‹ Des amblyopies et des amauroses toxiques [electronic resource]Chapitre 16 sur 52 · CI-mOMOPSIE ou VISION COLORÉE · texte numérisé non relu

CI-mOMOPSIE ou VISION COLORÉE

Cette affection est caractérisée, comme on sait, par ce que certaines personnes voient des couleurs là où il n'en existe point.

Les substances vénéneuses qui contiennent des principes narcotico-âcres, telles que la belladone, la jusquiame et le stramonium, agissent sur l'appareil visuel central ou rétinien d'une manière toute particulière, en y provoquant des phénomènes de la vision colorée en rouge.

Tuffnell(l) rapporte deux cas, dans lesquels des baies de belladone furent avalées et ont fait voir tous les objets en rouge.

Le D"" Patouillet (2) assure que les personnes qui mangeaient des baies de jusquiame voyaient aussi tous les objets en rouge d'abord, puis écarlate, pendant plusieurs jours consécutifs.

Si la belladone et la jusquiame absorbées par l'estomac ont pu provoquer des phénomènes morbides ci-dessus indiqués, les alcaloïdes de ces mêmes plantes employés en collyres devaient produire les mêmes effets, surtout chez certains individus. Cela a en effet lieu dans quelques cas particuliers, comme nous verrons bientôt.

L'action de l'atropine sur la rétine dans les conditions ordinaires est presque nulle, du moins si on en juge par le nombre considérable des malades qui emploient le collyre d'atropine, et qui ne ressentent pas habituellement d'autres phénomènes morbides visuels que ceux qui résultent de la dilatation de la pupille et de la paralysie du muscle accommodateur.

(1) Tufnell. Dublin, médic. Press, Jaiuiary, 5, 1853, p. 2i

(2) Midlemore. Deseases of tlie eije, vol. II. p. 237.

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Mais il existe un certain nombre de malades chez lesquels l'atropine, employée même à des doses modérées, produit dès le début des accidents d'excitation rétinienne analogue à celle qu'éprou\ aient les individus qui avaient mange des baies de belladone. Ce sont des phénomènes de vision colorée^ et tous les objets qu'ils veulent fixer leur paraissent teints en rouge, rouge écarlate et rouge de sang.

Celte vision colorée ne dure pas habituellement plus que le temps que dure l'effet de l'atropine sur l'iris^ puis elle se dissipe complètement.

L'intoxication de la rétine par l'atropine se rencontre beaucoup plus souvent chez les personnes qui ont subi l'opération de la cataracte, que dans d'autres affections oculaires. J'ai observé bien souvent, chez mes opérés, ce phénomène de la vision colorée, dès le deuxième ou troisième jour après l'opération, si on était obligé, pour une raison quelconque, d'instiller quelques gouttes d'atropine par jour dans l'œil opéré. Les malades se plaignent de voir une tache rouge de sang devant l'œil, et tous les objets paraissent comme entourés d'une fumée rouge ; les doigts de la main, la figure qu'ils regardent, tout leur paraît rouge. Ce phénomène paraît quelquefois tellement prononcé, qu'il peut faire croire à l'existence d'un épanchement de sang daus la pupille ou dans le corps vitré. L'éclairage direct à l'aide de l'ophlhalmoscope démontre au contraire la transparence complète des milieux réfringents, et c'est alors qu'on est forcé d'admettre, par voie d'exclusion, l'intoxication atropinique.

Au commencement de l'année 1877, j'ai pratiqué une opération de la cataracte en viUe, avec le concours de mon excellent maître et ami le D'' Guéneau de Mussy, et de mes aides Parinaud et Despagnet. J'ai eule sorti du corps vitré, ce qui m'avait obligé d'employer le collyre d'atropine en instillation, 2 gouttes par jour d'une solution contenant 2 centigrammes pour 10 grammes d'eau. Dès le troisième jour, le malade fut pris d'accidents toxiques généraux, avec hallucination, dèlirOj et chaque fois que j'ouvrais ses yeux il me déclarait qu'il ne voyait que du rouge. Bien plus, il se plaignait ensuite de voir rouge mêmë

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qiumcl il avait les youx bandés, ce qui était une preuve certaine de l'intoxication atropiniquc.

