‹ Des alcools monoatomiques et polyatomiquesChapitre 4 sur 13 · KO,HO = C''*H»0* -f G'HHKO · texte numérisé non relu

KO,HO = C''*H»0* -f G'HHKO

aldéhyde benzylique alcool benzylique benzoalc de potasse

Une telle observation ne devait donc pas rester sans conséquences. Do même que M. Cannizzaro avait transformé l’essence d’amandes amères- ou aldéhyde benzylique en alcool correspondant, de même M. Kraul(l) transforma l’essence de cumin ou aldhéhyde curainique en alcool cuminique, homologue de l’alcool benzylique.

On savait donc, étant donnée une aldéhyde dont l’alcool correspondant était inconnu, obtenir cet alcool.

(1) Kbaut. — Annaim lîer Chmiemd Pharmacie, T. XCII, p. 66 (1854).

Ajoutons immédiatement, pour en finir avec cet ordre d’idées, que le nombre des séries d’alcools non saturés d’hydrogène s’est beaucoup étendu depuis. Valcoolallylique lu ,Qi\'alcoolacétylique

G*H*0^ découverts, l’un par MM. Cabours et Hoffmann (1), l’autre par M. Berthelot (2), font partie d’une série de ce genre. Ils diffèrent de l’alcool propylique et de l’alcool ordinaire par deux équivalents d’hydrogène en moins; il en résulte pour eux des propriétés spéciales sur lesquelles je n’ai pas à insister ici.

De même, M. Berthelot a établi (3) que le camphre de Bornéo, est un véritable alcool moins hydrogéné encore et qui diffère de son correspondant dans la série grasse par ; que la cholestérine, est également un alcool (4) renfermant

4H^ de moins que l’alcool saturé d’hydrogène correspondant, etc.

L’existence de ces alcools de formules si diverses prouve que la fonction alcoolique ne peut se reconnaître à l’inspection de la composition des corps, aux analogies plus ou moins grandes qui existent entre leurs formules et celles des alcools connus; elle montre que le seul caractère générique des alcools est la faculté de se combiner directement aux acides avec élimination d’eau et formation d’éthers; de plus, elle justifie parfaitement la définition généralement admise que nous avons rapportée plus haut.

En 1854, M. Berthelot (5) publia sur la synthèse des corps gras naturels un travail d’une importance capitale qui a imprimé à la question des alcools un avancement inattendu. Tous les alcools que nous avons cités jusqu’ici, en effet, ne peuvent saturer, en formant des éthers, qu’un seul équivalent d’un acide monobasique. Or dans

(1) Caiiours et HoFMANif. — Comptcs rendus des] séances de l'Académie des Sciences, T. XLII, p. 217. — Amiaies de Chimie et de Vhysique, T. L, p. 452 (1856).

(2) Beetuelot. — Annales de Chimie et de Physique, 5" série, T. LXVII, p. 52 (1860).

(5) Beetiiei-ot. — Annales de Chimie et de Physique, 3” série, T. LVl p. 78 (1859).

(4) BEn'riiEEOT. — Annales de Chimie et de Physique, S^série, T. LVI, p. 54 (1859).

(5) Beetiielot. — Annales de Chimie et de Physique, 5» série, T. XLI, p. 216 (1854); T. LU, p. 428(1858).

le mémoire en question, M. Berthelet a démontré qu’il peut exister des alcools capables de saturer, en formant des éthers, soit plusieurs équivalents d’un acide monobasique, soit un acide polybasique.

Dans ses recherches sur les corps gras, M. Chevreul, dès une époque où le mot alcool ne s’appliquait qu’à une seule substance, avait comparé ces corps neutres auxéthers composés. Il avait fait voir que de même que les éthers composés ne sont pas acides et se réduisent, quand on les traite par la potasse, en alcools et en acides, de même « la phocénine et la butyrine, qui ne sont pas acides, « donnent, quand on les traite par la potasse, des acides et de la « glycérine,.... D’après ces analogies, n’a-t-on pas quelques raisons « pour considérer la phocénine et la butyrine comme des combinaia sons d’acides odorants et de glycérine anhydre, ou plutôt d’une « substance formée d’oxygène, de carbone et d’hydrogène qui, en « fixant de l’eau, constitue la glycérine. » Cependant M. Chevreul ne voyait là que des hypothèses, car il ajoutait : « Les conjectures.... « relatives à l’arrangement des éléments qui constituent plusieurs « espèces de corps gras, sont, je l’avoue, des hypothèses qu’on ne « pourra guère démontrer complètement (1). »

