DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
Nous venons de parler des signes diagnostiques qui peuvent faire, sinon affirmer, du moins supposer la nature syphilitique des affections nerveuses. Essayons maintenant de les distinguer de toute autre manifestation toxique ou diathésique et de toute altération organique capable de produire des troubles fonctionnels pouvant les simuler.
Notre prétention n'est pas de faire ici le diagnostic différentiel de toutes les affections au;!iqueUes nous avons reconnu une origine syphilitique : ce .serait entreprendre, nous le pensons^ une tâche longue^ diffieilcy mutile même, et en dehors de notre sujet,
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puisqu'H: suffit d'ouvrir un ouvrage élémenlaire poiir trouver ce qui a été écrit sur cette partie de la pathologie, qui ne comprend rien moins que le diagnostic de toutes les maladies des centres nerveux et des branches nerveuses. Nous nous bornerons donc à mettre en saillie quelques signes importants qui, dans la plupart des cas, devront suffire, avec ce que nous venons d'écrire sur le diagnostic positif, pour faire admettre ou rejeter une cause spé* cifique«
I. Maladies du sang. — Si, en Pabsence d'antécédents et de phénomènes syphilitiques concomitants, on constate Texisténce d'une-altération du sang^ pléthore, chlorose oa anémie, la difficulté ne sera pas grande, car on devra pensera rattachera Tàltépation sanguine Tafifection concomitante, paralysie, névral<gie, etc. Il n'en sera plus de même s! Taltération du sang se rencontre en même temps que des phénomènes de nature syphilitique ou sll a existé des antécédents spécifiques, car alors il faudra rechercher si Tétat du sang est une simple coïncidence de la syphilis, ou si plutôt il n'en est pas la conséquence, et dans le premier cas déterminer à laquelle des deux causes Taffectioû peut être rapportée.
Pour surmonter ces difficultés, on devra s'enquérir s'il n'existe pas, en dehors de la syphilis, quelque autre cause capable d'expliquer la chloro-anémie, si l'anémie a précédé ou suivi l'infection syphilitique; dans ce dernier cas nous aurions une grande tendance à admettre l'existence de la chlorose syphilitique. Dans le cas contraire on se rappellera que les affections nerveuses chlorôtiques se rencontrent presque exclusivement chez la femméj qu'elles consistent principalement en des douleurs névralgiques, et s'accompagnent rarement de paralysie, tandis que la syphilis, à part les douleurs rhumatoides, ostéocopes et plus rarement des névralgies, se traduit de préférence par des paralysies qui intéressent successivement plusieurs portions du système nerveux.
II. Maladies générales non diatkésiques. — On sait aujourd'hui que la plupart des maladies graves, la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives, la diphthérie, suivant H. Gubler les phlegmasies thoraciques, peuvent amener à leur suite des affections nerveuses varias, mais plus particulièrement des paralysies. Il est donc évi-
dent que TexisieDce antérieure d'une maladie de ce genre devra être prise en considération dans la discussion du diagnostic; on se souviendra que^ dans la plupart des maladies que nous venons d'énumérer, les accidents nerveux sont rares^ que dans la diphthérie la paralysie débute le plus souvent^ pour ne pas dire toujours, par le voile du palais^ que dans la fièvre typhoïde^ elle revêt d'ordinaire la forme paraplégique^ etc
III. Affections nerveuses sympathiques. — Nous plaçons ici les affections des voies urinaires qui assez souvent produisent la paraplégie; certaines altérations du foie, de la rate j, deTutérus^ les vers intestinaux^ la grossesse^ Taccouchement^ etc Dans quelques-uns de ces cas le diagnostic^ nous en convenons^ présente de grandes difficultés lorsqu'il existe en même temps une syphilis constitutionnelle. Le praticien se souviendra alors de la multiplioité des symptômes nerveux qui se succèdent d'ordinaire lorsqu'ils dépendent de la syphilis^ il tiendra compte dé leur mode d'évolution, de leur marche. Enfin dans le doute, il devra, à moins de contre-indication formelle, traiter l'état diathésique. Les heureux résultats qui ont souvent suivi cette ligne de conduite, la disparition, sous l'influence d'un traitement spécifique,, d'accidents nerveux qu'on était loin de rattacher à la syphilis, nous engagent à conseiller cette manière d'agir.
