SYMPTOMATOLOGIE. — MARCHE. — DURÉE, — TERMINAISONS
La différence capitale qui sépare les faits cliniques qui vont suivre de ceux que nous avons reproduits jusqu'ici, c'est, encore
une fois, le siège tout différent de la lésion syphilitique. Tandis que dans une première section nous avons admis une influence syphilitique agissant sur le système nerveux sans y laisser de trace palpahie ; tandis que dans une seconde section nous avons cherché à démontrer que le virus syphilitique peut influencer matériellement et directement le système nerveux et y produire des lésions appréciables, qu'il existe, en un mot, une syphilis du système nerveux, comme il existe une syphilis des systèmes muqueux, cutané ou osseux, les faits que nous réunissons ici démontrent que toutes les parties du système nerveux, centres et branches, peuvent être influencées indirectement, gênées dans leur fonctionnement, par des lésions matérielles syphilitiques siégeant, non plus dans le système nerveux, mais en dehors do ce système organique, et agissant soit par compression, soit par désorganisation. Nous n'avons donc plus affaire à des affections nerveuses proprement dites, mais à un ensemble de symptômes nerveux; symptômes qui souvent se rapprochent beaucoup de ceux de la syphilis cérébro-spinale que nous venons d'étudier.
Dans tous les cas que nous avons réunis, la lésion étrangère au système nerveux a troublé dans ses fonctions une portion plus ou moins étendue du système nerveux, soit par compression, soit par extension de la lésion des tissus voisins à la substance nerveuse, soit par ces deux mécanismes à la fois.
La compression est le cas le plus fréquent. Les symptômes paraissent en effet 71 fois se rapporter exclusivement à cette cause. 28 fois elle portait sur le cerveau lui-même; 33 fois sur diverses branches nerveuses ; la compression était produite tantôt par des engorgements ganglionnaires, tantôt par des lésions des os du crâne, de la face ou des membres, ou par les tissus fibreux de ces mêmes régions; 10 fois enfin la compression portait sur la moelle épinière.
Les symptômes observés du côté du système nerveux, les seuls qui doivent nous occuper ici, ont varié suivant le siège et la nature de la lésion. Nous allons passer les principaux en revue et indiquer leur fréquence.
L Douleurs. — 38 fois les douleurs ont présenté tous les caractères de celles que nous avons décrites sous le nom de douleurs
CHAP. II. — SYMPTOMATOLOGIE. 337
ostéocopes. Rappelons que ces douleurs peuvent exister longtemps avant toute lésion apparente, que presque toujours elles se localisent au niveau du siège de la lésion osseuse ou fibreuse, et peuvent ainsi mettre sur la voie du siège précis de la lésion. Nous possédons plusieurs observations, dans lesquelles ces douleurs ostéocopes ont été le seul symptôme nerveux observé, et dans lesquelles l'apparition d'exostoses ou de tumeurs gommeuses sur un point quelconque de la voûte crânienne est venue indiquer clairement qu^une cause organique profonde présidait à ces douleurs ; c^est ce qui nous a engagés à ranger ici ces faits plutôt que dans la première partie de ce travail. On se souvient d'ailleurs qu'en traitant des douleurs ostéocopes (p. 36), nous avons fait nos réserves quant à Tessentialitè de ce symptôme.
A ces douleurs ostéocopes, qui sont ou continues ou à recrudescences nocturnes, se rattache presque toujours une insomnie opiniâtre. Nous avons déjà longuement traité ce sujet et nous ne nous y arrêterons pas davantage.
Lorsque la lésion porte sur les enveloppes de la moelle épinière, la douleur siège dans le rachis, d'où le nom de rachialgie qui lui a été donné par Jos. Franck, par Fabre et d'autres auteurs. Astruc la désigne sous le nom de lumbago syphilitique, La douleur, suivant Jos. Franck, occupe le plus souvent les vertèbres dorsales et lombaires ; elle augmente pendant la nuit et par le toucher. Le lieu affecté est le siège d'une tumeur qui paraît avoir précédé la douleur. Les extrémités sont le siège de spasmes, d'anesthésie et de convulsions, etc.. On voit donc que, pour J. Franck, la rachialgie n'est que le symptôme d'une lésion syphilitique des enveloppes osseuse ou fibreuse de la moelle. Nous croyons avec Astruc, et nous l'avons déjà dit (p. 26 ), que la douleur rachialgique peut rentrer dans le nombre des douleurs syphilitiques ou rhumatoïdes, que, de plus, il exrste de véritables douleurs ostéocopes siégeant dans les os du rachis, pouvant exister pendant un temps plus ou moins long sans lésion appréciable, ou n'étant d'autres fois que le premier symptôme de lésions syphilitiques du rachis. Les observations que nous réunissons ici font voir que ce symptôme manque rarement.
ii fois les douleurs se présentaient sous la forme névralgique,
Ces douleurs névralgiformes occupaient 6 fois la cinquième paire ou quelques-uns de ses rameaux, 3 fois des branches émanant des nerfs cervicaux, 1 fois le plexus brachial, 1 fois le nerf plantaire interne. Dans Tobservation empruntée à M. Allain,la compression médullaire amena des douleurs dessinant une névralgie intercostale; la compression augmentant, des symptômes plus graves remplacèrent la douleur.
