‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 54 sur 64 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Le pronostic des affections syphilitiques en général est trèsvariable. On sait^ en effets que le même virus qui^ chez certains individus^ produit des manifestations légères ou peu graves donne lieu, chez d^autres, à des accidents redoutables.

Cette remarque, du reste^ n^est pas vraie seulement pour la sypbiliSj mais parait s'appliquer à toutes les maladies virulentes; c'est ainsi qu'on voit une variole très-légère ou même une varioloïde engendrer une variole mortelle. Il n'est pas permis de supposer que, dans ces cas^ la différence tienne à la quantité ou à la qualité du virus^ puisqu'on voit la plupart des sujets vaccinés ne contracter habituellement qu'une variole légère; mais^ il faut admettre plutôt une disposition particulière à l'individu^ quoique inconnue dans son essence. Cette prédisposition aux manifestations vénériennes graves dont la cause nous échappe ordinairement^ rendra toujours le pronostic des affections syphilitiques plus sérieux. Quant au pronostic spécial des affections nerveuses syphilitiques^ il sera d'autant plus grave que l'altération organique , développée sous l'influence spécifique^ sera plus étendue et plus avancée^ et qu'elle intéressera des organes plus essentiels à la vie. On comprend^ en effets qu'une lésion n'intéressant que l'une ou l'autre branche nerveuse ne présentera pas la gravité des lésions des centres nerveux ; on sait aussi que les lésions des hémisphères sont moins graves que celles des parties centrales du cerveau^ etc..

Les affections sine materia, toutes celles qui peuvent rentrer dans notre première division, sont moins graves que les autres : aussi pouvons-nous dire que les douleurs^ les névralgies syphilitiques^ certaines paralysies sont généralement sans gravité^ que le plus souvent elles disparaissent avec une merveilleuse rapidité sous l'influence d'un traitement bien dirigé. Nous avons déjà fait ressortir la facilité avec laquelle

disparaissent les convulsions épileptiformes^ choréiformes^ les spasmes^ en un mot toutes les névroses 0<invulsives que nous avons étudiées en leur place ; nous voyons mème^ dans ces guérisons promptes et définitives^ comparées aux rechutes toujours fréquentes dans les convulsions symptomatiques de lésions matérielles du système nerveux ou d'altérations des tissus fibreux et osseux, un signe diagnostique important. ,.^

Le pronostic des lésions syphilitiques de la substance nerveuse eile-méme est toujours grave. Nous avons vu.làfo];mecongestivé entraîner^ une fois au moins^ la mort; en général^ cependant^ ,elle guérit momentanément. jV'oublions pas, toutefois^ que ces guérisons sont trompeuses^ et qi;e la plupart du temps la forme congestive n'est que là prepiière phase d'un ramollissement ou d'un travail d'exsudation^ qui éclatera plus ou moins rapidement suivant le traitement mis en usage^ sa durée. et son énergie^ suiyalàt les circonstances hygiéniques et diététiques dans ïesquélles se trouve le malade^ etc. Sur quinze observations, rapportées à cette forme, nous avons noté cinq décès et dix gu^risonsl / .

La forme inflammatoire est sans contredit la plus grave de toutes celles que peut affecterla syphilis du système nerveux. Les çi^ningites^ les encéphalites^ les ramollissements^ entraient presque toujours la mort. Cette mort est souvent prompte, presque foudroyante. Et cependant^ si on s'en laissait.imposer par les apparences^ on pourrait^ môme dans ces cas d'altérations jgrayes^ lorsqu'un traitement I:|ien dirigé intervient à tèimps^ cro^e à des ^érisons complètes. Disons-le^ le plus souvent ces guérisons ne peuvent inspirer aucune sécurité, car nous avons vu, avec quelle rapidité, sous l'influence de causes insignifiantes et même sanscause appréciable, les affections nerveuses de cette cat^orie, leç niieux guéries en apparence, précipitent souvent leur marche ver;^ la terminaison fatale. Nous savons aussi que les affections nerveuses que nous avons rapportées h la forme exsudative et cènes que nous considérons corpme la conséquence de lésions étrangères au système nerveux, tuent le plus souvent en allumant dans la substance nerveuse un foyer d'inflammation, 'et nous crpj^ons pouvoir formuler, ainsi notre opinion : La niortj dans toutes les formes de la syphilis du système nérvèûx^ est

presque toujoufô le résultat d'un travail inflammatoire dans la substance nerveuse ou dans ses enveloppes séreuses. Nous sommes portés à croire, avec M. Rodet, vu cette mortalité presque constante de HnAammation syphilitique de la substance nerveuse> vu la propension dp la syphilis à produire des exsudations plutôt que des inflammations avec ou sans ramollissement, que tous les cas considérés comme des ramollissements inflamma* toires des centres nerveux, et qui guérissent, ne rentrent pas dans cette catégorie, mais dans la forme exsudative»

