TRAITEMENT
Le traitement des affections qui nous occupent est plus complexe qu'on ne croirait au premier abord; il repose en effet sur un certain nombre dMndications qu'il est urgent de reconnaître afin de les bien remplir. A côté de la connaissance de la nature de Taffection, qui^ comme nous Pavons dit^ domine la question thérapeutique , on s'enquerra des traitements antérieurement suivis^ on cherchera à déterminer Tâge de la maladie^ à s'assurer s'il existe ou non une lésion organique ; si elle existe, on en spécifiera l'espèce, l'étendue et l'ancienneté. On devra en outre tenir grand compte de l'état général des forces du sujet et de l'altération plus ou moins avancée du liquide sanguin. On n'oubliera pas que l'un des premiers effets du virus syphilitique sur l'organisme vivant est de produire une diminution dans la quantité des globules (chlorose syphilitique)^ et que son dernier effet est de donner lieu à cet état particulier et toujours fort grave qu'on désigne sous le nom de cachexie syphilitique.
Le plus souvent^ sinon toujours^ il est nécessaire d'avoir recours à un traitement dit spécifique^ et consistant surtout dans l'administration des préparations mercurielles et iodurées. Les premières faisaient autrefois à elles seules les frais du traitement antisyphilitique; aussi possédons-nous un très-grand nombre d'observations dans lesquelles il n'est fait mention que de frictions mercurielles ou de mercure administré à l'intérieur.
Les préparations mer curielles sont encore adimnjstrées fL^r jourd'hui avec avantage dans les syptiilis tertiaire et quaterr naire qui nous intéressent spécialement. M. Rayer^ notre mattre» est resté fidèle à Tusage interne de la pommad0 mercurielle (pilules de Sédillot), et il en obtient de merveilleux succès. «Çê praticien habile fait observer que^ pour inti^duire lé mercure dans l'économie^ on a choisi presque toujours la voie la moios favorable à l'absorption : la peau. En introduisant au contraire la pommade mercurielle par la voie gastrique on trouve une surface propre à un« absorption facile, prompte et complète. Le médicament passe presque sans perte aucune dans la circulation, et l'on est sûr des quantités introduites, tandis que par les frictions ces quantités sont variables et incertaines (1). b Nous partageons complètement l'opinion de H. Rayer qui nous a initiés à son excellente pratique, et nous croyons, qu'il est préférable de donner le mercure en substance à Tintéricur toutes les fois que cela est possible. Dans les cas où il y a impossibilité^ vu l'état des voies digestives^ on peut avoir recoure sbt( aux frictions avec une pommade mercurielle^ soit aux 1)ains qe sublimé que nous avons vu réussir dans un cas d'extrême gravité entre les mains de M. Trousseau (Ors. 36).
En thèse générale les préparations mercdrielles^ suivàntuouàf; conviennent surtout dans les affections nerveuses qui apj;)àrdi^ sent dans le cours de la période secondaire bu Vers son àéclîti. Elles nous paraissent devoir être données Bé préférence toutefs les fois qu'6n est en droit de supposer ce que nous avons désïgnl^ sotis le nom de formes congestive et inflammatoire. Ainsi les méningites, les encéphalites, tes amauroses dé' nature spécifique réclament surtout l'emploi d'un traitement mercuriel; nous dirons tout à l'heure jusqu'à quel point on doït, dans'clés cas, faire inféifvenir les antiphlogistiques. Suivatit H.'Legroux^; c'est dans ces circonstances que le calomel à doses croissantes eï toujours JAracftionnées rendrait de grands services, puisqu'il se trouve remplir une double indication, et agir à la foià comme révulsif et cMm spécifique. Néanmoins les pilules dé Sédillot^ le deutbëUô^lfe
i' l (1) Annales de th&ap., de Rognetta.
