PRINCIPE ET HISTORIQUE DE LA MÉTHODE
Nicoladoni a été le premier à tenter /e remplacement de la fonction d'un muscle paralysé par la fonction d'un muscle non paralysé. Le principe de la méthode à laquelle on a donné son nom est aussi simple que le raisonnement qui engagea ce chirurgien à tenter une opération nouvelle : « Essayer d’actionner le tendon d’un muscle paralysé par un muscle resté sain » voilà toute la méthode. Nicoladoni, en 1882, publia le premier l’observation d’un malade guéri par cette opération, il transplanta les, péroniers sur le tendon d'Achille. é
Le monde scientifique ne sembia pas remarquer cette opération nouvelle ; elle ne paraît pas avoir joui d’une grande faveur tant en France qu’à l'étranger, au point même que, dans nos recherches, nous avons trouvé que, douze ans plus tard, en 1894, Winkelmann (In. Deutsche Zeitscher f. Ch. XXXIX) publiant l’observation d’une jeune fille de six ans, chez laquelle il avait suturé les tendons des longs péroniers atrophiés :
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au tendon d'Achille, qui était actionné par un triceps sural resté sain, se réclame de la nouveauté du procédé.
Quoiqu'il n’ait pas paru de travail sur ce sujet,raison qui a décidé Monsieur ie professeur agrégé Rochet à nous inspirer notre thèse, nous nousempressons de dire que l'opération de Nicoladoni a été pratiquée par plusieurs chirurgiens, en Europe eten Amérique surtout, et nous allons donner chronologiquement le résultat de nos recherches, heureux si nous avons pu faire un historique complet de ce sujet nouveau.
L'opération de Nicoladoni est de 1881. Après lui, cinq ans plus tard, Hencke et Von Hacker répétèrent la même opération (1886).
En 1892, Parrisch pour un pied-bot paralytique fit l’anastomose du muscle extenseur du gros orteil qui était sain avec le muscle jambier antérieur qui était paralysé.
Phocas, chirurgien de Lille, fut le premier en France à pratiquer l'opération. Ayant à faire en 1893 à un pes valgus paralytique, il fit la transplantation du tibial antérieur sur l’extenseur propre du gros orteil (Revue Orthop., 1893).
La même année, un autre chirurgien français, Cerné, publia dans la Normandie médicale, une observation concernant. un malade, qui avait un varus equin d’origine paralytique. Après avoir fait la ténotomie du tendon d'Achille, il y sutura les tendons des extenseurs des orteils.
L’année suivante, en 1894, deux observations furent publiées en Allemagne. Winkelmann anastomose les
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longs péroniers qui étaient atrophiés au tendon d’Achille, resté sain. (/n Deutsche Zeitsch. f. Chirurg., XXXIX. 1.2. In. Sem. méd., 95). En Amérique, Phelps présentait au mois d'avril, à l’Académie de. Médecine de New-York,un malade atteint de pied-bottalus, chez lequel il avait fait le raccourcissement du tendon d’Achille ; puis voyant que les fléchisseurs des doigts et le tibial postérieur n'étaient point paralysés, il coupa les longs fléchisseurs des doigts et le tibial postérieur et les unit au tendon d’Achille.
L'auteur conclut qu’il a fait une bonne opération, puisqu'il a obtenu des résultats excellents. Avant l'opération, le malade ne pouvait pas en marchant toucher le sol de ses doigts. (/n. Acad. méd., New-York, avril 1894, 7n. Revue Orthop., 1894).
En 1895, Ghillini, dont on lira l’intéressante observation plus loin, obtint un excellent résultat chez un garçon de 14 ans (/n. Centralblatt für Chir., avril, Sem. méd., 1895).
Environ à la même époque, un autre chirurgien allemand, Franke, publie deux cas bien intéressants. Il s’agit de deux enfants porteurs de pieds-bots paralytiques. Chez l’un, la paralysie avait frappé les péroniers latéraux et les extenseurs des orteils. Chez l’autre, tous les muscies de la jambe étaient atteints, sauf le tibial antérieur.
Le chirurgien fit la ténotomie du tendon d’Achille et l’'anastomose du bout périphérique de l’extenseur des orteils, sectionnés à quelques centimètres au-dessus de l’articulation du pied avec le tendon du tibial antérieur. Fixation du pied-bot en flexion dorsale, par
une attelle plâtrée. Le résultat fut satisfaisant dans le 2° cas : le rétablissement de la fonction existe, il n’y a pas d’équinisme. (/n. Arch. für Klin. Chi. LIL. 1. D' Rochet, Lyon Médical, 22 août 1897).
Au mois de décembre de la même année en Amérique, le docteur Joel-E. Goldthwaite, de Boston, publiait quatre cas de pieds-bots, qu’il avait traités par les anastomoses tendineuses et se dit satisfait des résultats obtenus.
Un an plus tard, 1896, la méthode de Nicoladoni, c'est-à-dire l’anastomose ou, comme on l'appelle encore à l’étranger, la transplantation tendineuse, se modifia légèrement entre les mains du chirurgien allemand Drobnik.
Ce chirurgien ne fit pas seulement une transplantation de tendon à muscle, mais des muscles entre eux ; les résultats obtenus par lui semblentet lui donnent même raison. En effet, ce chirurgien donne une statistique de 16 cas traités par lui et, dans les 16 cas, il a obtenu de très bons résultats. Dans 15 cas, il s'agissait de paralysie de la jambe; dans e 16°, le plus beau comme résultat et voilà pourquoi nous le citons, il y avait une paralysie totale des muscles de l’avant-bras et de la main, sauf les deux radiaux externes. Drobnik obtint le rétablissement des mouvements d'extension des doigts, par la transplantation du premier extenseur radial, sur l’extenseur commun des doigts et d’une partie du second radial sur le long extenseur du pouce. Quand nous discuterons, dans la suite, les mérites de l’opération de Nicoladoni, nous dirons notre opinion sur ce sujet. (/n, Deut. Zeils., f.
Chir., XIII. 4. 5. Sem. Méd., octobre 96; Dr Rochet, Lyon Médical, 22 août 97).
De nos jours enfin, 1897, la question a été repriseen France, après un silence de quatre ans, par M. le professeur agrégé Rochet qui nous a inspiré notre travail et dont on trouvera les idées exprimées aussi fidèlement que possible dans cette thèse, et par deux professeurs de la Faculté de Médecine de Bordeaux : MM. Piéchaud et Bergognié, qui ont fait une communication à ce sujet au dernier Congrès de chirurgie de Paris (Octobre 1897).
MM. Piéchaud et Bergognié font connaître quatre observations de valgus paralytiques, avec localisation au jambier antérieur. L’anastomose du muscle paralysé avec l’extenseur propre du gros orteil a donné quatre résultats immédiats excellents.
Dans un cas même qui était grave, puisque déjà la nucléole interne se rapprochait du sol, ie pied a pu être redressé. Et après avoir donné leur opinion sur la manière d'opérer et les cas susceptibles d’être opérés ainsi, objet du chapitre suivant, ces auteurs ajoutent: « Les résultats sont trop récents pour savoir s'ils se maintiendront». Cctte crainte est-elle vaine ou fondée? C’est là toute la question pour l'intérêt du malade.