouvait des inquiétudes dans les membres. ) Les tremblements étaient également très-forts dans les doigts ; il survint des douleurs dans les deux régions temporales, qui augmentaient la nuit et troublaient le sommeil. La sensibilité était émoussée sur tout le corps; le malade ne sentait plus le sol; il avait une sensation vague dans les doigts et accusait un sentiment général de froid. La vue était nette, mais se fatiguait promptement lorsque le malade fixait un objet. L'odorat était intact, le sens du goût affaibli ; le malade ne sentait plus ni le sel, ni les épices; l'ouïe était également obtuse, les urines s'écoulaient involontairement, ou bien le malade éprouvait le besoin d'uriner^ et les urines s'échappaient aussitôt. Il y avait de la constipatitti. Enfin le malade eut de l'embarras de la parole, perdit la mé-

moire; ses idées devinrent incohérentes, peu lucides. Tous ces symptômes allèrent en augmentant, et le malade entra à l'hôpital, le 1 8 mai.

État actuel : Teint un peu pâle, jaunâtre, amaigrissement général modéré ; embarras de la parole ; le malade s'arrête au milieu d'un mot ; il comprend ce qu'on lui dit, mais souvent le mot propre lui manque pour répondre ; perte de la mémoire ; un peu de délire ambitieux ; le malade, qui est intelligent d'ailleurs, se croit de trèsgrands moyens. Il parle de ses compositions en musique, en vers, avec complaisance, il veut les éditer, il a en outre de hautes protections. Sa langue est tremblante, il a des mouvements continuels des lèvres, un tremblement fibrillaire dans tous les muscles, un tremblement général des membres. Les forces sont diminuées dans les bras; le sens du toucher est vague et incertain ; analgésie ;- le froid et le chaud ne sont pas nettement perçus. Marche très- difficile ; le malade peut à peine faire quelques pas en chancelant en s'aidant d'un bâton, il ne sait sur quoi il marche, ni sur quoi il s'assied. Anesthésie des jambes et des cuisses. Douleurs dans le dos, dans les reins, en ceinture ; douleurs dans la tête, pendant la nuit surtout. Vue incertaine, ouïe dure, goût très-émoussé. Érections très-rares depuis cinq mois. On ne constate du reste aucun désordre des organes génitaux. Le malade urine quatre ou cinq fois dans les 24 heures, sans le sentir et sans s'apercevoir qu'il est mouillé; ce n'est qu'à la vue qu'il le reconnaît. Appétit conservé, digestions normales, constipations. Il ressent le besoin d'aller à la selle par une pesanteur douloureuse au fondement. Pas de trace d'adénite, ni inguinale, ni cervicale^ pas de traces de syphilides, pas de croûtes dans les cheveux ; ceux-ci tombent en grand nombre ; les yeux paraissent parfaitement sains. (Liqueur de Van Swieten et iodure de potassium, bains sulfureux tous les jours, alimentation tonique ; vin de Bordeaux.)

Douze jours après son entrée à l'hôpital, le malade pouvait marcher sans bâton, la céphalalgie avait diminué.

25 juin. Les forces musculaires sont revenues beaucoup plus vite que la sensibilité. La constipation a diminué, les urines sont encore rendues involontairement pendant la nuit, à peine le malade en a-t-il la sensation. La mémoire est un peu revenue, la parole est plus facile, moins embarrassée ; les mouvements involontaires ou le tremblement des lèvres n'existe presque plus. Les tremblements des membres supérieurs ont beaucoup diminué ; les mouvements (ibrillaires ont disparu. La marche est très-facile, le malade peut même porter de légers fardeaux. Il a continué son traitement jusque aujourd'hui et le con-