Nous disons douleur névralgiforme, et non névralgie, parce que nous ne pouvons croire ce symptôme indépendant d'une cause organique, en présence des altérations osseuses qu'ont offertes les malades. De plus nous savons, d'après Tanalyse de nos observations de névralgies syphilitiques , que ce genre de névrose appartient presque toujours à la période secondaire de la syphilis, que quelquefois même il en marque le début; ce nous sont donc autant de motifs pour considérer, dans les faits dont nous parlons en ce moment, les douleurs névralgiformes comme des symptômes nerveux indirects. Dans quelques cas, ces douleurs ont été le seul symptôme nerveux observé. Trois de ces observations se rapportent à des douleurs de la cinquième paire; celle de Bamberger est surtout remarquable en ce que la douleur occupait le nerf trifacial dans sa totalité. Il avait d'ailleurs existé dans tous ces cas des symptômes indiquant une lésion de la face interne des parois osseuse et fibreuse du crâne , et non une compression agissant uniquement sur la partie extra-crânienne du nerf affecté. Dans une quatrième observation , la douleur dessinait une névralgie cervico-occipitale.
Rappelons ici que Cirillo, déjà, rattachait la névralgie sciatique à la compression exercée sur le nerf, soit par son enveloppe, soit par un épanchement de sérosité dans la gaîne propre du nerf, soit par des tumeurs existant dans le voisinage. Cotugno établit son traitement des névralgies sciatiques ou fémoro-poplitées sur des considérations analogues. M. Cruveilhier admet des sciatiques par lésions des os du bassin, par tumeur intra*pelvienne, etc. Parmi ces causes indirectes de la sciatique, on comprend qu'il puisse en exister de syphilitiques. Aussi voyons-nous Cirillo guérir un certain nombre de ces affections par des frictions, sous la plante des pieds, avec une pommade dont le sublimé corrosif fai-
CHAP. II. SYMPTOMATOLOGIE. 339
sait la base. Sandras^ dans son beau travail sur les maladies nerveuses , signale la sciatique syphilitique, et en reconnaît deux espèces^ suivant qu'elle est sans matière ou le résultat de quelque exostose ou périostose développée sur le trajet du nerf.
Quant à nous^ nous n'avons rencontré aucun fait authentique dans lequel la sciatique nous ait paru bien manifestement symptomatique d'une lésion osseuse ou fibreuse; aussi^ tout en en admettant la possibilité, n'insisterons-nous pas davantage sur ce point et renverrons-nous aux observations, trop écourtées et trop peu concluantes pour les reproduire^ qu'on trouve dans Baglivi (i), Plenck(2), Cirillo (3), Lacome(4), etc. Dans rObservation 240 nous voyons des douleurs sciatiques accompagner une paraplégie par tumeur rachidienne.
Nous avons^ par contre^ recueilli un fait intéressant de névralgie du nerf plantaire interne due à la compression de ce nerf par une périostose de la tête du péroné. Un fait à signaler est l'atrophie musculaire concomitante observée dans ce cas et qui rentre dans le sujet si intéressant qu'a traité récemment M. le docteur Bonnefin (5).
II. Anesthésie. — L'anesthésie se trouve rarement signalée dans les observations que nous réunissons ici, et ce fait est d'autant plus remarquable que nous verrons bientôt l'abolition du mouvement se rencontrer au contraire très-fréquemment. Quoi qu'il en soit, nous ne trouvons l'anesthésie des parties paralysées notée que 3 fois. Dans l'Observation 204^ nous voyons que la sensibilité générale était mtacte partout, excepté dans l'aile droite du nez et dans les parties voisines de la joue et de la lèvre supérieure, où le malade accusait une sorte d'engourdissement.
III. Convulsions. — Ce symptôme a été signalé 12 fois. Ces convulsions ont presque toujours été des convulsions épileptiformes , et le plus souvent les observations empruntées aux auteurs portent la suscription d'épilepsie. Ce ne sont cependant là^ on le
(I) Baglivi, Opéra omnia, 1745, p. 206.
P) J. J. Plenck, Meth. nov,, etc., 1764, p. 57 et 139.
(3) Cirillo, toc, cit., p. 331, 340. 341 et 353.
