‹ Des anciens peuples de l'Europe et de leurs premières migrations pour servir d'introduction à l'histoire de France jusqu'à la fin du règne de Louis XIVChapitre 21 sur 23 · DES GAULOIS OMBRIENS EN ITALIE · texte numérisé non relu

DES GAULOIS OMBRIENS EN ITALIE

Les personnes versées dans ces matières n auront pas manqué d'observer que nous n'avons pas parlé d'une émigration de Gaulois en Italie, antérieure au temps de Sigovèse et de Bellovèse, et qui aurait donné naissance aux Ombriens des bords

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de l'Adriatique; nous avons cru en effet, d'après Strabon , devoir regarder ces Ombriens comme indigènes; mais il est nécessaire d'examiner l'opinion contraire, d'autant plus qu'elle semble avoir été adoptée par la majeure partie des historiens.

Et ici encore nous emprunterons , en l'analysant, le récit de M. Thierry.

Vers la fin du onzième siècle avant notre ère, dit-il, le passage des Sicaniens et des Ligures en Italie ayant révélé aux Gaulois l'existence de cette contrée , une horde nombreuse composée d'hommes, de femmes, d'enfants de toutes tribus, s'organisa sous le nom collecti f d'Ambra (vaillants ou nobles), franchit les Alpes et se précipita sur l'Italie. Cette contrée était alors au pouvoir des Sicules, qui furent obligés de se replier au delà du Tibre et du Truento ; lés Ambra ou Ombres {nom sous lequel ils

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sont plus connus dans l'histoire) s'établirent clans la contrée qu'on leur abandonnait depuis les Alpes jusqu'au Tibre, et la divisèrent en trois parties : lTs-Ombrie ou basse Ombrie sur les bords du Pô , rOll-Ombrie ou haute Ombrie sur l'Apennin, et la Vil-Ombrie ou Ombrie du rivage sur les bords de la mer Tyrrhéjiienne entre les Apennins et le Tibre.

Un siècle à peine s'était écoulé depuis cette invasion , qu'un peuple nouvellement émigré du nord de la Grèce franchit les Alpes illyriennes et fondit sur les Ombriens : c'était le peuple des Rasènes, ou, en ajoutant l'article, ta Rasena, dont les Grecs ont fait Tyrrhènes. Les Rasènes ou Étrusques , comme les appelaient les Romains, traversèrent de part en part tout le territoire des Ombriens, et vinrent d'abord les attaquer au delà des Apennins, dans la contrée située entre ces montagnes

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et les bords du Tibre; rayant soumise à leur domination , « ils s'y organisèrent , « dit M. Thïerrv, et une fois affermis sur « ce point, ils procédèrent avec ordre et « persévérance à l'expropriation de la race « ombrienne dans l'Is-Ombrie, qui devint « peu à peu leur conquête.

« Toutefois les /sombres ne se résignè- « rent pas tous a la servitude : une partie « se réfugia parmi les Helvètes sous le « nom Ambrons , l'autre parmi les Édues « de la Gaule sous le nom iïlnsubres. »

(Thierry, t. 1 , 14.)

En lisant un exposé si détaillé et en même temps si différent de celui que nous avons donné d'après Strabon et Tite-Live, on doit s'attendre sans doute à voir opposer aces auteurs des autorités imposantes et des documents circonstanciés; nullement; M. Thierry ne cite à l'appui de ses assertions que des écrivains sans nom : un

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Hocchus, affranchi lettré de Svlla , cité par Solin; un Cniphon, précepteur de Jules César, cité par le littérateur Servius dans ses notes sur Virgile; enfin Isidore dans ses Origines; et toutee qu'il rapporte de ces auteurs, se borne à une vague énonciation que les Ombriens étaient descendus des Gaulois.