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tinuera encore. (ObservcUion inédite communiquée^par M. Siredet.) Observation 170. — Syphilis antécédente. Paralysie générale, atrophie ; iodure de potassium, guérison, — Noireau, terrassier^ âgé de 30 ans, entre à l'hôpital de la Charité le 2 septembre 1858, dans le service de M. Velpeau. C'est un homme de taille et de force moyennes, de bonne constitution. Il n'existe pas de maladie héréditaire dans Sa famille, lui-même n'a jamais fait de maladie sérieuse. En 1844, il avait alors 17 ans, blennorrhagie qui dura trois mois. Un mois plus tard il contracte un chancre qui fut considéré comme chancre induré par M. Ricord, et suivi au bout de douze mois de roséole, de plaques muqueuses, puis de syphilide pustuleuse; fous ces accidents furent traités par M. Ricord au moyen de pilules de proto-iodure de mercure administrées pendant deux mois et de Tiodure de potassium pendant un mois; à deux reprises on laissa reposer le malade, on administra quelques bains, ce qui fit en tout un traitement de cinq mois au bout desquels tout symptôme syphilitique avait disparu.

£n 1851, le malade s'aperçoit d'une faiblesse générale, portant sur les quatre membres^ d'une douleur occupant le thorax et formant comme une ceinture ; il perd la voix et la parole sans qu'on puisse constater la moindre altération du larynx ; la marche est chancelante ; il existe un tremblement général, et quelques boutons apparaissent sur le ventre. Transporté à FHÔtel-Dieu dans le service de M. Roux, le malade y est traité par des sangsues derrière les oreilles, des ventouses le long de la colonne vertébrale; ces moyens sont continués pendant cinq jours de suite. Le malade recouvre la parole, mais conserve un bégaiement très-prononcé. Dix jours plus tard on le soumet à l'usage de la liqueur de Van Swieten et de l'iodure de potassium ; on applique huit cautères le long de la colonne vertébrale eton lui faitprendre des bains sulfureux tous les jours. Au bout détruis mois il avait recouvré l'usage de ses membres, sa parole était redevenue libre et il sortait complètement guéri après quatre mois de séjour à rhôpital. il jouit d'une santé parfaite jusqu'en mai 1857. A cette époque il éprouve un peu de difficulté à uriner, n'urine plus que par un jet très-mince, accuse des douleurs dans les reins, mais n'a pas d'écoulement. Deux ou trois mois plus tard il ne peut plus uriner du tout et entre dans le service de M. Velpeau, qui le traite par l'introduction des bougies. A sa sortie de la Charité au mois de novembre, le malade urine encore fréquemment, et depuis lors il pisse toujours sur ses souliers ; le jet s'interrompt quelquefois par moments pour reprendre ensuite.

Au mois de iuillet 1858, il éprouve des douleurs dans la région

286 PREMIÈRE PARTIE. STPBILI8 DU STSTÈHE NERYECX.

des reins, des éblouissements, des étourdissements^ des tintements d'oreilles^ des douleurs dans les deux tempes, plus vives la nuit ; le paroxysme commence entre 10 et il heures du soir ; le malade compare ces douleurs à un frappement, à un tintement d'horloge. Il fit à cette époque un séjour de huit jours à l'hôpital Necker et y prit l'iodure de potassium ; on lui laissa une sonde à demeure pendant quelques jours; depuis ce moment le malade se sonde lui-même. Quelques jours après sa sortie de T hôpital Necker il rentre à la Charité dans le service de M. Velpeau, et outre les symptômes déjà mentionnés on constate Tétat suivant : Lorsque le malade veut lire, il voit vaciller les lettres, les voit quelquefois colorées en bleu, en rouge, moins distinctes ; la pupille gauche est un peu plus dilatée que la droite; le malade voit quelquefois des globes lumineux ; lorsqu'il fixe un objet il y a diplopie. En même temps le malade accuse une grande faiblesse dans les quatre membres, il trébuche quelquefois en marchant ; la jambe droite surtout paraît plus faible; il n'y a ni douleurs, ni fourmillements dans les membres; le sol donne une sensation de mollesse, le malade croit marcher sur un épais tapis. La sensibilité générale est émoussée dans les membres inférieurs, le malade perçoit à peine l'impression causée par le doigt promené sur la peau, il sent à peine les pincements ; les jambes paraissent un peu atrophiées. Le malade fait remonter cette atrophie à sa première atteinte de paralysie. Les forces ont considérablement baissé dans les membres supérieurs ; le malade serre à peine la main ; la sensibilité y est mieux conservée, le tact surtout ; le pincement provoque peu de douleur. Lorsqu'on lui fait étendre les bras en avant, les membres sont agités par un tremblement qui augmente encore lorsqu'on fait exécuter un mouvement ; le malade ne saurait boire sans renverser son verre. L'articulation des mots est difficile, le malade est obligé de chercher ses expressions et ne les trouve qu'avec peine ; dès qu'il parle, les lèvres sont agitées par un tremblement prononcé et le malade bégaie beaucoup. La mémoire a sensiblement diminué ; on ne constate pas de monomanie ambitieuse, peut-être en a-t-il eu précédemment, car il prétend avoir eu beaucoup de facilité pour écrire ; il se croit même un peu poète. Les facultés génésiques ont commencé à s'affaiblir dès 1851, et aujourd'hui paraissent complètement abolies. A partir du 6 septembre, le malade prend 2 grammes d'iodure de potassium par jour, concuiTemment avec la liqueur de Van Swiéten.