(4) Lacome, Union médicale, 1850, p. 59.
(5) J. G. Bonnefin, Thèsetde Paris, 1860.
comprend, bien plus encore que les faits rapportés dans la première partie de ce travail, que des pseudo-épilepsies, des affections n'ayant de Tépilepsie que sa forme symptomatique, mais qui^ sous tous les rapports les plus essentiels, pour tout ce qui constitue la nature, l'essence même d'une entité morbide, ne méritent nullement le nom qu'on leur a donné en se laissant abuser par une analogie apparente. Dans tous ces cas, les convulsions ne sont qu'un symptôme indiquant que les centres nerveux sont gênés dans leur fonctionnement par un corps étranger qui les comprime ou les irrite. On sait que ce n'est pas toujours la tumeur la plus volumineuse qui détermine les convulsions les plus intenses; que tandis que certaines exostoses crâniennes trèsétendues ne provoquent aucun désordre fonctionnel, il en est d'autres, beaucoup plus limitées, mais pointues, saillantes, qui amènent des convulsions intenses, des attaques épileptiformes fréquentes et quelquefois la mort.
Les convulsions épileptiformes ont constitué le symptôme nerveux saillant, sinon unique, dans plusieurs de nos observations. On retrouve encore ici des degrés très-variés dans l'intensité des accidents, depuis le simple vertige jusqu'aux attaques convulsives les plus violentes, depuis le spasme borné à quelques muscles isolés jusqu'aux convulsions cloniques générales.
Outre les observations que nous reproduisons, on trouve encore dans les auteurs quelques faits analogues. C'est ainsi que M. Frickhoffer donne l'observation d'un individu qui, ayant été affecté de plusieurs maladies vénériennes, succomba à la suite d'accès épileptiques et de symptômes de paralysie. A l'autopsie, on trouva sur la selle turcique des excroissan(*.es osseuses sous forme d'épines de deux à trois lignes d'épaisseur, et dans le cerveau une lamelle osseuse d'un pouce et demi de longueur sur une ligne d'épaisseur (i).
IV. Paralysies. — Le symptôme le plus souvent noté parmi ceux que provoque la compression sur le système nerveux est la paralysie. Nous le retrouvons en effet 49 fois.
Ces paralysies présentent de nombreuses variétés de siège,
(1) Correspondenzblatt, 15 février 1859.
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et le tableau suivant donnera une idée de leur fréquence relative j ces différences, on le comprend, dépendent uniquement de la portion du système nerveux sur lequel porte la compression. Lorsque les lésions osseuses ou fibreuses sont très-étendues ou multiples, plusieurs portions du système nerveux, en particulier plusieurs branches nerveuses, peuvent être paralysées chez le même individu.
Nous trouvons dans nos observations :
3 fois des paralysies générales;
26 fois la paralysie des nerfs optiques;
15 fois celle des troisième et sixième paires ; 7 fois celle de la septième paire;
2 fois celle de la cinquième paire; 9 fois des hémiplégies ;
15 fois des paraplégies ;
3 fois des paralysies d'un seul membre.
Ces paralysies, quel que fût leur siège, se sont toujours développées lentement, graduellement, fait sur lequel nous avons déjà vu insister M. Ricord, et qui les distingue assez nettement de la paralysie symptomatique de la syphilis cérébro-spinale. Elles s'annoncent par des fourmillements, des élancements douloureux, quelquefois par un sentiment de froid. Dans l'immense majorité des cas, la paralysie ne porte que sur le mouvement, la sensibilité restant intacte. Arrêtons-nous un moment à chacune de ces formes symptomatiques.
A. Paralysie générale. Trois fois, avons-nous dit, la paralysie était générale, et comme dans deux de ces cas il existait en même temps des signes évidents d'aliénation mentale, on comprend combien cet ensemble symptomatique se rapproche de celui que présente la folie paralytique. Nous nous sommes déjà longuement expliqués sur le rôle que la syphilis nous paraît jouer dans l'étiologie de cette affection. L'avenir décidera si, aux lésions organiques généralement admises comme présidant au développement de la paralysie générale des aliénés et siégeant dans la substance cérébrale elle-même ou dans les méninges, on ne doit pas ajouter aussi certaines lésions de nature syphilitique des enveloppes osseuse ou fibreuse du cerveau.
