Adénite tuberculeuse
(Figures 6, 8, 9, 11 12, 13, 14,15, 16, 17 |et 18. Planches XXIII, XXIV et XXV.)
Examen fait à l'œil nu. — Les lésions tuberculeuses des ganglions sont extrêmement communes. Toutes les fois que l’intestin grêle, par exemple, présente des ulcérations tuberculeuses et, du côté de sa surface péritonéale, des tubercules des parois des lymphatiques ou une lymphangite caséeuse spécifique, on peut être sûr que les ganglions mésentériques correspondants sont tuberculeux. En pareil cas, il arrive assez souvent qu’on peut voir à l’œil nu des granulations tuberculeuses à la surface des ganglions mésentériques : les granulations tuberculeuses situées à la surface de la capsule affectent, comme nous le verrons bientôt, la même disposition et les mêmes rapports à l’égard des vaisseaux lymphatiques afférents du ganglion que les granulations de la surface péritonéale de l’intestin relativement à ces mêmes vaisseaux.
Les ganglions mésentériques et les ganglions bronchiques sont presque constamment le siège de tubercules dans la tuberculose intestinale ou pulmonaire ; mais les premiers sont plus faciles à étudier, parce qu’ils ne sont pas infiltrés de pigment noir comme les seconds ; aussi nous sommes-nous surtout servi des glandes mésentériques pour cette étude.
L’aspect à l’œil nu de ces glandes est très-variable : tantôt elles sont petites, grosses comme un petit pois aplati, ou bien elles présentent une forme allongée, et elles ont de 1 à 2 centimètres de longueur : elles sont tantôt dures, tantôt de la résistance élastique et mollasse habituelle à ces organes. Lorsqu’elles sont dures et relativement peu hypertrophiées, elles glissent facilement entre les deux lames de mésentère et elles s’énucléent sans difficulté. Lorsqu’on pratique à travers ces ganglions une section qui passe par leur plus grand diamètre, on voit que la capsule n’est pas notablement épaissie et que leur surface de coupe offre une couleur rosée, ou grise ou blanchâtre, suivant qu’il y a plus ou moins de sang dans les vaisseaux.
Il arrive souvent qu’on ne voit rien à l’œil nu qui ressemble à des tubercules ; mais si la surface est un peu sèche, on peut être à peu près sûr que l’examen microscopique révélera des lésions tuberculeuses; souvent aussi on observe, en même temps que la sécheresse du ganglion, de petits îlots opaques ou même jaunâtres, par places, à leur centre, et alors il s’agit de tubercules plus ou moins anciens et conglomérés. Ces granulations ou agrégats de granulations siègent surtout à la périphérie du ganglion, ou bien ils en envahissent une portion plus ou moins grande. Lorsque ces ganglions ont séjourné un certain temps dans l’alcool, on voit parfois à l’œil nu, sur une section, de petits points ou îlots semi-transparents que nous décrirons bientôt comme des îlots colloïdes ou comme des formations fibreuses.
D’autres fois les ganglions mésentériques tuberculeux sont plus gros, imprégnés de liquide généralement trouble ou sanguinolent : ils sont enflammés à un degré plus ou moins intense : leur plus grand diamètre est alors de 2 à 3 centimètres; enfin, dans la tuberculose, on trouve quelquefois des ganglions mésentériques gros, en plein ramollissement suppuratif, ayant jusqu’à 4, 5 et 6 centimètres de longueur et même davantage, et devenus globuleux ou ovoïdes, au lieu d’être aplatis. Leur écorce est unie alors avec le tissu conjonctif, également enflammé, œdématié et infiltré du pus du mésentère. La coque fibreuse de ces ganglions a résisté à l’inflammation, et elle est bien conservée, ce qui fait que le ganglion, dans son ensemble, a sa forme ordinaire; mais, quand on sectionne cette enveloppe fibreuse, il s’échappe du pus sanieux, et on voit que le tissu ganglionnaire est réduit en une bouillie et en un détritus formé d’un tissu mou infiltré de pus.
Les ganglions bronchiques offrent des lésions analogues; mais, ainsi que nous l’avons déjà dit, la matière noire, le charbon qui les imprègne masque le plus souvent les lésions tuberculeuses. Ces ganglions sont généralement gros. Il faut être en garde contre leur aspect, car certains de ces organes sont, sur une section, tachetés de petites zones exactement circulaires et grises sur le fond ardoisé. Bien qu’il puisse y avoir des
tubercules dans ces parties grises, elles sont ordinairement constituées simplement par le tissu réticulé fin normal des
follicules.
