CHAP. I. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
du crâne raiigmentalion de volume de la tête qu'il observa chez un malade^ aurait vu cet accident disparaître sous l'influence d'un traitement d'abord hydrargyrique, puis ioduré. Au musée Dupuytren^ on peut voir, sur quelques pièces, cette hypertrophie générale ; nous l'avons nous-mêmes observée chez une femme atteinte d'idiotie et morte à la Salpêtrière en 1855. Mais l'origine syphilitique n'étant démontrée ni pour les pièces anatomiques du musée Dupuytren, ni dans le fait observé par nous-mêmes à la Salpétrière, nous nous abstenons de porter un jugement définitif, et nous nous contentons de signaler cette altération, qui demande des recherches nouvelles (1). Nous en dirons autant d'un état particulier des os du crâne que nous trouvons indiqué dans quelques-unes de nos observations (Obs. de Portai, Obs. 131, etc.), et que nous avons nous-mêmes rencontré plusieurs fois, c'est une fragilité excessive de ces os. Nous avons en effet été frappés de la facilité avec laquelle se brisaient par éclats les os crâniens dans l'autopsie de quelques-uns de nos syphilitiques; cette fragilité, qui tient évidemment à une altération dans la texture de ces os, nous l'avons encore rencontrée dans d'autres circonstances, mais néanmoins nous pensons que la syphilis peut jouer un certain rôle dans sa production. C'est surtout dans ce cas que l'on rencontre des adhérences entre l'os et la dure-mère.
Nous possédons quelques exemples d'exostoses rachidiennes, qui n'offrent rien de particulier; nous les relaterons plus loin uinsi que d'autres faits dans lesquels il y avait compression des cordons nerveux par des tumeurs du même genre.
Gommes des os. — On rencontre dans les os, et particulièrement dans les os du crâne, des tumeurs gommeuses différant assez peu de celles qui se voient dans les autres tissus. Ces tumeurs peuvent siéger à la voûte ou à la base. A la voûte, il leur arrive parfois de faire saillie à l'extérieur. Les parties les plus superficielles de l'os sont alors exfoliées, et la tumeur, se ramollis-
(!) Le 16 janvier dernier nous avons constaté cette même altération des os du crâne chez une femme morte d'un érysipôle dans le cours d'une syphilis terUaire évidente, et qui n'avait présenté aucun symptôme cérébral .
sant à mesure qu'oUe progresse dans son évolution, finit par être expulsée au dehors, en laissant à sa place une dépression plus ou moins profonde. Rarement ou jamais, dans ces conditions, on ne constate d'accidents cérébraux. Il n'en est pas de même quand la tumeur fait saillie, à Tintérieur de la cavité crânienne, qu'elle se soit primitivement développée à la voûte ou à la base, car la règle dans ces cas, c'est le trouble des fonctions cérébrales, avec ou sans altération apparente de la substance nerveuse, et parfois ce trouble est tel qu'il peut amener la mort subite. (Obs. 204>.) Les accidents qu'on constate alors tiennent ou à la compression ou à l'excitation de la substance cérébrale, qui finit par amener vers cet organe un mouvement fluxionnaire plus ou moins intense. Lorsque la tumeur gommeuse se développe dans le diploé, elle peut écarter considérablement les deux tables osseuses, comme l'a observé M. Boys de Loury.
Au lieu d'avoir pour point de départ la trame osseuse, il peut arriver que les tumeurs gommeuses se développent à la surface interne des os du crâne, mais alors il est parfois difficile de savoir si leur point de départ a été l'os ou la dure-mère. Quel que soit ce point de départ, les phénomènes nerveux, qui nous occupent surtout dans ce travail, offrent assez peu de différence. Disons seulement que dans quelques cas, soit en vertu de son siège, soit en vertu de son volume parfois considérable, la tumeur gommeuse peut amener la perforation du crâne par nécrose ou par usure du tissu osseux correspondant.
Il est encore une autre altération osseuse à laquelle M. Virchow a donné le nom d'atrophie qu carie sèche. Suivant cet anatomiste, elle consiste dans la raréfaction avec atrophie du tissu osseux dans une étendue plus ou moins considérable. Les parties voisines sont le siège d'hypérostose et souvent, au niveau des points raréfiés, on constate Texistence d'une matière ou d'un tissu gommeux. On pourrait ici, avec juste raison, suivant nous, se demander si le dépôt plastique n'est pas le phénomène initial et la cause de la raréfaction osseuse. Quoi qu'il en soit, cette lésion déjà vaguement signalée avant le professeur de Berlin, peut donner lieu à la perforation et à tous les accidents qui en résultent. Les tumeurs gommeuses de la
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dure-mère paraissent encore , dans quelques rares circonstances^ capables de produire le même résultat.
