CHAPITRE VIII
[atrophie de la papille consécutive a l'intoxication mercurielle
Les accidents produits par l'introduction du mercare dans notre organisme sont de différentes sortes. Lorsque cette intoxication est le résultat de l'absorption de mercure par l'estomac, on voit apparaître des accidents du côté de la muqueuse du tube digestif, tels que colique mercurielle, diarrhée, gastralgie et gingivite ou salivation, Ces accidents s'observent habituellement chez les vénériens qui sont soumis au traitement me.'curiel- Ils sont sans gravité et guérissent facilement dès qu'on suspend l'emploi des préparations mercurlelles.
Mais les suites deTintoxication mercurielle sont beaucoup plus graves lorsqu'ils surviennent à la suite d'nne absorption chronique par la peau et les poumons chez les ouvriers qui travail- I mt le mercure, dans Tétamage des glaces, l'argenture et la dorure, etc.
L'absorption de mercure se fait chez ces individus d'une manière lente et progressive, leur teint devient paie, ils sont langniissants, leur parole, comme dit Grisolle (1), devient traînante et embarrassée, la marche est chancelante, les contractions des muscles sont involontaires, mal agitées, et il se déclare peu à peu un tremblement caractéristique mercuriel qui envahit «urtout les bras et les jambes.
C'est surtout par la voie de respiration que l'infection de jrgmisme a lieu, chez les individus qui par leur état sont jumis à l'aclion du métal très-divisé soit par la chaleur, soit If trituration et évaporation. Les étameurs, les metteurs au
(1) Grisolle, Traité fie palholorjic interna, t. II, p. 45.
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teili, les argeuLoiU'S, les miroitiers et les ouvriers en barornèlres sont surtout prédisposés à contracter ce tremblement qui j devient chronique et guérit très-difficilement. On le voit se déclarer dès la première enfau';e, et persister toute la vie. Généralemeat les ouvriers ne s'en inquiètent point, car ils n'en sont nullement incommodés.
Mais il arrive aussi que dans ce genre d'iutosication l'organisme tout entier s'en ressente et que le système nerveux cérébral ou spinal subisse une désorganisation plus ou moins profonde. Certains de ces individus sont pris de vertiges, fie maux de tête, de nausées et de vomissements; d'autres perdent la mémoire; d'autres, enfin, éprouvent des eucépiialopathies do toute sorte, des névroses et des amblyopies. Tous ces accidents surviennent chez les individus qui se trouvent sous l'influ.'nce des émotions morales très-vives, des chagrins et qui sont sujets aux excès alcooliques. Ces derniers accidents ne '^urviennen l 'labituellement que pendant la période de cachexie mercuriclle grave, qui heureusement n'arrive que très-rarement. Gbez ces individus, comme dit justement Grisolle, l'appétit se perd, les digestions deviennent pénibles, et elles sont aggravées par des diarrhées. Du côté des centres nerveux on remarque de l'hébétude et delà torpeur intellectuelle, quelques-uns de ces malades accuseui des délires maniaques avec des hallucinations.
Une altération aussi profonde de l'organisme peut dans certains cas, rares il est vrai, entraîner des altérations du côté des sens, et plus particulièrement du sens de la vue.
Les muscles de l'œil peuvent être affectés quelquefois d'un tremblement analogue à celui des bras et des jambes. On aura alors de la diplopie ou même un nystagmus. Lorsque, au contraire, le trouble visuel proviendra d'une altération des centres nerveux visuels, on verra alors se produire des amblyopies sans ou avec atrophies de la papille.
L'amblyopie mercurielle ne peut s'expliquer que par une sorte d'anémie spasmodique semblable à celle qu'on trouve dans toutes les autres intoxications, ou bien elle sera due à une névrite intra-crânienne ou encéphalite, consécutive à un dépôt de mercure dans la substance nerveuse.
INTOXICATION MEIICURIELLE. 141
Les amblyopies mcrcurielles sont suivies habituellement lésions appréciables à l'ophthalmoscope et qui sont tantôt : actériscos par une névrite optique, tantôt par une atrophie de la papille.