Ces vues de M. Chevreul furent confirmées d’abord par les recherches de M. Pelouze sur les acides glycérisulfurique et glycêriphospliorique (2), acides comparables, jusqu’à un certain point, aux acides viniques, c’est-à-dire aux éthers acides formés par les alcools avec les acides polybasiques, puis par des travaux de MM. Dumas et Stas (3) relatifs à l’action de la potasse sur la glycérine, et de MM. Pelouze et Gélis (4) relatifs à celle de l’acide butyrique sur le même corps, action qui donne naissance à un corps neutre. Toutefois ce corps neutre n’est pas de la butyrine comme les auteurs l’avaient supposé d’abord, car il contient les éléments de l’acide chlorhydrique ou de l’acide sulfurique employés dans sa formation (5),

(1) Chevreul. — Recherches sur les corps gras, p. iH (1825).

(2) Pelouze. — Xnnales de Chimie et de Physique, 5' série, T. LXIII, p. 21 (1836). — Comptes rendus des séances de l’Académie desScienees, T. XXI, p. 720 (1845).

(5) Dumas et Stas. — Annales de Chimie et de Physique, T. LXXIII, p. 148 (1840).

(4) Pelouze et Gélis. — Annales de Chimie et de Physique, 3“ série, T. X, p. 455 (1844).

(5) M. Berthelet a fait voir depuis que ce corps renferma principalement de la butyro-dichlor-

Toutefois le doute était resté dans tous les esprits sur la fonction chimique de la glycérine. Tous les alcools connus ne renfermaient que deux équivalents d’oxygène, la glycérine en contenait six; si on cherchait à pousser plus loin que ne l’avait fait M. Chevreul la comparaison des éthers et des corps gras, on se trouvait arrêté par des différences tellement grandes qiTon était tenté de repousser tonte assimilation ; enfin les réactions de la glycérine s’écartaient en beaucoup de points de celles des alcools.

Et cependant la glycérine est bien en réalité un alcool, mais un alcool doué de propriétés spéciales qui en font un être à part à côté des autres alcools précédemment connus. C’est précisément ce qu’a démontré M. Berthelot. M. Chevreul avait fixé la composition des corps gras neutres par ses recherches analytiques ; M. Berthelot appliquant les méthodes desynthèse dont il venait d’introduire fttsage en chimie, reproduisit artificiellement ces mômes corps gras, fixa leur formule et leur constitution, précisa enfin le caractère alcoolique de la glycérine.

La découverte capitale de M. Berthelot est la suivante :

Si on chauffe un acide gras avec de la glycérine, l’acide stéarique par exemple, on obtient une combinaison de ces deux corps, combinaison qui est neutre tout comme la stéarine des corps gras naturels, qui est susceptible de se dédoubler comme elle par la saponification en acide stéarique et en glycérine, mais qui en diffère cependant par un point essentiel, la composition : elle renferme une plus grande quantité do glycérine et une moins grande quantité d’acide. Ce nouveau corps, au contraire, est en tout comparable à un éther composé ordinaire: il résulte de l’union d’un équivalent d’acide à un équivalent de glycérine, avec élimination d’un double équivalent d’eau.

Mais il y a plus ; si on chauffe cet éther avec une nouvelle quantité d’acide stéarique, un second composé neutre se produit, composé plus riche en acide que le premier, mais moins riche cependant que la stéarine naturelle. Ce second corps résulte en somme de l’u-

hydiine, composé dont la conslilulion no pouvait être comprise i colla époque. — Berthelot. — Chimie organigiie fondée sur ta synthèse, T. II, p. 48.

niori de deux équivalents d’acide à un équivalent de glycérine, avec élimination de deux doubles équivalents d’eau.

Enfin, par une troisième action de l’acide stéarique, on peut préparer un troisième composé neutre qui présente exactement la même composition et les mêmes propriétés que la stéarine naturelle. Il provient de l’union de trois équivalents d’acide à un équivalent de glycérine avec élimination de trois doubles équivalents d’eau. Ce corps chauffé à son tour avec de l’acide stéarique ne subit aucune modification ; l’action de l’acide stéarique sur la glycérine est en quelque sorte épuisée.

