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PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES DU TABAC

Dans les observations d'empoisonnemont par le tabac, qui se trouvent rapportées dans les traités de Médecine légale, rien n'a été signalé en ce qui concerne les yeux et la vue. Ce n'est que dans un seul fait reproduit par le professeur Tardieu, que nous trouvons indiqué l'état de la pupille, qui a été très-fortement conti'actée. Voici ce fait, dont nous ne donnons qu'un court extrait

Observation. — Empoisonnement volontaire, suivi de mort, par le tabac (Edinb. medic. Journal, 1855-56, p. 643).

Au mois d'octobre 1855, un aliéné avala 30 ou 40 grammes de tabac. On le plaça de suite dans un bain tiède : il était insensible et sans mouvements, dans la résolution la plus complète; la respiration était faible, le pouls à peine perceptible.

Les pupilles étaient très -contractées. Au bout d'une demiheure, il a eu des convulsions tétaniques violentes, des évacuation al vines abondantes, qui renfermaient des débris de feuilles de tabac. On se servit de la pompe stomacale ; mais on ne produisit quepeude soulagement; il y eut un peu de rémission : les pupilles se dilatèrent.

Les accidents convulsifs revinrent de nouveau, s'accompagnant de vomissements. La roideur tétanique se prononça de plus en plus. Les pupilles se contractèrent de nouveau et devinrent insensibles. Ces accidents durèrent environ pendant sept heures, et le malade mourut dans une syncope.

Cette observation est digne de tout intérêt, au point de vue de l'action du poison nicotinique sur la pupille. Cette dernière membrane a été trouvée très-fortement contractée dès le début de l'empoisonnement, elle s'était élargie un peu pendant la période de rémission, puis elle s'est contractée de nouveau au moment des crises convulsives et tétaniques, qui se prolongèrent jusqu'à sa mort.

Ce fait, à lui seul, est très-important, et quoique isolé, il démontre, néanmoins, que toutes les fois que chez cet-individu le poison nicotique exerçait son action sur le système nerveux, il y a eu contraction de la pupille.

38 DES AMBLYOPIES ET RES AMAUROSES TOXIQUES.

Le myosis est dû, d'après Hirschmann, à la paralysie du grand sympathique, tandis que pour Grucnhague et Martin Damourette, il y a tantôt myosis dû à l'excitation de la troisième paire, tantôt dilatation de la pupille par ce même nerf. C'est l'explication donnée par Hii'schmann qui nous paraît la plus vraisemblable.

ARTICLE m

DE L'aMBLYOPIE NICOTIQUE EN GÉNÉRAL.

Maintenant que nous avons résumé les connaissances physiques et physiologiques siu" ce poison, nous abordons la pathologie oculaire nicotique.

L'influence nuisible de tabac à fumer sur la vue a été signalée, pour la première fois, par Mackenzie et Desrnarres. Mais la première description de l'amblyopie nicotique a été faite, en 1863, par Siebel père, et en 1866, par Hutchinson. Pour compléter l'historique de cette amblyopie , il faut ajouter le mémoire deWoodworth, la thèse de doctorat d'Apostili, et plusieurs autres mémoires publiés par Hutchinson dans Ophthalmic Hospital Reports. Siebel père, le premier, et après lui tous les autres auteurs ont insisté sur l'analogie qui exisie entre l'amblyopie nicotique et alcoolique.

Selon moi, les formes d'amblyopie nicotique ne sont pas toujours les mêmes, c'est pourquoi nous croyons utile d'examiner successivement chaque variété de ces troubles visuels que j'ai rencontrés chez les fumeurs de tabac.

ARTICLE IV

AMBLYOPIE NICOTIQUE BINOCULAIRE.

Cette forme d'amblyopie nicotique est la plus commune et, je dirai plus, c'est la seule forme d'amblyopie que les auteurs

AMBLYOPIE NIGOTIQIIE niNOCULVIRK. 39

ont Signalée. Elle est complètement identique aux amblyopies alcoolii]ues,de sorte qu'il est très-difficile de no pas confondre l'uno avec l'autre. Et lorsqu'on examine attentivement les mémoires de Sichel et de Hutchinson, on est tenté de se demander si les auteurs n'ont pas confondu les deux maladies ensemble. Pour Sichel, en effet, peu de personnes peuvent consommer pendant longtemps plus de 20 gr. de tabac à fumer par jour, san? que la vision et souvent même la mémoire s'affaiblisse. Cette assertion me paraît trop arbitraire ; de même, j'ai acquis la conviction que, parmi les 75 cas d'amblyopies nicotiques que contient le tableau rapporté par Hutchinson dans le dernier numéro de Ophthalmic Hospiial Reports (1) un certain nombre étaient tout aussi bien sous l'influence de l'intoxication alcoolique que du tabac, et devraient par conséquent être exclus de la statistique d'amblyopies nicotiques.

