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STHPTOMATOLOGIE. — MARCHE. — DURÉE. — TERMINAISONS

Après les remarques dont nous avons accompagné chacun de nos faits cliniques dans le chapitre précédent^ nous n'avons plus^ pour ainsi dire^ qu'à grouper ici les symptômes que nous avons observés dans chacune des formes de la syphilis cérébro-spinale, en insistant plus particulièrement sur ceux qui^ au point de vue du diagnostic^ nous paraissent avoir le plus d'importance.

I. Prodromes. — Dans chacune des formes que nous avons admises on trouve quelques faits où l'invasion des accidents est brusque, instantanée ; ce sont alors des symptômes de congestion cérébrale qui marquent le début de l'afiection. Mais ces cas sont de beaucoup les moins nombreux, et presque toujours il est un symptôme qui précède pendant un temps plus ou moins long l'invasion des accidents; ce symptôme c'est la douleur de téte^ la céphalée.

Dans plusieurs de nos observations ce symptôme prodromique a persisté pendant des mois avant que l'affection ne se manifestât; d'autres fois sa durée n'a été que de quelques jours.

Le plus souvent s'accompagnant d'une inson)nie persistante, la céphalée est fixe^ profonde ; elle revient par accès nocturnes, et présente ainsi tous les attributs des douleurs ostéocopes; plus rarement elle est vague^ erratique^ semblable en tous points

206 PREMIÈRE PARTIE. — 8TPHIL1S DU SYSTÈME NERYEUX.

aux douleurs que nous avons étudiées sous le nom de douleurs rhumatoïdes; plus rarement encore elle suit le trajet de quelque filet nerveux et prend les caractères de la névralgie syphilitique.

Son intensité est variable ; en général, la céphalée augmente de violence à mesure qu'elle se prolonge ; souvent aussi, après un temps plus ou moins long, d'intermittente qu'elle était, elle devient continue avec des paroxysmes.

Son siège est également variable; elle peut occuper les diverses régions du crâne, mais le plus souvent cependant elle est frontale. Dans les observations que nous avons rapportées à des affections du cervelet, nous remarquons que la céphalée occupe la région occipitale.

Indépendamment de la céphalée nous n'avons plus à noter comme prodromes de la syphilis cérébro-spinale, que quelques douleurs rhumatoïdes occupant les membres, et s'accompagnant de fourmillements, d'engourdissement de ces mêmes parties. Mais ces symptômes prodromiques n'ont ni la fréquence, ni la durée, ni Timportance diagnostique de la céphalée.

II. Forme congestive, — Après une durée qui varie, dans nos observations, de quelques jours à plusieurs mois, la céphalée prodromique est suivie d'une série d'accidents qui paraissent se rattacher à la congestion cérébrale. Celle-ci offre des degrés très-variables. Dans quelques cas nous la voyons bornée à des vertiges, à des troubles passagers vers les organes des sens, à des éblouissements, des bourdonnements d'oreilles. Il est rare qu'il survienne des mouvements convulsifs ; une fois cependant on a noté des spasmes des muscles du cou survenant après chaque attaque congestive. D'autres fois les accidents congestifs sont plus intenses; on observe alors une perte complète de connaissance, et lorsque le malade revient à lui, on constate de la lourdeur dans les membres, quelquefois de véritables paralysies, des troubles des sens, principalement de la vue, des troubles de l'intelligence, de l'affaiblissement de la mémoire.

En général ces accidents ne persistent pas, ils se dissipent plus ou moins rapidement pour reparaître à des intervalles plus ou moins rapprochés et le plus souvent avec une intensité plus grande, lorsque aucun traitement spécifique n'est intervenu. Plu-

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sieurs fois cependant nous avons vu raifaiblissement de la naémoire^ une certaine hébétude^ des douleurs névralgiques marquer rintervalle des attaques.

Deux fois les congestions cérébrales sont survenues pendant la nuit. Nous nous garderons bien de tirer de ce fait aucune conclusion sujette au doute; nous rappellerons seulement que J. Franck avait attribué aux accès épileptiques de nature syphilitique le caractère de se reproduire pendant la nuit, mais que le dépouillement de nos observations ne nous a pas permis de confirmer cette opinion. Nous en dirons autant des attaques congestivesqui^ d'ailleurs, surviennent fréquemment la nuit en dehors de toute influence syphilitique.

