‹ Des alcalis organiquesChapitre 4 sur 11 · C'IF · texte numérisé non relu

C'IF

C‘H» (H'O®) (HCl) + C^IP (AzH®) C*H‘0^ C^IP AzIF .HCl.

Ce sel, décomposé par l’oxyde d’argent humide donne l’hydrate correspondant sous forme d’un liquide sirupeux (1).

Les diamines des glycols s’obtiennent en faisant agir l’ammoniaque sur. les bromures etiodures éthyléniques qui ne sont après tout que des éthers glycoliques (Cloez et Hofmann). Exemple :

C*H’ (HBr) (HBr) + 2AzIP = CHP (AzH») (AzH») .aiIBr.

C*IP (AzH”) (AzH^) + C*IP (HBr) (HBr) = (AzIP) (AzIP).

2HBr, etc.

D’après Hofmann, l’action de l’ammoniaque sur le bromure d’éthylène donne, outre les diamines précédentes, des triamines, telles que la diéthylène-triamine, la triéthylènetriamine, etc.

En appliquant aux alcools polyatomiques les modes généraux de préparation qui précèdent, on conçoit que l’on puisse obtenir un nombre pour ainsi dire illimité d’alcalis organiques.

C’est ainsi que M. Berthelot a obtenu la glycéramine en traitant l’ammoniaque par la monochlorhydrine; que M. Lautemann a préparé une triamine en soumettant le phénol trinitré à l’action réductrice de l’acide iodhydrique; que le même savant, en collaboration avec A. d’Aguiar, a

(t) 'Wurli, Comptes rendus, T. 45, p. 1018.

découvert une triamine nouvelle et une tétramine en réduisant la trinitro et la létranitronaphtaline par l’iodure de phosphore (1),

Certaines polyamines ont été obtenues par des méthodes très-particulières.

En voici un exemple curieux. Lorsque l’on traite l’essence de moutarde par l’ammoniaque, on obtient une urée composée, la thiosinnamine :

C*H*AzS* -F AzH» = C«H* AzS».

Soumis à l’action de l’oxyde de plomb nouvellement précipité et encore humide, ce corps remarquable donne naissance à une diamine, la sinnamine, découverte par MM. Bussy et Robiquet :

C"I18 Az^S^ -I- 2PbO == 2PbS 4- H*0* + Az^

Ajoutons cependant que le nombre de polyamines actuellement connues est assez restreint, bien que le nombre de molécules d’ammoniaque qui puisse s’accumuler dans un composé ne paraisse soumis jusqu’ici à aucune limite déterminée; car « l’expérience prouve que sous l’influence « d’agents capables de déplacer plus ou moins d’hydro- « gène, deux, trois, quatre et même cinq molécules d’am- « moniaque, peuvent se réunir en molécules d’ordre plus <i élevé, dans lesquelles deux, trois, douze et peut-être « même quinze molécules d’hydrogène peuvent être rem- 4 placées par d’autres molécules (2), »

(1) Société chimique de Paris, 1865, p. 256.

(2) Amononia and its dérivatives, a discourse dclivercd to lhe membcrs ot tlie Ctieinical Society of London, by professor Hofmann.

SUR LES PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES ET LA CONSTITUTION DES ALCALIS ORGANIQUES.

Les alcalis organiques renferment du carbone, de l’hydrogène, de l’azote, souvent de l’oxygène, quelquefois du soufre; on peut faire entrer dans leur composition, et sans altérer leurs propriétés basiques, du chlore, du brome, de l’iode, de la vapeur nitreuse, etc.

Leur propriété essentielle, fondamentale, c’est de pouvoir se combiner aux acides, à la manière de l’ammoniaque, comme l’éthylamine, ou de la potasse caustique, comme l’hydrate d’oxyde de tétréthylammonium, c’està-dire de former des composés qui sont soumis aux lois ordinaires de décomposition des sels.

Les uns sont solides et fixes, cristallisent parfaitement comme la codéine et la strychnine ; d’autres solides et volatils, comme la cinchonine ; un grand nombre liquides et volatils, la conicine, la nicotine, l’aniline, la toluidine, etc. On connaît un alcali gazeux, la méthylainiue.

Tandis que les bases naturelles sont généralement peu ou point solubles dans l’eau, les bases artificielles sont très-souvent solubles ; les meilleurs dissolvants des unes comme des autres sont l’alcool, l’éther, le chloroforme. Les sulfates, les chlorhydrates, les azotates, les acétates sont d’ordinaire solubles dans l’eau; par contre, les tartrates, les gallates, les oxaiates et surtout les tannates sont insolubles ou peu solubles. On peut même jiarfois

obtenir des carbonates : c’est ainsi que Langlois a pu préparer du carbonate de quinine cristallisé (1).