En me rapportant à mes propres observations, je puis dire que le nombre d'amblyopies occasionnées uniquement par l'abus du tabac est très-restreint, je ne l'ai rencontrée jusqu'à présent que sept fois. Je dois ajouter pourtant que je ne parle ici que des faits où il n'y a eu chez les malades aucune autre cause d'intoxication que celle du tabac. Certainement je ne veux pas nier pour cela l'existence d'amblyopies mixtes, qm sont produites simultanément par l'alcool et le tabac, mais comment peut-on reconnaître que chez tel individu c'est plutôt l'alcool et chez tel autre le tabac qui a amené l'amblyopie? C'est difficile, si ce n'est pas impossible. Peut-être pourra-t-on se rapporter dans ces cas à l'état de la pupille, car, comme nous l'avons démontré plus haut, la nicotine exerce une action myotique sur l'iris, tandis que l'alcool amène plutôt une dilatation des pupilles quoiqu'à des degrés différents dans les deux yeux.

Jusqu'à nouvel ordre nous préférons suspendre notre juge ment en cette matière et nous rapporterons ces cas aux amf/h/opies mixtes où l'alcool et le tabac ont exercé une action identique et simultanée.

'\) Hulchinson, Ophtfi. Hosp. Report, May187G, p. 457.

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Symptomatologie. — Cette forme d'amblyopie se développe lentement, et le malade reste souvent plusieurs mois, comme dit Hutchinsûu, avec un affaiblissement de la vue avant qu'il vienne nous consulter.

Voici les symptômes que présentent ces malades.

I. Vision au loin diminuée. — Peu à peu les malades s'aperçoivent que leur vue devient moins perçante, un brouillard grisâtre recouvre les objets, ce qui empêche de les distinguer surtout le soir, et contrairement à l'amblyopie, alcoolique, le soii" les malades ne distinguent pas mieux que le jour.

II. Cliromopsics ou visions colorées. — L'intoxication nicotique prédispose à des sensations lumineuses des couleurs très-variées. Tantôt les individus voient tous les objets teints en rouge, en vert on en bleu, comme s'ils étaient éclairés par des feux de Bengale; tantôt ce sont des taches rouges, bleues ou violettes qui se voient sur les murs, sur la figure des personnes et en général sur tous les objets que l'on regarde. Ces phénomènes n'existent pas seulement dans une amblyopie, mais ils s'observent chez des personnes qui jouissent d'une intégrité parfaite de cet organe. Mon ami, le docteur E. Paul, m'a déclaré que toutes les fois qu'il fume un peu plus et surtout à jeun, il éprouve ces phénomènes colorés devant les yeux.

III. Diminution de l'acuité visuelle. — L'affaiblissement de l'acuité visuelle ne suit pas toujours la même marche régulière que l'on observe dans les amblyopies alcooliques; j'ai vu, en effet, des individus qui pouvaient lire quoique avec grande peine les caractères du n"S ou 4, d'autres, au contraire, dès le début lie peuvent reconnaître même les plus gros caractères. En même temps la portée de la vue diminue à distance au point que c'est à peine si le n" 100 est vu à cinq ou six pas.

Les deux observations suivantes que nous tirons de notre clientèle particulière peuvent servir d'exemples, elles nous montrent jusqu'à quel degré de dépression fonctionnelle peut arriver la membrane visuelle, et combien, d'autre part, la

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guérison devient facile, si les malades se soumettent au régimt^ le plus sévère et à une abstention la plus absolue de tabac sous toutes ses formes, ce que je considère comme une condition sine qua non de traitement.

Observation. — M. C..., capitaine de navire, demeurant à Saint- Malo, âgé de 33 ans, vint me consulter le 18 janvier 1875, pour une amblyopie très-Ibrte des deux yeux. Cette alTection s'est déclarée d'une manière lente depuis deux mois; au début il s'apercevait d'un léger brouillard devant les yeux, qui ne le gênait que très-peu ; mais dans les derniers temps le trouble augmenta d'uue manière tellement rapide, qu'il lui était impossible de reconnaître les hommes de son équipage. Se trouvant à quelques lieues seulement de l'entrée duport de Saint- Malo, il n'osait pas s'avancer, craignant à chaque instant de faire une fausse manœuvre, car pendant que les au très voyaient les rivages, lui, il était plongé dans de grandes ténèbres et des brouillards grisâtres. Sous l'influence des émotions vives qu'il avait éprouvées dans les derniers jours de sa navigation, il tomba malade, perdit l'appétit et le sommeil. La maladie des yeux évidemment dominait tout, c'est pourquoi il se décida à venir à Paris pour me consulter.

