‹ Des Andes au Para: Équateur-Pérou-AmazoneChapitre 24 sur 38 · MON E QUI PACK · texte numérisé non relu

MON E QUI PACK

lai aux pa(}aveurs un bouillonnement suspect. L'avis ne troubla pas leur (juiétude, et lorsque, siu' mes injonctions réitérées, ils se décidèrent enfin à faire force de rames pour éviter l'obstacle, il était trop lard; la balsa, accrochée au passaye, virait brusquement sur elle-même et se plaçait en travers

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(lu fouraiil . \a\ |K)silioii (ilail (oriil)Ic; l'eau nous aveu(jlait. La violence du {'hoc a\ail cuihulc deux des Indiens (jui , à demi suhiner.jjes , se cramponnaient désespérénienl à une amanc; le (roisième était lonibé à la renverse auprès de Jiioi. Je lui ])assai ma hachette; il parvint à liancher quelques liens, les autres cédèrent, et nous IVinies assez heureux poninous dé{ja{|er en abandonnant un morceau du radeau, [^e tout n'avait j)eutétre pas pris plus de temps qu'il n'en faut pour l'écrire ; mais la Iraveui- (jui nous avait saisis lors de ra.ccident durait encore deux heures aj)rès, quand, à la nuit lonil>ante, nous primes terre en face du sentier ahoulissant à Pisana.

\'Ai arrivant à la case de Chum])e, quel ne fut pas mon étonnement en constatant que, dans le court trajet de la rivière à la Chaari, un de mes Indiens avait disparu! A^ainement on l'appela : étourdi sans doute sous l'effet condnné de lalcool, de la secousse nerveuse et du froid, il gisait dans la hroussaille, au risque d'être écharpé pendant la nuit par les carnassiers. Munis de longues torches de roseaux, nous reprîmes le chemin de la lierge, battant les buissons sans résultat.

Mon personnel s'émlettait. Si l'homme ne reparaissait pas, je ne pouvais comptei' sur ses camarades. Ceux-ci, découragés j)ar les incidents de la journée, lesquels, je l'avoue, étaient d un exécrable augure, ne >e gênaient pas pour dire <pi ils n'iraient pas plus loin. Même à trois, ils n'étaient décidément pas en nondne pour diriger la balsa. Ah! si Clunnbe voulait se joindre à eux, peut-être se tirerait-on d'affaire. Clnnnbe n'avait pas son pareil comme pilote; il était capable de conduire le radeau, les yeux fermés, juscpià Juanjuv, et même au delà, s il le fallait.

Des pourparlers furent entamés avec Ghund)e séance tenante. Afm de prévenir toute hésitation par l'offre d un salaire hors de pair, je lui proposai, s'il consentait à nous prêter main-forte, de lui conqiler quinze soles, payables non en marchandises, mais en arjjenl. l/Indien a\ait trop son\ent négocié avec les blancs pour ignorer l'écait de valeur cpi il y a entre le

métal et les estimations fantaisistes tlu trafiquant des factoreries. La somme représentait, pour un travail de quelques jours, un profit au moins égal à celui d'une longue campagne de chasse ; il eût cédé à moins bon compte le produit d'une saison passée h récolter la cire ou la salsepareille. Aussi la proposition fit-elle luire dans ses yeux un éclair de convoitise. Je n'eus garde d'en affaiblir l'effet par d'inutiles commentaires, et le laissai à ses réflexions.

Le marcbé eût été conclu sur-le-cbamp,.sans la femme, qui ne se souciait pas de voir son homme s'embarquer pour un voyage dont elle savait lesrisques. Durant une bonne partie de la nuit, la question fut débattue entre Chumbe et sa compagne assis gravement devant les tisons. Je ne pouvais saisir leur colloque; mais à l'instant où le sommeil me prit, le mari décontenancé ne paraissait plus faire valoir ses arguments que d'une voix molle.

Juanjny, 29 septembre. — Mon troisième rameur s'est retrouvé. Il venait de passer la nuit dans le hallicr, à dix pas de la rivière, sans avoir été inquiété par les fauves. C'est h croire cpi'il y a réellement, comme l'affirme le dicton populaire, un dieu pour les ivrognes !