L’action de la chaleur est variable. Un grand nombre se volatilisent sans altération; ceux qui sont solides et fixes peuvent entrer en fusion, dégager ensuite des vapeurs ammoniacales ; ou bien perdre de l’eau, des hydrogènes carbonés et puis se convertir en de nouvelles bases organiques.

Les alcalis organiques naturels exercent sur la lumière polarisée une action qui a été étudiée par M. le professeur Bûuchardat, et que l’on peut formuler de la manière suivante ( 2 ) :

1“ Les alcalis végétaux en solution neutre ou acide, exercent une action sur la lumière polarisée.

2“ La morphine, la narcotine, la strychnine, la quinine, en solution dans l’alcool ou dans l’éther, dévient à gauche; la cinchonine seule dévie à droite, et cela avec une énergie remarquable.

8 “ Tous les alcalis sont modifiés temporairement par les acides et la modification est minimum pour la morphine : le pouvoir rotatoire est affaibli, excepté pour la quinine.

Les corps halogènes, y compris le cyanogène, donnent naissance à des réactions extrêmement remarquables, et qui ont été l’objet de nombreuses recherches.

Pelletier le premier a examiné l’action de l’iode et du chlore, mais les résultats qu’il a obtenus manquent de netteté et sont souvent inexacts (3). Cet étude a été reprise par Laurent et Gerhardt, Bouchardat, Hofmann,

(1) Journal de VImrmacie, T. 25, p. 325,2» série.

2) Annales de Physique et de Chimie, T. 9, p. 213,18*5.

(5) Journal de Pharmacie, T. 2*, p. 155, 2« série, et Annales de Physique et de Chimie, T. 45, p 164, 2" série.

Anderson. Voici les résultats généraux qui ont été obtenus.

Le chlore agit avec une grande violence dans la plupart des cas, et sous peine de n’obtenir que des produits d’altération, il faut opérer avec beaucoup de ménagements. C’est ainsi que la codéine donne de la chlorocodéine (Dollfus) ; qu’une dissolution chaude et concentrée de chlorhydrate de cinchonine se transforme en chlorhydrate de cinchonine monochlorée (Laurent). D’après M. Wurtz, un courant de chlore détermine une si violente réaction quand on le dirige dans de l’éthylamine qu’il faut, pour obtenir un composé défini, opérer dans une solution étendue et fortement refroidie, ce qui donne alors de l’éthylamine bichlorée :

acnFA*» -f- 4C1 = 2(C‘ir Az.HCl) + C‘H*Cl*Az.

Citons encore l'action du chlore sur l’aniline, action qui vient d’être étudiée d’une façon si complète par mon excellent ami, M. Jungfleisch, dans une thèse présentée tout récemment à l’École supérieure de pharmacie de Paris (1).

En distillant de l’isatine monochlorée avec de la potasse, Hofmann obtint le premier une aniline monochlorée :

C‘'IFC1 AzO‘ (4KH02) = 2(G^O*2KO) + IP + C‘®H«ClAz.

A l’aide d’une réaction analogue, l’isatine bichlorée donna un corps qui fut considéré comme de l’aniline bichlorée. Faisant ensuite réagir le chlore directement sur l’aniline, Hofmann obtint l’aniline trichlorée (2), Quelques recherches ont été ensuite publiées sur le même sujet par Mills, Griess, Sokoloff; M. Jungfleisch, reprenant

(1) Recherches sur les Anilines chlorées, 1869.

(2) Annaien der Chemie und Pharmacie, T. 55,1845, p. 1, 55 ot 57.

cette étude, vient de faire connaître une série complète d’anilines chlorées et nitrochlorées dont voici les termes :

1' Aniline monochlorée (a). C‘*H''CAz;

2 * » monochloréo (p).C‘*H®ClAz ;

3* I) monochlorée nitrée (P) . . . (AzO*) ClAz ;

4* » bichlorée. C‘*H» Cl»Az;

5“ » » nitrée (a) et (P). . C»H'(AzO‘) CPAz ;

3" » trichlorée. C‘*H*Cl®Az;

T » » nitrée. C‘*IP (AzO‘) CMz;

8“ » quadrichlorée. C*’H’Cl*Az;

9" » quintichlorée.C^H^Cl'Az.

Je laisse maintenant la parole à mon ami pour résumer les conclusions : « Avant nos recherches, les anilines « chlorées étaient à peine connues, quelques-unes même « n’avaient jamais été préparées. J’ai étudié un certain « nombre de sels que forment les anilines précédentes a avec les acides minéraux énergiques. J’ai fait voir que « non-seulement l’aniline trichlorée n’est pas dépourvue, H comme on l’avait dit, de la propriété de s’unir aux « acides, mais encore que cette propriété se retrouve, « quoique à un degré moindre, dans l’aniline quadrichlorée « et même, jusqu’à un certain point, dans l’aniline quin- « tichlorée. Ainsi se trouve établie plus exactement la dé- « croissance des propriétés alcalines de l’aniline à mesure (( qu’on y remplace de l’hydrogène par du chlore.