Et si au lieu de l’acide stéarique on emploie tout autre acide monobasique, on arrive toujours à produire trois ordres de composés analogues aux précédents, renfermant 1, 2, 3 équivalents d’acide pour un seul équivalent de glycérine, moins 1, 2, 3 doubles équivalents d’eau.

En dehors de l’intérêt philosophique qui s’attache à la reproduction des substances naturelles propres aux corps organisés, cette découverte a, au seul point de vue de la science chimique, une importance extrême. N’en résulte-t-il pas, eu effet, que la glycérine est un alcool spécial, tel qu’un seul équivalent peut saturer trois équivalents d’acides; que, tandis que les alcools ordinaires ne peu vent former avec les acides qu’une seule série d’éthers neutres, la glycérine peut en donner trois par son union avee 1, 3 équivalents

d’acide? Bien plus, au lieu de faire agir plusieurs fois un même acide sur la glycérine, on peut lui combiner successivement trois acides différents et produire ainsi une multitude presque infinie de composés,

M. Berthelot exprima ce résultat de son travail en disant que la glycérine est un alcool triatomique (l). Une idée complètement neuve se trouvait donc introduite dans la science, celle des alcools polya^ tomiques ; il était démontré qu’il existe des alcools dont la molécule est capable de jouer plusieurs fois le rôle des alcools précédemment connus, de saturer à la fois plusieurs équivalents d’un acide monobasique, etc.

(1) Bemiielot. — Annales de Chimie et de Physique, T. XnYUI, p. 297 (1856); 3“ aéde, T. LH, p. 428 (1858).

Les conséquences d’une semblable découverte ne pouvaient tarder à se développer.

Peu de temps après, en effet, M. Wurtz (1) fit connaître un nouvel alcool polyatomique, le glycol, alcool diatomique,

« Ayant été conduit, dit M. Wurtz (2), à envisager la Irichlorliy- «drine (éther chlorhydrique de la glycérine) comme le trichlorure ad’un radical triatomique, je me suis demandé s’il n’existait pas en « chimie organique des composés chlorés possédant une constitution « analogue à celle delà trichlorhydrine, et avec lesquels on pourrait «former artificiellement des alcools triatomiques par des procédés «semblables à ceux à l’aide desquels on peut régénérer la glycérine « avec la trichlorhydrine. » Après plusieurs recherches infructueuses effectuées sur divers composés qui lui avaient paru susceptibles de remplir cette condition, M. Wurtz eut l’idée de faire les mêmes essais pour des composés chlorés pouvant former artificiellement non plus des alcools triatomiques, mais des alcools diatomiques, et il choisit tout d’abord la liqueur des Hollandais Mais ayant remar¬

qué dans dos travaux antérieurs que les composés bromés et iodés se prêtent beaucoup mieux que les composés chlorés correspondants aux transformations du genre de celles qu’il voulait tenter, il fit une première expérience avec l’iodure d’éthylène, Ce corps, en

réagissant sur une solution alcoolique de nitrate d’argent, forma de l’iodlire d’argent et l’éther dinitrique d’un alcool diatomique, lequel éther, saponifié par la potasse, fournit l’alcool diatomique lui-même, \q glycolA\, Wurtz perfectionna sa méthode, remplaça le nitrate d’argent par l’acétate, l’iodure d’éthylène par le bromure, etc., mais sans jamais en modifier les réactions fondamentales.

C'tPBr* + 2 (C'H’AgO*) = 2 AgBr + C'‘H‘(C*H»0*)*

bromure d’élliylèae acétate d’argent bromure d’argent éther diacétique du glycol.

C'H'fCdPO*)* -}- 2 KO,HO == 2 (C‘H*K0‘) -f

éther diacélique potasse acétate de potasse glycol du glycol

Une conséquence naturelle de la découverte du glycol était l’ap-

(1) WuuTZ. — Annales de Chimie et de Physique, 3“ série, T. LV, p. 400 (1859).

