‹ Des amblyopies et des amauroses toxiques [electronic resource]Chapitre 46 sur 52 · ACTION DU CUIIAUE SUR L'OEIL · texte numérisé non relu

ACTION DU CUIIAUE SUR L'OEIL

Ils ont fait des injections hypodermiques en commençant par deux dixièmes de milligramme et puis ils augmentaient successivement les doses de 1 milligramme, de sorte qu'au bout de quelque temps ils sont arrivés sans aucun danger à employer d'abord milligrammes, puisl centigramme et progressivement jusqu'à la dose de 18 centigrammes en injections hypodermiques chez les épileptiques et dans le tétanos.

Plusieurs de ces malades qui ont été soignés par Voisin et Liouvilie ont été pris d'accidents oculaires analogues à ceux que nous avons décrits plus haut, et nous avons été à même de juger par nous-même combien les phénomènes de la diplopie par la paralysie de la troisième paire, l'exophthalmie et la rougeur du globe oculaire étaient prononcés.

Chez une malade de M. Voisin, de la Salpètrière, je les ai vus persister pendant plus de trois semaines, mais chez aucun de ses malades la paralysie n'est restée permanente.

Cette action toute particulière du curare sur les yeux est très intéressante à noter, elle démontre que ce poison peut agir d'une manière toute locale et bien limitée sur le centre moteur de l'œil. Peut-être arrivera-t-on un jour à utiliser cette propriétépour combattre certaines affections spasmodiques des muscles de Tœil etdela face, de l'orbiculaire palpébral etc., des affections ordinairement si tenaces et contre lesquelles nous n'avons jusqu'à présent que peu de ressources.

Nous avons commencé à faire des recherches sur les lapins avec le docteur Mangin, au sujet de l'action du curare instiUé sous forme du collyre dans l'œil et nous croyons intéressant di communiquer ici les résultats de nos recherches.

Voici une notice détaillée sur les expériences faites par le D'" Mangin au sujet de l'instillation du curare dans l'œil.

Le 14 avril, instillation de 5 gouttes d'une solution de curare au millième, en 3 fois, à 10 minutes d'intervalle chaque fois.

Examen de l'œil pendant une hmre, toutes les 10 minutes.

Rien à noter, ni dans la pupille, ni dans la papille.

Le 18 avril. Instillation dans l'œil droit d'un lapin d'une solution de curare au centième.

à 9 h, 1 goutte.

Total en 1 heure 1/2 14 gouttes instillées tous les quarts d'heure envh-on.

Ce n'est qu'à la 5° instillation et à la 9'^ goutte, après 1 heure, qu'en comparant bien les deux papilles, on constate manifestement dans l'œil curarisé une pâleur, une anémie existant surtout à la périphérie de la papille, dans tout son pourtour interne. Tandis qu'on voit à gauche une coloration rosée trèsfranche qui occupe environ un 1^5 du rayon de la papille, à droite dans l'œil curarisé, ce pourtour est blanc, opalescent comme le centre.

A 10 heures 1?2 (1 heure 1;2 après le commencement des instillations) ce phénomène s'accentue très-nettement et déplus on peut affirmer que la papille est moins riche, du côté curarisé eu petits vaisseaux centraux, cérébraux, que l'autre papille.

L'examen cphth. a été fait des deux côtés de 10 en 10 minutes.

Le cœur, d'abord à 180 pulsations, est tombé à 172.

Mais le lapin semble se fort bien porter.

Rien dans le diamètre de la pupille.

Conclusions. — 14 gouttes instillées en six fois, en une heure et demie amènent au bout d'une heure une anémie de la papille avec disparition ou diminution de calibre de quelques petits vaisseaux centraux.

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