Le fait suivant que je viens de recueillir à ma clinique est des plus intéressants. Il se rapporte à un homme âgé de 55 ans, .et qui depuis son enfance travaillait le mercure dans largenîture et la dorure et qui depuis son enfance avait déjà subi ilïutoxication mercurielh!, car il éprouvait des tremblements dans les mains depuis cette époque. Sa vue, au contraire, ne se i troubla que depuis quelques mois, sans aucune autre cause ;problabIe que le mercurialisme.
Observation. — Atrophie de la papille gauche consécutive à . V intoxication mer curielle. — M. P..., âgée de 55 ans, orfèvre ' dans l'argenture et la dorure, emploie le mercure sous différentes formes et à des températures très-variées depuis son enfance. Son père faisait le même métier et il tremblait toute sa vie. Lui-même a un tremblement dans les mains depuis son enfance, mais depuis une dizaine d'années ce tremblement est devenu bien plus fort. En 1876, la vue de son œil gauche s'était légèrement affaiblie mais il n'y faisait point attention, et il ne se décida à venir me consulter que le d5 janvier )878. Voici ce que nous avons constaté chez ce malade en présence de M. le D'" Yvert et de M. Despagnet.
A l'extérieur, l'œil ne présente point de lésion, la pupille est normale, mais la vision est tellement affaiblie qu'il distingue à peine les gros objets S = J/lOO. Son champ visuel est normal, mais en face il existe chez le malade comme un scotome central à demi transparent. La perception des couleurs dans cet œil est affaiblie, il confond les nuances faibles et il confond le violet avec le brun. A rexamen ophthalmoscopique. nous trouvons que la papille optique est très-blanche, mais elle conserve un certain ■•-fréde vascularisation capillaire rosée., les contours sont diffus, jui fait supposer que cotte altération efjt le résultat d'une vrite optique.
Les vaisseaux centraux n'étaient nullement altérés et la pa-
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pille n'accusait nul! ornent cette teinte blanche nacrée, ou blauche-grisAtre que l'on constate clans une atrophie du nerf optique.
Nous n'avons trouvé dans les antécédents du malade aucune cause qui ait pu provoquer une amblyopie si ce n'est l'intoxication mercurielle. En conséquence nous avons recommandé au malade de suspendre pour quelque temps son état, de suivre un régime tonique Tortifiant. de prendre l'iodure de potassium de 2 à 3 grammes par jour et de prendre aussi souvent que possible des bains sulfureux. Ce traitement a produit des résultats on ne peut plus satisfaisants; sa vue s'est sensiblement améliorée, son acuité visuelle est meilleure au point qu'à la date du 25 juin dernier le malade pouvait distinguer les caractères n" 50 à 1 mètre de distance.
Ce fait me paraît présenter un intérêt tout particulier, et il démontre que la névrite optique avec son atrophie consécutive, rare en elle-même, ne présente pas de gravité analogue à celle, par exemple, qu'on observe dans l'intoxication plombique, et que soumise au traitement convenable à temps, elle peut être arrêtée dans sa marche.
Des troubles visuels produits par l'intoxication mercurielle sont cependant tellement rares, que Leber (I) doute même de l'exactitude de ces observations.
Nous ne trouvons dans la littérature ophthalraologique que deux observations des plus concluantes dont l'une surtout ss rapproche beaucoup de celle que nous publions plus haut.
M. Dyes (3) a vu guérir très-rapidement une amaurose mercurielle qui datait de plus de sept ans. M. Square (3), de son côté, décrit une forme de névrite optique des plus marquées provoquée par un empoisonnement mercuriel. Mon observation complétera de cette façon l'histoire de cette rare amaurose.
(1) Lebcr. Die Kranhheiten der Netzhaut und des Schnervcn {Handbuch der Gesammten Augenhelkunde, Bd. V, 2° h., p. 880).
(2) Dycs. Schnetie Heilunrj einer 7 juhrige,i Qucdcsilbev amauros. (Ha,m.
Zeitschr. f. prakt. Hcillc, n i ,i h '
(3) Square. Opt. neuHlis in connexion with „>enur-poi6omiuj {O/M/t. liosp.
Reports, \o\. VI, (.. 54).
UN CAS d'amblyopie carbo-sulfubîque.