B. Paralysie du nerf optique. Nous avons dans notre première partie insisté sur un certain nombre d'amauroses par lésions étrangères au nerf lui-même, et signalé les progrès récents accomplis depuis quelques années dans cette spécialité, par suite surtout de la découverte d'Helmholtz, qui permet aujourd'hui de rapporter à des choroïdites, à des rétinites inflammatoires ou exsudatives, à des œdèmes rétiniens, des cas de cécité syphilitique qu'on rapportait auparavant à des amauroses essentielles ou à des amauroses par compression du nerf optique. Cette dernière cause de cécité, pour être moins fréquente qu'on ne le croyait, n'en est pas moins réelle, et nous rapportons, d'après Portai, un cas d'amaurose dépendant d'une tumeur fongueuse de la grosseur d'une fraise, adhérente au bulbe du nerf optique dans le fond de l'orbite; dans d'autres cas les tumeurs sont osseuses. L. Clavé (1 j indique comme symptômes de la compression du nerf optique l'absence des signes de l'amaurose congestive et de ceux de Tamaurose nerveuse, la douleur sourde et compressive de l'orbite, souvent l'immobilité du globe de l'oeil, soit par le développement de la tumeur, soit par la paralysie des nerfs moteurs de l'œil , laquelle existe souvent concurremment avec l'amaurose, comme nous le verrons bientôt. Nous ajouterons à ces signes l'existence d'une céphalée frontale profonde qui précède pendant un temps assez long les troubles de la vue. Aujourd'hui, d'après les ophthalmologistes modernes, H. de Graefe en particulier, la compression du nerf optique se reconnaîtrait, à l'ophthalmoscope, par l'atrophie de la papille pouvant s'accompagner d'un œdème des parties avoisinantes.
Boerhaave a vu une amaurose d'un seul œil produite par une exostose syphilitique comprimant le nerf optique à son entrée dans l'orbite, le nerf lui-même et le cerveau étant intacts.
Astruc dit que la paralysie du nerf optique vient de ce que a les nerfs sont obstrués par les esprits que le virus a épaissis, ce qui est assez rare, ou de ce qu'ils sont comprimés par les artères voisines remplies de sang, par des nodus, des ganglions formés à la tunique dont ils sont revêtus, ou par les exostoses qui sur*
(1) L. Clavé, Thèses de Paris, 1852.
CBAP. II. — SYMPTOMATOLOGIE. 343
viennent aux tissus osseux qui leur donnent passage^ ce qui est plus fréquent. »
Suivant Vidal de Cassis « la carie et la nécrose de la partie profonde de la cavité de Torbite sont rares; elles sont en général une extension des mêmes lésions des autres os du crâne; elles ont pour effet la compression du nerf optique due au gonflement inflammatoire qui signale le début de ces affections. »
L'amaurose par compression du nerf optique envahit parfois successivement les deux yeux, comme nous le voyons dans l'observation empruntée à M. Guérard. Elle s'accompagne fréquemment d'exorbitisme lorsqu'une tumeur vient à repousser l'œil hors de sa cavité normale. Remarquons cependant qu'il peut exister des exorbitismes très-prononcés^ très-persistants^ sans aucun trouble de la vision. Lallemand déjà insiste sur ce fait^ qui démontre combien les nerfs peuvent céder, s'allonger sous l'influence de causes chroniques lentes sans que leurs fonctions s'en ressentent. Cette particularité se retrouve dans une observation de Kaula (i). Deval, Serres (2), Boyer (3) rapportent des faits analogues que nous ne reproduisons pas parce qu'ils n'offrent d'autres symptômes nerveux qu'une céphalée plus ou moins vive, plus ou moins caractéristique. D'autres fois la tumeur orbitaire peut disparaître sans que la vision se rétablisse, ce qui doit faire présumer une désorganisation du nerf optique lui-même.
C. Paralysie des nerfs moteurs de l'œil. Nous ne séparerons pas les considérations qui ont trait aux troubles de ces différentes branches nerveuses, parce que ces troubles se produisent dans des circonstances tout à fait analogues; qu'en ce qui concerne spécialement les troisième et sixième paires, ils se manifestent presque toujours ensemble ; enfin parce que les séparer serait nous exposer à des redites continuelles. Supposant ranatomie et la physiologie de ces nerfs connues de tous, nous rappellerons seulement que les nerfs moteurs du globe de l'œil sont au nombre de trois; savoir : i» le nerf de la troisième paire ou nerf oculo-moteur commun, qui donne le mouvement aux muscles
(1) Kaula, loc, cit., p. 73.
(2) Clin, de Montpellier, 15 mai 1843.
(8) Boyer, Mal. chirurg, 4« édlt., t. VI, p. 182.