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de mercure; le proto-iodure sont les médicaihents auxquels on doit avoir recours de préférence ; en vertu de l'iode qùMl rettférme, le dernier nous paraît préférable lorsque llhflfammation ^t déjà ancienne et qu^elle à laissé des exsudats. Au dire de Stoll {loc. cit.^ p. 311), il est souvent utile de changer de préparation mercurielle^ a selon la modification propre ou relative de la maladie ou ses différentes complications. i>
Nous avôhs déjà^ en maintes occasions^ réfuté Taccusatiôn portée contre le mercure d^étre la cause de la plupart des accidents nerveux directs ou indirects qui s'observent dans le cours de la syphilis. Nous avons démontré par des chiffres la fausseté de cette assertion ; nous renvoyons à ce que nous avons dît en particulier des névralgies syphilitiques, des convulsions épileptiformes. Nous allons montrer que Texamen des faits se rapportant aux accidents nerveux syphilitiques dus à une compression donnent des résultats identiques.
22 fois, d'après les observations réunies dans la seconde partie de notre travail, les accidents nerveux avaient été précédés de traitements mercuriels ; mais ce chiffre demande à être expliqué : sur ces 22 cas, il est dit -12 fois que le mercure a été mal pris, sans suite ou en quantité insuffisante, comme par exemple dans l'observation 250, où 10 pilules mercurielles ont constitué tout le traitement^ ou dans l'observation 249, où le mercure n'a été employé qu'extérieurement en application sur Tulcère primitif. i 'iTois le mercure a été pris en excès. Il ne reste donc que 9 cals dans lesquels le mercure paraît avoir été administré méthodiquement, et où des accidents tertiaires se développèrent. Plusieurs de ces affections guérirent définitivement par un nouveau traitement mercuriel ou par l'emploi successif du mercure et de Hodure de potassium.
Hais ce qui contribue plus puissamment à laver le mercure des reproches qu^on lui a faits, c'est que 15 fois des accidents nerveux indirects sont survenus alors qu'il n'avait été fait auparavant aucun traitement mercuriel. Nous ne croyons pas devoir insister "pluis' longtemps sur ce point; et quant à nous^ sans nier la posdbilité des accidents mercuriels, plus nous avançons dans ce dépouillement de faits pris à toutes les sources, sans aucuûè
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idée préconçue^ plus nous sommes convaincus de la fausseté des accusations si souvent formulées contre le mercure.
Les résultats des traitements dirigés contre les accidents nerveux eux-mêmes corroborent encore nos convictions. 24 fois on a employé le mercure seul^ et sur ces 24 cas de maladies on compte 11 guérisons. Nous avons déjà dit ce qu'on doit penser de ces guérisons; mais il n'en est pas moins certain que le mercure enraye, pour un temps du moins, la marche de la maladie.
A une période plus avancée et alors qu'il n'existe plus^ auseia de la substance nerveuse ou dans son voisinage^ que des dépôts plastiques disséminés ou réunis sous forme de gommes^ on doit^ suivant la pratique des grands maîtres en syphilographie, administrer l'iodure de potassium.
Dans la plupart de ces cas nous nous associons à H. Ricord pour administrer ce médicament soit seul^ soit conjointement avec le proto-iodure de mercure. Un certain nombre des observations que nous possédons^ et la pratique de H. Ricord, nous ont appris toute l'utilité qu'on peut retirer de ce traitement lorsqu'il est intelligemment dirigé. 11 n'est pas saos importance, dans les faits qui nous occupent et lorsqu'il existe une lésion matérielle probable, de tenir compte de la dose du médicament. C'est qu'en effet on ne peut espérer alors obtenir des résultats complets de l'administration de faibles doses et même de 1 ou 2 grammes d'iodure de potassium : il faut donner ce médicament à hautes doses et aller souvent au delà de 3 grammes. Cette pratique bien connue des médecins de l'hôpital du Midi qui portent le médicament jusqu'à la dose de 8 et 10 grammes, quelquefois davantage, dans les vingt-quatre heures, nous a paru bonne à relever pour l'enseignement d'un certain nombre de praticiens qui croient fermement ne jamais devoir dépasser la dose de 3 grammes. Nous croyons que, dans certaines circonstances, c'est à cette timidité qu'ils doivent attribuer leurs insuccès. Nous possédons plusieurs observations dans lesquelles le malade n'avût éprouvé aucune amélioration par l'iodure de potassium tant qu'on ne dépassait pas la dose de 3 grammes, tandis qu'un changement notable survenait sitôt qu'on donnait 6 grammes et plus. L'observation que nous devons à l'obligeance de H. Martin-
GHip. m. — TiAmnDfT. 461
Damomette est on exemple firappant de la vérité de cette assertion.