(2) WuitTz. — Leçons professées en 1860 devant la Société chimique de Paris, p. 106.

plication de la méthode employée à tous les homologues de la liqueur des Hollandais. Si en effet la liqueur des Hollandais qui dérive do l’alcool éthylique, peut fournir le glycol, il en résulte qu’à chaque alcool monoatomique auquel correspond un homologue du chlorure d’éthylène doit correspondre aussi un alcool diatomique :

carbure bromé alcool glycol

L’expérience justifia cette prévision, et le glycol devint le type d’une foule d’alcools analogues capables de saturer deux équivalents d’un acide monobasique, en perdant deux molécules d’eau.

Déjà, dès 1856, dans un mémoire relatif aux combinaisons mannitiques (1), M. Berthelot avait généralisé la théorie des alcools polyatomiques. En combinant la mannite avec six équivalents d’acide monobasique, il avait établi que cette matière sucrée est un véritable alcool hexatomique. Reproduisant ensuite les mômes expériences avec la plupart des autres sucres et même avec les matières amylacées, il avait vu dans une série de recherches très-importantes (2) que toutes ces substances sont également des alcools polyatomiques. Il était môme arrivé à exposer des méthodes générales au moyen desquelles on peut reconnaître qu’un principe déterminé, soit naturel, soit artificiel, jouit des propriétés qui caractérisent les alcools.

Par l’application de ces méthodes, M. Berthelot avait pu dénoncer la fonction alcoolique dans une foule de substances organiques parmi lesquelles {'érythrite, la dulcite, la pinite, la qiiercite, etc.

Plus récemment, M. V. de Luynes, dans ses recherches sur les principes colorants des lichens à orseille, a repris l’élude de l’une des substances précédentes, l’érythrite, et en a fixé la formule. Il a reconnu que c’est en effet un alcool, et un alcool tétratomique.

Si dès maintenant, et sans pousser plus loin les citations, on veut se rendre compte de i’intérôt qui s’attache au progrès apporté à la théorie des alcools par l’ensemble des travaux que nous venons de citer, il suffit de considérer que chaque alcool polyatomique pou-

( 1 ) Beiitiielot. — Loc . cil .

(2) BEnTUELOT. — Chimie organiiM foniUe sur îo synthèse , T. Il, p. G5 ot suiv. (I8C0).

vant reproduire plusieurs fois toutes les combinaisons d’un alcool monoalomique, est l’origine d’une multitude de dérivés dont le nombre seul dépasse ce qu’il est possible d’imaginer.

Cependant il y a plus encore : M. Berthelot a montré que l’existence des alcools polyatomiques a une autre conséquence tout aussi remarquable, puisqu’elle entraîne une extension nouvelle delà signification du mot alcool. Cette conséquence est la suivante.

Si les alcools polyatomiques peuvent reproduire plusieurs fois les réactions des alcools monoatomiques, ils peuvent aussi, et ce n’est pas la moins curieuse de leurs propriétés, subir en même temps plusieurs des transformations diverses qu’exercent dilférents agents : se transformer pour l’une de leurs atomicités en acide, pour une autre en éther, pour une troisième en aldéhyde, etc. D’une semblable accumulation de réactions variées, il résulte des corps possédant à la fois plusieurs des fonctions chimiques engendrées par chacune d’elles ; de telle sorte que si toutes les atomicités n’ont pas été saturées, si, autrement dit, le produit a conservé, même par une seule de ses atomicités, la fonction alcoolique, il est devenu un alcool capable de jouer simultanément plusieurs rôles différents, par exemple d’être à. la fois alcool et acide, ou alcool et éther, ou alcool,éther et aldéhyde, etc. ; en un mot, il est devenu ce que l’on a appelé un alcool à fonction mixte.

Ces considérations, je le répète, présentent un grand intérêt. Nonseulement elles ont permis de se rendre compte de la nature d’une foule de substances organiques pour lesquelles Cela avait été impossible jusqu’alors, mais encore elles ont conduit à prévoir une multitude innombrable de composés extrêmement variés.

Jusqu’ici l’œuvre des chimistes avait consisté surtout à tracer à grands traits les principaux caractères des alcools. Pendant que les savants éminents que nous avons cités publiaient leurs travaux et définissaient ainsi la fonction chimique alcool, d’autres étudiaient les corps qui possèdent cette fontion, et contribuaient pour une large part au progrès de la science. Toutefois un des côtés de la question

avait été forcément négligé. Je veux parler de l’isomérie dans les alcools.

