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le massif de montagnes qui s'étend depuis l'Océan jusqua la mer Méditerranée, habitaient un grand nombre de peuples portant des noms différents et très-barbares :
les principaux étaient les Vettons, sur le Duero; les Artabres, à la pointe nord-ouest; puis les Astures et les Vascons, placés à la droite de ces derniers, et qui venaient jusqu'aux sources de l'Èbre.
Là se trouvaient les Callaici (KaXXaixol), placés par conséquent au nord des Celtibères. Ils furent les derniers peuples de ces montagnes qui se défendirent contre les Romains, au temps d'Auguste. Brutus, leur vainqueur, en prit le nom de Callaeque 9 dont on fit ensuite Gallaeque, et ce dernier nom fut donné à la province entière (Strabon); depuis, il est resté, sous le nom de Galice, à la pointe nord-ouest de l'Espagne, l'ancien pays des Artabres, et, dans les temps modernes , il est devenu la base r
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comme on voit, assez mal fondée, d'un système de migration des Gaulois dans ces contrées.
Vers les sources de l'Ebre, dit Strabon, à l'endroit où Ton passe ce fleuve, se trouve le pays des Bérons ( aujourd'hui Logrono ) , venus de la Gaule. Il est probable que c'était une peuplade des Aquitains, qui, habitant le versant septentrional des Pyrénées, moins fertile que l'autre ( Strabon ) , avaient franchi ces montagnes par l'un des nombreux passages qu'elles présentent, et étaient venus s'établir sur ce point.
Strabon regarde également les Celtibériens comme sortis du nord des Pyrénées; toutefois, son opinion à cet égard est faiblement exprimée, et ses récits même donneraient lieu de croire que cette dénomination résulte seulement d'une confusion de noms au temps où l'Ibérie était mal
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connue; il ne signale, en effet, aucune différence caractéristique entre eux et les autres Ibères, et, d'un autre côté, il est difficile de croire que les Celtes eussent voulu quitter les riches contrées du midi de la Gaule, pour aller peupler les montagnes arides des sources du Tage et de la Guadiana. Toutefois, cette migration n'a rien en soi d'invraisemblable, et il a fort bien pu arriver que des Gaulois, ayant franchi l'Ebre au point que nous avons dit , soient allés fonder plus bas un établissement qui se serait successivement étendu.
Mais si cette migration n'a rien d'invraisemblable, il n'en est pas de même de celle qu'on attribue aux Liguriens, d'après l'interprétation donnée aux récits de Justin et de Thucydide.
Suivant Justin (liv. IV, ch. a), « les « premiers habitants de la Sicile étaient
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« les Cyclopes : elle fut d'abord appelée « Trinacria; plus tard, elle porta le nom « de Sicania. » Thucydide, de son roté, dit (liv. VI, eh. 2) que * les Sieaniens qui « habitaient la côte occidentale de la Si- « cile, se prétendaient nés dans l'île même; a mais on découvre , ajoute-t-il , que cë- <t taient en réalité des Ibères chassés jar « les Ligures des bords du fleuve Sicanus « (Sègre) dans l'Ibérie. »
Comme les géographes des temps postérieurs placent les Ligures dans les environs du golfe de Marseille, on avait d'abord conclu, de ce double document, que des Ligures partis de ce point avaient émigré sur les bords de la Sègre, au nordest de l'Espagne , et en avaient chassé les Sicanes; ces derniers auraient alors remonté la côte d'Espagne vers le nord, traversé les Pyrénées , puis les Alpes, et parcouru toute l'Italie pour se rendre en Sicile.
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D'autres auteurs, pensant que ce mouvement des Siennes précisément à rencontre de leurs vainqueurs était assez peu naturel, ont imaginé de faire entreries Ligures par la partie occidentale des Pyrénées.
D autres en lin (M. Thierry, Histoire des Gaulois) rejettent Tune et l'autre opinion, et font venir les Ligures et les Sicanes de Flbérie. Trouvant à l'extrémité sud-ouest de l'Espagne une ville du nom de Ligustiné, M. Thierry en conclut qu'elle était la capitale d'un peuple de Ligures, et que c'est ce même peuple qui a chassé les Sicanes de l'Ibérie, et qui est venu donner naissance aux Ligures du golfe de Marseille et de Gènes (t. I, Intr., p. xxv). Or remarquons ce qui résulte de ce dernier système. Les Ligures , quittant la Bétique, c'est-à-dire le plus beau pays de l'univers, franchissent les montagnes qui bordent ce
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pays : se dirigeant vers le nord , ils poussent devant eux les Si canes des bords de la Sègre et traversent à leur suite les Pyrénées et le midi de la Gaule. Arrivés aux montagnes des Alpes et des Apennins, ils interrompent leur poursuite et s'y établissent, séduits sans doute pur la beauté des lieux, qu'ils comparent avec la Bétique.
Quant aux Sicanes, ils poursuivent leur route, traversent l'Italie, passent en Sicile, et, dans leur ardeur d'émigration, poussent jusqu'à la pointe occidentale de l'île, aux lieux où la terre vient à leur manquer.
Ainsi cette route, qu'Annibal n'a pu faire avec cent mille hommes aguerris et toutes les ressources de la civilisation de Carthage, sans perdre les trois quarts de son armée, un petit peuple inconnu la fait sans embarras, et arrive au fond de la Sicile plus nombreux et plus puissant que jamais. En vérité, les ressources des peu-
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pies sauvages feraient honte à tout ce que l'industrie moderne fournit aux peuples civilises.
A tout cela il n'y a qu'une petite difficulté, c'est que les auteurs cités ne disent pas que la migration se soit faite parterre, et la raison le dit encore moins qu'eux.
Examinons ce qui s'est passé.
Nous voyons dans Justin qu'avant le passage des Sicaniens en Sicile, cette île était habitée par les Cyclopes, et qu'elle portait alors le nom de Trinacrie, lequel vient des deux mots grecs, Tp«$ (trois) et axpai (pointes). Or, cette seule dénomination suppose de la part des Grecs une reconnaissance géographique , et , par suite, une navigation et des établissements déjà répandus dans ces contrées; il n'y aurait donc rien d'étonnant qu'ils en eussent eu déjà un sur les bords de la Sègre, et que les colons établis sur ce point, ne
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pouvant résister aux attaques des indigènes, fussent remontés sur leurs vaisseaux, et eussent abordé à !a pointe occidentale de la Sicile. Ce qui a donné lieu à l'obscurité qui règne sur ce point, c'est que les Sicanes, sans doute pour s'attribuer la propriété de l'île de Sicile, reniaient leur origine grecque, et, comme le dit Thucydide, se prétendaient originaires de la Sicile même.
Quant au nom de Ligures, donné aux indigènes d'Ibérie, Thucydide, qui connaissait peu ces contrées éloignées, et qui savait les Marseillais et les autres colons de la côte voisine exposés aux attaques d'un peuple de ce nom , a fort bien pu l'attribuer aussi à ceux qui avaient expulsé les Sicani ; et si l'on a bien suivi ce qui précède, nous ne pensons pas qu'on soit le moins du monde surpris de cette supposition.