12 fois on a administré sacoesdvement on simultanément (les obserrations ne sont pas toujours très-explicites sur ce point) le mercure et Piodure de potassium. Ces cas, sauf un seul^ ont été suivis de guérison. Ce résultat est en opposition flagrante avec les idées émises par quelques auteurs^ idées que nous avons déjà reproduites et suivant lesquelles Tassociation du mercure et de llodure de potassium sendt une des causes les plus puissantes des accidents nerveux observés dans le cours de la sj^hilis. Nous sommes fotiés à croire que les auteurs en question s'en sont liJssé imposer par de simples coïncidences^ et que les faits qalis invoquent sont susceptibles d'une autre interprétation que celle qu'ils leur ont donnée. Loin de partager les craintes de MM. Rodety Baumetz et autres^ nous sonunes convaincus que l'emploi simultané ou successif des deux agents antisypbîlitiques par excellence produit des résultats que chacun d'eux^ administré isolément^ n'aurait peut-être pas donnés.
RappelleronsHious les opinions émises dans ces derniers temps par quelques auteurs^ par M. Lorinser^ de Yienne, en particulier^ et d'après lesquelles les accidents syphilitiquessecondaires et tertiaires ne seraient que des efiets du mercure; rappelleronsnous que ces auteurs, se basant sur quelques analyses des urines, ne voient dans Hodure de potassium qu'un moyen de chasser de l'OTganisme le mercure qui y séjourne depuis un temps plus ou moins long^ si bien qucHodure de potassium guérirait, non la vérole^ mais l'intoxication mercurielle î Les faits dans lesquels llodure de potassium a été suivi de succès sans l'administration préalable d'un atome de mercure suffisent pour réfuter des théories qui ne nous paraissent reposer que sur des vues de l'esprit.
L'iodure de potassium a été administré seul 23 fois. Chez un seul de ces malades les accidents se terminèrent par la mort, et cela à la smte d'excès de boisson.
Notre dessein n'étant pas de parier du traitement de tous les accidents tertiaires et quaternaires de la syphilis^ nous ne dirons que peu de chose des autres médicaments préconisés contre ces accidents^ tels que les préparations d'or^ d'argent et d'antimoine^
la cura famis et tant d'autres que nous ne rencontrons qu'exceptionnellornent dans les observations que nous avons recueillies. La plupart de ces moyens, lorsqu'ils viennent à guécir, agissent uu peu dans le sens des préparations mercurielles et iodurées^ et peuvent être considérés comme des altérants. Quant à la cura famis en parMculier, nous lui avons vu souvent produire des résultats remarquables, et nous pensons qu'il est des circonstanoes dans lesquelles on doit y avoir recours.
Il est encore un médicament que nous trouvons signalé plusieurs fois : c'est l'arsenic. Ward, Sandras et autres en faisaient fréquemment usage dans les véroles invétérées. Sandras suHoirt en faisait grand cas et le plaçait sur le même rang qœ le mercure et rioduro de potassium. En effets en parlant des paral}sies et des névralgies de cause syphilitique, il dit : c Le mefcoR, l'iodure de potassium, l'arsenic, cette richesse de la matière médicale répond presque toujours du succès dans les cas bien déterminés. » D'un autre côté, nous trouvons une obsenratioade Ward dans laquelle la mort survint rapidement^ sanscompfieation inflammatoire, à la suite de radministration de fxsesie. Lallemand, qui rapporte ce fait, attribue la mort à Tarsenk administré après des causes puissantes de débilitatkm (< sanguii^s énormes, purgatifs). Il faut donc être l'emploi d un ^em^de de ce genre.
