AMBLYOPIE DES OUVRIERS EN BRAI
A l'examen ophthalinoscopique, la choroïde paraît grise ; la papille optique est blanc grisâtre, avec pigmentation péripapillaire sous forme de pointillé brun foncé. Les vaisseaux sont pâles et diminués de calibre.
L'observation suivante prouve que les troubles de la vision diminuent graduellement dans les années gui suivent la cessation du travail au brai.
Observation. — Chargeur et homme de cave pendant dix années. — Arablyopie, liéméralopie et photophobie.
Ancien chargeur et homme de cave pendant dix années, âgé de 70 ans, ayant quitté la fabrique d'agglomérés depuis plus de deux ans.
Pendant qu'il travaillait, démangeaisons et picotements de de la peau et pustules ; coryza abondant, nombreuses bronchites, avec crachement noir ayant persisté un an après la sortie de la fabrique. Il reste actuellement de l'asthme (juillet 1875).
Lors du travail, picotements des yeux, surtout à la chaleur et au soleil; affaiblissement delavueavechéméralopie, éblouissement pénible par une trop vive lumière : il s'est une fois perdu en plein soleil par suite de photophobie.
Depuis lors, sa vue s'améliore de jour en jour.
On voit par ces observations que les accidents oculaires, qui proviennent de l'intoxication par le brai, sont, dans la grande majorité des cas, fonctionnels, nerveux, sans qu'on découvre des lésions matérielles quelconques.
Le fait suivant, que nous empruntons aussi à M. Manouvrier, prouve que la cornée, la conjonctive et l'iris lui-même peuvent subir des modifications très-marquées sous l'influence de cette intoxication. Ce fait a d'autant plus de valeur, qu'il se rapporte complètement à un fait de même genre que j'ai observé moimême dans l'intoxication par l'aniline et la fuchsine, et comme ces dernières matières sont un produit delà houille, on cqmprend facilement que dans l'intoxication par le brai, c'est la fuchsine ou l'aniline probablement qui constituent le principe vénéneux actif.
Galezowski. 7
Voici cette observation de M. Manouvrier.
Observation. — Un homme de cave, âgé de 55 ans, travaillant depuis cinq ans dans les houilles, est atteint d'une mélanodermie caractéristique des ouvriers de la houille, porte à la racine de la verge un cancroïde pour lequel le D'' Manouvrier lui a pratiqué, en 1874, une opération par écrasement linéaire avec un succès complet et sans récidive.
Ce malade a été atteint, depuis son séjour à l'usine, d'une ophthalmie chronique caractérisée par une kérato-iritis avec conjonctivite.
D'après les renseignements qui m'ont été fournis depuis par Manouvrier, cette affection oculaire est restée stationnairo tout le temps que le malade resta à la fabrique, et elle ne s'est améliorée que lorsqu'il a dû suspendre ses occupations pour entrer à l'hôpital pour se soigner de son cancroïde.
Ce fait, à lui seul, n'est certainement pas assez concluant d'autant plus qu'on pourrait à la rigueur admettre une simple coïncidence ; mais, si l'on veut le rapprocher de celui que nous rapporterons plus loin, on verra qu'il n'y a rien d'invraisemblable, que l'intoxication houillère ait occasionné cette ophthalmie.
ARTICLE II
NYSTAGMUS DES MINEURS
Cette affection se rencontre assez souvent chez les mineurs, si on en juge parles observations rapportées par Mooren (1), A. Graefc (2), A. Dransart (3). Bile ne se développe qu'à un âge déjà avancé, alors que le miueur a travaillé dans l'obscu-
(1) Mooren, Opidhalm. Mitlhcil., Berlin, 1874.
{2)Graefect Saemiscli. Uandbuckd. Gesummcnten Augenhdlkunde, 1876. . (3) Dransart, Association française pour ravanoomoiU dos sciences. Sûanco tenue au Havre, le 23 août 1877.
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rité pendant de longues années. Les faits décrits par Graefe démontrent que le malade atteint de nystagmus, est repris du même mal, toutes les fois qu'il essaie de recommencer son travail.
Le nystagmus des mineurs présente les caractères spéciaux de périodicité et il apparaît surtout au moment où l'ouvrier a son regard porté en haut avec rotation de côté.
Ce phénomène est accompagné d'une certaine gêne et d'une fatigue de la vue ; les vacillements des glohes oculaires dans le nystagmus en général, sont inconscients, tandis que les mineurs qui en sont atteints voient les objets osciller, danser, et ils éprouvent, en conséquence, des étourdissements et des vertiges semblables au mal de mer.
Les mouvements oscillatoires des yeux ne sont pas semblables chez tous les individus, et quelquefois même on trouve des différences sur les deux yeux du même sujet. A. Graefe, rapporte une observation, dans laquelle le nystagmus de l'œil gauche accusait un mouvement oscillatoire suivant une éllipse horizontale, tandis que dans l'œil droit, l'œil décrivait une courbe elliptique verticale. Le nystagmus augmente dès que l'ouvrier regarde eu haut; il cesse ou s'atténue beaucoup quand le malade abaisse son regard.
Selon M. Dransart, chez les mineurs, le nystagmus est le résultat d'une simple myopathie, atteignant les muscles élévateurs, droit supérieur, petit oblique e' le muscle droit intei'ue. A cette myopathie s'ajoutent les troubles de l'accommodation, qui contribuent à augmenter l'oscillation des yeux, dès que le malade veut fixer un objet quelconque.
D'après Manouvrier (1) l'anémie des mineurs est une des causes les plus fréquentes des phénomènes morbides qu'éprouvent les ouvriers qui travaillent dans les mines d'Anzin.
Ces ouvriers ont déjà subi des troubles nerveux provenant de l'intoxication déterminée par l'absorption des gaz dilétères. Manouvrier a vu chez eux la dilatation des pupiles, l'emblyopie et une décoloration grisâtre do la choroïde.
Pour combattre ces symptômes graves de l'intoxication, et pour arrêter le développement du mysiagmus et des troubles
visuels, il faut soustraire ces individus à l'action du gaz morbifique et les laisser pendant quelque temps travailler au grand air.
ARTICLE III
ACCIDENTS OCULAIRES PROVOQUÉS PAR L'iNTOXICATION AVEC LA FUCHSINE ET L'ANILINE.
L'influence toxique de diverses matières colorantes que l'on obtient de la houille, n'est pas encore suffisamment connue, pour que nous puissions décrire exactement les phénomènes pathologiques qui en découleat du côté de divers organes de l'économie. Nous pouvons néanmoins avoir la certitude, que certains troubles visuels se rattachent à cet empoisonnement,
Tardien nous a montré combien est dangereuse pour la santé la teinture des étoffes en rouge par la coraline. Les recherches de Bergeron pour l'action d'aniline ne sont pas moins concluantes.
L'opinion publique aété très-vivement impressionnée par des faits, sur lesquels M. Ritter (de Nancy) a l'un des premiers attire l'attention. Il s'agissait d'unematière colorante, la fuchsine^ qu'on employait pour falsifier les vins. Les études faites depuis sur cette matière démontrent que son action prolongée sur l'organisme humain n'est pas exempte de danger.
On sait que la fuchsine est le résultat de l'oxydation de deux alcalis organiques : l'aniline et la toMdine, qui proviennent tous deux de la distillation delà houille; il résulte de cette action un corps nouveau, auquel on a donné le nom de rosaniline, incolore lui-même, mais capable de se combiner aux acides tels, que l'acide chlorhydrique, l'acide acétique, po .u- former des sels magnifiquement colorés qui constituent la fuchsine du commerce.