‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 43 sur 64 · M:T. II. CHAP. IV. — ËTIOLOGIE · texte numérisé non relu

M:T. II. CHAP. IV. — ËTIOLOGIE

manifestation des affections nerveuses syphilitiques : Yinfection syphilitique^ qu'elle soit héréditaire ou acquise. Mais les mêmes conditions secondaires qui paraissent favoriser la localisation de la diathèse vers d'autres organes^ nous ont aussi paru^ dans quelques cas^ avoir amené sa localisation sur le système nerveux. Ces conditions sont toutes celles qui appellent vers un point de l'organisme, ou vers un organe, un surcroit d'activité^ ou qui diminuent sa force de résistance aux agents morbifiques. Ainsi nous savons combien les maladies syphilitiques du foie sont relativement fréquentes chez le nouveau-né, combien les syphilides se manifestent plus souvent pendant les chaleurs que dans

les saisons froides, etc C'est à ce point de vue des causes

occasionnelles et prédisposantes que nous allons étudier Tétiologie de la syphilis cérébro-spinale. La seule question à résoudre est donc celle-ci : Étant donné un individu syphilitique, quelles lont les circonstances qui paraissent favoriser chez lui les manifestations de la diathèse syphilitique vers le système nerveux?

h Age, — Aucun âge, nous Tavons vu, n'est à l'abri de la vérole; nous pouvons ajouter : ni de ses manifestations vers le système nerveux.

Nous avons, en effet, relaté plusieurs faits d'accidents nerveux se rapportant à la syphilis héréditaire; ce sont des observations d'insomnie, d'éclampsie, d'hydrocéphale, accidents syphilitiques peu connus, et qui nous ont paru intéressants à signaler. Mais ces faits sont rares, et cette rareté s'explique par l'absence d'excitation du système nerveux pendant la partie de la première enfance dans laquelle se manifeste d'ordinaire la syphilis héréditaire, c'est-à-dire les premiers mois de la vie. Les affections nerveuses syphilitiques seront au contraire plus fréquentes dans Page où le cerveau est surexcité, où surgissent les luttes des passions, dans rage adulte.

IL Sexe. — Sur 156 malades dont nous avons recueilli les observations (1), nous trouvons 114 hommes et 42 femmes. Cette prédominance du sexe masculin s'explique par la plus grande fréquence de la syphilis en général chez l'homme que chez la

(1) Ces chiffres ne se rapportent qu'à la première partie de ce mémoire, à la syphilis du système nerveux proprement dite.

femme. Si, d'une part, la femme, par la prédominance qu^acqiiiert en général chez elle le système nerveux, nous paraît prédisposée aux localisations de la syphilis sur le système nerveux, cette influence est largement compensée dans le sexe masculin par la réunion de plusieurs des causes que nous examinerons plus loin.

m. Tempéraments. — La plupart de nos observations se taisent sur ce point. 14. fois seulement, ce renseignement nous est connu. Sur ce nombre, nous trouvons :

6 fois le tempérament nerveux;

5 fois le tempérament lymphatique;

2 fois le tempérament sanguin;

1 fois le tempérament bilieux.

Ces chiffres n'ont à nos yeux aucune valeur, pas plus que ceux qui nous indiquent 11 fois une constitution faible, et 14 fois une constitution forte. On sait, en effet, quelle est l'élasticité de ces termes, et combien est vague et arbitraire la détermination des constitutions et des tempéraments. Nous pensons que le tempérament nerveux a une influence plus marquée que le tableau cidessus ne le ferait supposer. Si nous n'attribuons aucune influence au tempérament lymphatique sur la production des affections nerveuses syphilitiques directes, il n'en est pas de même des affections nerveuses indirectes, et nous verrons bientôt quelle est la gravité des lésions du tissu osseux, lorsque la syphilis s'attaque aux tempéraments lymphatiques, aux individus scrofuleux.