A la vérité M. Berthelot avait reconnu la fonction alcoolique à plusieurs corps doués delà même composition, la mannite et la dulcite, par exemple, qui correspondent à la formule ou bien la pinite et la quercite dont la formule commune est ou bien encore tes alcools campholiques, dont la composition peut être représentée par la relation Mais tous

ces isomères ne présentaient pas des propriétés physiques notablement différentes.

D’ailleurs ce n’est que depuis un très-petit nombre d’années qu’on a pu, en faisant usage des méthodes synthétiques récemment introduites dans la pratique, s’occuper des recherches fines et délicates qu’exige l’étude de l’isoraérie en général.

C’est à M. Wurtz, que l’on doit la découverte du premier cas bien caractérisé d’isomérie dans les alcools. Cette découverte présente un si grand intérêt, elle exerce une influence si considérable sur les recherches dont les alcools sont aujourd’hui l’objet, que je me permettrai d’y insister.

M. Berthelot avait montré (1) que lorsqu’on fixe une molécule d’eau, sur l’éthylène, C^H*, on obtient l’alcool éthylique :

et de même, que lorsqu’on fixe JPO® sur le propylène, C®H®, on obtient l’alcol propylique :

CH'O' = C’H» -f H*0*.

Pour réaliser cette fixation qui, il faut l’ajouter, était la réalisation de l’hypothèsedeMM. Dumas et Boulay sur la constitution des alcools (voir page 10), il avait indiqué plusieurs méthodes générales, et notamment l’action des hydracidesqui forment directement des éthers, lesquels peuvent être ensuite saponifiés et transformés en alcools.

M. Wurtz (2), en faisant des expériences analogues sur l’amylène.

(1) M. Beiithelot. — Anmks de Chimie et de Physique, 3“ série, XLIII, p. 585 et 599 (1855) ; ï. LI, p. 81 (1857); T. LXI, p. i56 (1860).

(2) Wurtz. — Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, T. LV, p. 570 (1862 ).

vit que l’alcool qui résulte de l’hydralalion de ce carbure diffère de l’alcool amylique produit dans la fermentation. Par la combinaison de l’amylène avec l’acide iodhydrique il obtint un iodhydrate d’amylène isomérique avec l’éther amyliodhydrique. Le premier bout à 130° et est beaucoup moins stable que le second qui bouHà 146”. Chacun de ces deux composés traité par l’oxyde d’argent humide se décompose en donnant de l’iodure d’argent et un alcool présentant la composition

+ AgO + HO = G‘»H‘'0« + Agi;

mais les alcools obtenus dans les deux cas sont différents.

D’ailleurs par la réaction de l’éther amyl-iodhydrique et de l’iodhydrate d’amylène sur l’acétate d’argent, M. Wurlz prépara deux éthers acétiques différents; de môme il trouva le bromhydrate d’amylène différent de l’éther amyl-bromhydrique, etc. En un mot il établit avec certitude que l’alcool amylique d’hydratation est différent de l’alcool amylique de fermentation.

Les mêmes recherches répétées par MM. Vanklyn etErlenmeyer (1) sur Vheæylène, permirent encore à M, Wurtz d’établir que

l’alcool hexylique d’hydratation, ou hydrate d’hexylène,

est isomérique avec l’alçool caproïque de M. Faget (2).

M. Berthelot reprenant alors (3) l’étude des alcools d’hydratation qu’il avait obtenus comme il a été dit plus haut, reconnut que l’alcool propylique d’hydratation est en effet différent de l’alcool propyKque de M. Chancel, mais au contraire que l’alcool éthylique d’hydratation est identique avec l’alcool éthylique de fermentation.

Presque à la même époque, M. de Luynes (4), en étudiant le butylène qu’il venait de retirer de l’érythrite, constata que ce carbure donne également, par fixation d’une molécule d’eau, un alcool, un hydrate de butylène, isomérique avec l’alcool butylique

de fermentation.

(1) Wanklyn et Eiilenmeyek. — Zeilsckrifl fiir Chcmie mi Vhmxack, ï. VI, p. 274 (1863).

(2) I'auet. — Comptes rendus des séances de VAcadémie des Sciences, ï. XXXVII, p. 730 (1853).