IV. Maladies diathésiques, — Parmr les maladies constitutionnelles ou diathésiques, il n'y a guère que la scrofule, le rhumatisme et la goutte, capables d'engendrer des accidents nerveux.
Scrofule, Il sera le plus souvent facile de reconnaître la scrofule, qui se manifeste dès l'enfance par des gourmes, des conjonctivites, des eczémas, des engorgements ganglionnaires, etc., et qui d'ailleurs ne se localise que bien rarement sur le système nerveux.
Rhumatisme» Bien que très-différente de la diathèse syphilitique par sa cause, sa marche et ses manifestations, la diathèse rhumatismale engendre quelquefois des paralysies ou des névralgies d'un diagnostic assez difficile. Dans l'une et dans l'autre maladie les douleurs s'exaspèrent sous l'influence de la chaleur du lit; dans toutes deux on rencontre la céphalée, et le même agent spécifique leur est souvent applicable, l'iodure de potas-
GHAP. I. — DIAGNOSTIC. 439
sium^ bien qu'il agisse incontestablement mieux et plus rapidement contre la syphilis.
Il est cependant des signes qui peuvent aider le diagnostic. Ainsi rhypéresthésie, que nous n'avons rencontrée que bien rare* ment comme manifestation syphilitique, est fréquente dans le rhumatisme. Dans cette dernière maladie il existe des douleurs vives au point d'émergence ou sur le trajet des nerfs^ ce qui ne se retrouve pas dans la syphilis en dehors de la névralgie. Les dou« leurs rhumatismales s'exaspèrent au point du jour et non au commencement de la nuit^ comme les douleurs ostéocopés ; la sensibilité musculaire s'exaspère sous l'influence d'un courant électrique. Le froid est d'ailleurs la cause occasionnelle des affections rhumatismales.
Goutte, — La goutte qui^ suivant nous^ peut aussi porter son action sur le [système nerveux^ sera reconnue à ses manifestations antécédentes qui sont le plus souvent, commet nous avons eu l'occasion de l'observer, et comme Ta fort bien établi M. VIbert (1), des convulsions dans l'enfance, des migraines, des angines, du lichen, des bémorrhoïdes dans un âge plus avancé, et enfin plus tard, outre les fluxions articulaires, des ramollissements et des hémorrhagies cérébrales. Ce n'est donc guère que dans la dernière période de la vie que la goutte envahirait le système nerveux: c'est là, pensons-nous, un caractère distinctif important. Le diagnostic de l'état diathésique sous l'influence duquel est née l'affection est du reste toujours chose difficile qui mérite une étude attentive du malade et même de ses ascendants et descendants.
y. Intoxications, — A côté des maladies constitutionnelles ou diathésiques nous plaçons la grande classe des empoisonnements qui peuvent aussi troubler les fonctions du système nerveux. Sans passer en revue chacune des affections que ces empoisonnements sont capables de produire, nous dirons que la profession surtout, le genre d'alimentation, les médications subies antécédemment seront autant de points qu'il sera important d'examiner. Hais en outre on devra tenir compte de la localisation de
(I) Thèses de Paris, ïBb9.
Faffection et de certains phénomènes particuliers^ jet pour ainsi dire caractéristiques^ que présentent ces diverses maladies. C'est ainsi que^ prenant pour exemple Tempoisonnement saturnin, nous voyons la profession de peintre^ l'état saburral des voies digestives; le liséré des gencives, les coliques, la paralysie et Tatroptiie des extenseurs, le défaut de contractilité des muscles venir caractériser la nature de Taffection paralytique. Dans Teiieéphaiopathie saturnine nous retrouvons encore la plupart de ces caractères.
Sans donc nous inquiéter davantage des accidents produits sur les centres nerveux par les divers poisons végétaux, minéraux ou animaux, nous croyons devoir insister sur les effets déterminés par deux agents qui, journellement employés pour combattre les accidents vénériens, ont pu donner à penser qu'ils étaient la cause de la plupart des manifestations tardives de la syphilis : on a déjà compris qu'il s'agit du mercure et de l'iodure de potassium.