« Un autre fait intéressant ressort de mes recherches : U la substitution de la molécule (Azo‘‘) à l’hydrogène dans « les anilines chlorées ne diminue pas sensiblement et « même parfois augmente {aniline trichlorée) l’énergie de « leurs propriétés alcalines (1). *

Le brome agit à la manière du chlore, mais avec une énergie moins grande. On a obtenu la bromaniline et la

(i) iMo dlalo, [) 4(i

dibromaniline en attaquant les anilines bromées par la potasse caustique, la tribromaniline en traitant l’aniline par le brome, etc. On peut du reste faire entrer dans un même composé du chlore et du brome : tel est le cas de la chlorodibromaniline.

Chose remarquable, l’iode agit non-seulement à la manière du chlore et du brome en donnant naissance à des produits de substitution, mais encore jouit de la propriété de se combiner directement avec plusieurs alcalis organiques, sans élimination d’hydrogène : la codéine donne de l’iodocodéine {Anderson) 2(C“®H“AzO®) 1“; la nicotine, de l’iodonicotine C*“H‘*Az*, I® {Wei'theim). Par suite de cette propriété nouvelle, l’iode établit le passage entre le chlore et le brome d’une part, le cyanogène d’autre part, qui jouit à un haut degré de la propriété de s’unir aux alcaloïdes par une addition pure et simple.

En effet, on a vu précédemment que le cyanogène donne avec l’aniline de la cyaniline ; avec la mélaniline, de la dicyanomélaniline ; une dissolution de codéine saturée de cyanogène dépose, suivant Anderson, des cristaux incolores de dicyanocodéine, etc.

Néanmoins on peut remplacer de l’hydrogène par du cyanogène en opérant par voie indirecte ; lorsque, à l’exemple de MM. Cahours et Hofmann, on traite l’aniline par le chlorure de cyanogène, on obtient la cyananilide :

C^H^Az + C»Az.Cl = C'm®CyAz + HCl.

Ce même réactif, gazeux et bien desséché, dirigé dans de l’aniline pure donne, de la mélaniline ;

2C'>H’Az + C^Az.Cl = C2»H«Az».HCl.

Parmi les composés chlorés qui exercent encore une action remarquable sur les alcaloïdes, et en particulier sur les monamines primaires, il ne faut pas oublier la réaction

curieuse qui se manifeste sous l’influence du chloroforme, réaction découverte tout récemment par Hofmann.

On savait déjà, d’après les expériences de M. Cloez que le chloroforme réagissait sur l’ammoniaque à une température élevée en engendrant de l’acide cyanhydrique. Dans le but de rendre la réaction plus facile, Hofmann eut l’idée d’ajouter an mélange de la potasse caustique, et il vit la réaction s’effectuer à l’ébullition. Substituant l’aniline à l’ammoniaque, il obtint une nouvelle combinaison qu’il propose d’appeler provisoirement cyanure de phényle, et qui n’est autre chose vraisemblablement que le nitryle du formiate d’aniline :

CWO^CiWAz — 2H'0^

L’éthylamine traitée par le chloroforme donne semblablement le nitryle éthylammiformique ;

C^HCP + CHl’Aa = 3HC1: 4- C»H‘Az, réaction équivalente à la suivante :

cnFO' + C'IFAZ — 2IPO^

La propriété caractérisliaue de ce composé, c’est de se dédoubler très-facilement sous l’influence des acides en' acide formique et en éthylamine.à la manière des véritables nitrylesîil est donc isomère avec le nitryle propionique qui régénère dans les mêmes circonstances l’acide propionique et l’ammoniaque. On peut encore remarquer que ces deux composés sont isomères avec l’éther cyanhydrique encore inconnu :

CHl* (C‘AzH) = C«lPAz,

qui devra régénérer l’alcool et l’acide cyanhydrique.

Quoi qu’il en soit, la découverte de ces nouveaux nitryles est importante, car elle démontre que l’éthylamine et ses

congénères peuvent fournir des nitryles, à la manière de 'ammoniaque elle-même. Ces nitryles ont encore été préparés par Hofmann en faisant réagir les éthers cyanhydriques sur le cyanure d’argent. Généralisant sa découverte, cet illustre chimiste ajoute : « 11 est à peine nécessaire de « faire remarquer que ces réactions peuvent être appli- « quées à d’autres dérivés de l’ammoniaque, aux amines,

« diamines, aux triamines et même à quelques-uns des « alcaloïdes naturels : on entrevoit ainsi toute une série de <1 combinaisons (1). »

Ce qui précède s’applique à des phénomènes de substitution ou de combinaison. Voici maintenant pour les phénomènes d’oxydation.