Nous n’avons donné jusqu’ici que l’état à l’œil nu des ganglions tuberculeux récemment atteints ; plus tard les îlots de tubercules deviennent caséeux, et les masses caséeuses ne se laissent pas distinguer des altérations analogues des ganglions strumeux ; c’est le même aspect des gros îlots caséeux, le même ramollissement ou l’incrustation calcaire, et finalement le ganglion tuberculeux tout entier peut être transformé en une coque fibreuse contenant un mastic jaunâtre plus ou moins mou ou au contraire calcifié.
Examen microscopique. — Lorsqu’on examine à un faible grossissement (20 à 40 diamètres) les sections minces comprenant tout un ganglion mésentérique tuberculeux, on voit souvent, à la surface de la capsule, la coupe d’une granulation tuberculeuse siégeant dans la paroi et au pourtour de la paroi d’un vaisseau lymphatique afférent. L’examen d’une de ces granulations de la surface développée autour d’un vaisseau afférent, donne exactementlesmêmes détails de structure que les granulations développées à la surface du péritoine intestinal autour des vaisseaux lymphatiques. La lumière du vaisseau lymphatique est remplie de cellules lymphatiques assez grosses et granuleuses : la lumière de ce vaisseau peut être diminuée, aplatie par l’épaississement considérable de la paroi : c’est en effet la paroi même du vaisseau lymphatique et le tissu cellulaire qui l’entoure qui sont le siège des éléments de nouvelle formation qui constituent les granulations tuberculeuses. (Voir, pour les détails, la figure que nous en avons donnée : Manuel d'histologie pathologique de Cornil et Ranvier, 3e partie, p. 853.)
La capsule du ganglion n’est généralement pas épaissie d’une façon notable. Le plus souvent, lorsqu’on examine les préparations à un faible grossissement, on est frappé de la distension et de la réplétion des vaisseaux sanguins. Cette congestion trèsmanifeste, et parfois considérable, s’accompagne souvent de diapédèse des globules rouges dans les sinus lymphatiques, Les
sinus lymphatiques sont habituellement aussi très-dilatés et remplis par des cellules lymphatiques et de grosses cellules possédant plusieurs noyaux.
Le tissu réticulé fin des follicules montre aussi les vaisseaux distendus. C’est dans ce tissu, et spécialement dans les couches superficielles du ganglion, que s’observent les diverses lésions tuberculeuses, les granulations ou îlots tuberculeux, les îlots colloïdes et les formations fibreuses qui accompagnent assez souvent les altérations tuberculeuses.
Nous décrirons successivement ces diverses modifications du tissu ganglionaire, en commençant par les inflammations portant sur le contenu des sinus.
Nous avons représenté à un faible grossissement (70 diamètres), dans la figure 13 (pl. XXY), une coupe d’un partie d’un ganglion qui est à la fois enflammé et tuberculeux. La partie représentée dans la figure est simplement enflammée. On voit le réseau des vaisseaux [v, v, v ) de la capsule fibreuse remplis de sang ; sous la capsule il existe un petit sinus, s, qui contient de grosses cellules : le tissu recticulé d , qui se trouve à la périphérie du ganglion, présente un réseau de vaisseaux capillaires très-gros et remplis de globules rouges : dans les îlots du tissu réticulé, on voit des sections transversales de petites artérioles, f , /, ou de capillaires, qui sont énormes et remplis de sang. En même temps que cette distension inflammatoire des vaisseaux sanguins, on voit que les sinus lymphatiques périfolliculaires, s\ sont extrêmement élargis et remplis de grosses cellules.
Ces cellules sont faciles à chasser par le pinceau, et alors on trouve après l'action du pinceau les tractus qui unissent les parois opposées des sinus, ainsi que le montre la figure 14, provenant d’une préparation du même ganglion que celui qui a fourni la figure 13.