élévateur de la paupière supérieure^ petit oblique^ droit interne et droit supérieur. Il s'anastomose dans son trajet avec le nerf ophtbalniique de la cinquième paire et avec plusieurs divisions du rameau carotidien du grand sympathique venant du gauglion cervical supérieur. Enfin quelques-uns de ses filets^ après avoir traversé le ganglion ophthalmique^ constituent les filets ciliaires moteurs d'où dépendent les mouvements de Tiris. C'est^ comme nous Tavons déjà dit^ par la paralysie de ces derniers filets que H. Ricord explique un certain nombre de mydriases syphilitiques qui ont pu en imposer pour des amauroses. La paralysie du nerf^ dans sa totalité^ entraîne le ptosis de la paupière supérieure^ un strabisme externe et une mydriase. 2° Le nerf de la quatrième paire ou nerf pathétique, qui s'épanouît dans le muscle grand oblique. Suivant H. Ricord, la position superficielle de ce nerf devrait rendre ses lésions indirectes fréquentes : nous ne trouvons, cependant, sa paralysie par compression mentionnée qu'une fois. Aussi H. Ricord est-il persuadé que cette affection passe presque toujours inaperçue parce que, les fonctions de cette branche nerveuse étant extrêmement restreintes, et les mouvements du globe de l'œil qui en dépendent presque exceptionnels, l'observateur ne dirige pas son attention sur ce point. Il suffirait donc de la bien chercher pour la trouver. D'après M. Szokalski, on pourrait admettre que ce nerf est compromis lorsque, dans la diplopie qui accompagne généralement les paralysies des autres nerfs moteurs, les deux images sont superposées l'une à l'autre pendant certaines inclinaisons de la tète. 3° Le nerf de la sixième paire ou nerf oculo-moteur externe qui se distribue exclusivement au muscle externe de l'œil ; sa paralysie entraîne donc l'œil en dedans, et amène un strabisme interne avec conservation des mouvements d'élévation et d'abaissement du globe oculaire.
Ces différentes branches nerveuses pouvant être paralysées simultanément ou isolément, en totalité ou partiellement, on comprend combien la symptomatologie variera dans ces différentes circonstances. On s'en convaincra encore mieux en lisant les diverses observations qui se rapportent à ce genre de lésions. Disons encore que souvent le nerf optique paraît participer à la compres-
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sioD^d^oii une amblyopie plus ou moins prononcée. Les nerfs de la deuxième et de la troisième paires se croisant dans leur trajet, rien d'étonnant qu'ils se trouvent compromis tous deux par une lésion avoisinante. Lorsque la paralysie porte à la fois sur la troisième et la sixième paires, comme nous le remarquons dans plusieurs observations, le globe oculaire devient complètement immobile.
D. Paralysie du nerf facial. Il n'y a pas plus d'une année que M. Deleau présentait à l'Académie de médecine un travail ayant pour but d'appeler l'attention des praticiens sur l'état des conduits osseux qui donnent passage aux nerfs sensitifs et moteurs. Dans sa conviction, beaucoup de névralgies et de paralysies n'ont pas d'autre cause que l'étranglement opéré dans ces canaux par l'inflammation ou l'épaississement des tissus. Quant au nerf facial en particulier, M. Deleau affirme que la paralysie essentielle de ce nerf est probablement rare, que la cause prochaine réside le plus souvent dans l'étranglement du tissu de ce nerf à son passage dans l'aqueduc de Fallope, que Thypéracousie qui accompagne la paralysie faciale est un symptôme d'otite interne, et que pour guérir la paralysie il faut traiter activement l'otite.
M. Hénière a cité à la Société de médecine du XIP arrondissement, dans la séance du i" juin 1844, plusieurs cas d'atrophie de la septième paire par suite du gonflement du rocher. H. Ricord a signalé plusieurs fois, à l'hôpital du Midi, des paralysies de la face d'origine syphilitique qu'il rapportait soit à un étranglement par épaississement des tissus de l'aqueduc de Fallope, soit à une tumeur intra-crànienne. Enfin, H. Cruveilhier attribue à une cause analogue la paralysie faciale dans un cas dont nous donnons l'observation (Obs. 262). Ce fait et le suivant, de H. Roquette, sont assez détaillés pour nous dispenser d'entrer ici dans des détails de symptomatologie. Nous ne ferons remarquer que l'absence de symptômes cérébraux indiquant bien que la lésion est étrangère au système nerveux lui-même et extracrânienne.
Une autre cause de paralysie indirecte de la septième paire est l'engorgement des ganglions cervicaux et mastoïdiens. Cette alté-
ration appartient en général à la période secondaire de la syphilis. Ordinairement indolente, elle prend quelquefois un développement considérable, et la compression qu'exercent alors les ganglions engorgés sur le nerf facial à son point d'émergence du crâne est une cause fréquente de paralysie de ce nerf^ d'hémiplégie faciale. Les mêmes symptômes pourraient se rencontrer dans la période tertiaire, consécutivement au développement de tumeurs gommeuses dans la glande au voisinage du nerf.