L’acide nitrique réagit diversement sur les alcaloïdes. 11 peut d’abord s’y combiner pour former des nitrates ; mais à chaud il les altère plus ou moins profondément et donne des produits d’oxydation variés. La brucine, par exemple, dégage un liquide volatil, l’éther méthylazoteux (Liebig), et la formation de cet éther est accompagnée de celle d’une matière orangée, cristallisable, la cacothéline (Laurent) ; suivant Strecker, il se forme encore de l’acide oxalique et la réaction doit être exprimée par l’équation suivante :

C»'H*'Az*0« + 5(AzO»HO) = C*»H“Az»0« + C^H* (AzHO*) + C‘H«0».

Brucine. Cacothéline. Éther méthylazotieux.

Indépendamment de ces décompositions profondes, on observe souvent des colorations caractéristiques : tel est le cas de la brucine qui prend, dès qu’on la touche avec l’acide nitrique, une coloration rouge sang ; la morphine devient également rouge, la vératrine prend une coloration orange, la codéine devient jaune, etc.

(1) Hofmann, lettre à M. Dumas, Comptes rendus, T. 66, p. SiO

Ces phénomènes de coloration se reproduisent avec beaucoup de netteté, comme je l’indiquerai plus loin, quand on soumet un alcaloïde en dissolution acide à l’action d’un courant électrique ; ce qui prouve qu’ils ne sont pas dus à la formation de composés nitrés, mais qu’ils résultent d’une oxydation directe.

L’acide nitrique peut cependant donner naissance à des composés nitrés; la codéine, par exemple, peut être transformée en nitrocodéine (AzO*)AzO® (Anderson); une dissolution alcoolique de sulfate d’harmaline donne de la nitroharmaline (AzO‘) Az“0’, et cette base, par une

action ultérieure est convertie en nitroliarmine (AzO^) Az^O% laquelle jouit à son tour delà propriété de se combiner directement avec l’iode, à la manière des bases naturelles (Fritzche). Ces composés nitrés se forment le plus souvent par voie indirecte, parla réduction incomplète des carbures d’hydrogène nitrés, par exemple :

(AzO'r + 6H = 2IPO* -f (AzO'-) Az.

A chaud, les acides énergiques déterminent, comme l’acide nitrique, des altérations profondes.

L’acide sulfurique concentré colore la nicotine en rouge vineux, môme à la température ordinaire; si l’on chauffe le mélange, le liquide se trouble, noircit et dégage de l’acide sulfureux. Sous l’influence du même acide, la narcotine, la morphine et la codéine prennent une coloration violette, coloration que l’on observe également, mais avec plus ou moins de facilité, avec l’atropine, la solanine, la delphine et même l’aconitine. L’emploi simultané de l’acide sulfurique et du bioxyde de baryum donne également lieu à des phénomènes de coloration qui peuvent être utiles dans certains cas pour distinguer les alcaloïdes entre eux.

L’acide chlorhydrique donne aussi dans plusieurs cas

des colorations violettes, surtout si l’on prend la précaution d’additionner le mélange de bioxyde de baryum : la brucine devient violacée, la nicotine rouge groseille, etc.

L’action de la potasse caustique n’est pas moins destructive que celle des acides minéraux. Avec la codéine, par exemple, on obtient à la distillation, de la méthylamine, de l’éthylamine, une base cristalline et volatile ; la cinchonine, chauffée avec une solution concentrée d’alcali caustique donne une coloration bi’une, puis bleu verdâtre, et en même temps il se manifeste une odeur agréable trèsprononcée, réaction caractéristique, puisqu’elle n’a pas été observée avec d’autres alcaloïdes.

Tous ces phénomènes d'oxydation et de coloration sont nécessairement vagues ; ils ne deviendront importants que lorsqu’on connaîtra d’une manière plus exacte la constitution des alcalis organiques naturels, je veux dire les générateurs qui les constituent. Bien des recherches ont été faites dans cette direction, et cependant nos connaissances sur ce point sont encore très-peu avancées, malgré les assertions contraires. Cette question mérite de fixer notre attention, car elle est d’une haute importance et elle touche cà des théories chimiques qui sont actuellement le sujet de vives controverses. Entrons donc ici dans quelques détails.

A la suite des recherches de M Bussy sur la morphine, de celles de Dumas et Pelletier sur les autres alcalis organiques alors connus, il fut démontré que tous ces corps renfermaient de l’azote. Robiquet émit alors le piemier l’opinion que leur nature alcaline était due à la présence de l’ammoniaque. Berzélius, précisant cette idée, considéra les alcalis comme le résultat de la combinaison de l’ammoniaque avec un autre corps, qu’il appela copule :

AzIC + c.

