‹ Des anciens peuples de l'Europe et de leurs premières migrations pour servir d'introduction à l'histoire de France jusqu'à la fin du règne de Louis XIVChapitre 8 sur 23 · GAULE. I2C · texte numérisé non relu

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* cependant d'une manière frappante dans

ce qui nous reste de la religion des anciens druides : tel est, par exemple, le nom du dieu gaulois Teutatès , évidemment dérivé

v de celui de Theut, le dieu du commerce

des Phéniciens; et la prééminence que les Gaulois lui accordaient sur leurs autres divinités, n a pu venir d eux-mêmes, mais des inspirations d'un peuple navigateur et commerçant.

Elle se révèle encore dans la plupart de leurs dogmes; ainsi leur croyance à la métempsycose, et leurs notions nombreuses d'astronomie et de sciences naturelles ne pouvaient leur venir que des Phéniciens, qui eux-mêmes les avaient reçues de l'Égypte. On sait assez que l'astronomie est l'attribut naturel d'un climat chaud et d'un ciel pur, et ce n'était pas le climat froid et brumeux de la Gaule qui avait pu inspirer de semblables observations.

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On peut remarquer encore que les pays regardés connue le sanctuaire de la religion druidique , étaient d'une part l'île de Bretagne (César) , le siège du commerce et des établissements des Phéniciens; de l'autre, l'Armorique et l'embouchure de la Loire (Strabon), où ils avaient dû nécessairement, comme nous venons de le dire, établir des comptoirs et des points de relâche.

Plus tard, la puissance des Phéniciens étant déchue, et les Grecs les ayant supplantés dans le golfe de Marseille, le commerce prit une nouvelle voie par la Seine et le Rhône , en traversant les Gaules (Strabon), et l'influence des Grecs remplaça dans toute la Gaule celle des Phéniciens.

Les Gaulois, toujours faciles à entraîner, acceptèrent leur Olympe que César y trouva établi; mais tout en reconnaissant l'autorité suprême de Jupiter, la vénération par-

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ticulière qu'ils conservai eh t pour Mercure, le dieu du commerce (César), témoigne assez de leurs croyances antérieures.

Je reviens à la configuration de la Gaule.

Ce n'était pas seulement sous le rapport des grandes lignes de communication que cette contrée était heureusement disposée pour la propagation du commerce et de la civilisation, mais elle était encore ouverte dans tous les sens aux rapports entre les habitants de ses diverses parties. Tous ces fleuves , si utiles à la navigation , offraient des gués et des passages nombreux , et Ion ne rencontrait nulle part dans la Gaule de ces chaînes de montagnes et de ces forêts profondes, qui semblent des barrières élevées par la nature pour séparer à jamais les populations les unes des autres.

Au reste, pour bien comprendre ce que nous avons à dire sur ce sujet, il est nécessaire de présenter d'abord quelques ob-

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servations sur l'état ancien des Gaulois, et même des peuples en général.

Quand on parle d'un peuple quelconque à une époque reculée , on commence d'ordinaire par le représenter à l'état nomade, et cette expression de nomade a donné lieu à beaucoup d'erreurs; en effet, le sens qu'on y attache se reporte naturellement aux peuples qui sont restés tels encore aujourd'hui, comme ceux de l'Asie moyenne ou des côtes de l'Afrique, c'està-dire, de peuples changeant sans cesse de demeure, et se portant avec leurs troupeaux vers d'autres pâturages, à mesure que ceux où ils se trouvent sont épuisés; c'est même la définition qu'on en donne; mais si elle est exacte pour les pays peu fertiles où ils s'épuisent en effet , il est clair qu'il n'en est pas de même pour les contrées productives où les mêmes pâturages peuvent d'une manière cons-

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tante fournir aux besoins des troupeaux.

Là, en effet, les peuples se fixent et ne vont pas chercher ailleurs et au hasard, ce que la naturekur offre dans les endroits même où ils se trouvent. Ainsi, par exemple, il n'est] resté aucune trace de l'état errant des peuples de l'Asie Mineure, de l'Inde et de l'Égypte, par la raison toute simple que, s'il a existé un moment, il a dû cesser aussitôt.

Il se forme dans ce cas un autre ordre de choses : les diverses tribus, établies sur des points différents, se partagent entre elles le territoire en un certain nombre de provinces , suivant les limites naturelles ou les circonstances accidentelles des hommes et des choses.

C'est -là ce qui était arrivé pour la Gaule, dont le territoire est presque partout riche et fertile; aussi, dès les premiers temps où l'histoire puisse remonter, voit-on les.

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Gaulois fixés dans les mêmes provinces; et

César, pendant ses campagnes, les retrouve j

encore au même point où Tite-Live les a

placés cinq siècles auparavant, lors de

l'expédition de Sigovèse et de Bellovèse en

Italie.

