CHAPITRE PREMIER
SYMPTOMATOLOGIE
Fréquence, intensité, date d'apparition des lésions f
La symptomatologie des muscles au cours des maladies générales chroniques n’est pas «une», elle est variable dans ses formes et ses degrés. Et d’abord il nous faut l’envisager relativement à sa fréquence.
Peu de malades ont des déterminations musculaires prédominantes sur la maladie première et apparaissant à son début ou dans sa période d'état, avant cachexie. En parlant de la sorte, nous ne tenons pas compte d'un certain degré d’amaigrissement inséparable de l’évolution d’une maladie installée dans l’organisme et qui poursuit son cours. Mais une fois arrivée à la période de cachexie, il est presque constant, au moins pour les cas où la cachexie est profonde et rapide, comme dans les dernières périodes du cancer ou de la tuberculose, il est presque constant, disons-nous, de voir les muscles sérieusement touchés.
Cependant, ici encore, il faut distinguer. Les cas
qu'on à pu lire plus haut se rapportent tous à des mala-
des où l’altération musculaire était particulierement prononcée, sauf quelques-uns cités comme des cas de ‘lésions légères.
Il s’agit d’un choix de malades, tous ne présentant pas les altérations en question. C’est dire qu’au point de vue musculaire, tous les malades ne sont pas égaux devant la maladie.
Et cela n’est pas seulement parce que beaucoup d’entre eux sont emportés au cours de leur affection par une complication amenant un dénouement brusque, mais parce que la maladie a pour certains sujets des localisations spéciales pour les muscles, indépendamment du degré de maladie sous les autres rapports.
Prenons un exemple : De deux tuberculeux ayant les mêmes lésions pulmonaires et même cachexie sous tous les autres rapports, le système musculaire:sera plus malade chez l’un que chez l’autre ; la maladie frappera particulièrement les muscles de l’un et les respectera chez l’autre. 14 à |
Ce fait est plus facilement constaté au point de vue anatomique qu’à celui de la symptomatologie, l'aspect extérieur du système musculaire n'étant pas toujours en relation avec ce qu’on trouvera sous le microscope: Ainsi donc dans la même maladie, toute chose égale d’ailleurs, les muscles sont plus où moins frappés, suivant les sujets. Le fait n’a rien de surprenant si l'on considère qu’il se produit pour les autres organes,
"Dans les nombreuses autopsies de tuberculose que nous avons pu faire pendant deux ans à l’hôpital Laënnec, où ce genre de malades abonde, nous avons pu nous rendre compte de l'inégalité, de la diversité d’aspect que peut revêtir la tuberculose des poumons à côté de la forme commune, et constater que ce qui peut se dire des muscles peut se dire d’autres organes. Ainsi quelquefois la maladie générale touche parti=
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culièrement le rein, sous la. forme de néphrite parene chymateuse, tandis que le tubercule n’atteint pas la seconde période dans le poumon.
‘On constate alors une albuminurie marquée, de la bouffissure diffuse, une pâleur extrême, de la dyspnée, avec les symptômes d’une induration à l’un des sommets, et l’aspect du malade, primitivement tubereuleux, est surtout celui d’un brightique.
D’autres fois, avec quelques tubercules conglomérés au sommet du poumon et des tubercules disséminés, le tout masqué par d’autres lésions d’emphysème, de bronchite, de congestion œdémateuse, on rencontre de la dyspnée, de la cyanose sans amaigrissement, de l’œdème aux membres inférieurs, de l’ascite, et l’autopsie montre une hypertrophie et une dilatation du cœur.
Le malade avait conservé de l’embonpoint. Il meurt avec les symptômes de l’asystolie. Il ressemble à un cardiaque qu’il est, mais secondairement à la tuberculose pulmonaire qui a débuté et ouvert la série des accidents par des hémoptysies, comme s’il devait s'agir
‘dune forme vulgaire.
D’autres fois encore, le poumon est à peine touché relativement à la tuberculose abdominale qui s’accompagne d’ascite et ressemble dans ses symptômes, sinon dans sa marche, à une cirrhose atrophique du foie.
Nous pouvons ajouter encore que la maladie, revêtant la forme commune avec de grandes cavernes, s’accompagne souvent de fièvre, de résorption putride, de dégénérescence graisseuse ou amyloïde du foie et des reins, et présente tous les symptômes de la septicémie.
Enfin nous avons vu un cas de tuberculose chronique, touchant presque exclusivement le système séreux, la plèvre, le péritoine, le péricarde, presque sans lésion des poumons et de l'intestin.
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. Des cas semblables ont été reconnus et tonne par d’autres (1). ;
Ces exemples permettent de concevoir que le SYStème musculaire, lui aussi, puisse comme les reins, comme le cœur, être tout particulièrement affecté dans certains cas sous l'influence de la tuberculose.
Les muscles de tel ou tel malade, à la premiére période de la tuberculose (tubercules sans ramollissemènt), pourront présenter l’amaigrissement et l’atrophie qu’on ne voit d'habitude qu’à la période ultime d’une cachexie prononcée. Et par contraste les muscles pourront être particulièrement épargnés chez tel autre.
Sous l'influence de la même maladie arrivée à une même période, les muscles sont différemment touchés chez les divers sujets. |
En partant de là, on peut concevoir encore que le système musculaire soit lésé dans les degrés les plus variables au cours des maladies qui nous occupent, et comment nous avons dû, après autopsie, laisser de côté les observations de beaucoup de malades où nous avions pensé pouvoir trouver des Eee qui n’existaient pas.