Le 1®' octobre, il ressent plus de force dans les membres, et bégaie moins; les pupilles sont égales. Le 15, l'amélioration est très-prononcée ; le malade urine bien, il peut transporter des bûches de bois au

chantier ; lorsqu'il se baisse^ il accuse encore parfois des douleurs lombaires; les forces ont considérablement augmenté; le tremblement a à peu près disparu.

Vers le 25 octobre, il passe du service de M. Velpeau dans celui de M. Rayer où il séjourne un mois, pendant lequel il prend chaque jour 3 pilules de Sédillot. Il en sort complètement guéri. (Lancereaux, Observation inédite,)

Observation 17 i. — F., traité quelquesannées auparavant pour une syphilis secondaire (ulcères des membres et de la face), vit survenir une amaurose et des symptômes de paralysie qui firent de rapides progrès. Lorsqu'il consulta Read, il ne pouvait se tenir sur ses pieds, l'articulation des mots était très-imparfaite, l'arrangement des idées tout à fait défectueux ainsi que la mémoire, la vision des deux yeux considérablement diminuée ; il y avait du coma. Traitement mercuriel énergique. Huit jours après, le malade pouvait monter et descendre un escalier; quinze jours plus tard, guérison complète. (Read, DubL quatrel. joum,, février 1852.)

Observation 172. — Femme de 52 ans, niant tout antécédent syphilitique, accuse depuis trois mois de vives douleurs au front et à la tête; amblyopie, faciès hébété, affaiblissement musculaire, marche incertaine, sensibilité générale émoussée, mémoire affaiblie, insomnie. Une médication révulsive et dérivalive ne fait qu'aggraver tous les symptômes. Ayant constaté une exostose du tibia, on prescrit un traitement mercuriel et Tiodure de potassium; dès le second jour^ amélioration. En quinze jours la guérison était complète, mais on continue le traitement. (Devat, Gaz, méd, de Lyon^ et Yvaren, loc. cit. Obs. 31 bis.)

Observation 173. — G. F. entre à Stephansfeld le 17 janvier 1857. A eu une affection syphilitique mal soignée. On croit à une exostose intracrânienne ou à une affection tertiaire ayant réagi sur le cerveau, pirce que le traitement iodique a, à plusieurs reprises, produit une amélioration notable. A son entrée, le malade présente les caractères d'une paralysie générale à une période avancée. H est irritable ; intelligence profondément affaiblie ; idées de grandeur, parole embarrassée, affaiblissement et tremblement musculaires surtout aux extrémités. Aucun symptôme apparent de vérole. Mort le 12 décembre après quelques attaques épileptiformes et un traitement iodique qui n'a produit aucun résultat. Autopsie : Épaississement considérable des os du crâne, beaucoup de sérosité dans la cavité

arachnoïdienne et dans les ventricules. Méninges injectées, épaissies et opaques. En haut et en avant de l'hémisphère droit on trouve entre les deux feuillets de l'arachnoïde, un noyau cartilagineux jaunâtre du volume d'un demi-pois^ présentant une structure homogène et formé par des fibres concentriques. Substance cérébrale fortement injectée. (Hildenbrandt, loc» cit. Obs. 11^ p. 54.)