Mercure. — Tout le monde sait que le mercure détermine chez les individus exposés à ses vapeurs un tremblement musculaire te plus souvent général. Ce phénomène a été décrit par Ramazzini, Martin de Gimard, Pâtissier, Colson, etc.; mais ce que l'on sait généralement moins, c'est que d'autres formes de névroses ont été quelquefois la conséquence de cette intoxication.
F. Hoffmann considère le mercure comme une cause de paralysie ; Forestus en cite un exemple chez un doreur; M. Burnett paraît avoir observé plusieurs cas analogues sur les marins du vaisseau le Triomphe. Doeus, Hoffmann, Landré-Beauvais, au dire d'Esquirol et de H. Deiasiauve, parlent d'une épilepsie produite par l'intoxicatfon du mercure.* On sait aussi que le tremblement s'ttcconïpagne parfois de certains troubles des facultés intellectuelles; mais cet état peut se manifester isolément, au moins d'après Esquirol. On trouve dans un rapport de M. Chevallier et d'Olivier d'Angersi inséré dans les Anna/e^é/'Ay^ién^, un exemple d'idiotisme produit par la même cause. Enfin un fait relaté dans les Archives de médecine tendrait à placer la chorée au nombre des effets de l'intoxication hydrargyrique chronique, si l'on ne
savait qoele tmntdement mèrcuriel peut être oonfondùra?éo la danse de Saint-Guy.
Or dans te plupart de ces cas^ il est question du mercure absorbé par les surfaces pulmonaires ou cutanées. Le diagnostic s'éclaire donc alors par la profession de Tindividu et quelquefois par les frictions auxquelles il aura été soumis. Voyons mainte^ nant les effets du mercure administré à l'intérieur dans le but de guérir, et les moyens de les reconnaître.
Quelques auteurs, nous Pavons déjà dit^ mettent trop souvent sur le compte du médicament ce qui n'est qu'une manifestation nouvelle^ plus avancée, delà maladie. Nous avons déjà insisté sur l'injustice de ce reproche. Il ne faut pas croire^ en effet, que le mercure administré pendant un temps plus ou moins long doive guérir radicalement et faire disparaître pour toujours l'influence du virus syphilitique sur l'organisme. Son rôle est plus restreint; il combat les manifestations présentes et ne parait guère prévenir les suivantes. C'est donc à tort que^ selon nous, on attribue au médicament une nouvelle manifestation survenue sur le même tissu, le même organe^ ou bien encore sur un tissu ou un organe différents. A côté des ennemis du mercure^ dont le nombre est bien restreint de nos jours^ se trouvent d'autres médecins qui peut-être ne croient pas assez aux accidents que peut déterminer le mercure administré à l'intérieur. Il y a donc un moyen terme qu'il faut savoir reconnaître* M. Bazin^ qui admet qu'un grand nombre de ramollissements cérébraux n'ont d'autre cause que l'influence du virus syphilitique sur l'économie vivante, s'exprime ainsi à propos de l'action du mercure : a Le mercure est généralement inutile et dangeu reux dans la syphilis tertiaire et quaternaire. L'observation m'a c depuis longtemps appris que l'action de ce médicament entrait « pour une large part dans les paralysies qui surviennent si souc vent chez les individus atteints de la syphilis. J'ai en ce moc ment présents à l'esprit deux cas de syphilis ulcéreuse^ d'ec- « tbyma syphilitique, pendant le cours desquels je me suis vu c forcé, à diverses reprises, de suspendre le traitement mercutf riel, les malades ayant été pris d'accidents cérébraux et de paf ralysie, qui chaque fois ont disparu par l'emploi de l'iodure de
« potassium et par suite de la cessation momentanée des prépa* a rations hydrargyriques (1). »
Dans un travail publié dans les Archives générales de médecine (2)> M. A. Colson cherche à démontrer que le mercure, employé comme médicament soit externe^ soit interne, peut pro* duire des douleurs avec exaspération nocturne ; il cite deux faits dans lesquels les malades, n'ayant jamais eu d'accidents s;philitiques, furent atteints de ces douleurs, et rapporte^ en outre, plusieurs observations de malades pris de tremblements mercuriels à la suite de frictions et de Tusage de la liqueur de Van Swieten. La différence qu'on remarque entre l'action du mercure vaporisé et absorbé parles voies aériennes et celle du même agent ingéré par les voies digestives ou appliqué sur la peau, tiendrait uniquement, selon lui, à la quantité de métal absorbée.