Ces impressions colorées ne se dissipent pas toujours d'une manière aussi rapide, qu'on pourrait croire au premier abord, et j'ai vu chez quelques-uns de mes opérés, exceptionnellement il est vrai, la vision colorée rouge persister pendant trois, quatre et six mois après que rinslillation d'atropine a clé suspendue.

Ce phénomène morbide est gênant et désagréable, mais nullement dangereux, et il finit toujours par se dissiper peu à peu, sans qu'il y ait besoin d'employer des remèdes spéciaux pour cela.

ARTICLE II Amdlyopies atropiniques.

Mackenzie et ses traducteurs signalent le développement possible d'une amaurose absolu à la suite d'une instillation prolongée d'atropine. Ces faits peuvent se rencontrer, en effet, mais d'une manière tout à fait exceptionnelle, dans les yeux atteints de glaucome. J'ai observé, en effet, depuis longtemps, que le collyre d'atropine instillée une ou plusieurs fois dansl'œilglaucomateux, amène quelquefois une cécité absolue et d'une manière déOnitive. Nous avons vu avec le D'' Auguste Voisin une malade, dans sonsevvice de la Salpêtrièrc, atteinte deglaucome chronique, perdre subitement la vue des deux yeux, après que l'interne de service a instillé une goutte d'atropine. Tous les traitements sont restés sans aucun effet, lamalade resta complètement aveugle.

J'ai rencontré d'autres malades atteints des accidents glaucomateux peu accusés, anal définis et chez lesquels rinstillation d'atropine était suivie d'un abaissement notable de la vue. C'est pourquoi, nous pouvons aujourd'hui déclarer d'une manière po

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sitive que l'atropine est un poison très-dangereux pour les yeux yhuicomateux, et qu'il faut proscrire son usage toutes les fois iju'ou soupçonnera une afiection glaucomateuse.

L'instillation d'atropine dans les conditions ordinaires n'amène pas d'amaurosc, mais suivie d'un obscurcissement de la vue consécutif à une dilatation de lîi pupille et à la paralysie du muscle accommodateur. Le malade s'aperçoit d'un trouble de la vue au loin comme de près, les yeux sont éblouis par une trop grande quantité de lumière qui entre à travers une pupille dilatée, et les objets paraissait nuageux et dilatés à cause des images difluses que reçoit la réline.

Ces accidents peuvent même se produire après la simple application sui" la peau de quelqaes-unes de ces substances ; la cause de trouble de la vue dans ces cas est quelquefois difficile à découvrir, comme on peut en juger par le fait suivant, que nous avons observé ave le D'' Abadie Lagrave.

Obsertation. — Monsieur B.,., âgé de 28 ans, a été soigné par le D'' Guéneau de Mussy, Labadie-Lagrave et moi en 1873, pour une affection ataxique et une paralysie de la troisième paire. Sous l'influence du traitement énergique que lui on fait subir mes confrères, le malade guérit de tous ces accidents, lorsque huit mois après, tout d'un coup, savue se troubla d'une manière très-sensible pendant son séjour en Angleterre, ce qui le décide de retourner à Paris. A l'examen, j'ai constaté que ses deux pupilles étaient très-fortement dilatées, et j'ai cru rapporter ces accidents à la belladone. Le malade nia d'abord l'usage de ce médicament, mais des recherches minutieuses nous ont permis, à moi et à M. Labadie-Lagrave, de découvrir qu'il portait un emplâtre de belladone dans le creux de l'estomac contre les douleurs. La suppression de cet emploi a été suivie d'une prompte guérison de la mydriase et du trouble de la vue.

Galezovvski

DES AMDLYOPIES ET AMAUROSES TOXIQUES.

ARTICLE III Intoxication générahe et délire atropjnique.

L'aclion de l'atropine sur notre organisme est lellenient puissante que quelques gouttes , instillées régulièrement pendant cpielque temps dans l'œil, peuvent amener;des accidents plus ou moins graves d'intoxication générale. Ces faits ont déjà clé observés depuis longtemps. Mackenzic a vu une solution d'atropine prescrit comme collyre donner lieu à des hallucinations. Testelin a été appelé près d'un de ses malades qui avait été pris d'un accès de délire complet pour s'être introduit une goutte de collyre d'atropine entre les paupières.

Le professeur Richet a observé à la clinique de la Faculté un fait de plus intéressant dont j'étais moi-même témoin.