Observation 174. — B., 36 SU3S, fabricant, hérédité nulle, entre à Hornheim le 25 août 1854. Nombreuses atteintes de syphilis; traitements incomplets. A eu une congestion cérébrale, des accidents syphilitiques secondaires et tertiaires (périostite des os du nez, nécrose des alvéoles de la mâchoire supérieure). En 1846 déjà, délire se manifestant par des écrits absurdes. En février 1854 exaltation trèsgrande, délire plus intense. En avril, signes de folie ambitieuse avec des idées de persécution. Les yeux, dans leurs mouvements, suivent une direction divergente, par le fait d'un strabisme externe de l'œil gauche ; dilatation de la pupille gauche. (Paralysie du moteur oculaire commun). On soumet le malade à l'iodure de potassium. Le mal fait des progrès ; dilatation énorme de la pupille qui est peu sensible à la lumière. Fin octobre : somnolence, angoisses précordiales suivies de céphalée; prostration; le malade dit qu'on lui arrache le cerveau. En janvier 1855 le cristallin devient opaque; en février Touïe se perd de l'oreille gauche. Vertiges, embarras gastrique, puis paralysie de l'œil droit, strabisme externe de cet œil; enfin vomissements, diarrhée et mort le 7 mars. Autopsie : Rien dans les enveloppes osseuse et fibreuse du cerveau, exsudations sur Tarachnoïde; sous cette membrane, épanchement séreux considérable (arachnitis chronique). Bouchon fibrineux dans l'artère cérébrale profonde gauche. Pulpe cérébrale correspondante présentant un ancien foyer de ramollissement, de couleur rouge brun, au milieu duquel existe une cavité de la grosseur d'un pois remplie d'un liquide séreux. Le nerf oculo-moteur droit, depuis sa sortie du crâne, devient noueux et a acquis une épaisseur triple de l'épaisseur normale; il est transformé, ainsi que le névrilème, en une masse homogène, lardacée, constituée par une substance granuleuse fine. Le nerf oculomoteur gauche, dans tout son trajet intracrânien, a subi une transformation analogue. Le trijumeau gauche est hypertrophié; l'oculomoteur externe du côté droit a augmenté de volume. Entre le nerf facial et le nerf acoustique gauchp, épanchement sanguin « Nerf acoustique gauche couleur jaune pâle, notablement épaissi. (Essmarck et Jessen, loc. cit.)

Observation 175. — Syphilis, céphalée y alopécie , douleurs articulaires nocturnes, spasmes, 'atrophie^ amblyopie, bégaiement, paraly^ ne ; iodure de potassium, guérison, — Blandin, âgé de 22 ans, ébéniste, entre à la Charité, (service de M. Bernard), le 28 juillet 1858, pour des douleurs dans les jambes et une atrophie de Tépaule. Sa mère est morte d'une maladie du foie, son père vit encore et est de robuste constitution.