H. Lesauvage,de Caen, qui préconise avec passion la méthode antiphlogistique dans le traitement des accidents primitifs, prétend que les accidents secondaires et tertiaires sont le résultat d'une intoxication mercurielle (3). Il cite à l'appui de son opinion trois mille cas de guérison à la suite des saignées, des bains et de la diète. Chacun sait que l'accident primitif peut disparaître même sans traitement ; M. Lesauvage ne nous apprend donc rien de nouveau sous ce rapport. Il cherche ensuite à démontrer, au moyen de cinq observations, que les accidents consécutifs sont le résultat du traitement mercuriel ; dans ces observations, qui ne sont du reste pas concluantes, il n'est nullement question d'accidents nerveux, et les opinions de M. Lesauvage nous paraissent fausses et erronées.
Nous reconnaissons toutefois que le mercure n'est pas toujours sans influence sur la production de certains accidents nerveux. Nous avons déjà rapporté l'opinion de H. Bazin; nous ajouterons que M. Ricord a pu constater la présence du mercure dans un cerveau ramolli. Ce même métal, nous l'avons vu, a été trouvé dans le cerveau présenté à l'Académie de médecine par H. Reynaud (de Toulon) ; on a également constaté sa présence
(1) Bazin, De la scrofule, etc., p. 72.
(2) Tome XV, p. 338.
{Z) Àreh. gén. de méd., i XV, 2* série, p. 31 3.
dans la glande mammaire, les glandes salivaires, le gros intestin, à la suite de frictions sur la peau. Duméril, Fourcroy, Orfila, M. Gruveilhier ont retrouvé des globules de mercure dans les os, dans la substance cérébrale, dans les nerfs, dans dilSférents solides et liquides de Téconomie animale. M. Gruveilhier, cependant, a tenté sur les animaux des expériences qui sont restées sans résultat. Nous regrettons de n'avoir pu, comme nous en avions Tintention, répéter ces expériences qui nous paraissent avoir une grande importance. Mais sans rejeter complètement la possibilité des accidents causés par le mercure, nous les croyons fort rares ; le plus souvent le mercure détermine d'abord du côté des gencives et du tube digestif des accidents qui en font cesser l'emploi.
Les accidents mercuriels se distingueront enfin de ceux que détermine la syphilis par les caractères suivants :
i^ Us surviennent dans le cours ou à la fin d'un traitement mercuriel exagéré, alors qu'il existe une anémie prononcée, ou lorsque la constitution du malade est déjà altérée par la cachexie.
2° Ils ne présentent ni la succession ni la marche des accidents nerveux syphilitiques.
3"^ Ils sont le plus souvent, sinon toujours, précédés d'une salivation intense et de troubles du côté des fonctions digeslives.
4*^ Us consistent le plus souvent en un tremblement général ; on observe rarement, dans ce cas, des douleurs, des convulsions ou des paralysies.
5^ Suivant MH. Trousseau et Pidoux, les douleurs mercurielles, quoique plus intenses pendant la nuit, existent aussi pendant le jour; elles occupent tous les membres et ne sont pas aussi nettement localisées que les douleurs ostéocopes.
lodure de potassium.'^ Les opinions des auteurs sur l'influence que l'iode en général, et l'iodure de potassium en particulier, peuvent exercer sur l'organisme sont très-différentes. En 1837, Baudelocque écrivait : « Le nombre des enfants auxquels j'ai fait prendre l'iode est aujourd'hui considérable, et, à part quel-