Rien n'est variable comme le nombre des attaques qui peu**^ vent ainsi se succéder lorsque aucun traitement spécifique n'est institué. Rien de plus variable encore que le laps de temps qui s'est écoulé entre chaque attaque. Ordinairement cependant^ les premières sont séparées par un intervalle assez long, puis les attaques se rapprochent. C'est ce que démontrent clairement le plus grand nombre de nos observations.

Enfin quand l'accident s'est reproduit un certain nombre de fois^ les accès sont suivis de symptômes persistants, le retour à la santé exige un temps plus long, la paralysie en particulier ne se résout pas^ l'intelligence reste abolie, et^ comme chez le malade dont l'observation nous a été communiquée par M. Delaunay^ les contractures^ le coma peuvent survenir^ et les malades succombent avec tous les signes rationnels d'une méningorencéphalite. Nous l'avons déjà dit^ parmi les cas que les auteurs ont décrits sous le nom d'apoplexie à lue venerea, affection que nos autopsies nous ont démontré être fort rare, il en est plusieurs qui nous paraissent se rapporter à des congestions cérébrales ; la plupart cependant rentrent dans les formes suivantes.

Tels sont la marche et l'ensemble symptomatique de la syphilis cérébro-spinale dans sa forme congestive. On comprend que de grandes difi^érences de détails résultent de la différence de siège, d'étendue, d'intensité de la congestion. Ce qui ne varie paS; ce que nous retrouvons dans tous les cas^ ce sont les vertiges^ les étourdissements^ les éblouissements^ une atteinte mo-

mentanée portée aux fonctions cérébrales. Suivant la portion du système nerveux plus spécialement lésée, nous voyons survenir des paralysies variées, le plus souvent de Phémiplégie, d'autres fois de la paraplégie incomplète^ de Tamblyopie, des paralysies des nerfs moteurs de Toeil (troisième et sixième paires), de la paralysie de la langue. Nous remarquons déjà dans cette forme une particularité qui nous frappera davantage dans les formes suivantes, c'est que la sensibilité est moins lésée que la motilité.

Nous avons cru devoir distraire des cas se rapportant à Thypérhémie cérébrale quelques faits que nous considérons comme dépendant de Tanémie cérébrale. Nous avons insisté sur les motifs qui nous ont fait admettre cette cause encore peu connue de troubles fonctionnels des centres nerveux. Nous n'avous pas à répéter ici les considérations dans lesquelles nous sommes entrés à ce sujet, d'autant plus que la symptomatologie de l'anémie cérébrale présente de grandes analogies avec celle de l'hypérhémie, et.^ue le diagnostic nous paraît reposer en grande partie sur des considérations étrangères à la symptomatologie. Rappelons toutefois que, dans l'anémie cérébrale, la face est remarquable par sa pâleur, les troubles cérébraux augmentent sous l'influence des causes débilitantes, de la station verticale, etc.

III. Forme inflammatoire. — Les symptômes en sont assez différents, suivant que la lésion porte sur la pulpe nerveuse ellemême ou sur les méninges. En général, nous ne voyons pas l'affection suivre une marche aiguë. Sauf un cas qui est propre à l'un de nous, et dans lequel c'est par induction que nous admettons la nature syphilitique de l'encéphalite ; sauf une observation de Vidal de Cassis ayant trait à une méningite, et une observation que M. Rodet rapporte à une myélite, nous ne possédons que des cas dans lesquels, comme le veut H. Rayer, l'inflammation suit une marche chronique. C'est d'ailleurs là, nous l'avons déjà dit, la marche ordinaire de toutes les manifestations syphilitiques, quel que soit l'organe lésé.