Chacune de ces provinces formait un petit État ayant son gouvernement et ses chefs; et comme, chez lesj>eu pies barbares, toute l'attention est tournée vers la guerre, ces chefs étaient toujours des chefs militaires. La nation, représentée par les guerriers ou les chefs inférieurs (car le peuple , dit César, liv. IV, n'était compté pour rien), les élisait à chaque guerre; mais par suite de la tendance naturelle à l'ambition humaine, ces chefs s'efforçaient sans cesse d'étendre et de perpétuer leur autorité; de là une lutte entre eux et les chefs inférieurs, et cje là aussi, ces gouvernements j tour à tour monarchiques et électifs, que

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l'on remarque dans l'histoire de l'ancienne Gaule. Toutefois, comme la force matérielle jouait alors le plus grand rôle, les chefs inférieurs devaient avoir le plus souvent l'avantage; et malgré l'exemple de tant de rois, Strabon pouvait avec raison regarder la Gaule comme composée en général de gouvernements aristocratiques.

Voilà pour ce qui concerne le gouvernement intérieur de ces divers États, ou , comme les Romains les appelaient, de ces diverses cités ; quant aux rapports de ces cités entre elles, ils étaient également fort simples et dirigés toujours vers la guerre. Tantôt la domination du plus puissant s'établissait; tantôt des ligues se formaient, soit pour attaquer, soit pour se défendre; souvent même elles étaient permanentes, et les peuples les plus faibles s'aida nt du secours d'un plus puissant, formaient ce que César nomme leur clientèle.

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Comme , entre peuples combattant de leurs bras et avec des armes égales, les guerres étaient en définitive une question d'hommes , les États les plus peuplés et par conséquent les plus fertiles, avaient sous ce rapport un grand avantage; a ussi voyonsnous toujours la puissance entre les mains des Bituriges, des Arvernes et des Edues; et comme, d'un autre côté, les diverses provinces de la Gaule étaient partout ouvertes les unes aux autres, cette domination était toujours fort étendue; telles sont, du moins, toutes celles dont l'histoire nous a conservé le souvenir, celle d'Ambigat, roi des Bituriges, au temps de Sigovèse et de Bellovèse (Tite-Live), celle de Luern, roi des Arvernes, et de son fils Bituit, lors de la première arrivée des Romains dans les Gaules (Strabon), celle de Divitiacus, roi des Suessions (César), etc.

Dans ces temps reculés, la domination

Digif

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d'un peuple sur un autre était une chose très-simple à établir. Il n'était pas besoin, comme de nos jours, de places fortes et d'armées d'occupation : le peuple vaincu payait un tribut et donnait des otages pour garantie de sa soumission , et la vie de ces otages répondait de sa fidélité.

Nous verrons plus tard avec quel succès»

César se servit de ce moyen des otages pour assurer ses conquêtes dans la Gaule; et l'on peut comprendre dès à présent, par ce que nous avons dit de la facilité qu'il y avait à en envahir les diverses provinces, comment il put la conquérir tout entière en deux campagnes (i ) , malgré le courage et le patriotisme des Gaulois, tandis qu'il fallut aux Romains deux siècles entiers et toutes

les forces de l'empire, sous le règne d'Au-

(i) Les deux premières; les huit autres furent employées à comprimer les soulèvements.

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guste, pour achever la soumission de l'Ibérie.

Une autre conséquence encore de ce que j'appellerai l'ouverture de la Gaule dans tous les sens, c'est l'extension de la même langue dans ses diverses parties, langue dans laquelle étaient venus se joindre aux . mots des peuples indigènes, ceux des Phéniciens et ensuite des Grecs. Sans doute il y avait des dialectes différents, comme il est inévitable dans une contrée aussi étendue; mais il est facile de voir, par les récits des historiens, et surtout de .César, que les Gaulois s'entendaient parfaitement depuis un bout de la Gaule jusqu'à l'autre.

Les Romains divisaient la Gaule en trois parties, l'Aquitaine, la Celtique et la Belgique. Tous les auteurs désignent sous le nom d'Aquitaine la partie comprise entre les Pyrénées, la Garonne et l'Océan; mais ils ne sont pas à beaucoup près d'accord

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sur Féteiidue des deux autres contrées :

Strabon leur donnait pour limite les Cévennes; César, au contraire, le cours de la Seine et de la Marne.

Ce que Ton peut dire à cet égard, c'est que la chaîne des Cévennes a dû, dans tous les temps, établir une distinction entre les peuples du nord et du midi de la Gaule , non-seulement pour le climat J l'esprit et les mœurs, mais aussi pour les intérêts et la politique; et l'on sait assez que cette dernière séparation a duré pendant une grande partie du moyen âge, et presque de nos jours; aussi est-il bien probable, comme le pense Strabon, que l'ancienne ligue celtique comprenait seu,lement les peuples du midi de ces montagnes.