« La paralysie faciale syphilitique, p professe H. Ricord, a est un accident assez fréquent. Il coïncide avec les premiers symptômes secondaires, et principalement avec l'engorgement des ganglions cervicaux et mastoïdiens; cet engorgement produit cette paralysie en exerçant une compression du nerf facial après sa sortie du crâne. »
a Le système des vaisseaux lymphatiques est si étroitement lié à celui des nerfs, » avait déjà dit Jos. Franck(l), a que les maladies du premier doivent nécessairement influer sur le second On comprend facilement combien les tuméfactions, les
indurations, les inflammations, les suppurations, les ulcérations des vaisseaux et surtout des glandes lymphatiques doivent être nuisibles aux nerfs. »
Les quatre observations que nous rapportons à ce sujet sont très-probantes ; le mécanisme de la paralysie dans ces cas est si simple, si évident, sa symptomatologie si connue, que nous nous bornerons à rapporter ces observations Nous donnons cependant ici la traduction des réflexions dont M. Zabriskie accompagne son observation, parce qu'elles nous paraissent présenter de l'intérêt : a Un point de vue fort intéressant que présente ce fait, c'est la coïncidence d'accidents syphilitiques et d'une hémiplégie faciale. Attribuée jusqu'ici par les auteurs à la tuméfaction du périoste de l'aqueduc de Fallope ou à la présence d'une exostose dans ce conduit, la paralysie nous paraît plutôt due, dans ce cas, à l'engorgement des ganglions qui entourent le nerf à son point d'émergence du trou stylo-mastoïdien. Cette explication s'appuie, 1° sur ce que nous avons pu constater directement l'engorge-
(1) Jos. Franck, /oc. cit., t, II, p. 446.
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ment de ces ganglions; 2<* sur ce qu'on observe fréquemment dans la syphilis secondaire d'autres ganglions engorgés dans les régions voisines du cou ; 3** sur l'époque d'apparition de l'hémiplégie et sa coïncidence^ non avec la période tertiaire où se manifestent les exostoses et les périostoses^ mais avec la période secondaire qui est aussi celle des engorgements ganglionnaires; 4® sur l'influence rapide que le traitement mercuriel a exercée sur la paralysie en même temps que sur l'engorgement, circonstance particulière aux symptômes secondaires; 5*^ sur l'absence de déviation de la luette. Ce dernier signe^ dont les travaux de H. Longet et les nôtres ont montré toute l'importance, et qui permet presque toujours de déterminer le siég|B précis de l'altération du facial^ est un indice presque certain que la cause de compression du nerf se trouve en dehors de l'aqueduc osseux (1). »
Vidal de Cassis attribue catégoriquement l'hémiplégie faciale à la même cause dans ses deux observations. Dans la première, il signale la perte du sens du goût dans la moitié gauche de la langue. Ce symptôme qui, suivant M. Cl. Bernard, tiendrait à la paralysie de la corde du tympan^ a été noté fréquemment dans l'hémiplégie faciale. M. Gola en a rapporté un cas intéressant dans le Bulletin général de thérapeutique. 11 admet que dans ce cas le nerf lingual ou le glosso-pharyngien participait à la paralysie qui était d'origine rhumatismale et avait débuté par des douleurs aiguës derrière l'oreille.
E. Hémiplégie; paraplégie. La symptomatologie de ces paralysies ne présente aucun trait spécial que nous ayons à signaler ici. C'est, comme nous allons le voir, le mode d'invasion de ces accidents, leur marche et d'autres circonstances étrangères à la symptomatologie qui permettent de les distinguer et de les rapporter à leur cause diathésique.
F. Paralysies d'un seul membre. Ces paralysies localisées portent soit sur le membre supérieur, soit sur le membre pelvien. Les nerfs qui concourent au plexus brachial peuvent être comprimés par des tumeurs gommeuses ou osseuses situées sur leur trajet; ces tumeurs elles-mêmes peuvent dépendre de lésions des
(1) Zabriskie, Amei^ic» Joum. ofmed, sciences, 1841, p. 185.
vertèbres ou de la clavicule, ou d'altérations du tissu cellulaire des régions latérales et inférieures du cou; suivant les filets nerveux sur lesquels portera plus spécialement la compression^ on verra survenir des douleurs^ des névralgies^ des spasmes ou des paralysies du mouvement, ou enfin^ lorsque plusieurs branches participeront à la compression^ des symptômes portant et sur le mouvement et sur la sensibilité. Les nerfs cervicaux se trouvent souvent lésés en même temps^ et nous avons plusieurs fois noté des névralgies cervico-brachiales se rapportant à la cause que nous étudions en ce moment. Il n'est pas rare non plus de voir survenir Tatrophie des masses musculaires situées au-dessous de la compression. Dans ces cas les parties atrophiées conservent leur irritabilité électrique. Lorsque la cause de compression siège sur le membre lui-même, il n'y a que la partie située au-dessous qui souffre dans son innervation. Nous avons rencontré cette atrophie dans quatre de nos observations.
