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CHAPITRE III

I. naml)aii),irra. — Alerte. — Allii's inipn'vus. — L'Iiaciemla lie Ran!)iaii. — Le MaiMÙoii. — Traversée ilii fleuve à la iia;]e. — Prisonnùr. — II. Retraite vers le siul. — Le {;iié de lluanahamlia. — Cajaiiiarr|uilla.

La coutrcc que l'on travcrso, au sortir do Cajainart'a, est à peu près déserte. Pendant deux journées de marche, sur une distance de piès de viupt lieues, je n'ai rencontré que trois liabitations, les haciendas de Yanacancha, Chanta et Llaucan, bâtisses sombres, moitié l'ermes, moitié donjons, perdues dans Tinnuensité des pâturages. La première, où je passai la nuit, était occupée par un vaqnero taillé en athlète, aux traits farouches, veillant seul sur le troupeau rassend)lé dans le corral, en homme décidé à repousser, avec une vijjucur é(jale, les attaques du puma, le {jrand lélin i]c> tlordillères, ou les entreprises de l'Indien ro(k'ur. Désireux de rcconnailie son hospitalité par ToITre de quelques babioles, connue je lui (Icniandais de choisir, dans ma pacotille, l'objet qui pou\ait lui plaire, il me (il la réponse de l'eulant {jrec :

u Je \eux de la poudre et Ac^ balles! »

l^Q 7, vers midi, j'étais au villajje de Band)amarca, planté comme une redoute, sur im promontoire escarpé, au sortir d'un étroit déHlé. Tout dormait sous l'accablante chaleur (pie la réverbération icndail plus intense. Sous leur ciiaume envahi par l'herlK', les cases de terre battue sendjlaicnt autant de casemates. Mes péons, en quête de luzerne pour les bètes,

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m'axairiil (juitté depuis un (juarl d liein'c : campé au ceufie de la |)laee, dans le >ilenee Incjuiétanl des maisons closes, je commençais à trouxer le temj)s lon|;, lorsque des portes s'entr'ouviiienl, des têtes se penchèrent au dehors, et bientôt les habitants des deux sexes, après s'être assurés que l'étranger qui troublait leur sieste ne paraissait pas animé d'intentions mau\ aises, accoururent former le cercle autour de moi avec l'empressement dune assemblée foraine attendant la parade du bateleur. Sur ces entrefaites, deux hommes, deux blancs, s'avancèrent, et, d'un [jeste înq)érieux, Hrent reculer les speclateurs. L'un d'eux, maljjré son accoutrement local, son larjje feutre et son ample poncho en poil de chèvre, n'était certainement pas du pays. Sa barbe blonde, ses veux bleus dénotaient l'Anj^lo-Saxon, le settle?- nord-améncain. Son conipaj]non en ro\anche incarnait le tvpe le plus accompli de riiidal.|;o péru\ ien, chez t[ui la rude existence de la monta^pie, les promiscuit('s de la vie indienne ne par\ iennent pas à effacer les qualités de race. Ce dei'nier, sans autre préandjule. mais du ton le plus affable, me demanda qui j'étais, d'où je venais, on j'allais.

>. De (loitde vù-iie?... Aflnn/lc va?... •• La formule, qui paraîtrait ailleurs d un laconisme un peu brutal, est ici dun usajje courant et ne procède point, comme on ponnail le croire, d'un manque de savoii-vi\ re. Elle n'est ])as dictée par un \ nljjaire sentiment de i-iniosiU', mais, dans la j)lu|)art des cas, par le désir de rendre service. C'est affaire de courtoisie. On s'enqniert, au[)rès du \ ovajjeui', de 1 itinéraire (ju il compte >ui\re pour cire à même de lui fournir (pielqne renseijjnemenl utile et, an besoin, le j;ar(K'r d'un mainais pas.