Un homme de 70 ans est opéré de la cataracte ; dès le lendemain on lui fait instiller une goutte par jour du collyre d'atropine ; quelques jours après, il est pris d'un gros furoncle au cou que le professeur incise.

Mais, à partir de ce moment, le malade est pris régulièrerement d'une fièvre avec délire très-violent qui dure toute la nuit. Au moment de la visite le malade est calme et n'a point de fièvre.

M. Richet pensa immédiatement qu'il s'agissait de l'intoxication belladonée, et comme c'était le soir justement qu'on instillait le collyre dans l'œil, c'était à ce moment là aussi, que l'absorption du poison se faisait.

On a fait donc suspendre le coUyre d'atropine, et à partir de ce moment tous les symptômes toxiques avaient complètement cessé.

Ici les accidents toxiques étaient accompagnes de fièvre périodique, et ce qui était difficile pour le diagnostic,on aurait pu attribuer ces accidents au furoncle dont le malade souffrait pendant quelques jours. Il n'y a que la périodicité des symptômes et l'absence de toute fièvre le matin qui ont permis de retrouver la cause de la maladie.

INTOXICATION UÉNÉnALE ET DÉLIRE ATHOPINIQUE. 67

Un fait non moins intéressant s'est présenté à mou observation sur un de mes opérés do cataracte. Un curé de village dans lu département dn Jura, est venu se faire opérer de deux cataractes en 1873.

L'extraction périphérique supérieure a été pratiquée sur les deux yeux, par moi, avec l'assistance de M. Remy, interne des hôpitaux, mais comme il en est résulté une iritis sur l'œil di-oit avec des couches corticales dans la pupille, j'ai dû instiller pendant plusieurs semaines le collyre d'atropine. Au commencement de 1874, le malade quitta Paris avec la vue rétablie sur l'œil gauche. L'œil droit était encore rouge et la pupille couverte en moitié par des couches corticales; le malade comptait les doigts de cet œil, mais il avait encore besoin de se soigner et surtout d'employer le collyre d'atropine, ce que je lui avais recommandé de faire pendant quelque temps après son retour à la campagne. Pendant deux mois les choses allaient bien, lorsqu'il a commencé à ressentir des faiblesses et des évanouissements une ou deux fois par jour. Informé de ces accidents nerveux, auxquels il n'a jamais été sujet etqui lui sont survenus d'une manière assez rapide, j'ai cru voir là des signes d'intoxication atropinique, et j'ai défendu en conséquence l'usage du collyre. Mon diagnostic était exact; quelques jours après les accidents nerveux ont cessé ; le brave curé voit bien des deux yeux et il a repris son service religieux.

Les accidents toxiques surviennent plus souvent chez les vieux que chez les jeunes;. ils prennent chez ces derniers une forme diil'érente. Ce sont des tremblements nerveux, malaise général, nausées et vertiges. Comme on peut le voir dans le cas suivant.

Observation. •- Mademoiselle Marion, âgée de 24 ans^ a été atteinte de granulations, en 1870, de l'œil droit, pour lesquelles je lui ai pratiqué l'excision du cul-de-sac conjonctival. Les cautérisations étaient continuées, de temps en temps, et la malade était presque guérie lorsque, le 10 mars, elle a été prise d'un abcès central de la cornée droite avec des douleurs névralgiques péiiorbitakes trôs-intenses. Je lui ai prescrit les sangsues et

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l'atropine à la dose de 2 centigrammes pour 10 grammes, à instiller toutes les heures une goutte. Au bout de dix jours de ce traitement,' elle a commencé à éprouver des faiblesses générales, surtout vers une heure de l'après-midi, et des vertiges, tremblement dans les bras, sécheresse delà gorge. La nuit, elle délirait et avait beaucoup de fièvre ; elle voyait tout- en rouge. Souvent, dans la journée, elle avait des nausées et la tête engourdie. Ces symptômes étaient évidemment dus à l'intoxication par l'atropine, c'est pourquoi j'ai suspendu l'usage de ce collyre, et j'ai ordonné d'appliquer des compresses opiacées sur l'œil. Dès le lendemain, il y a eu du mieux, et déjà, le 3 avril, j'ai pu constater le rétablissement complet de sa santé générale.

On voit, par cette observation, que malgré une faible solution d'atropine, l'intoxication peut avoir lieu en raisondes fi'équentes instillations.