L’examen des grosses cellules qui remplissent les sinus lymphatiques des ganglions tuberculeux enflammés, doit être fait sur le ganglion aussitôt après qu’il est sorti du cadavre. On racle la surface de section, et on obtient ainsi un liquide trou-
bie dont on examine les éléments dans de l’alcool au tiers après coloration au picro-carmin; on voit alors des cellules lymphatiques ordinaires et, en même temps, des cellules lympathiques tuméfiées, globuleuses, à protoplasma granuleux contenant un gros noyau arrondi ou ovoïde ou bourgeonnant. Quelques-unes contiennent des granulations graisseuses fines. Les cellules, beaucoup plus considérables, semblables à celles qui sont dessinées dans la ligure 10 (pl. XXIY), se montrent aussi en assez grande quantité dans le liquide. Ces cellules, qui sont globuleuses, de forme plus ou moins aplatie, ovoïde ou à prolongements irréguliers, contiennent un protoplasma granuleux et plusieurs noyaux ; l'un de ces noyaux, ovoïde ou bourgeonnant à plusieurs nucléoles, est toujours plus volumineux que les autres, qui sont généralement de forme arrondie. Tous ces noyaux se colorent fortement par le carmin. Les grosses cellules n’ont pas de membranes d’enveloppe. Souvent elles renferment, dans leur protoplasma, des globules rouges en plus ou moins grand nombre, de 2 à 7 ou même davantage.
Nous avons représenté dans la fig.9(pl.XXIV)une section d’un ganglion tuberculeux très-enflammé et congestionné, dans laquelle on voit en place, dans les sinus lymphatiques périfolliculaires, les diverses variétés de cellules plus ou moins tuméfiées que nous décrivons. Ce ganglion, dont une section est représentée figure 9, avait été injecté aussitôt après l’autopsie par un mélange formé par moitié d’alcool à 40° et d’acide osmique, afin de fixer les éléments, puis il avait été durci, afin d’y pratiquer des coupes. On voit dans la figure 9 deux sinus lymphatiques périfolliculaires dilatés, séparés l’un de l’autre par une bande de tissu conjonctif, t , et limités en haut et en bas du dessin par le tissu réticulé fin, b , des follicules. La plupart des cellules contenues dans ces sinus ont été chassées par le pinceau, de telle sorte que celles qui restent sont bien isolées et faciles à définir. On y voit quelques globules rouges, des cellules lymphatiques contenant un ou deux noyaux volumineux, de grandes cellules globuleuses contenant plusieurs noyaux, et les mêmes grandes cellules à un ou plusieurs noyaux contenant en outre des gio-
bules sanguins. Les cellules remplies de globules sanguins étaient très-nombreuses dans ce cas particulier.
On doit se demander quelle est l’origine de ces grosses cellules contenues dans les sinus lymphatiques : viennent-elles des cellules lymphatiques hypertrophiées dont les noyaux ont proliféré et dont le protoplasma a englobé des globules rouges? Ou bien sont-ce les cellules endothéliales plates qui revêtent les parois des sinus lymphatiques et des travées que parcourentces sinus ? Il est certain, d’après tous les récents travaux sur la nutrition et l’absorption des cellules lymphatiques, que ces éléments peuvent devenir considérables et absorber ou englober les matériaux qui se trouvent à leur portée, et en particulier les globules rouges ; mais, d’un autre côté, on voit sur les préparations des ganglions, et dans les sinus périfolliculaires, les cellules endothéliales gonflées tenant encore à la paroi, et en partie détachées quand elles sont devenues globuleuses. De plus, dans certains sinus tout à fait remplis de grosses cellules et trèsdistendus, on ne trouve plus de cellules endothéliales plates et adhérentes à la paroi. Aussi croyons-nous qu’il est indubitable que ces cellules endothéliales des sinus subissent une modification de nutrition telle qu’elles se tuméfient, deviennent globuleuses, en même temps que leur noyau grossit et se segmente, et que leur protoplasma granuleux est capable d’englober les globules rouges de la même façon que le protoplasma des cellules lymphatiques. On peut donc admettre aujourd’hui que les grosses cellules qui remplissent les sinus proviennent à la fois des cellules endothéliales et des cellules lymphatiques. Il est rare de trouver une de ces grosses cellules dans le tissu réticulé fin.
Les lésions appartenant en propre à la tuberculose, les tubercules typiques, les îlots ou tubercules colloïdes et la formation du tissu conjonctif ou tubercules fibreux, siègent constamment dans le tissu réticulé fin, dans les follicules de l’écorce, de préférence.au tissu réticulé des prolongements funiculaires.