En revanche, Chumbe me déclarait, d'un air embarrassé, qu'il ne pouvait me servir de pilote. Il était âgé, perclus de douleurs, et ne maniait plus la pagaie comme autrefois. Puis, si la descente de Pisana à Juanjuy n'exigeait pas plus de trois ou quatre jours, le voyage de retour, en suivant la rive encombrée d'une végétation épaisse, ne durerait pas moins de deux semaines ; il lui répugnait de quitter les siens pour aussi longtemps, surtout à cette époque de l'année, aux approches de la saison des pluies.

Je tins ses raisons pour excellentes, et n'insistai pas. Les Indiens, revenus

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de leur alarme de la veille, travaillaient a\ ec ardeur à l'aelièx einent de la balsa. Le radeau, lon{j de sept à huit uièlres, est formé des tixjes de dix jeunes arbres dépouillées de leur écorce et reliées à trois barres transversales par de solides attaches en lianes. L'avant seul présente une section régulière ; à l'arrière, les bois sont laissés de toute leur longueur a\ ec leurs

menues branches : cette disposition a probablement pour but de contrebalancer le poids des pagayeurs qui prennent place à Tautre extrémité, accroupis sur un rang. Le milieu de la balsa est occupé par la barbacoa, plate-forme à claire-voie que supportent des picpiets entre-croisés. On v arrime les bagages, les vivres, en réservant un étroit espace au voyageur qui, de ce poste élevé, surveille la manœuvre, comme un commandant sur sa passerelle.

I-ii avant (le la l)ai'l)acoa, j'a\ais dressé un polit inàt de bambou où j'ar borais nos trois couleurs lorsque nous arrivions en vue d'un xillajje. La manifestation n'avait de sens (jue pour mol ; mais dut cet a\ eu lairc sourire, je ne saurais dire le plaisir (pie j'éprouvais à voir flotter au ^'ent Teniblème de la patrie.

Le 21 au soir, Tendjarcation était parée, la car^^aison à l)ord. Le 22 au soleil levant, nous a\ ions perdu de vue la j'ia^je de Pisana, dépassé le rlo MixoUo qui se jette dans le Iluallajja un peu au-dessous de 1 ancienne mission, et descendions à une allure vertijjineuse le rapide Huairuro.

Les rapides et les défdés qui ont valu à la rivière un renom perpétué aussi bien par les traditions indigènes que par les récits des premiers missionnaires, sont au nombre de quarante-deux. Une trentaine sont particulièrement redoutables'. Ils se divisent en deux séries séparées par un lonj; inter\alle d'eaux calmes. La première et la plus inq)ortante est comprise entre 8" L4' et 7" 50' de latitude sud. On peut dire, sans exagérer, que la na\igation s'v effectue dans une anxiété continuelle. D'énormes blocs louchent le lit tortueux, le courant se précipite avec une inq>étuosité de cataracte. Sa vitesse, sur une distance de cent cinquante kilomètres, est tour à tour de cinq, sept et même de neuf milles à l'iieure. Tantôt le radeau se cabre et bondit comme un cheval épouvanté, tantôt il est retenu captif pendant des heures dans un ?««/rfa/ (tourbillon), prêt à se disloquer sous la violence du mouvement giratoire.

La largeur du lit varie de cent cinquante à trente mètres, sur un parcours de quelques milles; la profondeur n'est jamais inférieure à trois mètres

' Eli voici la liste :

1" De Pisana à Juanjuy :

Huairuro. — Arinallari. — Clionta. — Maroiin. — Polvorn. — Flores. — Syott. — Corazoïi. — Bal.sayaccu. — Matallan. — Murjja. — Guacaniayo. — Limon. — Picote. — Chamicha. — Campaiiaà. — Cucliiyaco. — Benjja. — Tambor. — - Gliointé. — Cliapiclia — Zabaloyaccu. — Cacliiliiianuchica. — Tonta. — Suinanso. — Trainpa.

2" De Juanjny à Yurimafjuas :

E.stcro. — Cliumia. — Vaquero. — lîiu lllanco. — Poiijjo d'Aguire.