Pour prévenir ces accidents, j'ai pour habitude de recommander aux malades de ne pas avaler la salive pendant une minute ou deux après chaque instillation, ce qui nécessairement empêche l'introduction de l'atropine dans l'estomac et son absorption.

Examinons maintenant les accidents morbides que provoque l'atropine du côté des différentes membranes externes de l'œil, lorsqu'on administre ce médicament dans le but thérapeutique, contreles kératites et les iritis.

ARTICLE IV Conjonctivite atropinique.

L'infmence pernicieuse de l'atropine sur l'œil se traduit ordinairement après un emploi de ce collyre plus ou moins prolongé, lorsque, pour combattre une inflammation lente et chronique de l'iris et de la cornée, on continue l'instillation

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d'atropine pendant des semaines et des mois entiers. Il se produit alors une irritation dans toute l'étendue de la conjonctive, depuis le rebord palpébral jusqu'au bord de la cornée ellemême, et qui se traduit par des symptômes inflammatoires des plus intenses, pouvant simuler soit des conjonctivites granuleuses, soit des ophthalmies graves internes.

Les symptômes qui caractérisent cette variété de conjonctivite sont très-intéressants à étudier:

1" L'œil devient rouge et se remplit constamment de larmes ; le matin les paupières sont collées par une sécrétion gluante, tandis que dans la journée on ne voit que des larmes s'écouler sur la joue, et irriter, par leur âcreté, la surface cutanée des paupières et de la joue correspondante.

2"^ La paupière supérieure est abaissée et l'œil est à demifermé ; la photophobie intense les empêche de s'ouvrir.

3" En examinant la conjonctive palpébrale, on y découvre des petites élevures sur toute la surface, analogues à des granulations. Ce sont ce que j'appelle des granulations fausses, qu'on distingue facilement des granulations vraies, néoplasiques et contagieuses, comme cela a été démontré par nous dans un autre article (1),

4° Le bord palpébral est ordinairement arrondi, renversé en dehors, le point lacrymal écarté du globe de l'œil, incapable d'absorber les larmes dont la sécrétion est exagérée. De là le larmoiement.

b° Mais les signes les plus caractéristiques de cette conjonctivite s'observent surtout du côté du globe de l'œil. Ordinairemont la conjonctivebulbaire prend une teinte toute particulière, jaune grisâtre ; elle est peu injectée, mais se couvre des petites élevures à demi-transparentes, en apparence gélatineuses. Par places ces élevures sont plus prononcées, dans d'autres endroits on les voit à peine.

C'est près du bord de la cornée qu'on les voit surtout se développer, elles y forment par moment des saillies très-marquées, et qui simulent môme des tumeurs épithéliales, comme on

(\) Recueil cTopht/ialmologie, 1874, article Granulations.

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Observation, — Madame P..., âgée de 60 ans, demeurant quai deâ Célestins, II, se présente à la consultation pour la première fois le 30 octobre 1874. Elle est atteinte d'une irrido-choroïdito de l'œil gauche.

Pendant quelque temps elle vient régulièrement, et grâce au traitement appoprié on constate une amélioration très -marquée. Elle cesse alors de se présenter, et comme le collyre à l'atropine l'avait fortement soulagée, elle continua, de sa propre autorité, à s'instiller tous les jours deux ou trois gouttes de ce collyre.

Mais en janvier 1875 l'œil gauche rougit et s'enflamme. Elle continue toujours l'atropine sans consulter personne ; parfois même il lui arrivait d'augmenter le nombre des gouttes, car, voyant le mal empirer, elle croyait bien faire d'agir ainsi.

Enfin le 22 mars 1873, effrayée des progrès de la maladie, elle se décide à venir à la consultation. Voici ce que l'on constate :

Toute la peau des paupières est le siège de nombreuses érosions dues à l'écoulement et au contact continuel des larmes. Le bord libre est rouge, ulcéré; les cils sont tombés. Les paupières sont rigides, un peu œdématiées. La conjonctive est le siège d'une inflammation remarquable. Elle est d'un rouge jaunâtre, épaissie, et infiltrée d'un liquide séreux. Cette infiltration est surtout visible au pourtour de la cornée, où l'on remarque un chémosis séreux très-prononcé. Toute la surface conjonctivale, mais surtout les culs-de-sacs présentent un aspect granuleux des plus manifestes. La cornée n'est pas indemne, car à la partie supérieure on peut constater un léger trouble, indice d'un défaut de nutritioi'». Malgré cet état inflammatoire, il n'y a point de suppuration. L'œil est seulement le siège d'un écoulement de larmes très-abondant.