Les tumeurs gommeuses peuvent se développer dans le corps des vertèbres comme dans les os du crâne. L'exsudat qui les constitue atrophie d'abord les lamelles osseuses et plus tard, quand il vient à se ramollir^ le corps vertébral ne pouvant plus supporter le poids qui pèse sur lui^ s'écrase^ et en s'afTaissant il donne lieu à la gibbosité caractéristique du mal de Pott. Nous possédons plusieurs observations dans lesquelles il est dit que les malades étaient atteints du mal de Pott. Nous ne voudrions pas affirmer que le mécanisme de la production a toujours été celui que nous indiquons ici^ mais nous croyons qu'il a existé dans quelques cas. Le mal de Pott, par conséquent, nous paraît avoir quelquefois une origine syphilitique.
Exsudais des méninges, — Nous avons parlé des altérations que subissent les méninges au contact des os malades. Nous avons dit, qu'en dehors de ces altérations^ il arrivait parfois de rencontrer des adhérences avec épaississement de ladure-mèro, état anatomique que nous avons de la tendance à rapporter à l'inflammation. 11 ne nous reste plus, pour compléter ce sujet, que de parler des exsudats disséminés à la surface des méninges, do la dure-mère en particulier, et des tumeurs qui, sous l'influence de la maladie syphilitique, se développent dans leur trame organique. Chez une malade observée par M. Gosselin, il y avait, entre la dure-mère épaissie et le crâne, une substance mollasse, non diflluente, fétide, ressemblant à une bouillie épaisse, n'étant pas du pus épaissi, mais une substance plastique gommeuse, comparable à celle qui se dépose souvent à la surface des os, sous l'influence de la diathèse syphilitique (i).Dans plusieurs des faits que nous possédons, il est question de plaques cartilagineuses ou osseuses à la surface de la dure-mère. Or ne pourrait-il se faire qu'un exsudât, en tout analogue à l'exsudat gommeux, vienne à se revêtir d'éléments cartilagineux ou calcaires, par cela seul qu'il se trouve au voisinage d'un tissu osseux. C'est probablement de cette façon qu'il faut se rendre
(!) Gosselin, Arch. (jén. de méd,, 1853» t. 1, p. 2G9.
compte de la couche osseuse interposée entre le crâne et la duremère dans Tobservation de M. Monod. Nous savons du reste que bon nombre de tumeurs gommeuses finissent par s'encroûter de substances calcaires.
M. Tâcheron a observé entre Tarachnoïde et la dure-mère «ne matière qu'il dit cartilagineuse. Un habile chirurgien des hôpitaux^ dont nous ne citons pas le nom parce que nous n'y sommes pas autorisés^ nous a fait voir le dessin d'une pièce anatomiqne représentant la dure-mère rachidienne à la surface interne de laquelle se trouvait disséminé^ par plaques^ dans une étendue de plusieurs centimètres^ un exsudât plastique abondant. Dans la séance de la Société anatomique du 14 décembre 1860^ H. Blachez a présenté le cerveau d'un militaire âgé de 29 ans et ayant eu des accidents de vérole constitutionnelle. Toute la face inférieure de cet organe était couverte de productions plastiques analogues à celles de la méningite tuberculeuse; l'exsudat avait pour siège la pie-mère ; on ^le voyait cependant pénétrer dans la substance nerveuse de la protubérance et du cervelet. Les mêmes productions se rencontraient dans la piemère de la partie supérieure de la moelle, et sur quelques points on les voyait former de petites tumeurs à l'origine des nerfs.
Ce sont ces différents exsudats qui, réunis en masse, constituent pensons-nous, les tumeurs méningiennes d'origine syphilitique. Comme nous l'avons déjà dit, ces tumeurs ont reçu des noms différents suivant leur forme, leur consistance, et aussi suivant l'état plus ou moins avancé de leur évolution pathologique. Mais qu'on les ait appelées cancéreuses, gommeuses ou mélicériques, en se basant sur des caractères purement physiques, elles ne reconnaissent pas moins une origine commune, et leur disparition demande nécessairement l'emploi d'un môme agent thérapeutique.
Le nombre de ces tumeurs est variable; on a pu en rencontrer jusqu'à trois, et davantage chez le même individu. Variables aussi quant à leur siège, elles donnent lieu à des troubles divers. Lorsqu'elles siègent entre la dure-mère et le crâne, elles peuvent produire l'usure des os avant d'agir sur la substance cérébrale; situées à la surface interne de la dure-mère, elles irritent par leur présence le système nerveux. On les rencontre à la base.