En août 1855, étant en garnison à la Martinique, il eut au frein un chancre qui apparut après un bubon dans l'aine droite ; le bubon se termina par résolution,le chancre s'indura; aujourd'hui toute induration est dissipée. Le malade resta cinq mois à l'hôpital et subit un traitement mercuriel. Pendant ce traitement il fut pris de fièvre pernicieuse, puis d'une éruption qui envahit tout le corps ; les traces qu'on aperçoit aujourd'hui et qui sont nombreuses, surtout aux jambes, font supposer que c'était un rupia syphilitique. Il fut traité à cette époque par les bains sulfureux, alcalins, gélatineux, puis envoyé à la fontaine Absalon, source ferrugineuse près du Fort-de- France, où il ne resta que huit jours. Bientôt après survinrent de violentes douleurs céphaliques et une alopécie qui le firent rentrer en France eu avril 1856. Il travailla quelque temps à Paris quoique très-souffrant, puis retourna au corps à Cherbourg, où il entra à rbôpital en janvier 1857 pour des douleurs dans les tibias, revenant particulièrement la nuit ; les genoux étaient un peu gonflés. On le mit à l'usage de l'iodure de potassium et des bains sulfureux. Pendant qu'il était à l'hôpital de Cherbourg, il lui survint, sans cause appréciable, un gonflement du testicule droit qui céda à des frictions mercurielles et à des applications de sangsues et de cataplasmes. Aujourd'hui ce testicule est encore dur, gonflé, non douloureux, tandis que le gauche paraît flasque et atrophié. Le malade sortit de l'hôpital en avril 1857 et vint en convalescence à Paris. Les douleurs reparurent, et en juin il entra à l'hôpital du Gros-Caillou pour des douleurs articulaires nocturnes. On lui fit prendre d'abord de la teinture de colchique, puis l'iodure de potassium et des bains sulfureux. Un mois après, en juillet, il sortit de l'hôpital ressentant encore des douleurs tous les soirs, douleurs ayant leur maximum d'intensité à minuit et déclinant vers le matin; le malade les calmait en mettant ses jambes au froid. Il éprouvaitaussi des mouvements spasmodiques dans les muscles de la cuisse. Malgré ces symptômes, il travailla pendant quelques mois, sa santé générale étant assez bonne. ' En avril 1858 il ressentit de nouveau de vives douleurs dans les genoux, les articulations tibio-tarsiennes, et le bras gauche ; il constata

fexistence de tumeurs sur le tibia gauche, un grand affaiblissement du bras gauche^ des douleurs vagues dans la poitrine^ sous Tomoplate gauche. En mai, il s'aperçut que son épaule gauche dépérissait, qu'elle étaitbeaucoup plus maigre que Tépaule droite. Il entraàSaint- Louis où on lui fit prendre inutilemeat des bains de vapeur, enfin il vint à la Charité le 28 juillet.

État actuel : Amaigrissement prononcé: cheveux assez fournis; un peu de faiblesse de la vue ; le malade articule mal ses mots^ et bégaie; douleurs musculaires, articulaires et ostéocopes continuelles, mais augmentant pendant la nuit, insomnie; ces douleurs siègent principalement dans le bras gauche, les genoux, les malléoles, les ischions, ne suivent le trajet d'aucun nerf; périostose sur le tibia gauche, non douloureuse à la pression ; fonctions digestives excellentes, poitrine en bon état ; pas d'érection depuis quatre ou cinq mois; n'a pas vu de femme depuis 1855. Atrophie des muscles postérieurs de répaule gauche, bornée aux muscles sous-épineux, sus-épineux et au deltoïde ; le reste du corps est symétrique ; grande faiblesse du bras gauche que le malade ne peut ramener sur sa tête; l'excitabilité électrique est conservée dans les muscles atrophiés. (lodure de potassium, 1 puis 2 grammes; douches froides, quinquina.)

Le 8 août : Dès le second jour du traitement un soulagement manifeste est survenu. Aujourd'hui le malade articule bien les mots et ne bégaie plus, les douleurs ne se manifestent plus que pendant la nuit, le sommeil est un peu revenu, les forces augmentent dans le bras gauche.

Le 23 août. L'atrophie de Fépaule gauche a considérablement diminué, le malade reprend de l'embonpoint, les forces sont revenues dans le bras gauche, qui est à peu près aussi fort que le bras droit; les douleurs nocturnes ont disparu, le sommeil est calme ; encore un peu de gonfiement du tibia gauche vers son extrémité inférieure. Du reste, état excellent. Le malade est envoyé en convalescence à Vincennes; sa guérison paraît assurée. (L. Gros, Observation inédite,)

Observation 176. — Syphilis antécédente , céphalée nocturne, amau' rose par œdème rétinien; iodure de potassium, guérison. — B., bijoutier, âgé de 21 ans, de chétive constitution, de tempérament lymphatique exagéré, sans présenter néanmoins de cicatrices de scrofules^ dit n'avoir jamais été malade avant le mois de juillet 1857, époque à laquelle il contracta un écoulement blennorrhagique, compliqué d'un chancre sur le frein. Ce chancre^ pansé avec de l'onguent mercuriel, guérit en un mois sans que le malade ait pris de mercure à