La forme exsudative, en effet, quoique elle-même fort grave lorsque les tumeurs du cerveau ou des méninges ont acquis un certain volume, entraîne rarement la mort par le seul fait de la compression. Cest du moins ce qui nous paraît ressortir des observations que nous avons réunies. Sauf de rares exceptions ce sont des accidents aigus inflammatoires, semblables à ceux dont nous venons de parler, qui amènent rapidement la mort. C'est dans la forme exsudative et dans les affections symptomatiques de lésions osseuses ou fibreuses que le traitement spécifique réussit souvent au delà de toutes les prévisions. Ce sont des guérisons de ce genre qui ont fait dire à Jos. Franck, à Boehr, à M. Trousseau, que le mercure fait quelquefois de véritables miracles.

Malgré cette atténuation, le pronostic de la forme exsudative n'en est pas moins essentiellement grave, car trop souvent les accidents se reproduisent, sous l'influence de causes souvent légères, à la suite d'excès de boissons, de veilles, de fatigues intellectuelles, de l'interruption prématurée du traitement, et, soit que la tumeur acquière alors un volume plus grand, soit qu'une encéphalite ou une myélite se développe, la mort survient.

Les mêmes réflexions s'adressent aux affections nerveuses symptomatiques de lésions des tissus voisins. Comme les lésions nerveuses directes, elles peuvent exister longtemps, suivre une marche lente, rétrograder même pour un temps; mais, un moment vient où de nouveaux accidents, souvent mortels, se déclarent. Et, cependant, si nous comparons ces affections syphilitiques des centres nerveux avec les maladies idiopathiques de ces organes, nous voyons que l'existence de la cause syphilitique.

entraînant une indication thérapeutique nette et précise^ donne par cela même des chances plus favorables. Aussi, bien des auteurs, Lisfranc, HH. Deval, Rayer^ Trousseau considèrent-ils^ dans ce cas^ la syphilis comme une planche de salut. En effets comparons la curabilité presque constante de Pépilepsie syphilitique avec la trop fréquente incurabilité des épilepsies non diathésiques^ celle du plus grand nombre des paralysies syphilitiques avec celle des autres paralysies : nous verrons que^ dans tous ces cas^ c'est^ au point de vue médical^ un bonheur pour les malades quand la nature syphilitique de leur affection peut être démontrée. Selon MM. Rayer et Boehr^ il en serait de même de rhydrocéphale ; selon Jungken, M. Devais M. Follin et la plupart des ophthalmologistes^ Tamaurose syphilitique serait le plus souvent curable.

Ces réserves faites, voyons quelles sont les conditions qui peuvent augmenter ou diminuer la gravité du pronostic dans les diverses catégories de faits qui constituent^ à nos yeux^ les affections nerveuses syphilitiques.

L'état général du malade doit être pris en sérieuse considération. Une chlorose avancée, une cachexie bien établie, aggravent le pronostic en liant les mains au praticien dans remploi d'un traitement spécifique.

Les affections nerveuses survenant dans le cours de la syphilis secondaire sont, pour la plupart, promptemcnt curables; de ce nombre sont les douleurs rhumatoïdes^ les névralgies, un certain nombre d'amauroses et d'accès épileptiformes.

Les affections nerveuses dépendant de lésions des tissus avoisinants ne fournissent pas un pronostic mauvais, toutes les fois que les symptômes nerveux ne paraissent dépendre que d'une compression.

Quelle que soit la forme ou la nature des accidents, toutes les fois qu'il survient des signes indiquant qu'un travail inflammatoire s'établit dans un point quelconque des centres nerveux, le pronostic devient par cela même très-grave et reste tel malgré les améliorations souvent merveilleuses qui peuvent survenir sous l'influence d'un traitement approprié. On peut être convaincu que tôt ou tard de nouveaux accidents écliûeront^ et cette

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perspective est^ comme l'épée de Damoclès^ constamment suspendue sur la tête du malade. Des précautions minutieuses^ une hygiène bien entendue^ Téloiguement de toutes les causes perturbatrices que nous avons signalées^ ne mettent pas toujours à Tabri de rechutes mortelles. Les excès de boissons^ les excès vénériens^ les fatigues intellectuelles nous ont paru les causes occasionnelles les plus fréquentes de ces complications et de la mort.

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