Sur ma réponse, mon inteilocnleiir s écriait : » Caballero, c est le ciel (pii permet qnc je me trouve sur \<)tre route! Si vous continue/ dans cette direction, avant trois jours vous serez un homme mort ! ■■

lu pareil avis, donné sur ce Ion d'assurance, a de cpioi laiie rélléchir, alors même qu il émane d'un inconnu dont 1 inler\ention soudaine [)eut

sembler étrange. Notre Jioinine d'ailleurs appuvait son dire par loree détails précis : rinsurrection s'était rapidement étendue aux provinces du nord, les Indiens soulevés venaient d'envahir celle de Bongara, dont ils avaient brûlé le chef-lieu, le village de San Cailos (|ui se trouvait précisément sur ma route. J'allais tond)cr entre leurs mains, et le lait même (le tenter le passage par une voie délournée me rendrait doublement suspect à ces misérables. Le plus sage était de ne point chercher à biaiser et d'aborder de front l'ennemi, en m'efforçant de faire reconnaître mon caractère absolument neutre de vova/yeur et d'étranger.

r^a chose, poursuivait-il, n avait rien d'impossible, si je consentais à le suivre à son hacienda, située à deux jours de là, en vue du ^Marafion. Sur la rive opposée se trou\ait une habitation actuellement au pouvoir des Imliens, mais dont le propriétaire, le senor José Maria Anduaga, avait embrassé le [)arti de la révolte afin de sauvegardei' sa personne et ses biens. On le reconnaissait pour chef dans toute cette portion de la vallée. Nous trouverions moyen de communi(]ucr a\ ec lui, et nul doute qu'il ne consentit à me faire continuer mon vovage sous l'égide même des rebelles. « Mon nom, conclut l'orateur, est Juan Pio Burga, et je serai heureux de vous venir en aide. »

L offre, en dépit de sa brusquerie, était bien en rapport avec les traditions si hospitalières de ces contrées. Elle était formulée sur un ton de Iranchisc indéniable. Cependant, j'Iu'sitais à rc'pondre, lorsque laiiti'e iiuh\ idii, 1 lioiiiiiie à la bai'be blonde, m adressa la parole en anglais.

Il de\inait mes ci'aintes. Elles iTaN aient rien ([ue de foit naturel. Tout autre, à ma place, se fût demandé de même s'il convenait d'ajouter foi aux allégations du premier venu. ^lais, entre Européens que le hasard du voyage réunissait sur un continent lointain, on se devait secours et protection, l'as plus que moi, il n'était du pavs, bien qu'il y résidât depuis près de vingt ans. On le nommait Martin Astekci-; il était d'oi'lgine allemande et a\ait longtemps vécu aux Etats-Unis a\ant de venir tenter la fortune au

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IVm'ou. Il j)()ssc'(lnlt (les IcMTcs dans la province (rAniazonas, mais jugeait prudcnl de battre en icliaile pour é\iter de se compromettre dans le monvement insurrectionnel. Cl'était (jràcc au dévouement de son ami Pio Bur{ja (pi'il avait réussi à me mettre en lieu sur. Don .luan ferait poin' moi ce (ju'il a\ait lait pour lui, et je pouvais me fier à sa parole.

Il faut croire qu'il v a quelque chose de communicatil" dans l'accent d'iMi honnête homme. Ce speech acheva de dissiper mes doutes, et je suivis mon [juide improvisé. Il ne dépendit pas de lui qu il tint rigoureusement toutes ses promesses. Mais si les événements démentirent ses prévisions, s'il ne réussit pas, tant s'en faut, à obtenir pour moi libre passage, il n'en a pas moins droit à toute ma reconnaissance. Sans son intervention, ignorant du danger »pii me menaçait, j'aurais péri à quelques jours de là dans nn massacre.

Le lendemain, de bonne heure, nous quittions Bambamarca, non sans avoir été retardés, au dernier moment, par la visite intéressée d'une multi- Itule de braves gens qui venaient solliciter un avis sur les sujets les plus divers, .l'assistai à une de ces scènes (|ui, par la suite, me sont devenues familières, on l'homme Ijlanc doit se résoudre à jouer, bon gré, mal gré, un rôle auquel souvent ses antécédents l'ont très insuffisamment préparé. Il est, aux yeux de l'indigène, le docteur des docteurs, le médecin par excellence, et, à ce titre, ne peut décemment refuser ses services sons peine de perdre aussitôt tout prestige. ^lon compagnon se tirait d'affaire par rpielques bonnes |)aroles, des [)rescriptions banales délivrées de 1 aille phi> sérieux, et le client |)artait réconforté. Le plus tenace fut une vieille lemme d'un âge indeN'inable. Elle se plaignait de ses yeux cpii laiblissaient, sans qu'il lui fut possible, disait-elle, d'en soupçonner la cause. La seule réponse à faire à l'aieule, c'est qu'il v a, non pas une, mais [>rès de cent raisons pour que sa \ ue ne soit plus très nette; mais ce n'est pas cela qu'elle attend : il faut trouver autre chose. L'hacendado entreprend de lui détailler une recette assez compliquée, ou je démêle qu'il est ques-

tioii (riiiic potion et (ruiic frlcliou : dans Tune et l'aulie, la l)ase de la forninle est l'alcool de canne, et je ne puis m'empêcher de penser que le médicanient tient plutôt du }jro{| que du collyre. Au moins, pour le présent, la patiente est satisfaite. L'avenir appartient à Dieu.