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l'intérieur. Le'6 novembre suivant, le malade est atteint d'ophthalmie avec céphalée intense; il entre le iO à Thôpital des Cliniques où on lui administre des poudres qui occasionnent^ d'après son dire, des élouffements et un malaise indicible; ces accidents l'engagent à quitter l'hôpital le 14. Le 15 il entre à la Charité dans le service de M.Bouillaud, où il reste jusqu'en février 1858. Pendant son séjour à la Charité surviennent des accidents de syphilis secondaire, entre autres des taches cuivrées, abondantes surtout sur le thorax ; ces taches disparurent sous l'influence du mercure et furent remplacées par une éruption de furoncles dont quelques-uns existaient encore lorsque le malade quitta l'hôpital.

Peu de temps après^ il entra à l'hôpital Saint-Louis, où M. Hardy lui fit suivre un nouveau traitement par le mercure et la salsepareille* Ce traitement n'eut pas une durée très- longue, et à peine le malade avait-il quitté Saint- Louis, en août dernier, quMl remarqua des troubles de la vision de l'œil droit ; c'était d'abord un brouillard épais, puis apparurent des mouches volantes, suivies d'une abolition presque complète de la vue de ce côté. Il consulta successivement MM. Deval et Desmarres ; il alla à la consultation des Quinze-Vingt; nulle part on ne le soumit à un traitement interne. Au commencement de novembre, il fut pris de céphalée nocturne qui le fit beau* coup souffrir; puis après un ou deux jours de malaise général, d'état fébrile et de courbature, il survint le 22 novembre une abondante éruption roséolique. Le 23, le malade se présentait à la consultation de M. Chassaignac. Ce chirurgien diagnostiqua une amaurose syphilitique et, soumit le malade à Fiodure de potassium (1 gramme, puis 2 grammes). Au bout de peu de jours la céphalée était dissipée^ la vision était moins confuse.

Ce fut le 13 janvier 1859 que j'examinai Tœil malade à Tophthalmoscope. 11 n'existe aucune gêne dans les mouvements du globe oculaire ; la pupille droite est dilatée ; son diamètre est le double de celui de rœii sain ; Tiris est immobile, une lumière très-forte ne peut le contracter ; pas de traces d'iritis antécédente. A l'opbthalmoscope le fond de l'œil offre une teinte jauae-orange uniforme, qui contraste avec la teinte rouge beaucoup plus vive de rœii sain. On n*y distingue du reste aucun caractère spécial se rapportant soit à la rétinite^ soit à la cboroïdite exsudative, aucun vestige de dépôt plastique, etc. La rétine paraît seulement avoir perdu sa transparence, d'où la différence de nuance des yeux; l'examen ophthalmoscopique, même continué pendant assez longtemps, n'occasionne aucune don* tenr» l'œil sain au contraire est excessivement sensible à cet examen..

Quanta Tétai général^ il s'est considérablement amendé; la céphalée et la roséole ont disparu depuis longtemps^ le sommeil et les digestions sont excellents. On continue l'iodure de potassium à 2 grammes. Je revois le malade le 18 février. La vue est complètement rétablie, leîf pupilles sont également contractées et mobiles^ réagissent au même degré contre rophthalmoscope par une contraction énergique. On ne trouve plus aucune différence entre la coloration du fond des deux yeux. Le malade promet de continuer encore son traitement spécifique. 11 n'existe ni ganglions cervicaux^ ni aucun signe extérieur de syphilis constitutionnelle. (L. Gros^ Observation inédite.)