étant un composé pouvant contenir du carbone et de l’hydrogène, de l’oxygène, du soufre, du chlore, etc., il représentait dès lors la dichloraniline de la manière suivante :

C<*IPCPAz = + AzIF.

Ce qui confirmait l’illustre chimiste suédois dans cette manière de voir, c’est que Liebig professait vers 1830 que la quantité d’un alcaloïde renfermant un équivalent d’azote saturait précisément un équivalent d’acide, à la manière de l’ammoniaque elle-même. Cette relation ayant été infirmée par l’expérience, Berzélius pour sauver sa théorie, admit que l’azote pouvait faire partie de la copule, conjecture rendue probable par la découverte de la nitraniline, dans laquelle cet élément existe certairement sous deux formes distinctes :

CinP’ (AzO^) Az = (C'nPO.AzO») + AzIP.

La grande autorité de Berzélius fit admettre momentanément cette théorie qui prit le nom de théorie de l'ammoniaque ; elle fut bientôt attaquée à l’aide d’arguments d’une valeur aussi contestable que cotte théorie elle-même. C’est ainsi, pour ne citer qu’un fait, qu’elle a été repoussée par les partisans de la théorie des substitutions, par la raison que les sels des bases organiques ne peuvent donner naissance à des nitryles ; or on a vu que le nitryle éthylamiformique vient d’être découvert par Hofmann.

Une deuxième hypothèse, émise concurremment avec celle de Berzélius, est celle de Liebig. Elle consiste à faire dériver un alcali organique d’un composé, par l’introduction dans sa molécule de l’amidogène. Étant donné, par exemple, l’éther simple

l’alcali organique correspondant aura pour formule :

AzIP.C2"ïP"-« =Az H

Ainsi, pour Berzélius, les bases organiques, conformément aux principes de la théorie électrocliiiniqOe, résultent de la juxtaposition d’un corps ou copule avec l’ammoniaque; pour Liebig, elles sont engendrées par substitution. Cette théorie de l’amidogène, applicable seulement aux bases primaires, a été généralisée, étendue ensuite aux alcalis secondaires, tertiaires.. les monamines dé¬

rivant d’une molécule d’ammoniaque, les diamines de deux molécules, etc. Ainsi, dans cette théorie, l'éthylamine est de l’ammoniaque dans laquelle un équivalent d’hydrogène est remplacé par le radical C*H“.

Az II

Dans la méthyéthylamylaraine, les trois équivalents d’hydrogène sont remplacés par C*H“, :

Az cnt»

Cette théorie au fond ne vaut guère mieux que celle de Berzélius. En l’adoptant exclusivement, on ne fait pas assez attention que l’on est obligé d’accumuler hypothèses sur hypothèses, même dans les cas les plus simples : l’ammoniaque est composée d’un atome d’azote et de trois atomes d’hydrogène, il existe des groupes de la forme G*H’, G*H% G* H"., et ces groupements purement ima¬

ginaires peuvent remplacer un atome d’hydrogène, etc. Cependant la notation quelle préconise est d’un emploi commode; à mon sens, on peut l'employer sans inconvé-

nient, mais à une condition : c’est de la considérer comme un simple langage,

A la formule très-élégante de l’éthylamine :

je préfère cependant la suivante :

Cm^Az = (AzïP).

Pourquoi ? C’est parce que dans l’état actuel de la science, le point important qu’il ne faut pas perdre de vue est celuici : déterminer les générateurs des alcaloïdes et autant que possible les mettre en évidence. Or la manière la plus simple de définir l’éthylamine, c’est de dire qu’elle résulte de la combinaison de l’alcool avec l’ammoniaque, moins les éléments de l’eau ; si donc on écrit la formule de l’alcool

l’équation génératrice de l’éthylamine pourra s’exprimer de la manière suivante :

C*H* (H*0’) + AztF - 11*0* = C*H‘ (AzH*).

Non pas que par cette formule on doit entendre que les éléments de l’ammoniaque ont pris la place des éléments de l’eau, mais simplement que l’ammoniaque et l’alcool se sont combinés en perdant deux équivalents d’eau. Quel que soit l’avenir réservé à la chimie, on peut dire que cette formule ainsi comprise est inattaquable, car elle est l’expression d’un fait, et elle n’a qu’une prétention : mettre en évidence les générateurs du composé.

La détermination de ces générateurs, lorsqu’ils sont inconnus, est le point capital auquel il faut s’attacher dans l’état actuel de la science; et cette nécessité est si bien re-

connue que des recheiches nombreuses ont été entreprises dans cette direction.

