CHAI». I. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
pie-mère. En eflet, Texsudat syphilitique, comme Texsudat tuberculeux^ se rencontre sur le trajet des vaisseaux méningiens et même cérébraux, quand on vient à Ty poursuivre. C'est là, pensons-nous, un fait commun à un certain nombre d'exsudats, car nous avons eu fréquemment l'occasion de constater, dans l'altération rétinienne de la maladie de Bright, la plus grande abondance des granulations graisseuses et de la matière exsudée sur le trajet des vaisseaux.
Quoi qu'il en soit, la disposition, le siège et la composition de l'exsudat permettront, dans la plupart des cas, de rattacher à leur véritable origine les altérations qui nous occupent ici. Ainsi, l'exsudat syphilitique se rencontre partout sur les membranes du cerveau, car bien qu'il soit plus fréquent à la base, on ne le voit pas, comme le produit de la méningite tuberculeuse, occuper de préférence les scissures de Sylvius et la toile choroïdienne. En outre, il ne forme pas habituellement les granulations caractéristiques de la méningite tuberculeuse ; les corps fusiformes y sont moins abondants que dans cette dernière, et les altérations concomitantes, cérébrales et autres, sont généralement bien différentes.
II ne faudrait pas cependant, dans le diagnostic de ces deux affections, attacher une trop grande importance à la composition des produits, puisque, comme nous l'avons déjà dit, l'examen microscopique ne peut fournir aucun caractère absolu, même lorsque, sans s'arrêter à la forme des éléments, on tient compte de leur arrangement et de leur évolution pathologique. Il en résulte que la détermination des espèces morbides, basée uniquement sur l'anatomie pathologique, peut être parfois dangereuse et conduire à l'erreur en thérapeutique. C'est ainsi, par exemple, qu'on peut lire dans l'ouvrage d'un des principaux micrographes de notre époque, que la fièvre typhoïde, la leucémie, la phthisie, la scrofule et môme la syphilis donnent lieu à des altérations ganglionnaires dont les différences s'effacent à un certain degré de la maladie, ce qui en rend le diagnostic presque impossible ; et pourtant, au point de vue clinique, ne sont-cc pas la des espèces morbides bien distinctes?
Altérations de la substance nerveuse, — Les désordres de la
334 DEUXIÈME PARTIE. — AFFECTIONS NERVEUSES INDlREaES.
substance nerveuse consécutifs aux altérations que nous venons de décrire sont de deux ordres : 1° d'ordre physique ou mécanique, 2° d'ordre vital.
Les lésions physiques sont toutes celles qui tiennent à la compression de la substance nerveuse ou des vaisseaux qui s'y rendent, par une tumeur quelconque, gommeuse, osseuse, ou purulente. L'arrêt de la circulation dans un vaisseau important, phénomène non mentionné dans nos observations, et qui nous paraît néanmoins avoir existé dans quelques cas, donne lieu, comme on le sait, à de la congestion ou à de l'anémie, suivant que c'est une veine, un sinus ou une artère qui se trouve comprimé; après un temps souvent peu long, la substance cérébrale, dans le cas de compression artérielle, se ramollit plus ou moins complètement. Les faits de ramollissement consécutifs à une obstruction artérielle ont passé inaperçus, tant qu'on n'a pas examiné avec soin l'état des vaisseaux, et c'est pourquoi il n'en est pas fait mention dans la plupart de nos observations. Depuis que notre attention s'est portée sur ce point, nous avons trouvé que la moitié à peu près des ramollissements cérébraux chroniques reconnaissaient pour cause un obstacle à la circulation artérielle; sur 24 autopsies, iO viennent à l'appui de ce que nous avançons. La compression des veines amène plus particulièrement l'œdème et l'hydropisie ventriculaire, comme nous le voyons dans plusieurs de nos observations.
La compression directe de la substance nerveuse donne lieu à l'aplatissement de cette substance ; parfois elle l'enflamme, la ramollit et la désorganise, surtout quand des saillies aiguës et rugueuses viennent à l'irriter.
Les phénomènes d'ordre vital qui, sous l'influence des altérations que nous venons de mentionner, se rencontrent au sein de la substance cérébrale, peuvent se grouper sous deux chefs, congestion et inflammation. Tout le monde sait qu'il suffit de l'existence d'une tumeur, d'un corps étranger quelconque au sein ou même au voisinage de la substance cérébrale, pour produire des phénomènes graves et amener parfois une mort rapide. Ces phénomènes sont généralement de la céphalée, des vertiges, de la contracture, des convulsions, parfois de la para-
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lysie et du coma. A Tautopsie on trouve, outre la tumeur, de l'inflammation, souvent de i'hypérhémie ou de Tanémie. L'inflammation envahit encore la substance nerveuse par propagation^ lorsqu'elle a son point de départ dans le système osseux on les tissus de son voisinage, comme nous l'avons déjà indiqué.
Nous ne faisons que mentionner le foyer sanguin trouvé à l'autopsie du malade observé par Leprestre de Caen ; il n'est pas dit quelle en a été la cause^ mais on sait que, dans les cas de ce genre, il y a souvent altération vasculaire au voisinage de l'os carié. En terminant enfin, nous dirons que dans les perforations crâniennes on a vu la substance cérébrale faire hernie à travers la perforation, et présenter les symptômes de l'encéphalocèle et ses conséquences fâcheuses.
En résumé, à la suite des altérations que la syphilis développe au sein des tissus voisins du système nerveux, le cerveau, la moelle et les nerfs peuvent être affectés. Hais l'altération subie par chacune de ces parties, quoique identique quant à sa nature, ofiVe cependant quelques différences en raison de la structure particulière à chacune d'elles. Les troubles fonctionnels consécutifs sont nécessairement aussi variés que les fonctions auxquelles président les portions de la substance nerveuse devenues le siège de la lésion. lien résulte que les accidents cérébraux qui nous intéressent dans cette deuxième partie de notre travail, peuvent offrir des variétés sans nombre, et que semblables en cela à ceux que nous avons décrits dans la première partie, ils peuvent simuler la plupart des affections du système nerveux. Il en résulte encore que le diagnostic de la lésion ne peut jamais avoir qu'une importance médiocre, car avant tout, comme nous le dirons, c'est le diagnostic de la maladie qu'il faut faire, puisque c'est sur lui que reposent le pronostic et le traitement.