SUR L'ACTION PHYSIOLOGIQUE ET THÉRAPEUTIQUE DU CURARE SUR L'ŒIL
La première partie de ce travail a été consacrée à l'étude d'amblyopies et d'amauroses occasionnées soit par l'usage immodéré des poisons, soit à la suite de certaines idiosyncrasies.
Actnellement nous nous proposons d'examiner l'action physiologique et thérapeutique des médicaments et des poisons sur l'œil, tels que le curare, la santonine et la strychnine.
L'action physiologique du curare sur l'organisme animal est très-bien connue depuis les belles z-echerches de Claude Bernard (1).
L'action thérapeutique a été étudiée, au contraire. bien~plus tard, par Voisin et Liouville, et ils ont consigné leurs recherches dans un travail communiqué à l'Institut en 1866, dont le résumé se trouve reproduit dans la Gazette Hebdomadaire (2).
De notre côté, nous avons eu l'occasion d'observer l'action de ce poison surtout chez plusieurs malades des hôpitaux de Paris auxquels on avait fait des injections hypodermiques du cm"are dans le but de combattre les difTérents accidents nerveux.
Nous avons trouvé aussi des renseignements ti'ôs-précieux à ce sujet dans les travaux de Pelikan, et de Vulpian dans son cours du Musum sur le système nerveux de 1865.
(1) Cl. Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses, Pari», 1857.
(2) Vobin ni. Lioiivillr. lil iule sur le mir/ire. Paris, 18GG.
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L'action physiologique du curare ressemble un peu à celle de la strychnine, commel'ontdémontré Marlin-Magron et Buisson , mais elle en diffère aussi beaucoup. Ainsi, les petites convulsions cloniques et les tremblements musculaires, flbrillaires, soit localisées, soit généralisées, que l'on observe dans l'action de la strychnine, n'existent point dans le curare. L'ensemble des phénomènes produits parla cuvarisation, c'est le frisson avec tous les phénomènes de la fièvre, comme disent avec raison Voisin et Liouville, avec augmentation de la température, accélération du pouls, etc.
Cette accélération de la température est accompagnée d'une injection considérable de la face tout entière et des globes des yeux en particulier.
Les yeux, en effet, deviennent très-rouges, injectés, pendant toute la durée de l'action du curare et il y a là comme une sorte de parésie des vaisseaux, ce qui amène une sorte de stase passive.
Claude Bernard et Vulpian avaient remarqué un autre phénomène oculaire résultant de l'action du curare sur les yeux des animaux, c'est la dilatation de la pupille. Elle varie d'intensité, tantôt elle est plus prononcée, tantôt moins, et ce que Voisin et Liouville ont très-bien observé, c'est que la mydriaseest précédée et suivie alternativement d'une contracture myotique, et on voit là se produire comme de vrais phénomènes convulsifs avant que la mydriase devienne définitive.
L'action du curare se porte aussi d'une manière presque constante sur les nerfs moteurs de l'œil. Les fonctions deces nerfs se trouvant affaiblies d'une manière plus ou moins sensible, il en résulte, d'une part, la diplopie avec déviation directe, soit en dehors, ce qui indiquerait la paralysie de la troisième paire, soit le strabisme convergent par suite de la paralysie de la sixième paire.
Nous devons ajouter cependant que c'est la troisième paire qui est plus fréquemment atteinte par la curare, et elle est accompagnée en même emps d'un certain degré d'exophthalmie.
Le curare a été employé chez des hommes, pur Voisin et Liouville sous la forme et aux doses suivantes :