444 TROlSlillE PARTIE. — DIAGNOSTIC. PRONOSTIC. TRAIT.
ques indispositions liégères^ je n'ai vu résulter aucun accident de son usage (1). '
Guersant a dit dans le même journal : « J'ai administré Tiode à plusieurs centaines de scrofuleux depuis dix ans^ et je n'ai jamais vu qu'il fût nuisible ; à peine pourrait-on citer» par cent, un ou deux individus qui ne peuvent supporter ce médicament. D
a Du côté du système nerveux, d dit M. Ricord (S), a quelques malades ont éprouvé ce qu'on a désigné sous le nom d'intoxication iodique^ caractérisée par un peu dincertitude dans les mouvements volontaires^ quelques soubresauts des muscles^ de la pesanteur de tète^ une sorte de paresse intellectuelle^ et quelquefois par un léger trouble de Tintelligence Les phénomènes
morbides qui dépendent purement et uniquement de l'action de riodure de potassium ne demandent jamais, pour disparaître en peu de jours, d'autre traitement que la suppression du médicament ou la diminution de ses doses, d
Les accidents qui, suivant MM. Sperino^ Riberi et Gasca^ ont pu être rapportés à l'iodure de potassium ont été^ dans six cas, une légère irritation gastro-intestinale qui apparut au début du traitement et ne dura que trois ou quatre jours; dans deux cas de la céphalalgie et des vertiges^ etc.
M. Wallace parle d'un malade qui, après l'usage immodéré de l'iode^ fut pris de tremblements et de mouvements oscillatoires dans les yeux.
Suivant M. Titon (3)^ les accidents cérébraux dus à l'action de l'iodure de potassium annoncent plutôt une stupeur du cerveau qu'une inflammation de cet organe. Dans un cas on aurait observé des troubles de la vue qui seraient allés jusqu'à Tamaurose double.
Nous devons encore mentionner une opinion que nous avmis entendu émettre à M. Baillarger. Cet habile aliénlste ne croit pas que jamais la syphilis puisse produire la paralysie générale des aliénés^ mais il ne pourrait en dire autant de Tiodore
(1) Répert des sciences méd.
(3) Additions à J. Hunter.
(3) Titon, Thèses de Paris, 1856.
de potassium auquel il attribue une grande influence dans la production de ce genre d'aliénation mentale. M. Delasiauve nous a dit partager également cette opinion. Ces idées sont tellement en opposition avec ce que nous enseignent les faits^ que nous regrettons doublement que ces éminents praticiens ne nous aient pas fait connaître sur quelles preuves ils basent leur croyance.
Lugol a signalé Tivresse iodique. Il faut dire^ toutefois^ que ce n'est guère qu'à petites doses que Tiodure de potassium produit ces différents phénomènes. Lorsqu'on le donne à la dose de 3 grammes et au-dessus, comme le fait M. Riçord^ on les observe rarement.
On n'a pas oublié la récente discussion provoquée au sein de l'Académie de médecine par une communication de M. Rilliet^ sur Yiodiêtne constitutionnel, et l'incrédulité d'un grand nombre de praticiens^ quant aux dangers que présente l'administration de petites doses diode ou d'iodure de potassium. Si, avec M* Trousseau, nous admettons qu'un certain nombre des faits considérés par les médecins de Genève comme des cas d'iodîsme doivent être rapportés au goitre exophthalmique^ nous croyons aussi qu'on a pu prendre pour de l'iodisme des accidents nerveux syphilitiques. Le fait suivant le démontre^ pensons-nous^ pertinemment.
OBSEEVATION.
OBSEavATioR 270.^ — Un jeune homme est atteint de chancre pbagédénique en novembre 1857. Bientôt après^ rupiaabondant« excroissances cornées, douleurs ostéocopes^ amaigrissement. Un traitement mixte par le mercure et Tiodure de potassium, continué pendant un an, fait disparaître les accidents. Le malade avait repris la force et la santé quand, en décembre 1858, ramaigrissement et raflaiblissement reprenpent; le malade ne peut se tenir sur ses Jambes et perd souvent connaissance. Trois on quatre fois par jour tremblement général, douleurs de tto, défaillances. M. Trousseau vit là un ûiit d*iodisroe et conseilla le sulfiîite de quinine et Tessence de térélientbine. Au bout de six jours, le malade étant près de mourir, supposant qu*il pouvait exister de la vâide latente, M. MoutardpMariio erut devoir reprendre
l'iodure de potassium en commeDçaDt par 1 gramme. Deux jours après, mieux sensible qui se maintient les jours suivants. Les doses d'iodure sont progressivement augmentées, et le médicament est contioué pendant huit mois. Le malade est aujourd'hui complètement rétabli. (Moutard-Martin, Union méd,, 1860, t. VI, p. 190.)