L'ancienne affection (iiido-choroïdite) est guérie: la malade voit bien, et sauf la douleur locale occasionnée par la conjonctivite que nous venons de décrire, elle ne souffre plus. L'œil n'est pas douloureux à la pression.

6" Cette conjonctivite peut amener à la longue des désordres

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ti'ès-sérieux du côté de la cornée, si on no l'arrête pas à tenips. C'est ainsi que j'ai vu, chez quelques-uns des malades, des kératites superficielles, suppuratives, se produire et prendre un développement très-grave ; ce n'est qu'en cessant l'usage de l'atropine, et après avoir combattu avec énergie cette conjonctivite atropinique, que je suis parvenu à guérir la kératite.

Tels sont les symptômes de la conjonctivite, grave en apparence et qui guérit pourtant assez facilement si on reconnaît à temps la cause de la maladie, et si on éloigne promptement sou elTet désastreux. Malheureusement le médecin est souvent trompé par les apparences de la maladie première contre laquelle l'atropine a été prescrite, et ne se doutant point de son effet nuisible, rapporte toute l'irritation de l'œil à la perfistance delà maladie de l'iiis ou de la cornée. Plus il continue l'instillation d'atropine, plus l'œil devientrouge,pluslemalade souffre. C'est cette persistance de la maladie qui devrait éveiller toute l'attention du médecin, il doit examiner avec soin si ce n'est pas le médicament lui-même qui en est la cause, et c'est ce qui a souvent lieu.

Pour combattre la conjonctivite atropinique j'ai habituellemenl recours aux moyens suivants :

D'abord, je suspends, et d'une manière absolue, l'usage local des préparations belladonées, même à des doses des plus minimes et pendant des mois entiers. L'expérience, en effet, m'a démontré qu'après ces accidents l'œil supporte très -difficilement les plus faibles doses d'atropine. J'ai vu des malades guéris de ces conjonctivites, être pris des mêmes symptômes après une seule goutte d'atropine, instillée deux ou trois mois après la guérison complète des premiers accidents.

En second lieu, je soumets mes malades à l'usage régulier des douches de vapeur d'eau chaude, une ou deux fois pai jour pendant un quart d'heure, au moyen d'un appareil vaporisateur de Lourcnr.o. Ces douches rendent généralement la circulation plus libre dans les tissus, dont les fibres élastiques -ont contractées et diminuent par cela même l'inflammation,

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En troisième lieu, je cautérise pendant quelque temps la conjonctivite palpébrale, au moyen d'une solution forte de nitrate d'argent : 0,15 ou 0,20 centig. pour 10 grammes d'eau, tous les jours ou tous les deux jours. En suivant ces indications, on peut être sûr qu'on arrivera à enrayer la maladie.

Au premier abord, on peut êtx'e embarassé de faire des cautérisations des paupières avec le nitrate d'argent, lorqu'on a affaire à une maladie de l'iris ou de la cornée, et notamment lorsqu'on est appelé à soigner une iritis ancienne, qui s'est si mal trouvée de l'instillation d'atropine, ou lorsque les accidents atropiniques se sont développés dans un œil opéi-é, par exemple de cataracte, et non encore guéri. Néanmoins , on doit sans hésitation avoir recours aux moyens ci-dessus indiqués et cautériser les paupières aussi souvent que l'état des conjonctivites l'exige ; une prompte guérison de conjonctivite sera suivie d'une amélioration dans l'état de l'iris et de la cornée.

Voici l'observation à l'appui :

- Observation. — Madame M..., âgée de 38 ans, demeurant à Paris, a été prise au mois de janvier 1872 d'une inflammation de la cornée gauche (abcès de la cornée), pour laquelle elle a consulté deux oculistes connus à Paris. On lui a fait instiller l'atropine toutes les cinq minutes, une goutte pendant cinqmois. Elle allait mieux, lorsque de nouvelles'douleurs sont revenues, et alla consulter un autre oculiste très-distingué de Paris qui lui a fait mettre l'atropine et la poudre de calomel ; en même temps ii a fait baigner l'œil avec de la camomille chaude ; l'œil resta toujours rouge jusqu'à l'époque où elle est venue me consulter; le 1" décembre 1874.