Les symptômes inflammatoires sont le plus souvent précédés des signes que nous avons rapportés à la congestion : céphalée,

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yeitiges^ troubles des sens, faiblesse ou fourmillements dans les membres; quelquefois de véritables coups de sang; puis survient du délire^ de l'agitation ; les fonctions intellectuelles se troublent, et lorsque c'est vers les méninges que se fait le travail phlegmasique^ lorsqu'il se forme une exsudation séreuse, on constate des symptômes de compression. Mais l'enchaînement^ la succession de ces symptômes présente une certaine lenteur caractéristique qui contraste avec la promptitude avec laquelle les accidents se dissipent en général sous l'influence des antisyphilitiques^ et plus spécialement du mercure. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici les considérations de Lallemand à ce sujet :

a Quant aux symptômes et aux altérations^ la maladie présente de grandes différences^ non-seulement chez les divers individus^ dans les tissus différents^ mais encore chez le même malade et dans le même organe. Ainsi^ quand on étudie avec soin les symptômes cérébraux observés chez les malades, on n'y voit plus une seule maladie, suivant son cours sans la moindre interruption^ augmentant d'une manière progressive et régulière; maison y trouve une succession interrompue et variable de méningites et d'encéphalites^ aiguës ou chroniques; des congestions plus on moins intenses, qui se répètent à des époques plus ou moins éloignées^et sont séparées par des améliorations si prononcées^ qu'on les prend souvent pour de véritables guérisons. Pendant ces différentes phases de la maladie, il s'opère dans la cavité du crâne des transformations analogues à celles qui ont lieu dans les méningites et encéphalites ordinaires : altérations qu'il faut rapprocher des symptômes observés pendant la vie, si l'on veut comprendre leur formation (1).

Cette forme de l'affection syphilitique des centres nerveux peut occuper la moelle épinière, si nous en croyons l'observation que nous empruntons à H. Rodet^ mais qui n'indique, en fait de symptômes^ que l'existence d'une paraplégie. Nous n'avons pu trouver un second fait analogue.

Elle n'est pas spéciale à l'adulte^ mais se retrouve chez l'en-

• (1) LaUemand, 7« lettre sur l'Encéphale, p. 107.

fant comme forme de la syphilis héréditaire^ et présente alors tous les caractères de Thydrocéphalie chronique.

Lorsque les accidents inflammatoires n'ont pas disparu sous l'influence des antisyphilitiques^ ou que ceux-ci n'ont pas été mis en usage^ on voit le plus souvent, sinon toujours^ survenir les symptômes indiquant un nouveau travail pathologique au seiu des organes de l'innervation et que les autopsies nous ont démontré être un ramollissement.

La symptomatologie du ramollissement cérébral, envisagée d'une manière générale, présente de très-grandes diflTérences, suivant le plus ou moins d'acuité dans la marche des désordres anatomiques, et principalement suivant la portion des centres nerveux qui participe à la lésion.

Le début^ souvent brusque, et ayant deux fois simulé l'ivresse, est le plus souvent marqué par les troubles des facultés intellectuelles, l'affaiblissement de la mémoire en particulier, par la lenteur dans les réponses, l'embarras de la parole, dépendant, soit d'un certain degré de paralysie, soit de la peine qu'a le malade à retrouver les mots par suite de l'affaiblissement de la mémoire ; le malade pleure et s'effraie sans raison, il est sombre, taciturne. Ces troubles de l'intelligence peuvent aller jusqu'à son abolition plus ou moins complète et les malades présentent alors un état d'imbécillité.

Une fois, le début des accidents fut marqué par des accès épileptiformes suivis de contracture des membres, de fourmillements et de tremblements; les troubles de l'intelligence ne survinrent que plus tard.

Ces premiers symptômes sont plus ou moins promptement suivis d'accidents nouveaux qui portent plus spécialement sur la motilité. Ce sont des paralysies plus ou moins complètes^ plus ou moins étendues. Le plus souvent la paralysie se présente sous la forme d'une hémiplégie qui s'établit plus ou moins subitement. Elle s'accompagne de surdité, d'hémiplégie faciale, d'amblyopie, de diplopie, de strabisme ; dans un cas l'affaiblissement gagna même la tunique musculaire de l'intestin et amena de la constipation. Les parties paralysées sont souvent le siège de contrac- . tures, de tremblements ou d'élancements douloureux; c'est ce

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qui donne souvent à la face une expression grimaçante toute spéciale. La sensibilité est au contraire presque toujours conservée dans les parties paralysées ; dans un cas même on a noté Phypéresthésie. Nous avons déjà indiqué la valeur diagnostique que Récamier et M. Trousseau^ et à leur exemple H. Gubian attachent à ce qu'ils nomment la dissonance des symptômes fournis par la motilité et la sensibilité^ pour distinguer le ramollissement de Tapoplexie cérébrale.