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liC> berj'cs, [)i('s«|iie parloul cIo\'écs, sont souleiuics |>;ii' des assises de roc qui soineiil saxaiuciil eu l'orme d ('peion, et reiideul lallei lissage assez dilfu'ile. Parlois aussi, la réj^étatioii cxul)éraiilc en défend les approclies ; les biauelics chargées de parasites débordent, iuas([uaut coniplctenient la ri\e. De loin en loin pourtant, au fond d'une cri(jue où l'eau reposée a des transparences de cristal, une petite pla{;e s'arrondit, disposée à souliaitpour le campement. Sur le sable tin, le sabot mi}^|uon de l'antilope, la patle velue du léopard, ont laissé leur empreinte. Des ti'onées dans leliallier marquent la route (pie les liotes de la forêt ont sui\ie j)our se rendre à leur abreu\ oir. Aucune trace de lutte; le lieu send)le un terrain neutre : on croirait que la paix tle l'Édeu rèjjne encore dans ces solitudes. Plus bas, un villa^je de fourmis {géantes alignera sur la (jrève ses huttes coniques, d'un ciment si conq)act (pi'il résiste à la hache. Des centaines d'échassiers, aigrettes, tlamants blancs et roses, rangés au bord de l'eau, se retirent lentement au bruit des [)a{}aies et, nullement effrayés, vont reprendre leur pèche vingt j>as plus loin. Des vols de colibris montent comme des fusées, et sur les branches mortes les tmujuis^ au plumage éclatant mettent une floraison nouvelle.

Le matin du 23, rencontre inattendue. La nécessité de consolider le radeau déjà fort démantibulé nous retenait à terre une heure plus tard que de coutume. Tout à coup, l'un des hommes, relevant la tète, poussa ime exclamation répétée aussitôt par ses camarades. Ils interronq)irent leur travail et ga{;nèrent en courant l'extrémité d'un banc de roche d'où l'on découvrait le lit entier de la ii\ièi'e. Je les >ui\is, et ne pus à mon tour retenir un cri de surprise. Une balsa était eu \ ne, (léri\anl rapidement en |)Iein courant : six hommes la nu)nlaient, dont il n'était possible de distin-

' Ilupicola Vcruvittna. — Cette espèce, l'une tle.^ plu.s icmn 1^11.1 Mes île l'Amazonie, abonde 8ur l(! ilualla[;a. L'oiseau, île [a taille d'un f[ros corj, a le corps écailate et les ailes noires ; la tète est surmontée d'un [lanache cramoisi. C'est lo roi de la {jent enipinmée ; le toucan lui-incnio, de pourpre et d'or vêtu, ne saurait lui être compare.

gucr à distance ni 1 accoutrcmciit ni les tiails. L'aspect de la cargaison, — de longs paniers de jonc recouverts de feuilles vertes, — les mouvements souples des rameurs, les sarbacanes que tenaient à la main deux des individus juchés sur la barbacoa, tout révélait des voyageurs indigènes. Mes Indiens croyaient reconnaître en eux des Hibilos du Aillage de Sion (jui revenaient d'une expédition de pèche.

Le camp fut levé en toute hâte : nous espérions pouvoir naviguer de conserve et régler notre manœuvre sur la leur pour passer les rapides Matallan et Murga. Mais si précipité qu'eût été le départ, les nouveaux venus avaient pris trop d'avance : nous quittions à peine notre mouillage qu ils disparaissaient à un brusque détour, et nous ne les revîmes plus de la jnatinée.

Ces dangereux passages heureusement franchis, mes gens se dirigeaient, afin de reprendre haleine, vers une petite baie dans laquelle se jette la rivière de Sion. Le premier objet que j'aperçus fut la balsa indienne, délestée et tirée sur le sable. L équipage se séchait autour d'un grand feu, avant de gagner, le ballot sur l'épaule, le village qu'une senda de deux lieues relie au Huallaga. Les deux trovq^es fraternisèrent, Gholones et Hibitos se trouvant être de vieilles connaissances. Mais (|u'onjuge de ma stupéfaction quand lun de ces derniers, s'approchant de moi, me souhaita le bonjour... en anglais !

Le teint bronzé, la face glabre de mon interlocuteur, me l'eussent fait prendre pour un Indien; il n'avait, comme ses compagnons, pour tout vêtement qu'un pagne de cotonnade et une blouse sans manches serrée à la ceinture par une lanière en peau de daim. Mais sa haute stature, ses yeux bleus, (|uelques mèches d'un blond ardent éparses dans sa chevelure grise, dénotaient l'homme du Nord, le Breton ou le Yankee. Il venait à moi, les mains tendues, très ému, flageolant sur ses longues jambes marbrées de nombreuses cicatrices, dans un état de faiblesse et de misère qui faisait peine. Évidemment, il se croyait en présence d'un compatriote.

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Ia' seul article do ma {;ai(le-r(>l)c' (jiii eût résisté aux iiitein[)érit's d im vovajje (le plusieurs mois, — un eas(juc insulaire de fabrication anglaise, — autorisait celle méprise.