Quant à toutes ces divisions du territoire ombrien en Isombrie, Ollombrie, Vilombrie, il n'en est question dans aucun deux. M. Thierry cite, il est vrai, pour les deux dénominations d'OUombrie et de Vilombrie, la Géographie de Ptolémée :

j'avoue que je n'ai pas su y découvrir la première; l'autre s'y trouve en effet; mais, dans tous les cas , on sait que Ptolémée ne faisait qu'un énoncé des diverses contrées existant de son temps, pour en fixer la position géographique; et, en parlant de la Vilombrie, il n'y ajoute, non plus

qu'ailleurs, aucun détail historique, s'en référant sans doute à cet égard aux autorités de son temps , c est-à-dire à Strabon et à Tite-Live. Maintenant, ce mot de Vilombrie étant ainsi isolé de tout document historique, son étymologie devient singulière, car cette prétendue Ombrie du rivage se trouve sur la carte de Ptoléméc , aussi avant dans les terres qu'on puisse la placer en Italie.

Reste l'Isombrie : M. Thierry convient que cette dénomination ne se rencontre dans aucun auteur latin; mais, dit-il (t. I, introd., et p. 4^ et 43), cela tient à ce que la traduction latine en est dans le mot Insubria. J'avais vu jusqu'ici traduire Italia par Italie, Iberia par Ibérie, mais il ne me serait jamais venu à la pensée de rendre le mot d'Insubria par celui d'Isombrie, non plus que celui d'Isombrie par Insubria.

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Au reste, il y a traduction et traduction, et il me paraît cfu a cet égard nous ne sommes pas souvent d'accord avec M. Thierry ; ainsi, par exemple, trouvant dans Tïte- Live cette phrase : « Galli, fusisacie Tuscis « haud procul Ticino flumine , cùm in quo « consederant agrum Insubrium appellari « audissent, cognomine Insubribus pago « Eduorum , ibi omen sequentes loci, con- « didere urbem , » j avais cru la rendre en disant seulement, comme on Ta vu cidessus, que « les Gaulois, après la défaite « des Toscans sur les bords du Tésin , « apprenant que le champ sur lequel ils « avaient campé portait le nom d'Insubrien, « qui était aussi celui d'un bourg des Édues, « acceptèrent ce présage, et y fondèrent « une ville. »

Mais il paraît qu'elle voulait dire encore que « ce fut pour la horde de Bellovèse a un événement de favorable augure, de

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«rencontrer, sur un sol ennemi, des « hommes parlant la même langue et « issus des mêmes aïeux qu'elles , une Isom- « brie dont le nom rappelait aux Édues « l'Isombrie des bords de la Saône ; et l'on « peut présumer, quoique l'histoire ne Vc- « nonce pas positivement, que les descente dants des Ambra reçurent comme des « frères et des libérateurs les Gai! s qui « leur arrivaient d'au delà des Alpes, et « qu'ils ne restèrent point étrangers au « succès de la journée du Tésin. »

(M. Thierry, t. I , p.

C'est, sans contredit, une chose fort utile que Içfyniologie , surtout pour éclairer les recherches historiques des temps anciens ; mais ce serait se tromper étrangement de vouloir, sur quelque ressemblance entre des mots , et sans autres documents historiques, les regarder aussitôt comme dérivés les uns des autres, et

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en déduire (Informations de ligues et des migrations de peuples; dire, par exemple, que les Gaulois sont passés en Italie , et de là en Melvétie et en Gaule, sur le simple motif que le mot Ambra s'est transformé en celui d'Ombres , puis en Isombres et en Insubres, puis enfin retransformé de nouveau en celui d'Ambrons, lors du passatire en Helvétie.

Et que dirait M. Thierry, si je lui soutenais que les deux mots Ibérie et Artabres viennent aussi du nom de ligue Ambra, parée qu'il y a également un b et un /•, et si, faisant dériver le nom d'Insubre des deux mots Insula Iberorum (île des Ibères), je faisais venir les Jnsubres par migration des îles Baléares chez les Édues, en remontant le Rhône?

Je le répète, on peut se servir très-utilement du moyen des étymologies; mais il faut se renfermer, à cet égard, dans de justes

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limites, si Ton ne veut tomber dans des erreurs où notre imagination n'est que trop disposée à nous entraîner.

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