Observation 177. — S. Jean, 50 ans; affaiblissement de la vue depuis dix-huit^ mois s'étant amendé une première fois sous Tinfluence d'un traitement mercuriel et iodé prématurément interrompu. Aujourd'hui amblyopie double^ vue plus faible de Tœil gauche que de l'œil droit. Œil droit : traces d'iritis antécédente, déformation de la pupille, synéchie inférieure et postérieure. Œil gauche : à Tophthalmoscope, décoloration en nappe de la choroïde, envahissant la membrane dan s un grand rayon. Vaisseaux centraux moins volumineux que dans l'œil droit. M. Follin prescrit un traitement mercuriel, et peu de temps après la vue s'allongeait, suivant Fexpression du malade. 11 existe encore^ dans l'œil droit, quelques taches de la capsule cristalline, dans l'œil gauche un ton grisâtre de la choroïde. Le malade est encore en traitement — (Schulze, Thèses de Paris, 1859, Observation 4.)

Observation 178. — M., 32 ans, n'ayant eu, dit-il, qu'une blennurrhagie à 18 ans, a vu, il y a trois mois, sa vue s'affaiblir rapidement. En ce moment il est couvert d'une syphilide papuleuse générale, et a un ganglion sous-occipital engorgé et induré. Yeux fixes, pupilles dilatées, douleurs de tête avec pesanteur. A Tophthalmoscope on trouve autour de la papille une exsudation blanchâtre mal limitée; papille nette et blanche ; le réseau choroïdo-papillaire se distingue nettement par places, de couleur rosée. (Proto-iodure de mercure). Vingt-cinq jours après, rophthalmoscope fait reconnaître une notable diminution dans répaisseur de l'exsudat sous-choroïdien. Après deux mois de traitement la guérison est presque complète. (Schulze, loc. cit.. Observation 2.)

Observation 179. — Chorotdite exsudative. R.. Adolphe, 45 ans, journalier, entre à Beaujon le 6 janvier 1859, pour une amaurose datant de onze mois. Urétrite il y a trois ans, affection anale, maux

de gorge, alopécie il y a dix-huit mois. Fortes céphalalgies nocturnes, troubles puis affaiblissement prononcé delà vision, étourdissements; insuccès de divers moyens thérapeutiques. A son entrée , papules muqueuses manifestes à Tanus, injection de la conjonctive. A l'examen ophthalmoscopique : dans l'œil droite opacité centrale de la capsule du cristallin^ taches brunes dans Thumeur vitrée; dans rintervalle, fond général rouge de la choroïde dont on ne peut reconnaître le centre papillaire ; œil gauche moins malade ; quelques stries circonférentielles dans la capsule antérieure du cristallin, granulations opaques dans le corps vitré^ papille très-confusément visible, son pourtour a un aspect blanchâtre exsudatif. (Traitement mercuriel et ioduré.) Le 28, amélioration très-marquée; diminution des lésions appréciables à Tophlbalmoscope. Le 12 février, la vue -est complètement revenue. (Schulze, loc. cit., Obs. 3.)

Observation 180. — Cataracte syphilitique. Militaire de 42 ans, ayant eu en 1849 une syphilis qui ne fut traitée que par des moyens locaux., eut en avril 1855 une congestion cérébrale qui fut combattue par une saignée. Le lendemain, trouble prononcé de la vision de Tœil droit, puis douleur gravative à la région frontale droite avec photophobie, conjonctivite, opacité commençante de la cornée. On emploie inutilement des vésicatoires, des collyres ; opacité blanchâtre persistante derrière la cornée ; en octobre existence manifeste d'une cataracte capsulaire ; tous les remèdes étant restés sans action, on institua un traitement mercuriel qui amena une guérison rapide. {Il JRaccogl. med, di fano; et Noirot, Annuaire de Litlér. méd. étrang., 1857, p. 69.)

Observation 181 . — Cataracte syphilitique. Un capitaine de vaisseau présentait en 1842, outre une cataracte ayant totalement aboli la vue, divers symptômes manifestes de syphilis constitutionnelle et dont il fallait préalablement le débarrasser avant d'entreprendre l'opération de la cataracte. Un traitement antivénérien ordinaire fut administré, et peu à peu, en même temps que les symptômes syphilitiques disparaissaient, l'opacité du cristalhn diminuait aussi ; enfin, en moins de trois mois, la cataracte avait complètement disparu. (Raula, Clin, de Lallemand^ p. 75.)

