I.A CORDlI.I.F.nE
Ifiir iii(lueiR'C, nu nu'-[)ris (lo> loiidrcs é[)isc()|)nles, .jjiàco à la coninlicilé ouNc'iU' ou l;u'i(c dos lidck's. Jji niaiule occnsiou, les paroissiens, irrités des Irneasseries auxquelles élail eu Ituttc leur pasteur, ont pris fait et cause pour lui, à main armée, et eoulrainl le prélat à une retraite humiliante.
il l'sl juste de reconnaître que de telles éeliaulTourées ne se reproduiseni pas lous les jours. Si \q padre esl rareiueul un saint, on ne saurait conclure que sa a ie entière se passe en saturnales. (Jue de lois, durant \\n Aova."e de plusieurs mois, ne m a-l-il pas été donné d observer à loisir ces sin.f>ulier.s chefs de paroisse! Il en est résulté pour moi la couAiction que l)eaucoup d eiilre eux ne sauraient élie taxés de lil)ertina{;e, an sens précis du mot. Tel (K' ces ménajjes ne différait (juère en apparence de ce que 1 on leiicontre dans la plupart des intérieurs rustiques : deux êtres liés 1 un à Tautre, moins par le sentiment que par 1 habitude, les soucis parta^jés, les maux soufferts en commun, la lon,<]ue accoutumance (\ç>^ années. Si, forts de 1 inq)unilé, conscients de leur ])oinoir, ils en ont parfois mésusé; s ils ne restent point insensibles aux petits profits prélevés sur la crédulité aveugle des ouailles, il faul leur savoir jjré de ne pas être pires. Dépositaires de la seule autorité qui n ait j)oint d adversaires, il leur serait aisé de s'ériper en despotes cvniques et avides. ]]t pourtant, leur train est souvent bien modeste. Les plus opulents sont encore des pauvres, 1 humble aristocratie d un peuple pasteur.
Ouant à décidei" si Tétat de choses actuel j)eut être modifié de fond en cond)l('; s il \ aiuait ur.|jenccou péril à tenter de réajjir contre des pratiques iuvêléiées; s il eon\ienl ou non de compter avec le fait acconq)li, de combattre ou de réjjlemeulcr la coutume, cela re{;arde plus compétents que moi, (jui ne sius point pontife et n ai j;uère chance de le (le\eiiir jamais, .le uni j)as qualité pour absoudre, encore moins pour blâmer, alors surtout (pie le ciel semble avoir béni son ser\'iteur, en lui accordant une postérité à rendre jaloux un patriarche.
172 DES a:<DES au I'A1\A,
A Cascas, on quitte le dépailcinciit de la Lil)crta(l pour entrer dan? eelni de Cajaniarca. Là, connnencc en réalité lascension de la première ehaine des CordilIère>.
Soit dit en passant et pour n v plus reA enir, le système andin se snl)di\ ise en quatre sections al)?olument distinctes : 1° la Sierra, qui lonj^e la côte, région aride, jjrillée, où la végétation ne se révèle que dans les plis de quelques vallons étroits ou (jiicbradd.s; ^2" la Piina, région des plateaux et des pàtiu'ages; 3" la Cordillère proprement dite, qui comprend le massif central et les sommets chargés de neiges éternelles; '^^ lix. Montaiia . Le terme ne désigne pas, comme on pourrait le croire, un territoire particulièrement montagneux, mais les pentes du versant oriental couvertes de forêts vierges et, par extension, les solitudes amazoniennes. Cette division est adoptée pour toute Tétendue de la chaîne, Colombie, Equateur, Pérou et Bolivie. Elle ne cesse d être ap})lical)le qu'à partir du Chili. Sous ces latitudes liasses, la Cordillère, réduite à son minimum (Tépaisseui", constitue une zone (Tasjjcct uniforme, muraille ahrnptc pendant l'été, rempart infranchissahle de glaces durant 1 hi\ er.
Kn sortant Au village, dans la direction du nord-est, on gravit, ;i l'omhre d une forêt semi-tropicale, un couloir extrêmement raide. Après des lacets sans nombre, le sentier débouche sur Taréte, puis redescend par des pentes gazonnées, coupées d'éboidis et (k' coulées de glaise. L'horizon se déploie immense vers l'est, tumultueux comiiie une mer a^jitée. A mesure que le soir a|)piocliait, i\Q^ traînées de vapeurs bleues venaient s'accrocher aux crêtes, échaipes de gaze transparente dessinant le contour des vallées. Bientôt, quelques vestiges de culture, des carrés de luzerne et de maïs
riM'clalenl le Noisinago de Contumnssa, cliélixe I)oiir;;a(le élcNCC au ran|j de .sous-préfecture
Je tonihais au hcau milieu duue felc. Le calendrier péru\ ien esl tellenu'iil liclie eu solenuilés, ([u il esl Uicu rare que votre arri\'ée dans un liaiiieau ne coïncide [)as a\ ec des réjouissances ])u])liqucs. La [)lace était transformée en une arène où se donnait le siuudacre d une course île tauieaux.