Les tubercules qui sont les analogues des mêmes productions des autres organes ne se montrent que très-diffiçilerneqt k t’œü
nu, car ils sont très-petits; aussi, lorsqu’on voit ces néoformations à l’œil nu, a-t-on affaire à des tubercules conglomérés et déjà opaques ou jaunâtres à leur centre. Les tubercules ne se présentent pas là sous forme de grain saillant sur la coupe, et formant une petite tumeur, comme cela a lieu à la surface des séreuses. Ils ont sous ce rapport, aussi bien que par leur petitesse, une certaine analogie avec les tubercules de la moelle des os.
Le tissu des tubercules se continue directement et sans qu’il y ait de limitation nette avec le tissu réticulé fin du ganglion, ou, pour mieux dire, le tubercule n’est autre chose que ce tissu réticulé préexistant dans lequel les cellules lymphatiques du centre de Tîlot tuberculeux sont modifiées, en même temps que les vaisseaux de l’îlot sont oblitérés et imperméables à la circulation, de telle sorte que la nutrition de tout le territoire cellulaire est nulle. Cette constitution des tubercules des ganglions a fait dire à Billroth qu’il est impossible de les distinguer des follicules normaux ou hypertrophiés. Aussi l’état d’oblitération constante de leurs vaisseaux par de la fibrine et des cellules, comme cela a toujours lieu dans les tubercules de tous les organes, estil un des éléments importants de leur définition anatomique. C’est pourquoi Schüppel (1), dans son importante monographie sur les lésions des ganglions lymphatiques, donne comme caractéristique des tubercules ganglionnaires l’existence des « cellules géantes. »
Les ganglions tuberculeux qui ont servi à faire nos préparations ont été durcis par l’emploi successif du liquide de Muller ou du bichromate d’ammoniaque, de la gomme et de l’alcool.
On voit sur les sections examinées à un faible grossissement (20 à 40 diamètres), après la coloration au carmin, de petits îlots siégeant dans la partie du tissu réticulé folliculaire la plus rapprochée de la capsule fibreuse du ganglion. Entre la capsule fibreuse et le tissu réticulé où siègent les tubercules, les sinus lymphatiques sous-capsulaires sont le plus souvent remplis de grosses cellules. Les petits tubercules avaient, sur les coupes examinées,
une forme plus ou moins régulièrement circulaire, un diamètre de 0mm,05 à 0mm,10 ; mais par le groupement de plusieurs d’entre eux, on a des figures plus étendues et irrégulières. Ils se continuent directement avec le tissu voisin, seulement les cellules lymphatiques qui les composent paraissent plus tassées. Il n'y a pas de globules rouges dans les vaisseaux, ce qui les distingue du tissu réticulé normal, et de plus ou voit des sections longitudinales ou transversales de vaisseaux remplis de fibrine et d’éléments cellulaires, ou des a cellules géantes. » Celles-ci siègent, soit au milieu, soit à la périphérie des Ilots: il y en a une ou deux dans un petit et, dans un tubercule congloméré, on en trouve davantage.
En étudiant un îlot tuberculeux avec un fort grossissement (250 à 300 diamètres), on voit que les cellules lymphatiques qui composent son centre sont très-rapprochées les unes des autres, et qu’elles offrent entre elles une certaine cohésion; les fibrilles du réticulum sont à peine visibles, minces et grenues; le réticulum et les cellules sont unis. Ces cellules lymphatiques se colorent uniformément en rose par le picro-carmin, et elles n’ont pas de noyau distinct ; elles ont une certaine semi-transparence, bien qu’elles présentent dans leur protoplasma de très-fines granulations graisseuses. Elles ont, en un mot, subi la dégénérescence atrophique et caséeuse des cellules du centre des tubercules. Les cellules de la périphérie du tubercule sont au contraire des cellules lymphatiques normales, au milieu d'un tissu réticulé semblable au tissu réticulé fin non altéré du voisinage. Nous n’admettons nullement l’opinion de Schüppel (1), qui croit que le tubercule débute par une cellule géante, et qui fait naître les éléments nouveaux de la granulation tuberculeuse de la prolifération des noyaux du tissu réticulé.
