AMAUROSE DÉTERMINÉE PAR LE VENIN DU SERPENT
Ces accidents ne sont jusqu'à présent que très-peu connus; en Eiu'ope on n'a pas généralement l'occasion de voir ces sortes de morsures, mais dans les Indes, dans l'AniBrique du Sud, où les accidents de morsures sont fréquents, on trouve des individus qui ne meurent pas de suite de morsures des animaux vénimeux, mais qui sont pris au bout de quelque temps d'accidents nerveux de toute sorte ainsi que d'amblyopie ou d'amaurose.
Notre éminent collaborateur et ami, le D''Lourenço, duBrésil a attiré, à juste titre, l'attention des praticiens, sur ce sujet intéressant à plus d'un titre (1).
Le plus grand nombre de ces morsures ne cause pas, dit-il, de résultats désastreux, car pour la plupart elles sont faites pai' les serpents non vénimeux. Parmi les morsures venimeuses, au contraire, il y en a un certain nombre quisontmortelles, d'autres qui provoquent des états morbides prolongés se compliquant dans certains cas des troubles oculaires.
On connaît la variété très-grande d'accidents provoqués par le venin des serpents : les uns sont purement locaux et aboutissent à des abcès et à la gangrène; d'autres, au contraire, sont plutôt généraux et se traduisent par la fièvre, faiblesse générale, tremblement musculaire, abattement et découragement, trouble de l'intelligence, désordres gastro-intestinaux, hémox'rhagie des muqueuses, etc.
Lourenço a vu un malade mordu au pied par un serpent, et
(1) Lourenço. De Famaurote déterminée par le venin du serpent. {Recueil fjCOphthalmolorjie, 187.5, p. 10.
1S4 DKS AMBLYOPIES ET DES AMAUROSES TOXIQUES.
qui vomissait le sang, et chez lequel toutes les muqueuses de même que les conjonctives sécrétaient le sang déjà au bout d'une demi-heure après la morsure.
Le D^' Amaral, qui exerce dans la province La Para (Brésil), déclare avoir rencontré nombre de fois des malades atteints de cécité à la suite de morsure des serpents.
Le fait observé par Lourenço est des plus intéressants et des plus instructifs. Un nègre, âgé de 24 ans, fortet robuste fut mordu parunsepentà sonnettes, au gros orteil du pied gauche. Il voulut marcher mais, il n'a pas eu do forces, il perdit tous les sens et avait vomi du sang. Pendant un mois le malade était en proie à des maux de tête et à des insomnies, la vue se troubla onsuitepeu à peu. Lourenço l'examina àl'ophthalmoscope et ne constata que do la congestion dn la papille, qui est devenue normale comme il résulte des examens répétés fails par Lourenço et Guvéa. L'amaurose persista pen lant quatre mois sans aucune modifica'.iou, puis le malade succomba à la suite de la petite vérole.
Cette amaurose ne peut être expliquée que par une hémorrhagie qui est survenue, très-probablement dans le centre optique pcndaut la [lériodedes vomissements, et des sécrétions sanguinolentes de toutes les muqueuses. L'épanchement sanguin a été suivi d'un ramoliisicmcnt centrifuge qui amena une destruction de tout le centre visuel, sans que la lésion ait en le temps de se propager j iisqu'à la papille optique.
CTAPITREXI.