On n a pas oublié rémoUon causée dans le monde médiol par Tapparitiou de la s^pkilisaiion, dont quelques csfom/aàMr leurs voudraient faire l'agent prophylactique et cvatS de la qphilis^ Nous n abonteroos pas ici Texamen de la lalenr ]Kag^ lactique de la syphilisation^ mais nous ne sanrioaa pannrr mm silence les faits oonibn^ux qui, au dire de lemsaotemBs^ gnoie^ raient d'une manière irréfragable que la sjphifiatian fiùfccfiqar taUre^ plus sàrement et plus rapidement qpae le OMaenR eEnh duie de poUsàum^ les symptômes de syptùEs «m^-mw* et ittvétéfêe* Quant aux symptômes nenreiBs, à la yauljûa ea paiikuUer^ UJuac dît avoir souieut lu le mefcave Astpmne^ jgor^ fondttnieatrùirgaùîiuie, «aofiÀloîprèfoe^l-SbhgueaDgiîaâgiiâ* tbatMa tiuij^:iî elle œ gaccit paâ ton jouis les aSectiiiOKàggniilh ^ttesy aUxi>Hi£sujae oeliûa fiirtifiinrf, ft i[uî liamii ihi IimiiujIm
GHAP. III. ^ TRAITEMENT. 463
grandes garanties d'une guérison soutenue que le mercure, d N'ayant aucune expérience personnelle à ce sujet, nos observations se taisant également sur ce point, nous devons rioiis Borner à mentionner les faits précités, et à ajouter que, pdur notis, cette méthode de traitement demande de Nouvelles expérimentations, mais qu'en tous caà on ne doit y 'recourir qu'autant que le diagnostic ne laisserait aucun doute sur Te^tstence de la 83nphilis, ce qui, nous l'avons vu, n'a pas toujours lieu lorsqu'il s^agît d'accidents nerveux.
'' Le traitement spécifique^ pour mettre à l'abri des récidives, doit être continué pendant un temps toujours fortlonjg.Dupuytren prétend qu'il faut le continuer, après la curation des accidents, durant un temps égal à celui qui a été nécessaire pout dissiper les symptAmes. cr Dans les syphilis anciennes et rebelles, le traitement, ir dit H. Yvaren, ce doit être aussi opiniâtre, aussi dironique que la maladie. C'est moins la dose du remède que la continuité de son administration qui parait importante. » Cette dernière remarque de H. Yvaren ne nous paraît vraie que lorsque les àccidehté ont disparu. Avant cela, nous l'avons dit, et nous y insistons, la dose a une grande importance. Nous avons ébiendu M. le professeur Nélaton et la plupart des bons praticiens formuler des opinions analogues, et nos observations les confirment surabondamment, puisqu'il est de règle, pour ainsi direi'de' voir reparaître les mêmes accidents, fe pkis souvent siteô;' une intensité plus grande, d'autres fois dos accidents nouveaux survenir, chaque fois que le malade avait cessé son traitement pt^nîàttirément poiur reprendre son genre de vie o\rdinaire.
Eh iièhors du traitement spécifique qui s'adresse à la maladie^ on pèfuVééré dans le cas de faire le traitement de l'affèctiott'. Hais disons-le de suite, le plus souvent cette secondé partief dû traitement, ne donnera que des résultats négatifs. C'est même; Ift, et nous l'avons soigneusement indiqué, un des caractère^ distinctifs des affections nerveuses syphilitiques sur lequel on peut quelquefois baser son diagnostic. Ainsi les narcotiques resteront sans effet contre les douleurs, les névralgies, Tasthme syphilitique, ou ne donneront qu'un soulagement de très-courte durée. Ainsi les antispasmodiques ne sauront calmer les spasmes
I. — Des affections nerveuses peuveût se développer à toutes les périodes de ia syphilis constitutionnelle.
II. — Ces affections portent tantôt isolément, tantôt siinultanénoent sur les trois grandes fonctions dévolues au système nerveux : la sensibilité^ la motilité et Tintelligence.
III. — Très-variées dans leurs formes symptomatiques^ elles peuvent simuler la plupart des névroses et des affections symptomatiques d'une altération des centres ou des cordons nerveux.
IV. — Les affections nerveuses syphilitiques sont directes ou indirectes.
V. — Les affections nerveuses directes peuvent exister sans lésion organique appréciable à nos moyens d'investigation.
VI. — Le plus souvent elles dépendent d'une lésion matérielle du système nerveux^ celui-ci n'étant pas plus que les autres systèmes organiques à l'abri des atteintes du virus syphilitique.
VII. — Les affections nerveuses indirectes sont symptomatiques de lésions syphilitiques siégeant dans les organes ou les tissus qui avoisinent le système nerveux.
VIII. — Les affections nerveuses syphilitiques sans lésion matérielle appréciable peuvent être considérées comme des névroses diathésiques.