On voit combien les tubercules des ganglions différeraient peu du tissu réticulé voisin, si nous n’avions pas, comme élément distinctif très-important, les altérations spéciales des
(I) Schüppel (loç. cit.)«
vaisseaux. L’oblitération des artérioles, des capillaires et des veinules du tisssu réticulé envahi est en effet absolument constante dès le début, et dans toute partie suspecte d’appartenir à un nodule tuberculeux.
Ces oblitérations ne diffèrent pas là de ce qu’elles sont dans I tous les organes tuberculeux. Les artérioles montrent des signes d’endartérite, dégonflement et de prolifération des cellules endothéliales et de leur membrane interne; leur calibre se remplit de cellules endothéliales, de cellules lymphatiques arrêtées lorsque la circulation se ralentit, et de fibrine filamenteuse ou grenue. Les capillaires sont oblitérés par ces cellules et par la fibrine, ainsi que les veinules. Dans nos préparations, ces éléments, aussi bien que la fibrine grenue ou fibrillaire, sont colorés avec intensité par le carmin.
Les vaisseaux oblitérés sont généralement dilatés, bien que, par la structure de leurs parois, ils se rangent dans les capillaires ou dans les plus petites artérioles et veinules. Nous comprenons et nous nous expliquons très-bien cette distension, par ce fait que les vaisseaux des ganglions tuberculeux, tant qu’ils sont perméables au sang, sont remplis et dilatés par lui, car tout l’organe est fortement congestionné au moment où les tubercules se développent. Nous avons du reste montré déjà depuis longtemps que les vaisseaux de la pie mère, oblitérés par de la fibrine au niveau des tubercules, présentaient un renflement au point même où ils étaient remplis de fibrine. (Archives de physiologie , I, 1868, p. 98.)
La figure 16 (pl. XXY) montre à un grossissement de 100 diamètres un vaisseau capillaire compris au milieu d’une masse tuberculeuse d’un ganglion, et oblitéré par de la fibrine fibrillaire et des cellules lymphatiques c.
La figure 17 montre, au même grossissement, une petite artériole dilatée siégeant auprès d’un tubercule. La paroi b du vaisseau est entourée d’un tissu réticulé normal : la section transversale de ce vaisseau montre une coagulation fibrineuse compacte c, adhérente à la paroi interne, coagulation qui englobe des cellules lymphatiques et qui se colore fortement par le
carmin. Le reste de la lumière du vaisseau montre des cellules lymphatiques et delà fibrine fibrillaire.
Nous avons dessiné (fig. 18, pl. XXV), au même grossissement de 100 diamètres, un de ces gros éléments que Schüppelet la plupart des auteurs allemands appellent des Riezenzellen, cellules géantes, et qui se rencontrent constamment dans les tubercules des ganglions comme dans ceux des autres organes. Celle que nous avons représentée était en partie isolée par un hasard de préparation; elle montre ses noyaux, sa masse granuleuse, n, et ses prolongements, p, p. Nous croyons que ces « cellules géantes» se développent toujours dans l’intérieur des vaisseaux, lorsque la circulation y a été arrêtée et que les cellules lymphatiques ou endothéliales accumulées dans la lumière du vaisseau continuent à vivre, à se nourrir et à grossir aux dépens de la fibrine et des globules rouges qui se trouvent en contact avec elles. Nous pensons que, lorsqu’on trouve, comme cela n’est pas rare, au milieu d’un tissu tuberculeux, un de ces petits foyers contenant une de ces grosses « cellules géantes » entourée de cellules d’apparence épithélioïde et plus ou moins tuméfiées, le foyer tout entier représente le contenu d’un petit vaisseau oblitéré, dont la paroi a été détruite. Les éléments nouveaux développés dans la paroi du vaisseau et dans le tissu qui l’entoure, leur état caséeux ou leur ramollissement, entraînent en effet la désintégration, la mort moléculaire des fibrilles et lames du tissu conjonctif Les « cellules géantes » et les cellules lymphatiques ou endothéliales tuméfiées qui les accompagnent, n’ont aussi elles qu’une vie très-courte, bien que très*active, car elles deviennent bientôt caséeuses, granulo-graisseuses, comme le tubercule tout entier.
Tels sont les tubercules des ganglions, qui concordent complètement avec les granulations et tubercules typiques des autres organes : ils s’accompagnent, comme nous l’avons vu déjà, de lésions inflammatoires des voies lymphatiques, ou si l’on veut de catarrhe des voies lymphatiques ganglionnaires.