IV. Professions, — Si l'idée que nous avons émise est vraie, nous devons en trouver la confirmation dans l'influence qu'exercent les professions sur la fréquence et Tintensité des affections nerveuses syphilitiques. Notre attente ne sera pas trompée : en effet, sur 58 observations qui tiennent compte de la profession des malades, nous trouvons 27 fois des professions libérales, ou des occupations ayant entraîné une grande dépense de force nerveuse. Cette proportion est très-forte, si l'on songe qu'un grand nombre de nos observations sont prises dans les hôpitaux où les lettrés sont en grande minorité, proportionnellement aux gens qui se livrent aux travaux manuels. Nous croyons y voir la preuve de la tendance que manifeste la syphilis à s'attaquer au

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système nerveux chez les individus qui, par leur profession^ sont dans le cas de fatiguer beaucoup leurs facultés intellectuelles et leur système nerveux en général. Rappelons spécialement le malade du service de M. Rayer (Ous. 167)^ chez lequel les accidents sont survenus^ ou se sont chaque fois aggravés^ après des veilles et des fatigues intellectuelles plus soutenues que d'habitude.

V. Habitudes. — Les mauvaises conditions hygiéniques, les excès de boissons, dont Tinfluence sur le système nerveux est si manifeste, les excès vénériens sont des causes que nous retrouvons fréquemment, et qui trop souvent combinent leur action fâcheuse. Ces causes n'ont pas seulement une influence très-grande sur la localisation de la syphilis sur le système nerveux; mais elles sont presque toujours la cause déterminante des accidents aigus qui souvent précipitent la terminaison fatale. Plusieurs de nos observations témoignent de la vérité de cette assertion.

VI. Influences psychiques. — Les impressions morales, les émotions fortes, la frayeur, ont souvent aussi paru jouer un grand rôle dans le développement des accidents nerveux. Nous avons vu l'imagination provoquer des vésanies fort graves; la honte, le dégoût que la syphilis inspire à certains individus impressionnables, amènent un état particulier de dépression nerveuse déjà signalé par Jos. Franck, et qui est souvent le point de départ d'accidents nerveux ultérieurs.

VIL Maladies antérieures, — Il est des maladies antérieures, ou encore plus exactement des prédispositions morbides qui paraissent avoir agi comme causes accessoires dans le sens que nous indiquons : nous voulons parler des troubles de Tinnervation. Ainsi il ressort de nos observations, que des individus chez lesquels se sont déclarés des accidents nerveux de nature syphilitique, avec ou sans lésions appréciables, avaient souflert précédemment de maux de tête, de migraine, etc.... Cette particularité n'avait pas échappé à Astruc^ qui indique, comme augmentant les difficultés du diagnostic, « le caractère de la vérole, de s'accommoder pour Tordinaire au tempérament des malades, et de se déguiser sous le voile des maladies qu'ils avaient auparavant. Ainsi une personne qui était attaquée de quelque maladie de la

poitrine^ de la tête, des yeux^ eic.^ le sera de même quand elle aura la vérole^ mais le sera seulement un peu plus violemment, ce qui fera qu'au lieu de soupçonner la vérole, on se persuadera que ce n'est qu'un mal ancien (i). » Nous noterons encore, en fait de maladie antécédente pouvant prédisposer à des manifestations syphilitiques vers le système nerveux, Tanémie générale qui, nous l'avons vu, peut entraîner l'anémie cérébrale, et consécutivement des accidents nerveux variés.

Ce n'est pas ici le lieu de discuter les opinions émises par quelques auteurs qui mettent sur le compte du mercure ou de l'iodure de potassium tous les accidents nerveux qui surviennent après leur emploi. Nous avons déjà, à maintes reprises, réfuté par des faits des opinions que nous croyons fausses; nous en reparlerons aux chapitres du diagnostic et du traitement; bornonsnous à rappeler ici que des traitements mercuriels mal faits ne nous ont pas toujours paru sans dangers, et nous dirons en terminant : Les affections nerveuses peuvent se développer dans la. syphilis, sans le concours d'aucune autre cause; néanmoins elles paraissent plus fréquentes chez les individus dont le système nerveux est le siège d'un surcroît d'activité , sous l'influence de causes perturbatrices ou débilitantes, en particulier à la suite d'excès de toutes sortes, de traitements mercuriels mal dirigés ou mal suivis, ou sous l'influence de causes morales déprimantes.

(1) Aslruc, Mal, vénér», t. IV, p. 101.

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