DE M. AMÉDÉE THIERRY
« des chaînes de montagnes, depuis les a Vosges jusqu'aux monts Arvernes...... »
La Gaule fut le théâtre d'un long désordre et de chocs multipliés entre ces diverses
peuplades « et d'un autre côté , le re-
« foulement de la population dans le centre « et Test de la Gaule nécessita , au dehors, « des émigrations qui , sous la conduite de « Sigovèse et de Bellovèse, se dirigèrent tt vers l'Italie et la forêt Hercynie. »(T. I, p. 34.)
Ce fut, comme dit M. Thierry, un grand désordre que cette invasion, et cependant elle n'a laissé aucune trace ni dans les auteurs, ni dans les noms des peuples. Les contrées mêmes d'où les Galls sont expulsés conservent le même nom , et celui des vainqueurs ne se montre nulle part, si ce n'est dans un coin de l'île de Bretagne, dans le pays de Galles, où, suivant M.Thierry, les Kimris ont aussi porté leurs conquêtes.
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Et à cet égard , nous aurons encore à faire une observation : en général, les barbares dans leurs invasions se cantonnent dans un même lieu, d'où ils étendent autour d'eux leur domination. C'est ce qui est arrivé pour toutes les invasions depuis celles des Germains et des Gaulois jusqu'à celles des Goths, des Huns et des Francs ; les Kimris agissent autrement, ils se dispersent de tous côtés, et comme si ce n'était pas assez de la Gaule, ils passent encore dans l'île de Bretagne. (Thierry, tome I, Introd.)
Mais ce qu'il y a surtout d'extraordinaire , c'est que les auteurs anciens ne disent pas un seul mot d'un si grand événement , et que leurs récits y semblent même tout à fait contraires : tel est celui de César, qui ne parle, comme on l'a vu, que de quelques établissements partiels des Germains au nord de la Seine et de la
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Marne; mais M.Thierry le récuse: «César, dit-il , s occupait bien plus à conquérir les Gaulois qu'à les étudier ; » expression peutêtre un peu légère à 1 égard de l'homme le mieux instruit qui ait existé, dont tous les auteurs anciens ne parlent qu'avec respect, et qui , sans carte et sur de simples renseignements , sut conquérir à la fois toute la Gaule, non-seulement par lui-même, mais encore par des instructions données
à ses lieutenants.
D'ailleurs, au récit de César nous pouvons joindre celui de Tacite, qui est sur ce point parfaitement d'accord avec lui ; Tite-Live même va plus loin : non-seulement il ne parle pas d'invasion et de désordre, mais il représente alors la Gaule comme tranquille et florissante.
A ces autorités M. Thierry en oppose deux autres : d'abord les anciennes traditions des Gallois descendants des Kimris,
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puis les récits de Justin, ou plutôt ceux de Trogne Pompée, dont il était l'abréviateur, et qui, né en Gaule, devait connaître parfaitement ce qui concernait son pays.
Quant aux poésies galloises, en admettant même leur authenticité, l'époque qu'on leur a assignée, et toutes les interprétations et extensions qu'on a jugé à propos de leur donner, je trouve bien qu'elles parlent en effet d une invasion étrangère faite par un chef Hu ou Hesus, mais je ne vois pas qu'elles parlent du passage du Rhin et de l'entrée des Kimris dans les Gaules , ce qui était cependant toute la question.
Passons à la citation de Justin. Cet auteur, dit M. Thierry, faisant justice, en les méprisant, de toutes les traditions futiles et contradictoires des anciens auteurs sur les causes de l'émigration des Gaulois, déclare que ce furent des bouleversements
DE M. ÀMÉDÉE THIERRY. an
intérieurs qui les chassèrent de leur pays.
Qallis causa in Italiam veniendi, sedesque novas quœrendi, intestina discordia.
(Justin, liv. XX, chap. 5. Thierry, I,
Mais d'abord je ne sache pas que l'expression intestina discordia (discordes intestines) doive s'entendre du refoulement produit par une invasion , surtout quand on y ajoute la fin de la phrase : et assiduœ dissentiones fuere, supprimée par M. Thierry, au risque de rendre le sens incomplet.
Il est impossible en effet d'interpréter cette double expression autrement que par des discordes intestines longtemps prolongées.
Justin, d'ailleurs, achève de s'expliquer dans un autre passage (liv. XXIV, ch. 4)- «Les Gaulois, dit-il, voyant leur terri- « toire surchargé d'habitants et hors d'état
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« de suffire à leur subsistance, envoyèrent « trois cent mille d'entre eux chercher de « nouvelles demeures; une partie s'établit « en Italie, c'est celle qui depuis incendia « la ville de Rome; l'autre pénétra dans « la Pannonie. »
Ainsi, d'après Justin, comme d'après les autres auteurs, l'émigration des Gaulois fut uniquement causée par le trop grand nombre d'habitants et les discordes qu'il entraînait, et l'on voit que le système du refoulement produit par l'invasion des Kimris est directement contraire à toutes les autorités.