DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE
A ce stade véritablement actif de l’artérite déformante, fait I bientôt suite un stade de dégénérescence, et c’est alors que se > produit la pustule athéromateuse ; car il est bien rare de voir i succéder immédiatement à la plaque laiteuse la dégénérés- 1 cence calcaire, qui n’est d’ordinaire qu’une des terminaisons i< de la pustule.
La pustule athéromateuse ne présente pas à toutes les i périodes de son développement les mêmes caractères micro- ^ scopiques : au début, la dégénérescence se montre au centre des plaques laiteuses et vers leur partie profonde suivant Vir-
chow, sur une partie de leur périphérie, suivant Langhaas ; peu à peu elle s’étend aux parties voisines, et bientôt, lorsqu’elle est prononcée, elle donne à la plaque laiteuse une teinte jaunâtre caractéristique.
Nous avons vu l’hyperplasie ne pas affecter toujours le même point de départ et commencer, tantôt par l’élément cellulaire, tantôt par l’élément élastique ; il en est de même de la dégénérescence graisseuse. Disons toutefois que les cellules sont de beaucoup plus souvent les premières atteintes; que souvent même elles sont les seules atteintes, et que le tissu élastique résiste d’ordinaire à ce genre d’altération. C’est par un autre mécanisme que se manifeste sa destruction, qui paraît tenir au défaut de suc nutritif qu’entraîne fatalement la destruction des cellules. Il résiste parfois assez longtemps, et il n’est pas rare de voir des cellules graisseuses éparses au milieu des tractus qu’il limite; cependant sa mortification suit de prés celle des cellules. Les fibres dont il est composé se dissocient, se désagrègent et viennent augmenter ainsi la masse athéromateuse, qui, par le seul fait de leur destruction, devient plus molle, moins consistante.
Mais comment se fait la dégénérescence graisseuse des cellules? il n’y a à cet égard aucune règle immuable : tantôt, ce sont les cellules rondes qui les premières sont atteintes; tantôt, ce sont les cellules étoilées. La graisse se dépose à leur intérieur sous forme de granulations, ou de gouttelettes ; le noyau disparaît bientôt, puis le contenu graisseux augmentant, finit par faire éclater la cellule et s’épanche dans une cavité anomale, où il se mêle au détritus du tissu intercellulaire.
Ce que nous venons de dire de l’apparition de la graisse, sous forme de gouttelettes ou de granulations, dans les éléments de la plaque athéromateuse, condamne, on le comprend, l’opinion de ceux qui croyaient que la graisse en gouttelettes n’apparaissait que dans les infiltrations graisseuses et non dans les dégénérescences.
C’est à cette métamorphose graisseuse qu’il faut rapporter l’aspect jaunâtre que prennent tes plaques laiteuses, aspect jaunâtre qui n’est dû, comme on le sait, qu’à la propriété dont
jouit toute substance graisseuse de réfléchir fortement la lumière directe.
Celte propriété physique n’est pas la seule à attester les changements survenus dans les plaques laiteuses ; on peut encore en avoir une preuve plus directe à l’aide des réactifs chimiques, puisqu’il l’aide de la potasse et de l’alcool il est facile d’extraire de ces pustules athéromateuses de plus ou moins notables quantités de graisse.
Enfermée d’abord dans l’épaisseur de la tunique interne, cette bouillie athéromateuse, à reflets brillants, gagne peu à peu ses couches superficielles, et l’épithélium s’altérant secondairement, il survient des perforations qui lui donnent issue. Ces ulcérations, à bords festonnés et brunâtres, s’agrandissent peu à peu par suite du frottement du liquide sanguin. Au lieu de se former lentement, l’ulcération peut se produire brusquement : c’est ce qui arrive lorsque les couches superficielles de la tunique interne résistent parce que l’épithélium conserve son intégrité. Le résultat est toutefois le même dans les deux cas, et à la place de la saillie athéromateuse parfois considérable, il ne reste qu’une anfractuosité plus ou moins grande.
Ce liquide qui s’épanche dans l’intérieur de la cavité vasculaire, par suite de la rupture de la pustule athéromateuse, est d’une constitution presque toujours la même : il est formé d’une espèce de bouillie, de mastic, dans lequel on peut reconnaître, à l’aide du microscope, de la graisse, de la myéline, de la margarine, des cristaux de cholestérine ayant la forme de tablettes rhomhoïdales, et parfois enfin des cristaux d’hématoïdine; jamais il ne contient de pus.