Etat actuel. — L'œil est rouge et la conjonctive bulbaire csl boursouflée au bord de la cornée ; elle est jaunâtre avec do [letits grains disséminés sur toute la surface, la paupière inférieure est déviée et l'œil pleure. La cornée présente des taches blanches. La malade emploie constamment le collyre d'atropine, ce qui lui a amené ces accidents. Je lui fais prendre des douches

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do vapeur sur les yeux deux lois [lar joui- pendant une demiheure, et je remplace le coUjre d'atropine par un autre au sulfate de zinc. Ce traitement a suffi pour ramener la guérison au bout de trois semaines.

Mais les dillicultés de traitement deviennent très-grandes lorsqu'il s'agit d'un cas de blessure de l'iris, de la cornée ou du cristallin, où l iustillation du collyre d'atropine est indispensable, et pourtant, il existe une telle idiosyncrasie, qu'une seule goutte d'une solution faible d'atropine provogue des accidents signalés plus haut. Je n'hésite pas néanmoins, môme dans ces cas, à suspendre complètement l'atropine, et je' la remplace par les collyres légèrement astringents. Voici l'histoire de deux cataractes traumatiques, dans lesquelles l'usage de l'atropine a été nuisible, et dans le premier cas, là où l'extraction de la cataracte avec le corps étranger a été faite, on aurait pu penser qu'il s'était déclaré une iritis grave, tellementles accidents étaient intenses ; mais aussitôt l'instillation d'atropine suspendue, l'état de l'œil s'était amélioré.

Les deux observations suivantes démontrent l'utilité de ce traitement :

Observation." — M. .., âgé de 33 ans, ouvrier en ferronnerie, a reçu, le 13 avril 1873, une blessure sur l'œil gauche, par un éclat d'acier qui s'est détaché de l'outil en burinant. Les douleurs n'ont pris que quinze jours après, et elles ont duré six semaines, après quoi j'ai pu constater l'existence d'une cataracte molle complète, d'une teinte jaunâtre ; la plaie de la cornée était de 4 millimètres d'étendue ; l'iris est devenu jaune brunâtre. L'instillation d'atropine fut ordonnée ; le malade les employa depuis le mois décembre 1873, jusqu'au27février 1875. Il en est résulté la résorption complète de la cataracte, l'iris est devenu moins jaune, mais derrière la pupille dilatée, en haut f;l cil dedans, on aperçoit une tache blanche, déforme carrée, fi .xée loin à la périphérie de l'ancien cristallin résorbé, et qui n'est rien autre chose que le corps étranger. Le fond de l'œil est un peu trouble, par suite de flocons, et le champ visuel rétréci concenlriquement.

Depuis trois mois, je m'aperçois que son œil devient en plus rouge, les paupières gonflent, et l'on voit dans le cul-de-sac conjonctivaliuférieur, de même que sur le globe de l'œil, des élovures comme granuleuses ; l'œil est larmoyant et Irès-sensLble à la lumière. C'est le résultat de l'usage prolongé d'atropine. Dès le 2 mars, j'ai fait cesser l'atropine et je le remplace par le sulfate de zinc en instillation. J'ai dû, en outre, inciser le point lacrymal. Ce traitement a suffi pour faire cesser les accidents inflammatoires.