Enfin, les symptômes vont le plus communément en s'aggravant^ soit d'une manière lente et graduelle^ soit par secousses, par recrudescences marquées. Dans le premier cas, les facultés intellectuelles s'affaissent de plus en plus^ il survient de l'assoupissement alternant avec de l'agitation^ des contractures, rarement des convulsions, et enfin le coma et la mort. Dans le second cas, la marche de l'affection est celle de l'apoplexie, avec laquelle on l'a souvent confondue.

La mort est^ en effets la terminaison la plus fréquente du ramollissement cérébral^ et nous sommes encore à nous demander, si^ dans les cas où la guérisona suivi des symptômes qui^ durant la vie^ avaient fait diagnostiquer un ramollissement^ on ne peut pas, à l'exemple de M. Rodet^ douter du diagnostic, et admettre qu'il s'est agi plutôt d'une lésion différente, et en particulier de celle que nous avons reconnu être la plus fréquente dans la syphilis cérébro-spinale, l'exsudation plastique.On ne s'étonnera donc pas de nous voir ranger dans la forme suivante des faits ayant présenté un ensemble symptomatique qui les rapprochait du ramollissement cérébral.

iV. Forme exsudative. — Les variétés si grandes que nous avons rencontrées dans l'étendue, l'apparence, le volume des exsudations que la syphilis est susceptible de produire au sein des centres nerveux, nous expliquent Textréme variété des symptômes qu'ont offerts les malades dont nous venons de rapporter les observations.

Comme pour les formes précédentes, nous retrouvons encore ici les symptômes prodromiques que nous avons indiqués au commencement de ce chapitre : céphalée^ fourmillements dans les membres^ précédant pendant un temps plus ou moins long

rinvasion des accidents.Puis surviennent le plus souvent de véritables congestions cérébrales^ se reconnaissant à des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, des troubles de la vision suivis de perte plus ou moins complète de connaissance et laissant après elle une paralysie^ le plus souvent sous la forme d'hémiplégie lorsque la congestion occupe le cerveau^ de paraplégie lorsque c'est la moelle qui est compromise, et frappant plus fortement la motilité que la sensibilité. Ces accidents se dissipent assez promptement les premières fois, puis plus lentement ; chaque attaque laisse après elle une paralysie plus marquée à laquelle ne tardent pas à se joindre des troubles intellectuels. Nous retrouvons enfin là toute notre symptomatologie de la forme congestive^ telle que nous l'avons décrite. C'est qu'en effet elle manque rarement de former la première phase de l'affection.

Dans l'intervalle des attaques congestives, surtout lorsque déjà ces attaques se sont répétées^ les malades présentent des symptômes nombreux portant sur toutes les fonctions cérébrales : douleurs vives, prenant parfois le caractère névralgique, amblyopie ou amaurose complète ; quelquefois de la surdité, rarement de l'anesthésie ou de l'hypéresthésie, des paralysies de siège et d'étendue variables : ce sont des hémiplégies, des para^ lysies générales ou des paralysies bornées à certaines branches nerveuses, la septième paire, la troisième, la sixième ; lorsque l'affection occupe la moelle, ce sont des paraplégies; dans quelques cas rares la paralysie est bornée à un membre ; la sensibilité peut être lésée aussi, mais nous devons constater que nous avons presque toujours été frappés de son intégrité qui contrastait avec tout l'ensemble symptomatique du malade. Enfin l'intelligence à son tour fournit des signes morbides nombreux :1a langue est lourde, la parole lente, les idées sont obtuses; les troubles intellectuels peuvent être portés beaucoup plus loin encore, et de véritables aliénations mentales, l'excitation maniaque, la démence, mais surtout la folie paralytique, ont été observées à cette période de la maladie. Dans quelques cas il survient un état de^ torpeur, de somnolence très- persistant.

Ces symptômes peuvent durer souvent un temps fort long sans aggravation; quelquefois méme^ il y a des rémissions assez

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marquées. Puis de nouveaux accidents congestifs surviennent^ etlorsque TaiFection n'est pas reconnue et traitée en conséquence^ il survient tôt ou tard des symptômes d'inflammation ou de ramollissement^ des signes de compression, délire, coma^contrac^ tores, convulsions, accès épileptiformes ou apoplectiformes qui mettent un terme aux souffrances du malade.

