RÉSULTATS
L'opération par elle-même n'ayant aucune conséquence grave, si elle est faite asepliquement, et si les sutures tiennent parfaitement comme elles doivent tenir, quels sont les résultats qu’on est en droit d’obtenir ?
Avant de les discuter, noas tenons à protester contre un reproche fait au principe de la méthode. « Le malade, a-t-on dit (Brunswic, thèse Paris, 1896), gagne quelques mouvements et perd ses muscles péroniers, — cereproche a trait à l’observation de Nicoladoni — une infirmité succède à une autre. » Ceci est sans fondement, puisque le malade de Nicoladoni (voir observation) a recouvré l’extension du pied et que jamais son talus ne s’est changé en équin.
Si le même auteur à raison de dire qu’en anastomosant un muscle sain à un muscle paralysé, on nedonne pas un muscle de plus, mais une esquisse de mouvement, nous estimons que seule cette esquisse de mouvement vaut la peine d’être recherchée, puisque les résultats obtenus par Nicoladoni, Ghillini, Drobnik, Phocas, Piéchaud et les nôtres viennent confirmer et non infirmer le procédé. C’est d’ailleurs la récupération du mouvement disparu, qui fait l'originalité et le mérite de la méthode et la met au-dessus de la ténotomie simple et de l’arthrodèse.
Quels sont donc les résultats plus ou meins éloignés qu'on a obtenus de cette méthode ? Ils sont plus ou moins heureux suivant le cas, et la raison nous dit
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que les conditions antérieures à l’opération feront seules sa plus ou moins grande réussite.
En effet, il faut compter avec les cas : il y a des variétés de pieds-bots paralytiques, depuis le pied-bot ballant, où tous les muscles sont atrophiés, jusqu’au pied-bot produit par l’atrophie d’un seul muscle.
Les résultats varient avec la gravité de la déformation elle-même, suivant que la déformation conviendra plus ou moins à l’opération de Nicoladoni. Tous les cas ne sont pas passibles de cette méthode, il ÿ en a de spécialement favorables, ceux dans lesquelsla paralysie est limitée à un ou deux muscles au maximum et dont les muscles voisins des muscles paralysés et possédant les mêmes fonctions générales sont restés sains.
Les exemples de ces cas sont nombreux dans la littérature chirurgicale, leur publicité fait seule l’historique que nous avons fait de la méthode. Tous les cas qui ont été publiés depuis Nicoladoni jusqu’à ceux de Piéchaud et Bergognié rentrent dans cette catégorie de pieds-bots, où la paralysie s’est limitée à un ou deux muscles ; c’est le triomphe le plus complet du procédé. |
Les résultats sont brillants et rapides, disent les chirurgiens, et nous, nous y ajoutons : permanents.
MM. Piéchaud et Bergognié, dans leur communication au Congrès de chirurgie de Paris, octobre 1897, après avoir exposé les résultats brillants et rapides qu’ils avaient obtenus, n’osaient affirmer s'ils se maintiendraient, les résultats étaient trop récents pour pouvoir oser une telle affirmation.
Plus heureux, nous pouvons dire que le résultat
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acquis est bien acquis. En effet, si nous nous en reportons à l’observation III, voici ce que l’on constate quand on a revu le malade un an après l'opération, c’est-à-dire après un laps de temps suffisant, il nous semble, pour prétendre avoir acquis une certitude de guérison.
« Actuellement, un an après l’opération, le malade marche bien d’aplomb sur la semelle plantaire. Depuis six mois, il ne porte pas d'appareil et le varus n’a aucune tendance à se reproduire.
« L’équinisme ne peut guère se reformer, puisque les deux bouts du tendon d’Achille ont été définitivement séparés l’un de l’autre : et d’ailleurs, l’extension du pied se fait de façon suffisante par la contraction des fléchisseurs des orteils et du jambier postérieur. »
C'est là un cas magnifique, dont les résultats brillants suffisent à préconiser la méthode. Mais est-ce à dire qu’il en sera de même toujours et partout ?
Non, à côté du cas spécialement favorable, exemple le précédent, il y en a d’autres plus difficiles : ceux où les tendons à anastomoser sont éloignés les uns des autres.
Dans ces cas, la longueur du chemin à parcourir pour affronter les deux bouts tendineux qu’on veut suturer crée à elle seule toute la difficulté.
Enfin, il nous reste à citer ces cas très complexes, dont nous avons déjà parlé dans notre travail ; nous voulons dire les pieds-bots ballants, c’est-à-dire ceux où la paralysie a atteint et anéanti tous les muscles.
On comprend que le procédé ne soit pas applicable dans ces cas. Voilà la raison qui nous a fait glisser
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sur ce sujet quand nous avons eu à en parler dans tout le cours de cette thèse.
Il est donc admis, et de nombreux cas de la littérature médicale le confirment, qu’on obtient de beaux résultats par la méthode de Nicoladoni, résultats qui seront plus ou moins bons, du reste, suivant la gravité et l’étendue des paralysies du membre. Mais il n’est pas douteux qu'à conditions égales, la méthode ne soit bien supérieure à la simple ténotomie. Elle empêche mieux que celle-ci leretour des déviations corrigées, s’oppose activement aux récidives et donne un résultat fonctionnel des membres bien plus satisfaisant.