Cette consultation expédiée, on se met en route. L'étape est d'euNirou A"injl lieues sans rencontrer un être humain. Les seuls habitants de cette partie des Plateaux sont Va toc, ou renard âc> sierras, et une espèce de perdri.v que les Indiens appellent yutii, assez send)lable à la perdrix huppée de Californie. Ce .jjibier, très délicat, abonde. Plusieurs fois dans la même heure, ces oiseaux partaient devant nous par centaines. De loin en loin, dans un pli de terrain, apparaissait un petit lac aux eaux sombres, où s'él»allaient de nombreuses familles de huarhiKts, remarquable espèce d'oie sauva[|e au corj)s d'un blanc de nei.jje, aux ailes nuancées de vert et de lilas. Nulle autre manifestation de la \iq sur ces admirables pelouses naturelles, qui pourraient nourrii' d'immenses troupeaux.

Le soir du deuxième jour, nous avions atteint le bord de l'escarpement (pii domine la vallée du Maranon. Dirai-je \allee ? Couloir , fissure serait plu< exact. On croirait que le massif andin a été fendu d'un coup de hache, et, à une profondeur de plus de deux mille mètres, le fleuve serpente entre des parois presque verticales. Le voici donc, le Rio IMar, le « lleuve-mer " . C'est l'enfant qui \ ienl de naitre : vu de si haut, son lit tourmenté n'est qii un ruban couleui' de cendre. Mais l'encadrement est colossal. I^n face de nous, s'arrondissaient les croupes jjéantes des montajjnes (VAniiizinids, de la leinte des pâturages alpestres, \'erdure si [)àle ([u'elle se confond à 1 horizon avec le bleu du ciel. Le soleil couchanl jetait sur cette tenq)éte d • cimes et de précipices (\q> lueurs d'incendie.

il est des émotions dont on ne saïuait se défendre, qui se font [)lns rares à mesure rpi'on avance dans la \ie. Nul n'oubliera la sensation qu il a éproiivée en apercevant, j)oui' la j)remière fois, un des jjrands spectacles de la nalure, l'Océan, le désert, les neijjes éternelles. J'ai retrouvé cette

v\r.M;i: i. l nui ma ii a non. ,.ox.;o i.i; n ,m;:v. («;oi! 1)11. 1. khi; (;i..\Tit.\ 1. 1.)

liî.

LA COnDILI.ERE.

impression profonde en face dn Maranon. L iina.jjinalion, sans doute, en fait les frais; car le [)aysa{]e, d'une ,j>i-andeur liop austère el farouche, n'est pas de ceux (jui captivent. iNIais comment ne pas demeurer un instant ré\eui- de\anl ce cours d'eau, origine i\u plus grand fleu\c du monde? One de chemin il lui reste à parcourir avant de se perdre dans l'Atlanticpie! Près de trois mille lieues à travers les défilés soudures, les archipels verdovants, les forets inexplorées. Il va recevoir les eaux d un

HACIENDA l)K IlAMillA.N.

bassin prescjue aussi vaste ({ue T Europe; les bâtiments pourront le remonter juscpi au pied (\e^ Andes, et suivre ses affluents pendant des mois C'est la Médilenanée de l'Amérupie latine.