Observation. — M. Pelletier, âgé de 28 ans, ouvrier serrurier à Montmorency, reçut un petit éclat d'acier à l'œil gauche le 22 juin 187-4 ; il en est résulté une inflammation qui a duré plus de six semaines, et s'est terminée par une cataracte traumatique. Lorsqu'il est venume consulter pour la première fois, le 18 janvier de la même année, j'ai pu constater l'existence de la cataracte traumalique à moitié résorbée avec adhérence de l'iris à sa partie externe. La cornée présentait une tache cicatricielle dans la partie où le corps étrangeravait pénétré. llétait incontestable que le petit éclat d'acier était resté dans l'œil, et qu'il était fixé dans le cristallin, à l'endroit ou l'iris était adhérent à la capsule. L'intérieur de l'œil paraissait sain, d'abord parce que le malade distinguait à compter les doigts, et ensuite parce que tous les phosphènes étaient conservés ; l'œil n'était point rouge. Avant d'entreprendre l'opération, j'ai j)rescrit au malade le coUip^e d'atropme à la dose de 2 centigrammes pour 10 grammes, mais dès le lendemain l'inflammation très-intense se déclara dans le globe de l'œil et les paupières. J'ai fait cesser le collyre et l'œil a guéri. L'extraction de la cataracte par le procédé latéral est pratiquée par moi le 21 janvier sans accidents, le corps étranger est sorti avec la cataracte. Pendant les deux jours suivants le malade allait bien, mais comme il y avait quelques couches corticales dans la pupille, j'ai fait instiller dans rœil trois gouttes d'atropine far jour, et dès le lendemain l'œil était devenu rouge, les paupières enllées, ce qui faisait craindre une iritis. J'ai été forcé de faire cesser l'usage du collyre d'atropine et j'ai vu avec satisfaction qu'au bout

CONJONCTIVITE ATUOPINIQUE.

de dix jours d oxpectation et des purgatifs l'œil était guéri.

L'idiosyncrasiû est quelquefois tellement prononcée, que souvent une seule goutte d'atropine, instillée dans l'œil trois ou quatre mois après la guérisou de la conjonctive, réveille les mêmes symptômes inflammatoires.

Une malade atteinte d'un rhumatisme goutteux et soignée par MM. Richet et Hardy, fut prise d'une conjonctivite atropinique irès-intense, après qu'on lui a fait instiller pendant quelque temps le collyre d'atropineet d'ésérine alternativement pour son iritis. A l'aide des douches de vapeur, et des cautérisations des paupières, j'ai arrêté ces accidents inflammatoires ; lorsque, six mois après, j'ai fait mettre une goutte d'atropine dans l'œil pour combattre la rougeur péricornéemie, aussitôt la conjonctivite atropinique s'est déclarée, qui a du reste cédé promptement.

Ce fait prouve donc que ces idiosyncrasies peuvent persister longtemps, peut-être même elles ne disparaissaient jamais, ce que du reste l'observation ultérieure va nous démontrer.

Cette malade avait employé pendant quelque temps l'atropine et l'ésérine alternativement, et ehe avait remarqué que l'ésérine irritait ses yeux encore plus que l'atropine. Le fait est tout à faitexact queTésérine produit la môme irritation conjonctivale chez un certain nombre d'individus que l'atropine ; c'est pourquoi on doit suspendre son usage dès que l'irritation se produit.

ARTICLE V Abcès et ulcères de la cornée.

L'irritation que produit l'atropine sur certains yeux ne s'arrête pas seulement sur la conjonctive, mais elle se communique, quoique rarement, à la cornée. Il en résulte des abcès et des ulcères plus ou moins profonds qui sont très-tenaces, plus ha-

bituellemeiu superficiels, et qui se vasculariseut avec une extrême facilité.

Rien n'est plus diflicile que de reconnaître la nature de ces abcès, d'abord parce que cette aifection n'a rien de particulier, et ensuite à cause de l'usage même de l'atropine qui est un moyen si précieux dans le traitement des affections cornéennes en général, et qui ne devient nuisible que dans des caspardculiers, et je dirais même, tout à fait exceptionnels.

Voici quelques symptômes d'après lesquels ou pourra reconnaître l'affection atropinique de la cornée :

1° L'altération de la cornée ne se produit que bien longtemps après que la conjonctive est devenue malade. Par conséquent on trouvera, avec les abcès ou les ulcères de la cornée, l'étal tomenteux, granuleux, gris jaunâtre non-seulement de la conjonctive palpébrale, mais de toute l'étendue de la conjonctive bulbaire.

2° Il existe au voisinage de l'ulcère, et quelquefois tout autour de la cornée un bourrelet grisâtre vasculaire, qui simule l'épithélioma ouïes granulations néoplasiques.

3° L'atropine ne dilate que très-peu la pupille, et n'amène point d'amélioration à l'état de l'œil. Tout au contraire, chaque fois qu'on fait instiller une goutte du collyre d'atropine, il se produit une aggravation dans les symptômes morbides, l'œil pleure davantage et les douleurs périorbitaires deviennent plus vives et se prolongent plus longtemps.