A l'extérieur, les yeux étaient fortement congestionnés, aussi bien les globes oculaires que les conjonctives palpébrales. Les pupilles étaient, en outre, fortement contractées. Le malade distinguait difficilement les cai actères no 6 de l'échelle typographique ; les yeux étaient très -fortement injectés, comme dans une conjonclivite, mais sans sécrétion exagérée. Le fond de l'œil ne présentait point de lésion, .et les papilles étaient pâles, les artères un peu minces, le champ visuel n'était nullement diminué. C'était, comme on voit, tous les signes d'une amblyopie toxique, et voici les renseignements que m'avait fournis le malade II ne buvait que très-peu, un demi-litre de vin par jour; mais par contre il faisait un abus extraordinaire de tabac, et pendant son dernier voyage qui a duré cinq mois, il fumait jusqu'à 200 grammes de tabac par jour. Par moments il éprouvait des vertiges, des maux de tête et des nausées, surtout le jour où il fumait plus que d'habitude.

Je lui ai proscrit un régime très-sévère, une abstention complète de tabac et des alcooliques, des fréquents purgatifs, et le bromure de potassium à la dose de 2 grammes par jour. Sous l'influence de ces moyens, le malade a complètement guéri au bout de quatre mois de traitement. Le 2 mai de la même année il rn'annonçapar lettre sa complète guérison.

L'histoire suivante est encore plus concluante, et il s'agit d'un malade venu de la Havane pour me consulter ; il n'avait jamais usé d'alcooliques, et chezlequella cause de l'intoxication ne peut être mise en doute.

Observation. — M..., âgé de 27 ans, habitant la Havane, avait toujours joui d'une excellente santé et d'une bonne et lonf<ue vue, lorsqu'il y a sept mois il s'était aperçu que sa vue a baissé d'une manière très-sensible; au commencement il pouvait encore lire, mais au bout de deux mois il ne pouvait plus distinguer même les plus gros caractères et ne reconnaissait plus les personnes même à quelques pas de distance. Il quitta la Havane et vint me consulter le 25 mai 1876, et à l'examen j'ai pu constater les symptômes suivants: • A l'extérieur les yeux ne présentent aucun changement, les pupilles sont presque normales. Le malade ne. distingue que les caractères n" 12 de l'échelle typographique. Il distingue toutes les couleurs principales, excepté le vert qui lui paraissait gris ou noir selon l'intensité delà couleur. A l'examen ophthalmoscopique nous ne constatons aucune lésion, les pupilles sont normales, et il n'y a qu'une intoxication nicotique. Et en effet, le malade déclare qu'il .a fait beaucoup d'excès de tabac, il fumait jusqu'à quinze à vingt cigares par jour. Au commencement le malade éprouvait des vertiges et des douleurs de tête, il voyait par moment tous les objets éclairés en rouge violet. C'était une amblyopie toxique. Je lui ai prescrit un régime sévère, qui consistait surtout en une abstention absolue de tabac; sous l'influence de ce régime et du traitement tonique, fortifiant, institué pour cette circonstance, sa vue est revenue totalement. Le malade passa deux mois à Plombières et retourna complètement guéri.

Ces deux observations et cinq autres malades que jai vus

AMBLYOPIE MONOnULAIRE AVEO SCOTOME CENTRAL. 43

jusqu'à présent, me prouvent que la vue peut revenir d'une manière complète et absolue, si le malade se résigne à suspendre d'une manière absolue l'usage du tabac, sous quelque forme que ce soit. Mais, ri;^suc do cette amblyopie n'est pas toujours aussi favorable, et liutchinson (1) rapporte des faits, dans lesquels, l'abus de tabac n'a pas été interrompu, et l'afFection s'est terminée par la cécité absolue. C'est pourquoi on doit être très-sévère dans les prescriptions qu'on donne à ces malades, et ce n'est pas la diminution de la quantité de tabac, mais une abstention complète et absolue de ce toxique qu'il faut recommander, autrement on ne peut pas être assuré de la réussite dans le traitement de cette affection toxique.

ARTICLE V

AMBLYOPIE MONOCULAIRE AVEC SCOTÔME CENTRAL.