Un étroit sentier, taillé tour' à lour dans la loche vive et dans leséboulis, conduit à l'hacienda de llanbiau, située à é.gale distance du plateau et de la vallée, sur un étroit palier, comme suspendue au-dessus de l'abime. C'est une hacienda de montagne, une suite de constructions n'ayant qu'un rezde-chaussée, aux murs en pisé, disposées en polygone autour d'une aire mal ni\ elée, ou circulent pèle-mèle chevaux et mules, porcs et poules. Un

hàtiiiient, i\c (liiiionsion? plus vastes que ses voisins, serl tout à In fois de niajjasin, de hangar et de cliapelle : il renferme les haruaclieiueiils, les jarres d'eau-dc-vie ou de mélasse et 1 imajje {grossière du saint proteeteur de la maison. Au eentre de l'enceinte s'élève un échafaudajje l)i/arre : une demi-douzaine de pieux enfoncés dans le sol supportent une plalef(U'me à claire-voie faite de perches entre-croisées. Cette sorte de .{;ril e>t destiné à recevoir la chair des animaux ahattus, découpée en lanièi'cs et saupoudrée de sel. Après deux ou trois jours d'exposition au soleil, la viande, réduite à l'état de copeaux, est enfermée dans des sacs de cuir, où elle se conserve pendant plusieurs mois. C'est ce que l'on nomme le char- (liii, aliment dépourvu de toute saveur et d'apparence rien moins qu'appétissante, mais d'un grand secours dans les longs voyages à travers les Cordillères. Éparpillées sur les pentes en^ iromiantes, les cahanes des péons, pétries de glaise et de ga/on, dressent leurs toits de palmes à distance respectueuse de l'habitatioii du maître.

L'exploitation comprend l'élève du bétail, mais surtout, dans les basfonds abrités du vent, la culture de la canne et du mais. Outre l'eau-de-vle, le principal article exporté par cette catégorie d'haciendas est la chic/i<i, la boisson nationale dont on fait une consommation prodi;;ieuse, non seulement dans les villages de la Sierra, mais aussi sur la côte'.

' Cette lioisson, à laquelle il est si souvent fait allusion au (-(jurs de ce réeit, se prépare ile la manière .suivnnt(; :

Après avoir laissé (reuiper le maïs pendant deux jours dans la même eau, le placer dans une {jrantle terrine dont riiitéi'ieui- aura été au pi-éalaMe tapissé de larfjes feuilles. Ueeoiivrir également de feuillage l'orilice du récipient. Le grain doit y séjourner jusqu'à ce (pi'il commence à germer, c'est-à-dire une semaine environ, après quoi, on l'étend au soleil pour le faire séclier. Le tuait ainsi obtenu se nomme, suivant les localités, (juiùapo on joru. On le Ijroie, j)uis on le fait bouillir longtemps en employant à peu près vingt-cinq kilogrammes de malt par cent litres d'eau. Passer ensuite à travers une grosse toile et ajouter dix ou quinze kilogrammes de mélasse. Laisser fermenter pendant un temps qui varie de un à liuit jours, suivant la tempéralnre. La chicha peut se conserver plusieurs mois, au besoin plus d'un an, si l'on prend soin de la tenir complètement à l'abri de l'air et de la lumière. Les Indiens, à cet effet, enterrent leurs jarres et battent le sol avec des pierres... ou en dansant.

La recette indigène m'a paru mériter d'être reproduite, car le breuvage est délicieux : sa saveur, lorsqu'il est frais, rappelle, à s'y méprendre, celle du meilleur cidre.

LA COT^DILLERE. 231

Il n'est {juôro (rcxlslcncc plus rude (jue roUe d'un haccndado dans celfo contrée perdue. Séparé, durant la majeure partie de l'année, de sa lanillle qui habite la petite ville, à quatre jours de là, il \it au milieu de ses péons, sans autre distraction que la chasse et, à de rares intei\alles, la visite d'vni voya^jeur ou d'un voisin. L'expression, par parenthèse, n'a ici (pi'nne valeur très relati\ e : les dislances sont telles, que deux amis, n'ayant à (aiie, pour se voir, qu'une course de cinq ou six heures à cheval, peuvent se dire porte il porte. Le lo.jjement du propriétaire est à peine plus luxueux cpie les demeures de la valetaille disséminées aux alentours; l'ordinaire, à peu de chose près, le même pour le maitre et les scr\ iteurs : viande sécliée, racine de yucca bouillie ou cuite sous la cendre, mais grillé. Comme boisson, l'eau claire et la chic/m : par-ci par-là, une copita d agiuDilientc, quelques {jorjjées de cet alcool de canne qui justifie pleinement son nom « d'eau de ieu » , ce sera l'unique extra, la seule infraction à un ré{>ime dont l'austère uniformité rebuterait le plus humble habitant de nos campagnes.

