CONCLUSIONS GÉNÉRALES
I. — Jusqu’alors les résultats de l’intervention chirurgicale chez les phthisiques ont été mauvais.
Jusqu’alors on n’a guère obtenu que des succès opératoires.
Jusqu’alors l’insuccès thérapeutique a été la règle, le succès, l’exception.
II. — Les amputations ont donné une mortalité moins grande que les résections.
III. — Les amputations, dans les cas où elles se terminent parla mort, tuent ordinairement rapidement, à l’inverse des résections qui tuent lentement, mais plus sûrement. La raison en est dans l’ablation brusque d’un foyer de suppuration, d’un exutoire.
De là on peut déduire :
Qu’il faudra préférer l’amputation à la résection.
Que si on se décide à amputer, il faudra, à tout prix, faire sur la poitrine une révulsion énergique, ce qui n’empêchera pas d’agir par le traitement général.
Que dans ces conditions, on pourra employer alors les procédés et les pansements qui tarissent rapidement la suppuration, en guérissant plus vite et plus sûrement la plaie d’amputation
IV. — Dans les amputations la cicatrisation complète s’observe dans un certain nombre de cas.
Dans les résections, c’est l’exception.
Le plus fréquemment la cicatrisation complète n’est pas obtenue. La suppuration a continué jusqu’à la mort de l’opéré, ailleurs les malades ont été perdus de vue.
Existe-t-il localement des tubercules qui entretiennent la suppuration ? C’est une question à étudier.
Les complications observées ont été : la conicité du moignon, la perforation du lambeau par l’extrémité osseuse dénudée, nécrosée, plus rarement la gangrène des lambeaux, l’hémorrhagie. Les complications inflammatoires, érysipèle, lymphangite, etc., sont rares.
La fièvre traumatique est faible ; elle peut ne pas exister.
V. — Dans l’arthrite tuberculeuse primitive l’intervention n’est pas indiquée d’emblée, l’infection secondaire n’est pas fatale, la guérison est possible.
VI. — Les insuccès opératoires dépendent surtout du mauvais état général et du mauvais état viscéral du sujet.
Les insuccès thérapeutiques dépendent surtout des mauvaises conditions hygiéniques consécutives.
VII. — Les moyens d’améliorer ces résultats sont, les uns préventifs, les autres thérapeutiques.
a. Les moyens préventifs consisteraient à soigner énergiquement la scrofule dès ses manifestations premières, à éviter, dès lors, l’apparition des tumeurs blanches.
Pour cela, la création d’hôpitaux de scrofuleux, réunissant l’hygiène intérieure : aliment, vêtement, thérapeutique interne, etc., et l’hygiène extérieure, c’est-à-dire l’air pur et en particulier l’air maritime, permettra seule d’éteindre le mal dès sa racine.
b. La tumeur blanche existe-t-elle? les malades seront
soignés comme les précédents, en y joignant toutes les règles de la thérapeutique articulaire.
Il faudrait donc multiplier les établissements analogues à celui de Berck- sur-Mer, où les résultats obtenus sont déjà fort importants.
c. Le sujet est-il scrofuleux et tuberculeux ?
Ou bien il est curable. Il y a encore espoir de le guérir sans opération par la thérapeutique médico-chirurgicale et l’hygiène.
On pourrait joindre à l’air maritime l’influence favorable des climats du midi, peut-être d’Algérie.
Ou bien il est incurable. Il sera placé et traité comme tel dans un hospice, ce dernier réunissant toutefois les meilleures conditions possibles de salubrité et d’hygiène.
VIII. — Même dans ces conditions, une seule indication d’intervention nous paraît formelle. La douleur excessive et incoercible.
IX. — Si la thérapeutique précédente est impossible à appliquer, l’abstention est moins formelle.
On aura d’autant plus de chances de succès que l’opération sera plus hâtive. En supprimant le foyer de suppuration, on supprime une des causes d’épuisement.
11 faudra se conformer aux règles formulées plus haut, conclusion III.
Dans ces conditions, l’opération n’est jamais que palliative.