‹ Des amputations et des résections chez les phthisiquesChapitre 11 sur 19 · LII. — mort 2 ans après de phthisie · texte numérisé non relu

LII. — mort 2 ans après de phthisie

LUI. — mort 3 ans après de phthisie.

Si nous relevons l’époque il laquelle ces opérés sont notés comme guéris, ou mieux l’époque à laquelle ils ont été perdus de vue, nous voyons que, pour la plupart, c’est après quelques mois, 7 à 8 mois en moyenne ; quelque temps à peine après l’achèvement de la cicatrisation, laquelle même n’est pas toujours complète, surtout pour les résections. Or, que deviennent tous ces opérés? Restent-ils complètement guéris à la fois de leur affection locale et de leur affection générale ? ou bien l’opération n’a-t-elle amené qu’un temps d’arrêt dans l’évolution de la tuberculose, laquelle au bout de quelques mois, quelques années évolue de nouveau et les tue.

Si nous nous en rapportons aux quelques faits, dans lesquels les opérés ont été suivis pendant plusieurs années, on voit qu’un certain nombre d’entre eux, sortis « guéris » de la main du chirurgien, succombent, quelques mois ou quelques années après, à une nouvelle poussée tuberculeuse.

Dans l’observation III, l’opéré va bien, engraisse; au bout d’un an survient une hémoptysie qui démontre que l’affection pulmonaire, bien que guérie en apparence, n’est point éteinte.

Dans les autres, la mort arrive 2, 4, 7 ans après l’opération. Ce n’est évidemment point cette dernière qui est responsable de ce résultat à date fort éloignée ; mais toujours est-il qu’elle n’a guéri que l’affection chirurgicale et n’a que retardé l’évolution de la tuberculose. Quant à ceux qui' sont restés guéris, ce sont surtout ceux qui ont été perdus de vue. Mais que sont-ils devenus un an, deux ans apres 1 nous l’i gnorons. Auront-ils une récidive ? le fait est possible, témoin

les deux observations suivantes, qui montrent combien une statistique exacte sur ces résultats est difficile, sinon impossible à obtenir.

Un garçon de 34 ans (obs. l)(entre le 25 janvier 1873 dans le service de M. Verneuil pour une ostéo-arthrite du pied gauche, avec des signes de tuberculose au début. M. Verneuil l’ampute ; il sort le 17 juin 1874, l’état local et l’état général sont excellents. M. Cadeau (1) qui, dans sa thèse, rapporte l’observation, le range parmi les cas de guérison. Or, deux ans après, M. Bernard (2) nous donne la suite de l’observation de ce malade qui de nouveau est entré chez M. Verneuil avec une, ostéite de la colonne vertébrale. La phthisie fait chaque jour des progrès rapides et la mort est certaine. Ainsi voilà un opéré qui est placé d’abord dans les cas de guérison, et qui, s’il eût été suivi pendant deux ans, eût été mis à la colonne des morts.

Autre fait : un malade de 28 ans (obs. 2) se présente avec une ostéo-arthrite suppurée tarso-métatarsienne, il existe en même temps quelques signes de tuberculose. On l’ampute. La plaie se cicatrise, l’état général s’améliore, il sort guéri. Pendant trois ans, il va bien. Au bout de quatre ans, il revient avec un abcès du moignon, des trajets fistuleux, etc; l’état général est peu satisfaisant, les signes de tuberculose sont très- nets. Il guérit de nouveau. On l’envoie à la campagne. On le revoit l’année suivante la guérison se maintient. En sera-t-il toujours de même et ne verra- 1- on pas quelque jour une troisième récidive? Peut-être pas, s’il reste à la campagne et s’il observe une excellente hygiène.

Tous ces faits démontrent, à notre avis, qu’il ne faut pas

(1) Cadeau. Loc. cit., p. 16.

(2) Bernard. Résultats opératoires chez les scrofuleux. Tli. Paris, 1875, p. 45.

trop vite accepter ces faits de guérison complète. Nous ne nions nullement que ce résultat soit possible, mais tous ces opérés ont été perdus de vue trop rapidement pour que nous ayons une confiance absolue dans les résultats tels qu’ils nous sont fournis. Les quelques faits que nous avons cités précédemment doivent nous engager à montrer cette réserve.

La guérison est néanmoins possible, nous en sommes convaincus ; mais, nous le répétons, c’est là l’exception. Dans les conditions dans lesquelles on opère et surtout dans les conditions de thérapeutique et d’hygiène consécutives dans lesquelles se trouvent après l’opération la plupart de ces sujets, nous pensons qu’il est prudent de ne pas compter sur un pareil succès.

Que l'on cherche parmi les anciens amputés qui se présentent journellement dans les hôpitaux, combien il y en a qui ont été quelques années auparavant amputés pour une tumeur blanche ; que l’on cherche combien d’entre eux étaient tuberculeux au moment de l’opération ; on n’en trouvera que fort peu, si même on en trouve, qui soient complètement guéris. Ou bien ils sont morts, ou bien ils se présentent avec une récidive locale ou générale.

Il faut, en effet, savoir que non seulement les opérés de la catégorie qui nous occupe sont de tuberculeux, mais qu’ils sont aussi des scrofuleux.

Or, on sait très bien aujourd’hui, depuis les travaux de M. Verneuil et de ses élèves, MM. Clipet, Eonnet, Cadeau, Bernard, ce que deviennent les scrofuleux après les amputations ou les résections.

On s’est illusionné en proclamant l’excellence des résultats des opérations qu’ils subissent comme heureux par le seul fait qu’elles n’entraînent pas une mort rapide. Mais au lieu de tpnir compte des résultats immédiats, qu’on recherche les

résultats éloignés, et on verra que si l’on obtient ordinairement un succès opératoire, ce n’est qu’exceptionnellement que l'on observe un succès thérapeutique. < Le bistouri supprime aisément les lésions, dit M. Yerneuil (1), mais il ne modifie guère la maladie constitutionnelle. »

On ampute un scrofuleux pour une tumeur blanche, l’atfection locale guérit ; mais c’est dans une autre jointure que se manifeste bientôt la maladie constitutionnelle. La thèse de M. Eonnet, celle de M. Bernard en abondent d’exemples; nous-mêmes en avons observé dans le service de M. Verneuil un cas remarquable que nous consignons à la fin de ce travail.

Ce n’est point en France seulement que ces observations ont été faites; en Angleterre, sir James Paget (2), en Allemagne, Billroth (3), en citent des exemples. Ce dernier s’exprime ainsi : Je m’aperçois malheureusement qu’un grand nombre de ceux qui, après des années de souffrances, avaient quitté l’hôpital dans un état de santé parfaite, y reviennent au bout de un ou deux ans avec une carie d’autres os ou une tuberculose pulmonaire pour ne point le quitter. Je n’ai pas encore été à même de dresser une statistique étendue de l’issue définitive des maladies osseuses et articulaires, mais je crains fort qu’elle ne soit plus défavorable qu'on ne semble le croire généralement. »

Nous conclurons donc en disant que :

1° Jusqu’alors on n’a guère obtenu que des succès opératoires.

2° Jusqu’alors l’insuccès thérapeutique a été la règle et le succès l’exception.

(1) Rapport à la Soc. de chir., juin 1875.

(2) Loc. cit., p. 11.

(3) Éléments de pathologie chirurgicale générale, 1878, p. 479.

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