Parmi les méthodes employées pour élucider cette question, citons tout d’abord celle qui consiste à faire réagir les éthers iodhydriques, suivant le procédé d'Hofmann, sur les alcaloïdes. Un alcali organique se combine-t-il à un seul équivalent d’éther, il y a des probabilités pour qu’il vienne se ranger dans la série des bases nitrylées, à côté de laméthylaminepar exemple; tel est le cas de la quinine, de la cinchonine, de la strychnine et de la brucine, de la morphine et de la codéine, des bases isomères et homologues de l’aniline, etc. La conicine et la piperidine se comportent au contraire comme des bases secondaires, analogues à la diméthylamine. Mais il ne faut pas perdre de vue, d’une part, qu’il existe des composés dont un seul équivalent peut jouer le rôle de plusieurs équivalents d’un alcool monoatomique, d’autre part que les expériences précédentes ne résolvent pas complètement le problème parce qu'elles n’isolent pas les générateurs qu’il s’agit surtout de déterminer.

L’emploi de l’acide azoteux a donné des résultats intéressants sous ce rapport. Hofmann a fait voir que l’éthylamine traitée par ce réactif régénère l’alcool :

2C*H* (AzIP) + 2AzO^ = 2C'IP (IPO*) -|- IPO^ + 4Az.

Il est vrai que dans les réactions de ce genre, l’alcool reste d’ordinaire combiné à l’acide azoteux qu’il est bien difficile de ne pas employer en excès; mais il est facile de surmonter cette complication quand elle se présente. La difficulté devient plus grande quand il se forme un dérivé nitreux comme l’ont observé Ghurch et Perkin avec la naphtalamine (1).

(l) QuaTterlf Uurnalof th':Ctimieal Stfciefj, T. 9, 1856,.

Toutefois, on peut dire avec M. Berthelot.«que l’empioi (( de l’acide nitreux vis-à-vis des alcalis en général et en (I particulier la formation de l’éther méthylnitreux avec « la brucine, celle de la méthylamine avec la caféine, de « la codéine et de plusieurs autres alcalis naturels, celle « de la propylamine aux dépens de la codéine et de la « narcotine, celle de l’acide butyrique aux dépens de la (( cpnicine et surtout la formation de la méconine aux dé- « pens de la narcotine, sont des premiers pas dans cette « voie et font pressentir les générateurs véritables de ces « alcalis (1). »

En résumé la constitution des alcalis organiques nous est inconnue, même celle des alcalis les plus simples, comme l’éthylamine, si l’on veut voir autre chose qu’une équation génératrice dans les formules rationnelles qui les représentent. Il est peu probable que tous les alcaloïdes puissent être formulés de la même manière et nos connaissances sont si peu avancées que le mieux est de s’abstenir de toute théorie et de s’appliquer pour le moment à dédoubler les alcalis organiques pour mettre en évidence leurs générateurs ; c’est alors seulement que l’on pourra aborder la synthèse de tous ces composés, question bien autrement importante que celle qui consiste à bâtir des théories qui sont destinées à tomber dans l'oubli pour faire place à d’autres théories auxquelles le même sort est sans doqte réservé. La chimie est une science essentiellement positive : les faits restent, les théories passent. N’attachons donc à ces dernières qu’une importance secondaire, ne les considérons que comme un moyen de classification, un moyen d’étude qui peut être utile, mais gardons-nous d’en exagérer l’importance et soyons prêts à les abandonner dès qu’elles sont en désaccord avec l’expérience.

(I) Chimie orgmium fowUe sur la Synthèse, T. I, p. î37.

nECHEUCHES DES ALCALOÏDES DANS LES EMPOISONNEMENTS.

Lassaignele premier a fait des recherches sur ce sujet, mais son procédé a trait seulement à la recherche de l’a’cétate de morphine dans lescas d’empoisonnements (1). Dublanc (2) a conseillé de précipiter le même alcaloïde par le tannin, de reprendre le précipité par de l’alcool, de précipiter à son tour le tannin par la gélatine : la morphine reste en solution. Mais les liqueurs retiennent de la gélatine, et d’après M. Dumas une certaine quantité de tannin échappe toujours à la précipitation.

On doit à M. Stas une méthode générale que je vais exposer en quelques mots.

L’auteur rejette d’abord avec raison l’emploi du sousacétate de plomb, qui ne précipite qu’incomplétement les matières étrangères; celui de l’acide sulfhydrique qui se combine avec beaucoup de matières organiques ; enfin il bannit l’emploi du noir animal qui peut absorber l’alcaloïde tout aussi bien que les corps qu’il faut éliminer. La méthode qu’il propose présente le précieux avantage de permettre la recherche ultérieure des poisons métalliques que peuvent contenir les* substances soumises à l’examen.