On trouve presque toujours en même temps une lésion toute
particulière des cellules lymphatiques du tissu réticulé, et une formation nouvelle du tissu fibreux.
Dans les glandes tuméfiées et enflammées, en même temps que les tubercules précédemment décrits, ou dans des points qui ne sont pas encore atteints par les tubercules, il existe dans le tissu réticulé, au voisinage de l’écorce du ganglion, des points qui, à un faible grossissement, paraissent plus transparents que le tissu folliculaire voisin. Une de ces parties claires étant examinée avec un fort grossissement, on voit qu’elle est composée par un groupe de quelques cellules lymphatiques | deux ou trois fois plus grosses qu’à l’état normal, claires, transparentes, tuméfiées, ne montrant pas de noyaux, et possédant quelques granulations fines dans une masse colloïde. Ces cellules sont colorées en rose par le picro-carmin ; leur couleur est homogène ; elles ne se colorent d’une façon spéciale ni par le violet de métylaniline ni par la solution d’iode iodurée, qui sont les réactifs de la dégénérescence amyloïde. Les capillaires qui passent au milieu d’elles sont normaux, et contiennent des globules rouges du sang. Lorsqu’on appuie légèrement sur la lame de verre mince qui recouvre la préparation, on voit ces cellules s’écarter les unes des autres et s’aplatir un peu : leurs bords, qui étaient mal distincts en raison de leur accolernent, apparaissent alors, et on les voit un instant isolées. On peut de cette façon se convaincre qu’elles sont constituées par une masse molle, bien différente de la substance amyloïde dure qui imprègne les cellules lymphatiques dans la dégénérescence amyloïde des ganglions. Cette lésion des cellules lymphatiques, ‘qui consiste dans une imprégnation par une substance liquide transparente dont la nature intime nous est inconnue, peut être regardée comme une forme spéciale de l’inflammation dans la tuberculose, car on trouve des altérations analogues des cellules épithéliales des alvéoles pulmonaires dans certaines formes de la tuberculose du poumon.
J’ai observé, dans plusieurs ganglions tuberculeux enflammés, ce mode de dégénérescence colloïde des cellules par petits Ilots contenant environ une dizaine de cellules. Dans un
n V. CORNiL. — DES ALTÉRATIONS ANATÔMÎQUES
cas, les îlots de cellules colloïdes étaient plus étendus, et affectaient sur une section examinée au microscope la forme de petites masses ayant de 0mm,05 à 0mm,l ou 0mm,2 de diamètre, et trcs-nombreuses.
Les figures 8 et 12 représentent ces lésions, qu’on peut appeler îlots ou tubercules colloïdes. Dans la figure 8, on voit au centre de la figure un tissu, a, uniformément coloré en rose, et qui est formé par des cellules lymphatiques agglutinées les unes aux autres, et qui, étant toutes claires et vitreuses, ne laissent pas reconnaître leurs bords. Les fibrilles du tissu réticulé existent encore, et séparent les uns des autres ces groupes de cellules. Lorsque ces cellules sont isolées, comme en c, on reconnaît bien que ce sont des cellules lymphatiques claires et sans noyau. Les vaisseaux v, v\ qui se trouvent à la limite de l’îlot colloïde, sont en partie oblitérés par des cellules lymphatiques et des coagulations de fibrine fibrillaire.
La figure 12 représente un petit îlot de structure analogue examiné à un grossissement plus faible que la figure 8. Le tissu colloïde, J, est cloisonné par les fibrilles du réticulum et par les capillaires à, qui, là, sont perméables. Une petite veine voisine, s, est en partie remplie par des globules rouges, des globules blancs et de la fibrine coagulée.
D’autres fois les îlots colloïdes présentent à leur centre un vaisseau capillaire ou une artériole très- dilatés et remplis de corpuscules ronges du sang : au pourtour du vaisseau il y a même, en dehors de sa paroi, une extravasation ou diapédèse des globules rouges et des globules blancs qui lui forment une ceinture. Autour de ce vaisseau et de son entourage, il existe une zone colloïde claire, se colorant en rose par le carmin et cloisonnée par les fibres du réticulum du tissu ganglionnaire.
Je n’ai pas trouvé cette altération colloïde des cellules lymphatiques, ni la disposition, le groupement de ces éléments altérés, dans d’autres ganglions que les ganglions tuberculeux : il est d’ailleurs impossible de confondre cet état avec la dégénérescence amyloïde.