Tel est le tableau d'ensemble qui nous fournit l'analyse des 51 observations que nous rapportons à ce genre de lésion syphilitique. Il n'est qu'un petit nombre de ces faits qui nous montre la réunion de tous ces symptômes. Le plus souvent^ l'altération n'intéressant qu'une portion plus ou moins restreinte des centres nerveux^ les troubles provoqués par la présence de l'exsudat ne s'étendent que sur un nombre restreint d'organes. Nous ne pouvons donner l'énumération des divers groupements qu'ont présentés ces symptômes; nous renvoyons pour cela au chapitre précédent et aux observations elles-mêmes. Nous nous bornerons à présenter ici quelques remarques sur les symptômes principaux et sur leur fréquence.

,,. Cie sont les symptômes paralytiques qui tiennent le premier jMng : de toutes les variétés de paralysies que nous avons distinguées, quant à leur siège, c'est l'hémiplégie qui se rencontre le plus fréquemment. L'hémiplégie a occupé plus souvent le côté droit que le côté gauche.

Après l'hémiplégie viennent se ranger la paraplégie et la paralysie générale. Cette paralysie générale^ s'accompagnant constamment de troubles de l'intelligence^ reproduit^ comme nous Pavons dit, assez exactement l'ensemble symptomatique de la folie paralytique pour qu'à l'exemple de MM. Essmarck et Jessen^ Hildenbrandt et autres (voir p. 129), nous nous croyions en droit de ne pas l'en séparer^ et d'en tirer la conclusion que la syphilis joue un rôle important dans l'étiologie de ce genre d'aliénation mentale. Aucun de ces cas de paralysie ne nous a paru se rapporter à la paralysie ascendante aiguë, récemment décrite par HM. Landry et Gubler^ et qui^ à en croire ces auteurs, reconnaîtrait aussi quelquefois pour cause la diathèse syphilitique (1).

(1) Laodry, Gaz. d9 méd. et de ehir, 6 août 18S9.

On rencontre encore fréquemment la paralysie des muscles moteurs du globe de VœW, et plus souvent la paralysie de la troisième paire que celle de la sixième. Ces paralysies s'accx)mpngnent^ presque toujours de strabisme et de diplopie. Enfin la paralysie intéresse encore assez souvent le nerf facial; dans des cas plus rares^ elle n'occupe que les extrémités supérieures.

Quelle que soit la région du corps qu'elle envahit^ la paralysie présente des degrés très-variables^ depuis le simple affaiblissement de la force musculaire^ jusqu'à la résolution la plus absolue. Son invasion est tantôt brusque^ tantôt progressive. C'est cette paralysie^ principalement avec hémiplégie survenant brusquement^ qui a fait rapporter la plupart de ces cas à l'hémorrhagie cérébrale, à l'apoplexie à lue venerea. Nous insisterons, en temps et lieu, sur le diagnostic différentiel souvent embarrassant de ces deux affections. Enfin nous avons déjà insisté sur les intermittences que peuvent présenter les accidents paralytiques.

Nous plaçons immédiatement après les troubles de la motilité, les paralysie s des organes des sens, et en premier lieu Tarn aurose^ que nous trouvons dans un tiers de nos observations; la surdité se rencontre beaucoup moins fréquemment^ et dépend, pensons-nouS; le plus souvent^ bien plus de lésions des tissus voisins que de la lésion cérébrale elle-même. La perte ou la perversion du goût et de l'odorat, de môme que Tanesthésie^ ne se rencontrent que très-rarement.

Enfin notons encore^ principalement dans la syphilis rachidienne^ la paralysie des sphincters et la perte des facultés sexuelles.

Les autres symptômes fournis par la motilité, mais dont la fréquence est bien moindre que celle des précédents^ sont des tremblements, des spasmes^ occupant les muscles de diverses régions^ principalement les membres inférieurs; le tremblement de la langue produisit dans un cas du bégaiement; l'hémichorée que nous avons une fois vue survenir au déclin d'une hémiplégie; enfin des convulsions épileptiformes.

Si maintenant nous passons aux troubles de la sensibilité^ nous trouvons en première ligne ]a céphalée, ^ous avons déjà insisté sur latrès-grande fréquence de ce symptôme^ prodrome presque

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constant de la syphilis cérébro-spinale. Nous n'avons plus qu'à ajouter que ce symptôme^ loin de cesser lors de Tinvasion des autres accidents^ persiste au contraire presque toujours^ et prend souvent une intensité plus grande.