On traite les matières suspectes convenablement divisées par de l'alcool concentré, environ le double de leur

(1) Annales de Physique et de Chimie, T. 27, p. 200, 2' série.

(2) Jeûnai de Pharmacie et de Chimie, T. 10, f» série.

poids; on ajoute ensuite 1 ou 2 grammes d’acide tartrique, on cliaulTe à 60“ environ, puis on filtre sur du papier Berzélius bien lavé, et on évapore dans le vide en ayant soin vers la fin de séparer les matières grasses, qui se précipitent d’ordinaire, quand la solution est devenue suffisamment aqueuse.

On épuise le résidu par de l’alcool absolu froid, on évapore de nouveau et on reprend par la plus petite quantité d’eau possible à laquelle on ajoute du bicarbonate de potasse, jusqu’à cessation d’effervescence ; on agite à quatre ou cinq reprises avec de Féilier.

Si une petite portion d’éther abandonne à l’évaporation des stries huileuses, d’une odeur désagréable ou irritante, il y a lieu de rechercher la présence d’un alcali volatil. Ou ajoute alors au premier produit traité par l’éther, 1 à 2 centimètres cubes d’une dissolution concentrée de potasse cantique, puis on épuise par de l’éther. On réunit toutes tes liqueurs, on les acidulé par de l’acide sulfurique étendu, on décante l’éther et on épuise le résida par le même véhicule, qui ne peut plus dès lors s’emparer que d’un peu de sulfate de conicine, s’il en existe, et de toutes les matières animales qui ont échappé aux traitements antérieurs.

On ajoute à la solution acide une solution concentrée de potasse caustique en léger excès, on épuise de nouveau par l’éther et cette solution, à l’évaporation spontanée, abandonne l’ammoniaque qu’elle peut contenir ; pour plus de sûreté, on achève l’évaporation dans le vide en présence de l’acide sulfurique : l’alcaloïde reste seul au fond de la capsule.

Si la base organique est solide et fixe, le premier traitement éthéré laisse un résidu .sec. On ajoute alors de l’alcali caustique, et on agite le tout comme précédemment avec de l’éther, qui abandonne l’alcali par évapora-

tion, mais à l’état impur. Il faut reprendre le résidu par de l’eau acidulée, décanter, ajouter aux liquides une solution concentrée de potasse caustique ou de bicarbonate de potasse, reprendre par l’alcool absolu qui dissout la base organique, et l’abandonne k l’évaporation. Il ne reste plus qu’à déterminer sa nature par un examen attentif et approfondi de tous ses caractères physiques et chimiques.

Le procédé de Stas est très-général. Cependant il s’applique mal à la morphine qui peut rester en partie dans une liqueur aqueuse trop alcaline; il est bon, si l’on n’a obtenu que des résultats négatifs avec les solutions éthérées, de traiter cette dernière par de l’éther acétique pur, que l’on décante et que l’on évapore ; la morphine reste comme résidu. Cette petite modification, indiquée par mon ami M. Valser (1), n’altère en rien la marche générale des opérations.

Cependant d’après les essais faits par mon excellent ami M. A. Petit (2), la morphine est retrouvée par le procédé de Stas, lorsque l’on se contente de saturer les liqueurs acides par du bicarbonate de potasse, comme l’indique Stas lui-même, ou encore lorsque la saturation ayant eu lieu par la potasse caustique, on décante rapidement l’éther. Ces observations sont exactes, car j’ai retrouvé la morphine en opérant à la manière ordinaire. Toutefois cependant, il ne faut pas perdre de vue que la morphine en présence d’un excès de potasse caustique, peut rester en solution et ne pas passer dans l’éther.

Lorsque la présence d’un alcaloïde est rendue probable, il faut s’assurer que l’on a réellement un alcaloïde entre les mains. Le moyen le plus sûr et le plus expéditif consiste

(1) Thèse de l’Éeole de Tharmacie de Parts, ISflî. (8) Thèse de l’École de Pharmacie de Paris, 18C2.

à traiter une très-petite quantité du produit obtenu par quelques gouttes d’eau acidulée ; on ajoute ensuite un peu d’eau et on traite la solution limpide par le réactif de M. de Vry, réactif qui donne avec tous les alcaloïdes un précipité blanc jaunâtre, insoluble dans l’eau, les acides et les alcalis étendus, peu soluble dans un excès de réactif, soluble en général dans l’alcool et dans l’éther. Ce réactif .s’obtient en dissolvant une partie d’iodure de potassium dans dix parties d’eau ; on ajoute un excès de biodure de mercure, on agite de temps en temps et on filtre.