Au temps de César, le type caractéristique de ces peuples avait disparu devant l'influence romaine, par l'établissement de

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ce qu'on appelait la province, et César, n'ayant plus à distinguer que les contrées du centre et du nord de la Gaule, avait donné ce même nom de Celtique à la Gaule centrale (qui, du reste, ne paraît pas avoir jamais formé de ligue particulière), et celui de Belgique à la partie septentrionale; c est de là que sont venues ensuite les dissidences entre les auteurs.

Il est à remarquer que les Romains comprenaient, sous le nom de Gaulois, tous les peuples des contrées montagneuses qui se trouvent vers les sources du Rhône, du Rhin et du Danube, et qui forment aujourd'hui la Suisse et une partie de la Bavière; c'est qu'en effet ces contrées, étant ouvertes du côté de la Gaule, et la navigation du Rhône remontant naturellement jusqu'à eux et leur offrant un débouché commode pour leurs bestiaux et les autres produits de leurs montagnes , tout ce qui peut attirer

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les peuples barbares tendait à multiplier leurs relations avec les Gaulois; aussi en avaient-ils adopté la langue et les mœurs ; de telle sorte que les historiens latins les ont confondus avec eux. Quant à leurs rapports avec les étrangers par la navigation du Rhône, on en trouve la preuve dans ces caractères grecs dont ils s étaient servis pour décrire le dénombrement de leur population , lorsqu'ils voulurent émigrer en Gaulej au temps de César.

Les documents nous manquent pour apprécier , siècle par siècle , les progrès de la civilisation chez les Gaulois; tout ce que Ton peut faire, c'est d'indiquer ce qu'elle était au temps de César; et la comparaison de leur civilisation à cette époque, avec ce qu'ils avaient été jusque-là à même de recevoir du dehors, pourra peut-être donner une idée de ce qu'ils avaient pu prendre antérieurement aux autres peuples.

i4» GAULE.

Suivant les récits de César, les .Gaulois de son temps savaient bâtir des villes, en choisir la position , les entourer de murailles dont il admire la construction ingénieuse (liv. V); et, dans lune de ses dernières campagnes, ils avaient si bien imité sa manière de fortifier un camp, que l'on voit dans ses Commentaires, qu'il en lut presque effrayé. (Liv. VII.)

Partout où se trouvaient des mines d'or, d'argent, de cuivre, d'étain, de fer, les Gaulois les avaient exploitées, et on leur attribuait même plusieurs procédés pour l'application de l'argent et de Tétai n sur les autres métaux. Chez les peuples voisins de la mer, César trouva non-seulement des navires, mais de grands vaisseaux à voiles construits par eux , dont la forme et le bord élevé lui étaient inconnus, et avec lesquels ses galères à rames, basses et exposées aux coups de la mer, ne purent

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lutter que par une invention de son génie (i).

Quant à l'état intérieur des diverses provinces, César rencontra partout un gouvernement régulier et un commerce suivi, et même chez les Édues, à la vérité le plus civilisé de tous, des impôts permanents et des péages sur les rivières (liv. II). Partout lécriture était en usage, et les contrats se rédigeaient avec les caractères grecs; enfin, il y avait une justice, et par conséquent une force publique, et l'éducation des jeunes gens est présentée comme une chose tout à fait ordinaire; il n'y a pas jusqu'à l'autorité des druides qui ne soit un signe de civilisation , car la théo-

(i) Il imagina de disposer des faux à longs manches, au moyen desquelles on coupait les cordes qui tenaient les voiles des vaisseaux ennemis, et ceux-ci, réduits à l'immobilité, étaient facilement abordés et pris par les navires à rames des Romains. (Comm., liv. III.)

i.',4 GAULE.

cratie marque chez tous les peuples la substitution de la force morale à la force brutale et aveugle des individus.

Tel était l'état des Gaulois au temps de César, et d'après cela l'on pourra peut-être conjecturer ce qu' ils étaient dans des temps antérieurs. Quant à des données positives sur cet état , il n'est guère possible d'en citer, si ce n'est peut-être la conduite des Gaulois lors de l'émigration de Sigovèse et de Bellovèse. On voit d'abord, par le récit de Tite-Tiive , qu'elle se fit avec ordre et régularité, et en suivant les instructions des augures , aussi religieusement qu'aurait pu le faire une colonie romaine. A leur arrivée en Italie, leur premier soin est de fonder une ville (Tite-Live, livre V, chap. a5); enfin, Polybe nous apprend également « qu'ils habitaient dans des « villes sans murailles , et que si leur « principale occupation était la guerre, ils

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« se livraient aussi à l'agriculture (liv. VI).

Il nous reste à examiner les rapports des populations de la Gaule avec celles des contrées voisines. Nous avons déjà parlé des invasions des Germains dans la Gaule Belgique; venons maintenant à ce qui concerne Tîle de Bretagne.

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