Si je n avais su déjà tout ce qu est susceptible de contenir une cabane de dix. pieds carrés, el condjicn l'entassement dans un étroit espace, éminemment propice à l'élevafje de la vermine, est en faveur auprès de Tindigène, jamais je n'eusse espéré rencontrer si nondireuse compagnie. Le nombre des acteurs n'était jjuère inférieur à deux cents, et l'assistance se composait de plus de quatre mille personnes de tout iiQC et de toute nuance, depuis le blanc de crème jusqu au ])ronze. Tout cela s'écrasait sur les galeries de bois \ermoulu qui ornent cliaque façade. .1 en suis encore à me demander comment les vieilles cbarpentes dont, selon toute apparence, pas une seule pièce na\ait été remplacée depuis l'époque lointaine de leur assend)lage, ne s effondraient pas sous le poids de ces grappes humaines. A chaque minute, je m attendais à quelque catastrophe. Mais non : rien ne cédait, et les évolutions de la corrida allaient leur train. Il n v a\ai(, bien entendu, ni torero de profession, ni sang versé. Tout se bornait ii des feintes, à des luttes de vitesse, à des voltes hardies autour ibun animal d humeur peu guerrière. Les écuyers qui procédaient à ces exercices, à loccasion ilesquels toutes les bétes \alides, chevaux, mules et baudets, avaient été mises eu réquisition, étaient parés de leurs atours les plus neufs et portaient le poncho plié sur l'épaule gauche, se déroulant presque jusqu à terre suivant la mode andalouse. Je ne saurais dire avec quelle dextérité ils manœuvraient leurs montures; la décision, la [)r()uq)litu(le, la grâce de leurs mouvements nullement gênés, seinblail-il, par les inégalités d'un terrain quOn ne s'était point soucié de niveler pour la circonstance. Après chaque figure, les cavaliers défilaient sous les
galeries, et le [)liis habile leeevail le prix de la niaiii cl une jolie lille; peu (le chose, le plus souvent une Heur piquée dans un eédial ou dans tme orange; mais le \ain(pieur s en allait )"ou.j;e de [)laisii-, aussi fier cpi un hidalpo recevant la Toison d Or. Et la pose du jeune hoiunie arrêté sous le balcon, tète nue, debout sur les étriers, le geste et le sourire de la don/elle penchée vers lui, eussent fait la joie d'un peintre.
Encore une fois, le principal attrail du voyage dans celte partie des Andes, comprise entre le Pacifique et les hauts plateaux, c'est de donner, non pas seulement à lesprit, mais aux yeux, l'impression très nette du passé. La nature est âpre, le paysage d'une tonalité neutre, les dépressions, les reliefs du sol, dune monotone et désespérante grandeur. En rewanche, chacune de ces petites villes, de ces hameaux séparés j)ar des distances énormes, sans autre lien avec le reste du monde que les sentiers scabreux, à peine tracés, côtovant les abimes, a conservé dans son isolement l'esprit, les mœurs, les croyances, et jusqu'aux tournvues de langage des aïeux. C'est la restitution d'une époque lointaine, d un état social dont nous avons i)eine à distinguer le véritable caractère sous la poussière des documents historiques. S'il faut, de nos jours, pénétrer au co'ur de l'Asie pour éli:dier sur le vif le fonctionnement du régime féodal, c'est peut-être sui' le nouveau continent, dans les anciennes possessions de la couronne dEspagne, que 1 on retrouverait, sous son aspect le plus exact, un coin de l'Europe d il y a trois cents ans. La scène à laquelle j'assistais était de celles qui se déroulaient jadis dans plus d'un bourg perdu de nos provinces, aux jours de fête : galantes passes d'armes et luttes d'adresse, l'appareil religieux sanctifiant le divertissement profane; l'église enguirlandée associant la voix de ses cloches ;i la clameur joyeuse des foules; le prêtre et le gouverneur côte à cote et, comme une ombre au tableau, les hideux échantillons de Ihumanité souffrante, toute la tribu des difformes, des éclopés, des aveugles promenant d'étonnantes guenilles en imj)lorant, sur un rythme [)lainlif, le saint patron de la cité.
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r.e s(ni>-[)rc''rc'( ('lail, de (oiis, celui (|iii se doniinil le plus de iiioiixciiieiil. II moulait une lin<{ueuée Mnm-Jie e( porlail, sous le pouclio IloKanl, une i'edin;;ole de coupe a(luiinis(ra(l\ e. A quoi hou jouer la luodeslie? Aulaul a\<)uer loul de suile (|ue mou anivée Ht seiisalioa el ({ue je fus 1res eiilouré.
Après sepi heures de che\ aucliéc, je n'eusse pas été lâché de nielde pied ;i (■erre, mais il n \ ["allait point son^jer, et, mêlé au groupe des nota])le?, je dus l'ester eji selle jusqu'à la nuit close. Les autorités insistaient même pour que j honorasse les fêtes de nia présence jusqu à la fin. Aujourd hui avait lieu la corrida des jeunes (jens, demain celle des hommes mariés, le surlendemain celle des enfants. Pour résister ;i de telles avances, il fallait \\i\ co'ur de pierre. Je lai eu. S il n est pas de bonne fête sans lendemain , en revanche, les impressions les plus rapides sont souvent les meilleures, et j ai craint de {jàter celle-ci en la proIon{]eant pendant deux fois vinjjtquatre heures. .1 eusse désiré seulement, alin de ne point abuser de la complaisance des hacendados de Sausal, pouvoir congédier leur péon et leurs mules etm'en procurer d'autres pour continuer ma route vers Cajamarca. Mais en ces jours de liesse, la né{îocialion n'avait aucune chance d'aboutir. Il ne me restait (pi a aller de Tax ant .