Je passai à l'hacienda la journée tlu 1:2, qui était un dimanche. Le paysan de la Cordillère, rijjoureux observateur, je ne dirai pas du repos, mais du plaisir dominical, s'en donne ce jour-là à cœur joie. Le divertissement débute, ainsi qu'il convient, par un liommajje rendu au saint commis à la yarde de l'habitation et de ses dépendances. On se rend au hanj^ar qui tient lieu de chapelle, et l'image vénérée, hissée sur un brancard, est pi'omenée autour de la cour intéi'ieure. F.e chef des péons <)u\re la marche, agitant une clochette ou frappant l'une contre l'autre deux rondelles de bois. A ses côtés, deux assistants porteni, à défaut de bannières, de longues baguettes flexibles et s'arrêtent tous les dix paspourles incliner, a\ec une révérence, du côté du saint. Celui-ci est l'cprésenté par une figure informe taillée dans un tronc noueux, ou par un mannequin drapé de guenilles multicolores, le chef ceint d'une auréole en carton ou d'une couronne de ttcurs sauvages.

La procession lait deux ou trois fois le tour de l'enclos, après cpioi la

slalucUc e-t replacée claii> sa niche; le ^anctuaiI•c est fermé el le reste de la journée consacré aux réjouissances piolanes, aux chants, aux danses, aux lra\ eslissenieuls. Le> eufauls et les femmes prennent ])laisir à s'appliquer sur le \ isa^jc des masques extraordinaires découpés dans un morceau

INDIKN.NK.S KT :\IETISSb:S.

iivciENOA m, nonn.xN.

d'écorce ou de cuir ou dans une calehasse, tandis qu'un orchestre discordant, composé d'une niariniba (embrvon de harpe), d'une caja (tambour plat) et d'une zaDipnna (lliite de Pan), donne le branle aux danseurs. Parfois, pendant que ces derniers reprennent haleine, les musiciens, au lieu de s'arrêter, jouent en sourdine, ralentissant la mesure, et l'un d'eux entonne d'une \oix de tête plainti\e, suraiyuë, quelque improvisation baroque, ou l'espajjnol et le quechua, combinés à dose éjjale, ])roduiscnt la cacophonie la plus inattendue. Tel le couplet suivant à l'adresse d'une beauté timide :

Imatna mancluichiciii Mi corazon en tu poder?

Mai ir trac inc(lior((pi Yo t'ensefiar a qnerer!

Il Pourquoi faire l'effrayée, puisque tu tiens mon cœur en ton pouvoir?... Kn peu de temps, en moins d'une heure, je t'apprendrai à aimer! »

Des libations copieuses aoeonipajjnent la petite fcte, qui ne prend iiii ([n'a la nuit close, l'.lle a pour épilo^jnc une seconde \isite à la cl)a[)elle et une réapparition du saint promené une dernière lois de porte en porte, à la lueur des lanternes et de lisons incandescents. Le cortège procède en moins bon ordre cpie dans la matinée, les porteurs faisant décrire à l'aujîuste effigie des zigzags inquiétants. Devant le logis du maître, on lait balle. Le cbel de lile, le péon à la c-locbetle, llan([ué de ses deux bui-siers ii verge, s'avance jusqu'à deux pas de 1 bacendado et de son bote en train de prendre le Trais sur le seuil, et tous trois s'inclinent prolondé- MK^nl. Puis, cbacun rentie cbez soi, le saint dans son réduit, la domesticité dans ses cases. L bacienda s'endort : on ne perçoit plus d'autre bruit que l'ébrouement des mules parquées an corral, l'appel pleurard d'un cbien abovant à la lune, et la rumeur tlu fleuve qui roule au fond des gorges, répeicutée de cime en cime, i\ l'infini, tour à tour éclatante ou \oiléc, suivant les brus([ues variations du vent .

Le 13, au matin, je m'acbeminai a\ ec Juan PioBuiga vers le Maranon.

Le sentiei- à peine tracé serpente parmi les rocbes croulantes, les pentes recouvertes d'une lierbe courte et sècbe, glissante comme du verglas; il rau)[)e le long d'étroites cornicbes surplombant le précipice, plonge dans des lavins désolés, où pas une source ne suinte, sous des balliers de plantes grasses bérissées de dards barbelés. Après trois beures de ilescente \ ertiginense.

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