(3) Bemtielot. — Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, T. LVIl, p. 797 (1864).

(4) V. j)E Lvïnes. — Bulletin de lu Société chimique (nouYclle série), T. II, p. 5(1864).

Ainsi, une chose curieuse se trouvait démontrée : si on fixe une molécule d’eau sur les carbures d’hydrogène de formule o?»

obtient des alcools qui sont isomériques avec les alcools de fermentation, à l’exception toutefois de l’alcool éthylique qui est le même dans les deux cas.

Considérant que ces nouveaux alcools sont beaucoup moins stables que les premiers, qu’ils se dédoublent avec lapins grande facilité en leurs générateurs, eau et carbure, et qu’ils présentent certaines réactions différentes de celles produites par les alcools de fermentation, considérant en un mot qu’ils sont isomères avec les alcools proprement dits, M. Wurtz proposa de désigner ces hydrates de carbures d’hydrogène sous le nom de pseudo-alcools.

Toutefois il est utile d’ajouter que si on admet pour les alcools la défi.nition que nous avons donnée au commencement du présent travail, ces composés doivent être considérés comme de véritables alcools; s’ils diffèrent, ils est vrai, de leurs isomères par plus d’un point, ils possèdent la propriété caractéristique de la fonction alcool, ils produisent des éthers et de l’eau par leur combinaison avec les acides.

Poussant plus loin ses déductions, M. Wurtz a cherché à réaliser avec les glycols des cas d’isomérie du même genre, et il y a réussi (1). Il est parvenu à préparer au moyen du diallyle découvert par MM. Berthelet et de Luca (2) un dihydrate de diallyle. Ce corps n’est autre chose qu’un glycol d’hydratation; il est par conséquent susceptible de former des éthers à plusieurs équivalents d’acide : un diiodhydrate, un diacétate, un dichlorhydrale, etc.

Il résulte donc des belles recherches de M. Wurtz que le nombre des pseudo-alcools doit être considérable, et que si on ne connaît encore, en fait d’alcools d’hydratation, que des alcools monoatomiques et diatomiques, la même isomérie doit être également possible pour les alcools d’une atomicité plus élevée.

M, Friedel a découvert récemment une nouvelle série d’alcools qui

( 1 ) WoBTZ. — BulMnde la Sociéti cAimigue (nouvelle série), T. II, p. 16t.

(2) Behtiiblot et de Luca. — Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, T. XLII, p. 255 (1855).

doivent être distingués de ceux dont nous venons de parler (1). Ces nouveaux alcools tiennent, par leurs allures générales, le milieu entre les alcools de fermentation et les alcools d’hydratation. Il les a désignés sous le nom de üo-akools. On les prépare en faisant agir l’hydrogène naissant sur les acétones. Il est donc vraisemblable qu’à chaque acétone correspondra un iso-alcool, et que la méthode indiquée par M. Friedel conduira à la découverte d’un grand nombre de cas d’isomérie extrêmement intéressants.

Quant à la nature des différences qui séparent les alcools ordinaires des iso-alcools, on peut s’en rendre compte jusqu’à un certain point, si on considère que les acétones engendrent les iso-alcools en fixant de l’hydrogène, exactement de la même manière que les aldéhydes engendrent les alcools proprement dits : les acétones seraient donc les aldéhydes des iso-alcools, comme l’a fait remarquer M. Berthelet (2), et par contre, les relations qui lient ces derniers aux alcools seraient du même ordre que celles qui existent entre tes acétones et les aldéhydes.

Enfin, tout dernièrement encore, M. Boutlerow(3) a découvert une quatrième série d’alcools isomères que M. Kolbe a appelés alcools tertiaires, en s’appuyant sur des considérations que nous n’avons pas à rapporter ici. Ces alcools tertiaires se produisent par l’action des composés organo-métalliques sur les chlorures des radicaux d’acides monobasiques, puis par l’action de l’eau sur le produit. En faisant agir, par exemple, le zinc-méthyle sur le chlorure d’acétyle, puis l’eau sur le produit de cette réaction, M. Boutlerow a obtenu up alcool pseudo butytique tertiaire, ou alcool méthylique triméthylé', comme il l’a nommé aussi. Cet alcool, dont la composition est représentée par la formule est un isomère de l’alcool bulylique,

de l’hydrate de butylène, et de l’acool iso-butylique.