De tout ce que nous venons de rapporter, il résulte, qu'à part quelques vertiges, un peu de céphâlalgie> du tremblement etune fois de l'amaurose, si toutefois cette dernière assertion est exacte^ riodure de potassium aurait rarement une action défavorable sur le système nerveux. Nous possédons des observations dans lesquelles il a pu être porté jusqu'à la dose de 10 grammes sans inconvénient. On sait qu'à l'hôpital du Midi MM. Ricord et Puche le donnent à des doses très-élevées sans avoir aucun accident à déplorer. Nous ne nions pas les accidents légers, connus et décrits sous le nom d'ivresse iodique, mais nous croyons que Fiodure de potassium ne peut produire aucune affection nerveuse analogue à celles que détermine la syphilis, et par conséquent, nous ne nous appesantirons pas davantage sur le diagnostic de ces accidents présumés.
Mais si l'iodure de potassium, administré seul, ne produit aucun accident grave, s'il ne produit aucun symptôme qui puisse être confondu avec les accidents nerveux syphilitiques, on a prétendu qu'il n'en était pas de même lorsqu'on l'administrait immédiatement après un traitement mercuriel. Suivant MM. Rodet et Baumetz, ce mode de traitement peut déterminer des accidents redoutables du côté des centres nerveux, entre autres la diminution de la sensibilité, le refroidissement et l'affaiblissement des membres inférieurs pouvant aller jusqu'à la paraplégie. Nous avons nous-mêmes observé des accidents de ce genre aux L[icurables, chez un étameur atteint de cachexie mercurielle après l'administration de 50 centigrammes d'iodure de potassium. Dans la thèse de M. Titon, se trouve l'observation suivante de M. Van Gaver : a En mai 1853, j'ai fait l'autopsie d'un hommfi qui était entré à l'hôpital Saint-Louis pour une cachexie syphilitique. Il fut soumis à différents traitements par les mercuriaiu. On le mit à l'usage de l'iodure de potassium, et il fut pris, dès le lendemain, d'accidents cérébraux auxquels il succomba. A Tau-
topsie je trouvai le cerveau congestionné^ moins consistant qu'à rétat normal; en outre des lésions qu'on trouve d'ordinaire dans la cachexie syphilitique. Aucun caractère n'indiquait une phlegmasie des méninges, b
Sans vouloir contester la valeur de ces faits^ nous devons déclarer qu'ils ne s'accordent pas avec la grande majorité des observations que nous possédons^ ni avec les principes thérapeutiques préconisés par MM. Nathalis Guillot^ Melsens^ et quelques auteurs allemands.
Intoxications arsenicale et alcoolique. — Nous ne faisons que mentionner les accidents nerveux qui peuvent être le résultat de ces intoxications. Outre la manie et le tremblement, qui sont si souvent la conséquence de Tintoxication alcoolique^ cette dernière produit aussi des convulsions épileptiformes comme l'ont observé Tissot^ Maisonneuve^MH.Léveillé^ Herpin^ Delasiauve et la plupart des auteurs qui se sont occupés de ce genre d'affections. Ici encore la connaissance des antécédents^ les phénomènes concomitants, l'existence du delirium tremens^ les hallucinationS; le faciès caractéristique des ivrognes^ la marche de l'affection éclaireront le diagnostic.
VL Névroses. — La paralysie qui survient parfois dans Vhystérie ne sera guère confondue avec celle que peut produire la syphilis. Nous avons cependant signalé un cas dans lequel nous avons admis cette confusion. Ce symptôme se rencontre surtout chez la femme; il occupe presque toujours le côté gauche du corps ; il s'accompagne bien plus habituellement d'anésthésie que la paralysie syphilitique.