Une seconde variété d'amblyopie nicotique, est celle que nous avons observéeet signalée pour la première fois en 1872, et dont le premier exemple se retrouve rapporté dans la thèse inaugurale du docteur Apostoli (2).

Chez ce malade, qui fumait beaucoup, le trouble delà vue se déclara dans un seul œil, sous forme d'un scotôme central, puis peu à peu, la vue baissa de plus en plus, le scotôme augmenta, et s'étendit sur tout le champ visuel, au point que la vue de cet œil se trouva complètement couverté, l'autre œil resta toujours intact. L'abstention complète de tabac amena une guérison complète, comme on peut en juger par l'observation suivante quej'emprunte à l'excellente thèse du docteur Apostoli. Cette amblyopie était accompagnée de douleurs névral-

(1) Hutchinson, Ophthalmic HosfAt. RnpoH.i, May i87G, p. 457.

(2) Apostoli, Den finiMyopim et nmiiuro.ieit ri'tréhrnlcfi smifs likio».'! visi/i/i:i ù rophtho/moifjope. l'aris, 1872, p. 50.

giques très-violentes occupant toute la moitié de la tête, et qui n'ont cessé qu'au moment où la vue est revenue.

Observation. — PaulMeugnot, Agé de -47 ans, garçon en librairie, habitant rue Tournefort, 25, Paris, se présenta à la clinique de M. Galezowski le l i mai 1872. Cet homme, d'un tempérament bilieux, d'unebonne santé habituelle, menant une vie active et laborieuse, se plaignit de voir trouble de l'œil gauche, depuis l'avant-veille seulement;n'ayant jamais souffert des yeux. Doué d'une très-bonne vue, il fut fort surpris, le i'i mai, en se réveillant, d'avoir un sentiment de gêne dans l'œil gauche et une perte sensible de la vue de ce côté; en fermant l'œil, il s'aperçut qu'il ne pouvait distinguer nettement les objets qu l'entouraient et qu'ils lui paraissaient confus, enveloppés par une sorte de brouillard .

Ces symptômes persistèrent toute la journée et grandirent encore ; ils se compliquèrent en même temps de douleurs névralgiques occupant toute la partie gauche de la tête, sans point fixe ni limite, mais donnant la sensation pénible d'une constriction générale et douloureuse de tout ce côté de la tête.

Le 14, il se présen'aà la clinique, et voici ce qui résulta de l'examen auquel il fut soumis :

OEil droit, normal.

Œil gauche : pupille large, dilatée, immobile; scotôme central peu large. — Champ visuel conservé. — A l'ophthalmoscope on ne trouve aucune lésion.

Le malade, interrogé sur ses antécédents, déclara ne pas boire, mais il avoua qu'il fumait beaucoup, de 30 à 40 centimes de tabac par jour, et même beaucoup plus quelquefois ; il fumait la pipe à court tuyau.

Il fut prescrit deux sangsues à l'anus; de plus un collyre à l'iodurede potassium pour bassiner l'œil. Le tabac fut proscrit d'une manière absolue.

Le 16 mai, le malade revint à la clinique, disant que son état avait empiré. — La vue était presqueabolie de l'œil gauche, tandis que le droit était toujours normal. — Le scotôme central s'était, en eil'et, considérablement agrandi; la partie péri-

AMBLYOPIE MONOCUUMRE AVEC SCOTOME CBNTRAK. 45

phérique, ou le champ visuel, était encore intacte, avait diminué très-sensiblcmeut.

Le 17. — Amaurose complète. Le malade ne distingue qu'avec peine de son œil le jour de la nuit, la présence d'une lumière ; il ne peut plus compter les doigts et ne distingue aucune couleur. — Toujours rien à l'ophthalraoscope. ^ Le 21 mai. —La vue était toujours abolie. On prescrit un gramme d'iodure de potassium.

Le 24. — Mêmeétat. Pour calmer les douleurs névralgiques, on prescrit des injections hypodermiques de chlorhydrate de morphine et on donne de l'ipéca 2 grammes, jusqu'à dose vomitive.

Le 26. — Le malade déclare que depuis le malin il a commencé à s'apercevoir d'une légère amélioration. — Il avait cessé complètement l'usage du tabac depuis la première consultation.

Le 31. — L'amélioration continue ; il commence à distinguer un peu les objets qui l'entourent ; il ne peut encore lire les gros caractères.

On renouvelle les injections de morphine. — La névralgie avait diminué.

Le 3 juin. — L'amélioration a marché avec une merveilleuse rapidité. Le malade peut lire même les caractères de moyenne grandeur; il distingue les personnes qui l'entourent; il ne se plaint plus que d'un léger brouillard ; les douleurs névralgiques calmées. Il continue à prendre l'iodure de potassium.

