‹ Des altérations de la sensibilitéChapitre 7 sur 9 · INTERNES · texte numérisé non relu

INTERNES

Pour terminer la description des troubles de la sensibilité, il nous reste à traiter brièvement de quelques sensations internes, sensations complexes, spontanées, ins-

tinctives, bien différentes de celles que nous avons étudiées jusqu’ici, mais dont les modifications ont en pathologie une grande importance.

La faim et la soif répondent au besoin d’aliments et au besoin de boissons. La faim, dont le siège a été placé tantôt dans l’estomac, tantôt dans les centres nerveux, se traduit, au début par une sensation qui n’a rien de pénible et que l’on rapporte à la région épigastrique ; non satisfaite, elle devient bientôt douloureuse et s’accompagne de tiraillements et d’un malaise général; l’ingestion d’aliments la calme au contraire, avant même qu’ils aient été élaborés par la digestion.

La sensation de faim s’exalte après un exercice prolongé, dans la convalescence, alors que l’économie a besoin de beaucoup réparer ; elle s’exalte encore chez les maniaques très agités qui pour la plupart digèrent avec rapidité des quantités considérables d’aliments. Lorsque la faim devient excessive, il y a boulimie ; on trouve dans les auteurs, et surtout dans J. Frank (1), de nombreuses observations qui font voir quelle prodigieuse quantité d’aliments a pu être impunément ingérée : tantôt les digestions sont régulières, tantôt il yalientérie. Les dyspepsies, les névroses de toute nature, la grossesse, la diathèse vermineuse, le diabète sucré sont les principales causes de cette affection.

La faim est diminuée ou abolie dans la plupart des états morbides. La fièvre vive en effet supprime la sécrétion du suc gastrique et s’opposerait à une digestion par-

(1) Pathologie médicale, t. V. p. 370.

faite. L’embarras gastrique, la constipation prolongée sont parmi les maladies du tube digestif celles qui influent le plus sur la production de l’anorexie. Rien de plus commun que l’anorexie dans les affections nerveuses dont elle est à la fois la cause et l’effet; c’est à elle qu’il faut attribuer ces faits extraordinaires dans lesquels les malades peuvent soutenir leur vie avec des quantités de nourriture infiniment petites, et sans jamais ressentir la moindre appétence pour les aliments.

On donne le nom de pica ou de malacia à ces dépravations de l’appétit dans lesquelles les malades désirent ardemment et ingèrent avec bonheur les substances les plus impropres à l’alimentation. Certains sujets ont mangé de la terre, du sable, de la craie, de la cendre, du charbon, de la charpie, de la cire, des excréments : la grossesse, la chlorose sont principalement le point de départ de cet état bizarre qui procède parfois d’un trouble de l’intelligence, comme chez les idiots et les déments.

La sensation de soif , plus impérieuse encore que la sensation de faim, peut être rapportée au pharynx; les sécrétions physiologiques se tarissent par suite de la diminution survenue dans la quantité d’eau du sang ; il en résulte alors un état de sécheresse de toutes les muqueuses et surtout de la muqueuse de la partie supérieure du tube digestif : tel est le point de départ de la sensation.

La faim et la soif suivent en général une marche inverse dans leur développement morbide ; dans les maladies aiguës fébriles où il y a anorexie, la soif augmente d’une manière constante. Elle se développe encore dans l’allaitement, ou sous l’influence d’un exercice forcé, d'une

atmosphère chaude et sèche. Dans le choléra, la soif est un symptôme des plus pénibles; dans le diabète, dans la polydipsie simple, elle constitue un des symptômes les ! plus saillants, puisque les malades ingèrent alors des quantités prodigieuses de liquides.

Notons comme un fait physiologique curieux, qu’au rapport de Larrey (1), un des phénomènes qui caractérisent le mieux les plaies de l’œsophage et la lésion des nerfs pneumo-gastriques qui descendent le long de ce conduit, c’est une soif ardente, inextinguible, qui se manifeste presque immédiatement après l’accident. C’est en partant de données physiologiques analogues que Romberg (2), décrivant d’une manière générale l’hyperesthésie du | pneumo-gastrique, attribue à chacun de ses rameaux une. hyperesthésie spécifique, et regarde l’augmentation de la soif comme le résultat d’une exagération fonctionnelle de i ce nerf.

Vadipsie (3) ou abolition de la soif s’est quelquefois rencontrée chez les hystériques ; mais parmi les observations qu’on rapporte à ce sujet, beaucoup auraient besoin d’un contrôle rigoureux ; quant à la dysdipsie , dans laquelle les malades boivent avec délices du vinaigre, de l’urine, de l’encre, c’est un état qui se rapproche singulièrement du pica et qui reconnaît les mêmes causes. Enfin l’hydrophobie, quel que soit son point de départ, doit être considérée comme un dernier mode de perversion de la soif.

(-1) Larrey. Clinique chirurgicale. Paris, 1830, t. III.

(2) Romberg, op. cit., p. 124.

(3) J. Frank, loc. cil.

La miction et la défécation ont pour points de départ deux sensations que l’action réflexe explique parfaitement et qui peuvent subir quelques altérations. Existe-t-il un état inflammatoire de la vessie et de son col, ou des ulcérations dysentériques du gros intestin? La sensibilité des muqueuses sera exaltée, le contact des matières excrémentitielles provoquera la contraction des fibres musculaires de la vessie et du rectum, et le ténesme sera produit; la sensibilité des muqueuses est-elle au contraire abolie? faction stimulante des matières fécales et de l’urine sera nulle, il y aura rétention d’urine et constipation.

Quant au besoin de respirer, deux mots nous suffiront. 11 diminue dans les affections cérébrales à forme comateuse, il augmente toutes les fois que l’hématose est incomplète, soit à cause du point de côté qui empêche la dilatation des parois thoraciques, soit à cause de l’imperméabilité d’une portion plus ou moins considérable du parenchyme pulmonaire. L’examen de cette question rentre entièrement dans l’étude des maladies des organes respiratoires.

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