Les accès épileptiformes de nature syphilitique, nous l'avons vu, ont presque toujours été confondus avec Vépilepsie vraie. Nous avons assez longuement insisté sur les signes qui doivent faire éviter cette erreur pour n'avoir pas à y revenir ici. Nous rappellerons seulement que c'est en considérant l'âge des malades au moment du premier accès, l'absence des causes habituelles de l'épilepsie, l'existence de symptômes morbides dans l'intervalle des accès, tels que céphalée, vertiges, douleurs ostéocopes, douleurs abdominales, etc., qu'on pourra arriver à soupçonner une cause spécifique. Nous n'ajoutons pas à la fréquence des accès
pendant ia nuit Timportance diagnostique que^ lui attribuait Jos. Franck.
La paral^ie générale de causç syphilitique parait différer de la paralysie générale commune^ avec pu sans aliénation .mentale, pai^ Tabsence habituelle, dans cette dernière^ de troubles du côté delà vision et des muscles moteurs de Toeil. Ceux-ci, au contraire, sont la règle dans les névroses syphilitiques.
Les névralgies syphilitiques ont ^ir^eni pour caractère de s'exaspérer au commencement de la nuit; elles surviennent au début de la période secondaire, résistent aux traitements qui triomphent d'ordinaire des névralgies non spécifiques et cèdent rapidement aux traitements antisyphilitiques*
, Vamaurose syphilitique, lorsqu'elle ne tient pas à une lésion de Tencéph^le oq des nerfs optiques, est presque toujours le résultat d'un œdème rétinien suivant M. Desmarres, d'une cboroïdite exsudative suivant M. FoUin, Elle sera donc soupçonnée lorsque rophthalmoscope aura fait reconnaître ces altérations; on aura une présomption de plus si elle est survenue quelque temps après la disparition d'accidents syphilitiques secondaires, ou s'il en existe encore. Nous avons déjà dit que lorsque l'amaurose dépend d^me compression du nerf optique, l'ophthalmoscope permet de constater l'atrophie de la papille.
VII. Affections cérébrales. — L'hémorrhagie cérébrale ordinaire se distingue des affections de nature syphilitique qui peuvent la simuler , par sa brusque apparition sans prodromes d'aucun genre, et par l'amélioration qui ne tarde pas à survenir au bout d'un temps d'ordinaire fort court. Les accidents syphilitiques apoplectiques, au contraire, sont généralement précédés d'une céphalée très-longue, de vertiges, de paralysies partielles; leur marche est souvent ascendante et progressive; ils surviennent chez des sujets pçu avancés en âge, infectés du virus syphilitique; les troubles intellectuels sont plus, persistants que ceux delà motilité. Mais nous insistons d'une manière toute spéciale sur les données diagnostiques fournies par l'âge des sujets.
Le ramollissement cérébral ou médullaire, qui, comme nous l'avons établi, peut quelquefois tenir à la localisation de U syphilis sur les centres nerveuse , ne sera soupçonné qu'autant
qu'il se joindra aux symptômes qui le caractérisent des signes capables de faire admettre Texistence de la diathèse syphilitique. C'est surtout dans ce cas que le traitement servira de pierre de touche; on n'oubliera toutefois pas que cette altération est toujours d'une extrême gravité et que le traitement spécifique lui-même reste souvent sans action durable, alors même qu'il a amené une amélioration surprenante au début de son emploi. L'âge du sujet, les circonstances au milieu desquelles s'est déve« loppée l'affection^ ont également leur importance diagnostique. Ajoutons encore que la céphalée, les douleurs syphilitiques rhu« mato!des précèdent le plus souvent le ramollissement cérébral syphilitique.
Le cancer, le tubercule, ne se localisent guère dans les centres nerveux que lorsqu'il existe un état cachectique^ le plus souvent facile à distinguer de la cachexie syphilitique. De plus, l'existence ou l'absence de produits analogues sur d'autres points de l'organisme constitue un signe diagnostique d'une grande valeur. Enfin^ les douleurs ne présentent pas les mêmes caractères dans ces différents cas. Lancinantes^ erratiques, dans les deux premières maladies, elles sont plus fixes dans la syphilis. L'amaigrissement aussi est moins prompt dans la cachexie syphilitique que dans le cancer; la décoloration de la peau y a quelque chose de spécial, de blafard, de cadavéreux, qu'on reconnaît lorsqu'on a quelque habitude des maladies chroniques.
ARTICLE IV