On comprend dès lors que, pour combattre cette affection de la cornée, on doit renoncer d'une manière absolue aux préparalions atropiniques, et avoir recours à d'autres moyens, tels que des fomentations chaudes sur l'œil, et des dérivatifs de toute sorte.

J'ai pu remarquer, dansccs cas, des bons effets de l'instillation de collyre à la morphine et des fomentations chaudes sur l'œil faites avec une dissolution d'extrait aqueux d'opium.

AGGRAVATION DK L'iRITIS l'AU i/ATROPINE

ARTICLE VI Aggravation de l'iritis par l'atropine.

Je ne sais comment expliquer l'action nuisible de l'atropine sur l'iris et la choroïde, mais j'ai eu l'occasion d'observer plusieurs faits des plus bizarres.

Une malade atteinte depuis plusieurs mois d'irido-choroïdile plastique fut opérée par moi, le 29 octobre 1874, d'iridectomie avec succès ; l'inflammation disparut et la vue est revenue. Quatre mois après elle était prise des nouveaux accidents in- Uammatoires, et la cornée se troubla d'une manièJ'e très-sensible, l'iritis est devenu très-intense. Plus on lui instillait de l'atropine, plus son œil la faisait souffrir ; j'ai suspendu alors l'atropine, et je lui ai prescrit des fomentations chaudes, des sangsues à la tempe et des purgatifs, et l'œil a guéri. Mais, à chaque nouvelle instillation d'atropine, je voyait revenir les mêmes accidents inflammatoires, ce qui m'a décidé à proscrire complètement l'atropine. Aujourd'hui elle est complètement guérie.

Depuis j'ai rencontré plusieurs malades atteints d'iritis qui souffraient d'autant plus qu'on leurinstillait des gouttes d'atrojjine.

Il est alors nécessaire de suspendre d'une manière absolue l'atropine et d'employer plutôt le collyre à l'ésérine et le traitement antiphlogistique ainsi que le traitement à l'iodure de potassium.

ARTICLE VLI

Inflammation du sac lacrymal et déviation DU point lacrymal.

Depuis longtemps j'avais déjà remarqué que, chez certains

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individus, l'instillation d'alropinc amène dos altérations dans les voies lacrymales. En I8GG, j'ai fait une opération de" la cataracte par discision d'abord, et par extraction linéaire ensuite, chez une jeune femme, la sœurd'un fabricant d'instruments de chirurgie. Cette opération avait nécessité l'instillation fréquente du collyre d'atropine. Mais j'ai dû immédiatement suspendre l'usage de ce collyre à cause d'une vive inflammation du sac lacrymal; l'incision du point lacrymal et lecathétérisme ont sufH. pour arrêter ces accidents. La malade guérit de sa cataracte, mais comme on voyait dans la pupille quelque couches corticales, j'ai essayé de temps en temps d'instiller l'atropine. Après une seule goutte, les accidents du côté du sac lacrymal revenaient immédiatement avec la même intensité comme la première fois. J'étais forcé chez cette malade de renoncer complètement à l'usage de l'atropine.

Mais il y a des cas beaucoup plus compliqués et beaucoup plus graves, dans lesquels il est difficile de renoncer à ce collyre, comme cela a lieu dans des cas d'iritis. On voit alors survenir des accidents du côté du sac lacrymal, des vraies dacryocystitos aiguës et qui se terminent par suppm-ation, comme on peut en juger par l'observation suivante :

Observation. — M. M..., âgé de 76 ans, demeurant à Paris, me fut adressé par mon distingué confrère, le Bochin, le 28 janvier dernier, pour une iritis avec conjou clivite très-intenses, et qui avaient duré déjà plus de vingt jours. Des adhérences multiples rétrécissaient très-notablement le champ pupillaire. J'ai prescrit le traitement contre l'iritis : sangsues, etatropine à une dose élevée. Voyant ,aubout de quelques jours, que ce traitement restait sans résultat, et que l'inflammation de la conjonctive augmentait d'une manière très-sensible, j'ai dû cautériser les paupières, mais sans plus de succès. L'injection faite par le point lacrymal m'a démontré l'existence d'un rétrécissement sans la moindre inflammation du sac. Mais lemalade me déclara qu'à chaque instillation du collyre d'atropine, il Souffrait davantage dans le coin interne de l'œil ; j'ai fait diminuer le nombre des gouttes, mais cela ne l'a pas empêché de

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