Une autre lésion très-commune dans les ganglions tubercu-
leux, surtout dans ceux qui paraissent anciennement affectés, consiste dans la production nouvelle de tissu fibreux dans le tissu réticulé. Il s’agit dans ce cas de faisceaux de fibres de tissu con jonctif, faisceaux assez épais parfois et denses, dont les sections se colorent en rose parle carmin sur les pièces qui ont séjourné dans le liquide Muller et le bichromate d’ammoniaque. Ces faisceaux de tissu conjonctif commencent à se montrer le long des vaisseaux artériels et des capillaires, dont la paroi est d’abord épaissie par leur adjonction à la tunique externe ; de la tunique externe des artérioles et de la paroi épaissie des capillaires, ces faisceaux gagnent en étendue, et empiètent sur le tissu réticulé voisin en suivant les vaisseaux. Les vaisseaux dont la paroi est
ainsi épaissie ne sont pas oblitérés, et la circulation continue
à s’y effectuer normalement.
Lorsque cette production de tissu fibreux est abondante, elle se manifeste souvent sous forme de petits îlots clairs, transparents, colorés en rouge par le carmin, et qui suivent la direction des vaisseaux.
Ainsi la figure 1 1 , planche XXIY, dessinée à un grossissement de 40 diamètres, montre à son centre la section transversale d’une artère, v, qui est entourée d’un anneau épais de tissu conjonctif clair et dense, lequel se continue par des îlots fibreux analogues, ayant une disposition rayonnante suivant les branches vasculaires, b , qui émanent de l'artère centrale.
J’ai représenté dans la figure 15, planche III, un de ces îlots de tissu fibreux à un fort grossissement. Au milieu de gros faisceaux de fibres du tissu conjonctif qui ont un aspect homogène, transparent et vitreux, on voit passer des capillaires qui y paraissent comme sculptés. Ces capillaires, 6, présentent dans leur intérieur quelques cellules lymphatiques, c.
La figure 6, planche XXIII, représente aussi le dessin àunfort grossissement d’un fragment très-mince de ce tissu fibreux dense des ganglions tuberculeux. On y voit les cavités a, d, appartenant à de petits vaisseaux qui contiennent des cellules lymphatiques c.
J’ai eu l’occasion d’examiner plusieurs fois des ganglions
tuberculeux en suppuration, en particulier, dans ces derniers temps, les ganglions mésentériques tuberculeux et suppurés d’un cas du service de M. Gouguenheim, qui fait le sujet de l’observation XIY de la thèse d’agrégation de M. Spiellmann (1). Toutes les voies lymphatiques sont alors remplies de pus, comme cela a lieu dans la suppuration simple du ganglion. Le tissu réticulé fin, ramolli, qui baigne dans le pus, se détruit lui-même par une sorte de mortification, et il est rempli de cellules lymphatiques granuleuses. Lorsqu’on fait une coupe de ces ganglions, dont le centre est mou et détruit, on voit que le tissu réticulé cortical est assez bien conservé, bien qu’il présente des îlots tuberculeux et des oblitérations vasculaires ; mais ce tissu se continue avec les débris de tissu réticulé qui baignent dans le liquide et avec les détritus qui occupent le centre du ganglion^ Dans les ganglions mésentériques suppurés très-volumineux observés dans le cas de M. Spiellmann, il y avait aussi une formation assez abondante de tissu conjonctif fasciculé.
Je ne parle pas ici de la complication si commune de la tuberculose avec l’induration noire ou ardoisée dans les ganglions bronchiques, parce que nous avons décrit ailleurs cette forme d’adénite chronique interstitielle. ( Manuel d’histologie pathologique de MM. Cornil et Ranvier, page 59.)
Nous pouvons maintenant jeter un coup d’œil en arrière, et comparer les lésions tuberculeuses des ganglions avec l’adénite scrofuleuse. Pour le lecteur qui a suivi avec attention les des- i criptions que nous avons faites successivement des unes et de l’autre, il est de toute évidence que ce sont des processus différents, bien que leur terminaison par l’état caséeux soit la même. Dans la scrofule, en effet, les ganglions sont très-volumineux, tandis que dans la tuberculose ils restent petits ou ne présentent que très-rarement un grand développement. Dans la tuberculose, au début, les voies lymphatiques et les sinus périfolliculaires sont le siège d’une inflammation très-évidente et constante, caractérisée par l’accumulation de nombreuses cel-
(1) De la tuberculisation du tube digestif. Paris, Savy, 1878*
Iules d’un volume assez considérable dans leur intérieur : c’est une sorte d’inflammation catarrhale. Dans la scrofule au début, rien de semblable ; on a affaire alors, au contraire, à une formation nouvelle de tissu conjonctif, à une adénite interstitielle.