D’après M. Valser 1 centg. de strychnine dans un litre d’eau est facilement mis en évidence, et l’on peut compter \

sur une sensibilité de Les autres alcaloïdes four¬

nissent des résultats analogues, sauf cependant ceux qui sont volatifs et qui donnent un précipité notablement plus soluble. Ce qui fait l’importance de ce réactif, c’est qu’il paraît appartenir exclusivement aux alcaloïdes; il est sans action sur l’urée, la leucine, l’asparagine et tous les amides ; sur la digitaline, la picrotoxine, la salicine, les matières colorantes azotées, les acides amidés, les matières neutres, les acides organiques, etc. Il faut cependant éviter la présence des matières albuminoïdes qui sont précipitées dans une liqueur acide, mais le traitement par l’éther élimine cette cause d’erreur (1).

Dans la recherche des alcalis organiques, il est très-important de tenir compte de tous les phénomènes accessoires qui peuvent se présenter à l’observation. Je citerai à l’appui de cette assertion le fait suivant qui m’est personnel.

Ayant eu à examiner des matières de vomissements et

(1) Valser, ioc. ciC, p. 11.

m’étant assuré au préalable de l’absence de tout poison métallique, je recberchai la présence des alcalis organiques par la méthode ordinaire. L’un des traitements éthérés m’ayant oll'ert l’odeur manifeste du safran (crocus sativus), cette observation me permit de découvrir immédiatement la présence de la morphine. Il fut ensuite constaté que les vomissements avaient été provoqués par l’ingestion d’une forte dose de laudanum de Sydenham.

RKCHERCHES SUR L’ÉLECTROLVSE DES ALCAMS ORGANIQUES.

Ayant soumis à l’action d’un courant électrique les sels de delpliine en solution aqueuse, Lassaigne et Feneuille ont vu cet alcaloïde se déposer sur l’électrode négatif. Dans une lettre adressée à Pelletier (1), Lassaigne annonce qu’il a préparé de la morphine en traitant un macéré d’opium par le courant galvanique. Ce mode tout nouveau d’expérimentation est rais à profit par Pelletier et Couerbe, dans leur belle analyse de la coque du Levant, pour déterminer la nature de la picrotoxine. Combinant ce principe dont la fonction chimique était controversée avec la morphine, avec la strychnine et la brucine, avec la quinine et la cinchonine, ces deux savants constatèrent que toutes ces combinaisons étaient détruites par la pile, l’alcaloïde se rendant toujours au pôle négatif et y cristallisant quelquefois, la picrotoxine étant mise en liberté à l’autre pôle.

A l’époque où elles furent faites, ces expériences présentaient un grand intérêt, car on pouvait en conclure que la morphine, par exemple, ne prend pas naissance sous l’influence des alcalis minéraux employés à sa préparation, mais préexiste en nature dans l’opium. En effet : « quand « on soumet à l’action d’une pile un soluté d’opium, au

(1) Annales de Vhysque et de Chimie, T. 55, S» série, p. 9S5,

Il même instant des flocons nombreux s’agglomérant en « petite masse se rassemblent au pôle négatif. Cette ma- «tière, dissoute dans l’alcool, donne par évaporation « spontanée des critaux de morphine pure..., tandis que « la matière rassemblée au pôle positif présente tous les « caractères de l’acide méconique (1). »

De ces expériences on en a conclu que « quand on sou- « met à l’influence d’un courant électrique un sel à base « d’alcali organique, l’acide se rend au pôle positif et la « base au pôle négatif (2). »

Telle est la loi qui a été formulée.

J’ai repris cette étude et j’ai reconnu qu’indépendamment de cette réaction générale, il se produit toujours des réactions secondaires qui ont échappé jusqu’ici aux expérimentateurs.

J’ai d’abord étudié l’action du courant sur le sulfate neutre d’ammoniaque. Ce sel est décomposé d’après une équation analogue à la suivante :

S0’AzH*0 = (SO’ + O) + AzH‘

'TôirpT' Pôi^.

On a ensuite : 1” au pôle positif,

(SO» + O) + 3HO = SO’SHO + O; a* Au pôle négatif,

AzU** = AzH’ + H.

Comme les gaz qui se dégagent ne contiennent pas d’azote pendant toute la durée de l’expérience, on peut en

(1) Même recueil, T. 5i, p. 189.

(a) Pelouze et Freniy, Traité de Chimie générale, T. i, p. iiO, 1860.

(5) Jmnml de Pharmacie, 1869. Voir mon travail intitulé : Nomelles recherches Ékctrolytiques, même recueil 1868

conclure que l’ammoniaque est entièrement régénérée au pôle négatif, une partie étant seulement entraînée par les bulles gazeuzes qui se dégagent avec une grande rapidité.

Ceci posé, voici maintenant le résultat de mes recherches sur les alcalis organiques.

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