V. Troubles intellectuels. — 12 fois ces troubles ont été assez intenses pour constituer une véritable aliénation mentale; plusieurs de ces cas se rapportent à la démence, d'autres à l'excitation maniaque. Nous avons déjà montré que cette étiologie de l'aliénation mentale n'était plus niée par personne, et dans la plupart des cas que nous reproduisons la solidarité qui unit les phénomènes psychiques aux lésions matérielles probables ou certaines ne saurait être mise en doute.
Dans d'autres cas, sans aller jusqu'à l'aliénation mentale persistante, les malades ont présenté divers troubles intellectuels plus ou moins fugitifs, de l'hébétude, de la perte de la mémoire, des accès de fureur, etc.. Dans les cas où les aberrations mentales coexistaient avec des paralysies généralisées, on a noté divers symptômes spéciaux, tels que bégaiement, monomanie ambitieuse, etc.
Enfin nous avons encore à signaler quelques symptômes rares. C'est ainsi qu'on observe exceptionnellement différentes paralysies des sens de Touïe, du goût, de l'odorat, quelquefois de l'asthme ou de la dyspnée ; ce dernier symptôme pourrait peutêtre être rapporté à la compression du nerf pneumogastrique ou de l'accessoire de Wiliis, de même que la gêne dans les mouve-
CHAP. H. — STMPTOMATOLOGIE. 349
ments de la langue^ dans Tarticulation des mots, pourrait tenir à une lésion du nerf grand hypoglosse.
Marche. — Les affections nerveuses indirectes que nous étudions en ce moment se distinguent essentiellement de la syphilis cérébro-spinale par leur début insidieux , graduel^ leur marche lente, progressive, sans phénomènes apoplectiformes ; la comparaison des faits que nous réunissons ici et de ceux que contient la première partie de notre travail, ne saurait laisser aucun doute à cet égard.
Tandis que la syphilis cérébro-spinale débute fréquemment, sinon toujours, par des phénomènes de congestion cérébrale, que les paralysies, en particulier, y surviennent brusquement, apoplectiquement , si Ton peut s'exprimer ainsi, envahissant subitement, dès le début, toutes les parties du corps qu'elles doivent occuper, dans les faits que nous étudions en ce moment, on voit, au contraire, les accidents paralytiques ou autres s'établir lentement , graduellement, frapper ordinairement une portion restreinte du corps et s'étendre de là aux parties voisines. Il se passe souvent un temps assez long avant que les symptômes présentent une certaine étendue ou quelque intensité. Les paralysies sont précédées pendant un temps plus ou moins long de fourmillements, d'engourdissement; elles sont, au début, limitées à des portions restreintes des membres, aux doigts, aux orteils, puis s'étendent lentement, successivement aux avant-bras et aux bras, ou aux jambes et aux cuisses; dans la paralysie de la troisième paire, au lieu d'observer son invasion soudaine, comme chez les malades de M. Paul, par exemple, on voit la paupière se relever d'abord incomplètement, puis, seulement plus tard, sa paralysie devenir complète. Il en est de même de la plupart des symptômes nerveux que nous venons d'énumérer, et nous insistons à dessein sur cette marche lente, progressive des afiFections nerveuses indirectes, parce qu'elle nous paraît constituer un caractère diagnostique important.
Durée, — La durée de l'affection est nécessairement longue, ce qui tient autant à la marche même que suivent les symptômes qu'à l'ignorance de leur véritable nature. Le plus souvent, en
effets l'affection a été méconnue pendant un temps plus ou moins long^ et cela^ malgré des symptômes concomitants évidemment syphilitiques^ ce qui prouve combien la généralité des praticiens est éloignée d^admettre la nature syphilitique des symptômes nerveux qui nous occupent en ce mo* ment.
Terminaisons, — On ne peut espérer une terminaison heureuse que par Tintervention d^un traitement spécifique s'adressant à la nature même de Taff action. Quand intervint le traitement spécifique^ on vit^ en effets apparaître dans Timmense majorité des cas une amélioration surprenante^ et nos 71 cas donnent comme résultats :
56 guérisons;
3 morts ;
12 fois le résultat fut incertain^ soit que la médication ait été interrompue trop tôt^ mal administrée^ ou que les malades fussent encore en traitement au moment où les observations furent rédigées.
Dans Tun des cas suivis de mort^ le traitement employé n'est pas indiqué; dans les deux autres^ la mort fut le résultat d'excès de boisson.
Ces résultats, malgré les récidives si fréquentes dans les cas de ce genre, justifient ce que disent la plupart des auteurs qui ont traité ce sujet, à savoir que la vérole est souvent une ancre de salut^ et que bien des affections réputées incurables guérissent lorsque leur nature syphilitique est bien établie et surtout reconnue k temps.