Le 7 juin. — Les névralgies ont totalement disparu. Le brouillard, qui subsiste encore devant les yeux, a tellement diminué que le malade nous dit pouvoir de l'œil malade reconnaître une épingle par terre.

Il est prescrit des frictions sur le front et les tempes avec : alcoolat de mélisse, 100 grammes, essence de térébenthine, 1 gramme.

A. la fin du mois de juin, la vue du malade était complètement revenue, sans que l'aumaurose qu'il avait éprouvée eût laissé aucune trace de son passage.

En présence de ce cas- remarquable, des habitudes anté-

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lieures du malade et de la cessation de l'amaurose après l'absteution complote de l'usago du tabac, le diaguostlc d'amaurose nicotiquc nous est imposé. — Ce c[ui l'orme la caractéristique et l'intérôt de cette observation, c'est l'invasion subite d'une amblyopie Cfui est arrivée au degré d'amaurose absolue dans l'espace de cinq jours, qui n'a envahi qu'un seul œil et qui a cédé complètement au bout de deux mois, après l'abstention complète de l'usage du tabac.

Nous devons avouer que ce fait doit être très-rare, puisque nous ne l'avons rencontré jusqu'à présent que deux fois.

L'intoxication nicotique générale peut survenir non-seulement chez les fumeurs, mais chez tous ceux qui absorberont le poison par quelque voie que ce soit. Ainsi, Tardieu rapporte des faits où les contrebandiers qui enveloppaient leurs corps avec des feuilles de tabac, ont été empoisonnés. Il en est de même des ouvriers qui travaillent dans les manufactures de tabac et qMi sont exposés à absorber toute la journée les poussières de la plante qu'ils manipulent. Tandis que certains d'entre eux éprouvent des phénomènes d'intoxication générale, d'autres n'accusent que des troubles visuels.

Les troubles de la vue peuvent tenir quelquefois aune simple irritation des conjonctives par des poussières corrosives, et alors il ne s'agit que de simples conjonctivites sans importance. Dans d'autres cas, les ouvriers éprouvent des troubles visuels dus à une amblyopie nicotique, semblable à celle que nous avons décrite chez les fumeurs.

L'observation suivante montre combien cette forme d'amblyopie diffère peu de l'amblyopie des fumem-s, et il n'y a que la dilatation des pupilles qui en constitue la différence.

Observation. — M. 0..., âgé de 36 ans, ouvrier de la manufactm-e de tabac à Paris, vint me consulter pour la vue au commencement de juin 1876. Il raconte que depuis plus de cinq ans, il éprouvait des migraines et des élancements dans la tête comme des coups de canif ; de temps en temps il était pris de coliques fortes qui duraient plusieurs jourSj accompagnées

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de nausées et de vertiges. Peu à peu sa vue commença à s'affaiblir, au point que depuis deux ans il aie peut plus ni lire ni écrire. Je constate, en effet, que son acuité visuelle est sensiblement dimi)iuée, et c'est à peine s'il peut lire les caractères du n" 1-2. Son champ visuel reste intact, et il distingue toutes les couleurs. Les pupilles sont larges et elles se cou-, tractent difficilement. A l'examen ophthalmoscopique, j'ai pu reconnaître une anémie des deux papilles, et des contractions spasmodiques des artères, et même des veines par place. Ainsi les branches supérieures artérielles de la rétine droite formaient de vrais varicosités ; dans le même œil les artères el les veines situés en bas et en dehors étaient devenues presque filiformes. Les mômes altérations, mais bien moins accentuées, s'observaient dans l'œil gauche.

D'après mes conseils, le malade changea d'occupation dans la même manufacture et il prit un emploi qui ne l'exposa pas il respirer la poussière nicotique, ce qui a contribué puisamment à amener sa guérison.

Si nous examinons dans leur ensemble tous les phénomènes oculaires que peut occasionner l'abus du tabac, nous pouvons en tirer les conclusions suivantes :

1° Que les troubles visuels occasionnés par le tabac ne sont pas graves, et qu'on obtient leur guérison, en mettant les malades à l'abri d'une nouvelle influence toxique.

2° Que les ouvriers qui travaillent dans les manufactures de tabac sont exposés à avoir des troubles visuels par absorption des poussières nicotiques. En conséquence une grande aération et des changements d'occupation doivent être quelquefois prescrits à ceux d'entre eux qui sont plus particulièrement exposés à l'al^orption des poussières et des vapeurs imprégnées de nicotine.

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