Par des réactions analogues, M. Boutlerow a préparé ensuite un alcool pseudo-heæylique tertiaire et un alcool pseudo-octy-

lique tertiaire,

(1) Friedel. — liulUtin de la Société chimique (nouvelle série), T. III, p. 250 (1865); T. V, p. 522 (1806), et Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, T. LIV et LV.

(2) Bertiielot. — Comptes rendus des séances de VAcadémie des Sciences, T. LYII, p. TOT (186i). (5) Boutlerow. — Répertoire de Chimie pure, 1863, p. 582. — Bulletin de la Société chimique,

(nouvelle série), T. II, p. 106 (1864.); T. V, p. 17 (1866).

Quelle est la constitution de ce nouveau groupe d’isomères ? Quelle est même le mécanisme des réactions qui lui donnent naissance? Ce sont là des questions auxquelles il n’est pas possible actuellement de répondre avec certitude. Ce qui n’est pas douteux, c’est que les composés de M. Boutlerow sont susceptibles de former des éthers, et sont par conséquent des alcools : or c’est là seulement ce qu’il nous importe d’établir ici.

En résumé, si ce n’est que depuis fort peu de temps que l’on s’occupe de l’isomérie des alcools, il est du moins établi que sa connaissance devra avoir une influence considérable sur la chimie organique presque tout entière : en même temps, en effet, que le nombre des alcools isomères se multipliera, celui de leurs dérivés devra se multiplier également ; or, nous l’avons dit déjà en citant MM. Dumas et Stas, la découverte d’un alcool nouveau en chimie organique correspond comme importance à celle d’un métal nouveau en chimie minérale.

Si l’isomérie vient compliquer beaucoup l’histoire des alcools, et multiplier presque à l’infini le nombre de ces composés, la substitution paraît devoir conduire à des complications tout aussi nombreuses. C’est du moins ce qui ressort des expériences curieuses publiées depuis quelques années par M. Friedel sur les combinaisons organiques du silicium. MM. Friedel et Crafls (1) ont décrit récemment BOUS le nom A'hydrate de sUîcononyle un alcool C*®Si®H^®0®, correspondant à un alcool nonylique, dans lequel deux équi¬

valents de silicium sont subtitués à deux équivalents de carbone.

Si, comme il est probable, les composés de ce genre viennent à se multiplier, il y a là l’origine d’une foule d’alcools qui différeraient de ceux dont nous avons parlé jusqu’ici par des éléments divers substitués au carbone, à l’hydrogène et môme à l’oxygène.

— Arrivé au terme de cet exposé, je vais résumer en quelques mots les ditférentes phases qu’a présentées la question qui nous occupe.

Tout d’abord on ne connaissait qu’un seul corps éthérifiable,

(1) Pucmifc BT Orafts. BulUtin de h Société Uiimiqui (nooTelle gério), T. III (1865).

l’alcool de vin : les premières recherches dont il fut l’objet, eurent pour but d’èludier et de caractériser les réactions auxquelles il donne lieu, et particulièrement la propriété qu’il possède de s’unir aux acides pour former des éthers.

MM. Dumas et Péligot ayant constaté que l’esprit de bois est un corps comparable à l’alcool par la plupart de ses propriétés et de ses réactions, considérèrent l’esprit de bois comme un deuxième alcool, l’alcool méthylique. Ils généralisèrent ainsi la signification du mot alcool. Bientôt de nouveaux composés vinrent étendre de plus en plus celte généralisation et augmenter la liste des alcools.

Quelques années après, M. Berlhelot, par la découverte des propriétés de la glycérine, montra qu’il peut exister, non-seulement des alcools susceptibles de saturer un seul équivalent d’acide monobasique, comme ceux que l’on avait décrits jusqu’alors, mais encore des alcools qui peuvent eu saturer plusieurs équivalents. Il établit ainsi la théorie des alcools polyatomiques. Le nombre de ces nouveaux alcools ne tarda pas dès lors à se multiplier, ainsi que cela avait eu lieu précédemment pour les alcools mondatomiques.

Enfin par la découverte des pseudo-alcools, M. Wurtz a fait faire un nouveau pas à la question : il a commencé l’étude de l’isomérie dans les alcools.

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