Il nous reste maintenant à parler des faits^ moins nombreux, dans lesquels les accidents survenus du côté du système nerveux nous sont apparus comme symptomatiques de l'extension de la lésion ou d'une inflammation qui^ des tissus osseux et fibreux, a gagné les centres nerveux. Ces faits sont au nombre de 21. 14 fois les lésions, siégeant dans le crâne ou le péricràné, ont porté leur action sur le cerveau ; 7 fois ce furent la moelle ou ses enveloppes qui s'enflammèrent consécutivement à une affection des vertèbres. Cette division, on le comprend, n'est pas, dans la nature, aussi tranchée que nous l'établissons ici, et en li-
COAP. II. — SYMPTOMATOLOGIE. 351
sant quelques-unes de nos observations^ on verra que les lésions peuvent s^étendre aux deux portions des centres nerveux et amener des désordres portant à la fols sur le cerveau et sur la moelle.
Quoiqu'il en soit, dans tous ces cas^ les accidents inflammatoires ont été précédés^ pendant un temps souvent fort long^ des troubles que nous venons d'étudier, et dus évidemment à la compression. Qu'on suppose une périostite^ ou une ostéite^ ou une tumeur gommeuse ou osseuse, ces lésions, avant de se terminer par suppuration ou par carie, ont une période d'état pendant laquelle elles agissent comme nous l'avons vu précédemment. A un momentdonné^ sousl'influenced'une cause ou d'une autre^ le plus souvent chez les sujets lymphatiques ou scrofuleux^ la lésion devient le siège d'un travail inflammatoire ; l'inflammation s'étend plus ou moins rapidement à la substance nerveuse ou aux méninges^ et alors éclatent des encéphalites^ des méningites cérébrales ou spinales qui^ le plus souvent^ se terminent par la mort. Pas n'est besoin de rappeler que ces accidents sont le propre de la période tertiaire y et même d'un degré déjà avancé de cette période.
M fois la scène pathologique a été ouverte par des douleurs ostéocopes^ i fois par des douleurs névralgiformes occupant la cinquième paire ; un malade présenta au début les symptômes d'une paralysie généralisée incomplète. 14 fois survinrent ensuite des paralysies plus ou moins étendues qui furent des paraplégies^ des hémiplégies^ des amauroses, etc.^ suivant la partie des centres nerveux compromise. 14 fois aussi des convulsions éclatèrent. Ces convulsions, plus fréquentes, comme on le voit^ que dans les cas de simple compression^ n'eurent jamais une longue durée et se rapportent plus spécialement à l'état inflammatoire des centres nerveux ou de leurs enveloppes.
Enfin la mort fut ordinairement précédée des symptômes bien connus des inflammations du cerveau, de la moelle ou des mé- .ninges; nous retrouvons là, en effet, outre les convulsions, le coma, la paralysie ou la résolution des membres, le délire, l'aoéantissement des fonctions sensoriales, les vomissements, bref, tout l'ensemble symptomatique propre aux inflammations des
centres nerveux, et qui ne varie pas, quelle que soit la cause qui les produit. Remarquons seulement qu'en ce qui concerne la méningite en particulier^ sa marche n'est pas toujours rapide, foudroyante comme celle de la méningite franche. Le travail inflammatoire s'établit au contraire souvent lentement^ insidieusement ; on observe alors dans ce cas des méningites chroniques^ et H. Rayer a insisté spécialement sur ce fait, comme aussi sur la nécessité de rechercher la cause diathésique^ lorsqu'elle existe, dans toutes les afl*ections cérébrales mal caractérisées dans leur marche ou présentant quelque symptôme insolite.
Nos 21 observations d'inflammation secondaire des centres nerveux nous donnent 17 cas de mort et 4 guérisons. On conçoit combien on doit être réservé lorsqu'il s'agit d'apprécier jusqu'à quel point on peut avoir confiance dans la guérison dans des cas de ce genre. Dans notre pensée^ autant nous admettons que la guérison est la règle alors que les lésions osseuses et fibreuses ne consistent que dans des tumeurs à marche lente, graduelle, n'exerçant sur le système nerveux ((u'une simple compression, et susceptibles de se résoudre, ou du moins de diminuer considérablement de volume sous l'influence des traitements spécifiques, autant nous croyons que la mort suit presque nécessairement les inflammations des centres nerveux et des méninges consécutives aux caries ou aux nécroses syphilitiques dti crâne ou du rachis. Deux observations rapportées par Vidal de Cassis (i) prouveraient même que, dans ces circonstances, les causes les plus légères peuvent entraîner une encéphalite promptement mortelle.