Nous devons aussi signaler la forme névralgique que prend parfois la douleur. C'est ainsi que nous rencontrons, dans cinq caa^ la névralgie trifaciale^ plus ou moins étendue.

L'hypéresthésie^ comme nous l'avons déjà dit^ ne parait exister qu'exceptionnellement; elle occupe alors presque toujours les parties paralysées. Dans un cas, le malade se plaignait d'une chaleur brûlante dans les parties paralysées; un autre accusait au contraire une sensation de froid très-vif.

Sous le rapport de la fréquence, les troubles de l'intelligence tiennent^ dans la symptomatologie de la syphilis cérébrale exsudativ6,le second rang^ et viennent se placer immédiatement après les troubles de la motilité. Sans parler des vertiges^ des étourdissements^ de la perte de connaissance que nous rangeons parmi les phénomènes congestifs, nous trouvons^ dans un très-grand nond^re de cas^ des désordres intellectuels pouvant aller jusqu'à la démence. Le plus souvent, c'est l'affaissement des facultés qui s'observe; la mémoire paraît la première faculté atteinte; nous avons déjà dit que le siège plus fréquent des exsudats sur les lobes cérébraux^ à la surface des hémisphères en particulier^ nous semble expliquer d'une manière satisfaisante cette grande fréquence des troubles de l'intelligence. La mélancolie pouvant mener au suicide, l'incohérence des idées, l'embarras de la parole^ le bégaiement^ sont des formes variées de ces désordres. Dans des cas plus rares, nous rencontrons l'aliénation mentale revêtant la forme maniaque ou monomaniaque; enfin nous rapportons des cas rentrant dans la folie paralytique. Dans la période ultime de l'affection, surviennent l'assoupissement^ la somnolence^ le coma^ dépendant soit de la compression^ soit du ramollissement du centre encéphalique.

Lorsque l'exsudat siège, non plus dans le cerveau môme, mais dans le cervelet ou la moelle épinière, la symptomatologie présente quelques particularités que nous ne saurions passer sous silence.

Ainsi^ lorsque le siège de l'affection est le cervelet^ nous avons déjà dit que les douleurs prodromiques occupent la région occipitale; de plus, les troubles de la motilité portent principalement sur la locomotion^ sur la coordination des mouvements. Chez le malade de M.Greppo, il existait un mouvement de recul tout particulier. Ëniin^ il y a presque toujours alors des vomissements.

Dans les cas plus nombreux où la lésion intéresse la moelle, nous voyons survenir la paraplégie avec ou sans paralysie des sphincters^ avec ou sans perte des facultés sexuelles.

Un symptôme important à noter est Texistence d'une sensation de constriction, de barre qui serre le tronc à des hauteurs variables^ tantôt à la région inférieure du thorax, à Tépigastre^ tantôt dans la région abdominale^ ou dans la région lombaire. Pour Oppoltzer (de Vienne), ce symptôme appartient en propre aux affections de la substance de la moelle^ et ne se rencontre pas dans les affections n'intéressant que les méninges rachidiennes.

Si nous étudions d'un peu plus près la manière dont débutent les accidents, nous verrons que^ dans la majorité des cas^ plus des deux tiers, les accidents ont débuté, après les prodromes déjà indiqués, par de véritables attaques congestives; que dans les autres cas, le début a été lent, progressif; c'est ordinairement alors la motilité qui fournit les premiers symptômes; deux fois cependant, des troubles de l'intelligence précédèrent tous les autres accidents.

Quel qu'ait été son débuts l'affection ne suit pas, en général, une marche constamment progressive ; il y a^ comme le fait observer Lallemand, des rémissions quelquefois très-marquées^ qui sont bientôt suivies de recrudescences nouvelles^ et chaque fois plus intenses. Ces rémissions s'observent surtout sous l'influence d'un traitement spécifique^ ce qui a fait dire à HH. Trousseau et Pidoux que « le mercure produit souvent, dans ces cas, de véritables miracles, bien faits pour enthousiasmer les praticiens (1).»

La terminaison fatale est relativement moins fréquente dans la forme de la syphilis cérébro-spinale dont nous nous occupons en ce moment que dans la forme inflammatoire, et surtout que dans

(t) Trousseau et Pidoux, hc, cit.

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