‹ Des amblyopies et des amauroses toxiques [electronic resource]Chapitre 42 sur 52 · ARTICLE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

ARTICLE ADDITIONNEL

UN CAS d'amblyopie CARBO-SULFUniQUE,

Daus un de nos précécients articles sur les amblyopies toxiques, nous avons décrit certains troubles visuels qu'on rencontre chez les ouvriers qui travaillent dans les fabriques de caoutchouc soufflé.

Nous croyons utile de rapporter ici un nouveau cas d'amblyopie occasionnée par le sulfure de carbone. Il s'agit d'un ouvrier qui travaille depuis plusieurs années dans une fabrique de caoutchouc, et dont la vue s'est troublée depuis quelques temps. 11 est venu nous consulter ces jours derniers, et voici sou histoire recueillie par mon chef do clinique, M. Despagnet.

Observation. — Intoxication par le sulfure de carbone. — Amblyopie binoculaire. — Pierre Chapuis, 120 rue de Belleville, est âgé de 48 ans. Depuis deux ans il travaille dans une ,fabrique de caoutchouc soufflé. Jusquà cette époque sa santé était excellente. Fort, vigoureux, bien musclé, indemne de toute diathèse constitutionnelle, il avait mené une vie régugulière. Il ne fut jamais ni fumeur, ni buveur, et bien que son métier excitât grandement la soif, il n'a rien changé à ses habitudes de sobriété. Il passe la plus grande partie de ses journées les mains baignées dans le sulfure de carbone , car son travail consiste à plonger le caoutchouc dans ce liquide, et à l'y maintenir jusqu'à ce qu'il en soit bien imprégné.

Neuf mois après ses débuts dans cette fabrication, il commença à ressentir quelques fourmillements, quelques crampes dans les mollets. Ses jambes et la droite surtout devenaient raides, et leurs mouvements difficiles. Le malade parfois les sent fléchir et sa marche devient considérablement embarrassée; néanmoins il a toujours conservé la sensation du sol sur lequel il porte, et les foTirmillements, dès le début, ont toujours conservé le mémo caractère, et n'ont jamais été douloureux.

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Bientôt tous ces phénomènes s'accentuent, les mouvements des jambes deviennent de plus en plus pénibles; le malade perd SCS forces, pâlit, maisrit considérablement, et chaque jour vient ajouter à son dépérissement. Jamais il n'a épi'ouvé de céphalalgie ; mais son caractère a subi un changement complet. Gai et souriant, il est devenu triste et maussade. 11 y a quatre mois, le désordre des mouvements des membres inférieurs devint encore plus accentué, et il fat pris d'incontinence des matières fécales et d'incontinence d'urines. Ce dernier accident a cessé depuis un mois seulement, grâce à un régime tonique et reconstituant auquel on l'a soumis.

Les yeux, dont la vision de loin et de près avait toujours été excellente ne devaient pas échapper à cette intoxication générale. Il y a trois mois, tout d'an coup sa vae s'affaiblit et puis diminua progressivement pendant deux mois. Depuis cette époque l'état de la vision reste stationnaire. Dès les premiers jours, il ne peut plus lire sou journal. Pendant la journée il est fortement ébloui, surtout quand il passe au soleil, et il peut cà peine se conduire. Dès qu'arrive la nuit, sa vue semble s'éclaircir, et il se condui^t avec beaucoup plus de facilité. C'est èn quelque sorte une espèce de nyctalopie relative qu'il présente. Néanmoins, il a continué son travail machinalement, conduit bien plus souvent par l'habitude que par ses yeux. Jamais il n'a éprouvé de douleurs dans les yeux ou dans les tempes, 11 se présente à la consultation de la rue Dauphine le 17 avril dernier.

La première chose qui nous frappe, c'est sou état cachectique. U est grand, maigre, décoloré, les joaos creusées, les pommettes saillantes. On dirait un individu atteint, depuis des années, de quelque mal incurable. Sa marche ressemble à celle d'un paralytique; il porte ses jambes raides on les croirait ankylosées; leur masse musculaire est réduite de moitié. Bien qu'il se fatigue vite, le malade peut cependant marcher les yeux ' fermés - il peut s'arrêter brusquement, sans que son corps menace de' tomber soit en avant soit en arriére. Pas de tremblement dans les membres supérieurs, qui eux aussi sont diminués de volume. La sensibilité au tact, à la température, a la douleur est normale sur toutes les parties du corps, lous les

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mouvements, quoique lenLs, sont possibles. Il n'y a pas de paralysie de groupes musculaires, pas de trépidation épileptoïde.

Jamais le malade n'a eu le moindre trouble gastrique; pas de troubles intellectuels, la mémoire seule est affaiblie. On ne trouve rien à l'auscultation de la poitrine et du cœur; les urines sont normales.

Les yeux ne présentent rien à l'extérieur, les conjonctives, les cornées sont saines; les pupilles sont pareilles, physiologiques, et se contractent facilement. Tous les mouvements des yeux sont normaux. A l'examen ophthalmoscopique, on ne trouve aucune altération soit dans la rétine, soit dans la choroïde ; le cristallin et le corps vitré sont transparents Les pupilles, seules, sont pâles et anémiées, surtout dans leur moitié externe. L'anémie parait plus forte à droite qu'à gauche. Les pupilles ont cependant conservé une légère teinte rosée. Leurs bords sont parfaitement nets, les veines d'un calibre normal ; les capillaires à peine visibles à l'image renversée et les artères sont rétrécis.

L'acuité visuelle est notablement affaiblie, le malade ne peut même pas lire le caractère n° 12 de l'échelle typographique, et aucun verre n'améliore la vision. La vision au loin est impossible. Le malade voit tous les objets recouverts d'un brouillard gris blanchâtre, et il ne peut reconnaître une personne à trois mètres de distance. La nyctalopie relative, que nous avons déjà signalée, existe plus forte que jamais. La faciale chromatique est également altérée. On observe chez lui le phénomène décrit par nous sous le nom de contraste successif des couleurs. Enfin, symptôme très-important à noter, car, à lui seul, il suffit pour faire le diagnostic différentiel d'avec l'atrophie de papille, malgré une diminution si notable de l'acuité visneWe, le champ visuel périphérique est no7^mal. De plus tous les symptômes que nous venons de mentionner s'observent au mime degré dans les deux yeux.

On conseille au malade d'abandonner immédiatement son état, pour n'être plus exposé à l'intoxication par le sulfure de carbonne qui a amené de pareils désordres, et que d'alleurs le m?ilade lui-même se plaît à reconnaître comme cause de tous (jalezowski. 10

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les accidents qu'il éprouve. Ou lui ordonne de prendre deux pilules par jour de phosphure de zinc ainsi formulées :

Phosphure de zinc 0,003 milligrammes.

Extrait mou de quinquina Q. s.

De plus, il fera tous les soirs des fi'ictions sur le front et les tempes avec la pommade de strychnine à la dose de 0,10 centigrammes pour 10 grammes de vaseline blanche.

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