Quant aux causes de ces sortes d’immunités et de prédispositions, elles seront traitées à l’occasion de la pathogénie. |
Au sujet de la répartition des lésions musculaires, on peut dire qu'elles sont en général diffuses, ce qui est en rapport avec la cause qui les produit. Le système musculaire est frappé tout entier par l’amaigrisse-
-sement, la faiblesse, l’atrophie. Certains muscles ..seraient plus prédisposés, d’après la statistique de Fraenkel (2), qui du reste ne porte que sur les mus-
(1) VIERARDT.
(2) Fraënkez, Archiv. für Anatomie und Physiologie. 4-XXIII. D 166.
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cles dans la tuberculose. D’après lui, les muscles alté- “rés, par ordre décroissant, seraient : ceux de la cuisse, le diaphragme, ceux de la jambe, du dos, du ventre, de l’éminence thénar, le masséter, ceux du cou, du thorax. Pour notre part, au milieu de l’amaigrissement et de l’atrophie portant sur l’ensemble, nous avons souvent remarqué la prédominance des symptômes sur l’un ou l’autre des membres inférieurs, permettant de juger par comparaison, ou sur les membres inférieurs par rapport aux supérieurs par exemple. Mais dans les cas où les lésions sont précoces, elles se localisent souvent à un membre ou à un groupe musculaire, la parésie ou l’atrophie survenant avant l’amaigrissement général prononcé.
L’intensité de la lésion est des plus variable, nous lPavons dit, mais il faut encore remarquer à ce sujet que l’atrophie peut aller très loin et dépasser, comme nous l’avons vu en particulier dans un cas de cachexie cancéreuse, le degré de lésion observée dans les muscles de l’éminence thénar, dans un cas d’atrophie musculaire progressive du type Arau-Duchenne bien caractérisée, et arrivée à une période avancée de son évolution.
Quant à la période où apparaît le trouble musculaire dans les maladies chroniques et générales, à retentissement sur le système des muscles, on peut établir une double distinction. Le fait est même assez important pour qu’au milieu des formes multiples et diverses qu'on peut observer, il soit possible de classer en deux catégories, correspondant à la période d'apparition des lésions, la totalité de nos observations.
Dans la première catégorie se rangent les lésions survenues avec le progrès même de la maladie, les symptômes observés du côté des muscles évoluant pa- “rallèlement aux autres symptômes.
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Dans la seconde catégorie se placent les lésions prédominantes dans le système musculaire, se montrant d’une façon précoce, dans un temps plus rapproché du début de l'affection générale.
Dans le premier cas, la lésion des muscles est le résultat de la cachexie qu’elle accompagne ; dans le second, l’état de marasme est caractérisé essentiellement par la lésion des muscles.
Cette distinction fondamentale paraît justifiée par l'observation clinique, mais il faut remarquer que les lésions rangées dans l’un ou l’autre de ces deux groupes, présentent encore bien des dissemblances entre elles et comporteraient d’autres divisions.
Il est impossible de tracer un tableau bien exact et général en même temps de la symptomatologie des lésions musculaires, étant donnée la grande multiplicité des formes et localisations qui se produisent ; mais il est possible de réunir les caractères généraux les plus fréquents.
On verra du reste dans les observations qui précèdent, les symptômes de chaque cas, mis en regard des lésions histologiques.
Diminution du volume
La diminution du volume des muscles est tantôt appelée amaigrissement, tantôt atrophie ; mais la limite entre les deux états n'est nullement tranchée. Dans des cas d’amaigrissement notable avec cachexie, on rencontre, en effet, des fibres musculaires qui sont résorbées presque complètement, dont il ne persiste plus que les gaines, avec quelques noyaux ou quelques restes de substance striée fragmentés et en voie de résorption, et cela à côté de fibres réduites au sixième de leur volume, de tissu conjonctif proliféré et remplas
çant les fibres détruites. Telles sont les lésions vraiment dignes du nom d’atrophiques qu’on peut rencontrer dans des cas simulant l’amaigrissement général. Mais on peut dire que le degré d’altération n'existe le plus souvent que dans quelques muscles, et que le terme d’amaigrissement ou mieux d’amaigrissement atrophique, convient encore dans ces cas pour exprimer la généralité des faits.
: La part que prend le système musculaire à la dénutrition dans lès maladies aiguës ou chroniques est considérable; en cela le tissu contractile se rapproche du tissu adipeux si vite résorbé. ro
L'aspect extérieur des malades permet d'évaluer l’état de macilence musculaire et les anciens médecins en avaient été frappés, comme le montrent les expressions suivantes qui nous servent à retracer le tableau de l’amaigrissement cachectique.
- « Le cou est tortueux, effilé, difficilement mobile, « paraissant comme tendu; les doigts grêles, les articu- «. lations grosses ; on n’en voit plus que les os, toutes les « chairs en sont consumées. Les ongles deviennent cro- « chus. La partie ventrue des doigts se parche et s’apla- « tit, et perd par le dépérissement sa rondeur et «tension, et c’est ce qui donne cette forme aux ongJles, « Car ces Corps, quoique naturellement solides, s’affais- « sent, la portion charnue de l'extrémité des doigts « n’existant plus pour leur servir comme de repos et de. « point d'appui. Le nez pointu, aminci, les pommettes « saillantes, les yeux excavés... la partie mince des «. joues rentrée et serrée contre les dents, ce qui donne « l'apparence d’une personne qui rit; tout le corps « prend l'aspect d’un squelette, car la même maigreur, «. le même décharnement s'observent partout. Les mus- « cles des bras disparaissent, il ne reste plus du sein « que le mamelon, les côtes deviennent visibles, non