Observation 182^.— Exsudât rétinien. Madame B., âgée de 40 ans, atteinte de cécité presque complète de l'œil droit, vint consulter M. De val le 10 mai 1860. L'œil ne paraît ni rouge, ni gonflé. A l'ophthalmoscope on trouve les milieux réfringents parfaitement transpa-

994 PREMIERS PJkRTIB. — SYPHILIS DU 8TSTÈ11B IIBRYEVX.

rents ; la papille du nerf optique est tellement cachée par un nuage (ff»n jaune grisâtre^ épais^ qu'on peut à peine distinguer les vaisseaux qui en émanent. L'exsudat dépasse les bords de la papille et se perd dans le voisinage de l'extrémité inférieure du nerf optique^ les vaisseaux rétiniens vers Vora serrata ont conservé leur volume, mais au voisinage de la papille leur couleur normale est remplacée par une coloration rouge très-foncée. M. Follin diagnostiqua comme nous un exsudât syphilitique. Cette femme portait un ulcère syphilitique à une jambe. (Traitement antisyphilitique.) Le 18 juin nous avons vu nettement la papille qui n'a pas encore entièrement repris la coloration blanche, brillante qui lui est propre. Les vaisseaux non plus n'ont pas encore leur coloration normale^ mais lors même que l'exsiKlat n'est pas encore entièrement dissipé, la malade peut lire le n^ 6 de Jager. {Observation inédite , communiquée par M. Metaxas.)

ÛBSERVATioif 183 *. — Exsudât rétinien. P., menuisier, âgé de 37 ans, aveugle depuis un an, vient consulter M. Deval le 20 octobre 1852. Il distingue à peine les objets de l'œil droit à travers un nuage ronge très-épais : de Vœil gauche il les aperçoit à travers un voile noir. Des vésicatoiressur le front sont restés sans action. M. Deval, croyant à une amaurose congestive, lui ordonna un traitement aiuticongestif qui n'amena aucune amélioration.

Le 10 janvier 1853, M. Deval aperçoit une exostose sur le tibia droit au malade, qui dit avoir eu des chancres, des bubons, des plaques muqueuses, etc. Un traitement antisyphilitique est aussitôt institué. Le 7 février le malade distingue quelques objets, et le 23 avril il rjSprend son travail. L'amélioration persiste jusqu'au 11 octobre. Le 13, rechute ; même traitement ; le 14 juin 1854 le malade était de nouveau guéri. A la fin de l'année nouvelle, rechute ; le malade faite Beaujon un traitement mercuriel de deux mois et demi de durée et sort guéri le 11 janvier 1855. Le 23 nouvelle rechute ; cécité à peu près complète. (Tisane de Feltz avec iodure de potassium ; chlorure d'or et de sodium (0, 05 en 15 pillules ; 1 puisl2 par jour.)

Au bout de six semaines la vue est rétablie, le malade reprend son travail ; la guérison dure jusqu'en 1859. Au commencement de cette année le malade perd subitement la vue^ le même traitement la rétaibtit de nouveau. Le 12 avril, lorsque je vis ce malade, ses yeux ne présentaient à Textérieur aucun signe anormal. A l'ophthalmoscope on voit dans le corps vitré deux ou trois caillots sanguins, qui se dé* placent par les mouvements de l'œil ; la papille et toute la surface

8KGT. II. GHAP. HT. — STHPTOMATOLOGIE. 295

de la rétine apparaissent à travers unnuage grisfttre plus épais sur la surface papillaire que sur la rétine; les vaisseaux rétiniens, qui ont conservé leur volume normal^ apparaissent à travers ce nuage avec une couleur rouge foncé. Il s'agit évidemment dans ce cas, et M. Follin confirma ce diagnostic^ d*un exsudât syphilitique. Du reste, aujourd'hui le malade peut lire le n» 8 de l'échelle de Jager. (Observation inédite communiqiiée par M. Métaxas.)

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