Les productions ou formes caractéristiques de la période d’état sont, dans la tuberculose, des tubercules, c’est-à-dire de petits îlots formés de petites cellules rondes pressées les unes contre les autres, devenant rapidement caséeuses à leur centre, c’est-à-dire perdant leur noyau, devenant semi-transparentes et granuleuses, cohérentes les unes aux autres, en même temps que, dès le début, les vaisseaux sanguins sont oblitérés.
Dans la scrofule, la forme spéciale de la lésion de la période d’état consiste dans l’isolement, par le tissu conjonctif de nouvelle formation, de petits îlots du tissu réticulé, dont les mailles agrandies, limitées par des fibrilles épaissies et molles, contiennent de grandes cellules lymphatiques à noyau ovoïde et à protoplasma granuleux. Ces parties que nous appelons îlots strumeux se laissent facilement débarrasser de leurs cellules par l’action du pinceau, et ils sont réduits à leur tissu réticulé. Dans les tubercules, au contraire, ils est impossible de chasser les éléments par le pinceau : les cellules atrophiées font corps avec le réticulum.
Les îlots strumeux subissent, il est vrai, à un moment donné, une dégénérescence caséeuse, c’est-à-dire que leurs cellules s’atrophient et deviennent grenues en perdant leurs noyaux, Mais cette altération se fait en masse dans tout l’îlot strumeux, et elle est lente à se produire, tandis qu’elle est primitive et rapide dans les tubercules où elle commence au centre du tubercule. Il en est de même des oblitérations vasculaires qui, dans la tuberculose, sont primitives, de la même époque que le début des tubercules tandis qu’elles viennent tardivement dans les îlots 'strumeux et dans le tissu conjonctif qui les entoure.
L’apparition du tissu fibreux sous forme de faisceaux et de petits nodules, vient dans la tuberculose longtemps après son début, dans des ganglions atteints de tuberculose chronique, tandis que le tissu conjonctif embryonnaire se développe
36 V. CORNIL. — DÈS ALTÉRATIONS ANATOMlQÜËS
autour des vaisseaux dès le début de l’adénite scrofuleuse.
Aussi, en entrant dans le détail histologique des lésions tuberculeuses et srofuleuses des ganglions, ne pouvons-nous pas admettre l’identité complète de ces lésions qui est professée par M. Thaon dans sa thèse de doctorat (1873) et dans un récent article du Progrès médical. M. Schüppel, qui donne comme la caractérisque de tubercules les cellules géantes , n’hésite pas à dire que les tubercules se rencontrent toujours dans les gan-
glions scrofuleux, puisqu’on y trouve aussi des cellules géantes.
Il est certain que les tubercules et les écrouelles ganglionnaires ont entre elles un air de parenté par la dégénérescence caséeuse, qui est leur stade ultime et commun, et par la facilité que possèdent les petites cellules du nodule tuberculeux, aussi bien que les grandes cellules lymphatiques de l’îlot strumeux, à cesser de vivre et à devenir granuleuses ; mais le début de la lésion et sa période d’état suffisent à établir une distinction anatomique. La distinction étiologique et clinique n est pas moins nette.
Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de faire le diagnostic anatomique des ganglions strumeux ou tuberculeux avec les ganglions atteints de leucémie, ou d’adénie et d’hypertrophie simple (lymphadénome) . Les altérations anatomiques offertes par ces derniers sont en effet bien distinctes, lis se montrent sur une surface de section, absolument homogènes, lisses, imbibés d’un
liquide laiteux, uniformément colorés en blanc-grisâtre; leur examen histologique montre simplement une hyperplasie du tissu réticulé. Nous renvoyons du reste, pour ce qui les concerne, aussi bien que pour les ganglions de la fièvre typhoïde, à notre manuel d’histologie pathologique. [Manuel d'histologie pathologique de Cornil et Ranvier, pages 844.)