D'où venait llioninie? A la suite de quelles aventures se trou\ ait-il en pareille compajjnie ? Était-ce ini \oya{;eur comme moi, ou ce qu on nomme vul{;airement un frère de la cote, quelque malfaiteur fuyant la justice, (|uelquc marin déserteur? Toutes les hypothèses m'étaient permises, d autant (ju il send)lait déterminé à ne fournir sur sa personne et ses antécédents aticun renseignement précis. Une étiange liistoire de départ pour lintérieur, dans Tespolr naïf d y faire fortune, de misères endurées dans les pueblos de la sierra, dans les forêts du versant oriental, ou il avait erré pendant des semaines, vivant de fruits et de miel sauvages, passant la miit sur les arbres, crainte des bêtes fauves ; son sauvetage inespéré par des chasseurs indiens de Tingo Maria qui l'avaient recueilli et nourri durant cinq mois, ce fut h peu près tout ce que j'en tirai. Il exprimait, en terminant, linlenlion de se rapprocher des factoreries de lAmazone, ou il pourrail trouver du travail et les moyens de retourner plus tard dans son pavs. Une occasion s'était offerte de descendre deux cents milles de rivière sur la balsa des Hibitos ; mais ceux-ci étaient maintenant arri\ es à tlestinalion. Dieu sait cond^ien de temps il devrait rester leur hole ! La vie indienne ne leffrayait pas, pourvu qu'il parvint à tirer quelque proht de ses peines; mais, dans le haut pays, tout ce cpion pouvait espérer, c'était de \ i\ re au jour le jour, sans entrevoir un avenir meilleur. Il me demandait tlonc de lui permettre de prendre j)assage sur mon radeau, au moins jusqu à ce que Jious eussions alleinl un village en relations plus fréquentes avec les posles occupés par des blancs.

(Juel que fût son passé, une chose était certaine, c'est qu'il u\iù[ beaucoup souffert; à ce titre seul, en pareil lieu, il éveillait ma svnq)atliie. Je n'en exigeai pas davantage, et lui Hs place auprès de moi. Si louche (|ue parût le personnage, sa venue rompait agréablement la monotonie de mon

;J38 DES A M» ES AU l'A HA.

existeiu'o : doimis [môs do Irois mois, jo u a\ai> cmi d aiilrc société (jiie des liuliciKs d liiiiucur })cu coiiiinuiucaliN o ; sans (rop soidliir de cet isoIcMiient, encore n étais-je pas IVulié d't'elianjjer (niehjiies paioles a\ ee un homme de ma conleiir.

l'ne fois en roule, soil (|n nn senlimenl de .j;ialilnde, ou simplement la joie d a\()ir vu sa prière si \ ite exaucée, 1 emportai sur la prudence, soit (pi il cédai lui-nu'me à ce besoin d enlendie sa |)ropie \oi\, tle parler sa lau(]ue maternelle, dont sont tourmentés tous ceux qui ont vécu dans la solitude, il se départit un peu de sa réserve. J'appris qu'il était originaire de Darmoutli, dans le Dexonsliire; (pTil avait quitté l'Angleterre cinq années auparavant à bord d un biick taisant voile pour la côte du Paciti(pie. l'.n tpmlité de |)assa{;er ou de matelot? H n eut {;arde de préciser. Mais à la l'açon dont il observait les pagayeurs, à (piebpies remarques qui lui échappèrent, relali\es à la mano'uxre, à la force i\u lourant, à la présence probable des bas-fonds on des écueils, il était aisé de deviner un homme de mer. (Juoi cpi il en soit, il a\ait quitté son navire au Callao, et pris le chemin de lintérieur. On le retrouvait successivement ii la Oroya, tra\ aillant sur les chantiers de la \ oie ferrée, puis dans dix ers pueblos de la Sierra, à .lauja, à Tarma et dans les mines d argent du Cerro de Pasco. xVprès deux ans de cette \ ie, excité, disail-il, par- les récits (pfil entendait colporter au sujet de la Montana, nn désir fou le prenait de descendre veis cet ()iiei\l si proche et pit'in de mvstèie. Oiie ce fui on non le \ lai molil iiour le(piel il axait [)réferé aux exploitations minières 1 inconnu des forêts, toujours est-il (pi il s ('-tail jeté à 1 est, dans la rc'gion l)()is('e de la proxince de Huanuco, ou il axait failli trouver la mort.

Tandis que raveulurier coulait ses misères, nous franchissions coiq) sur coup quatre raj)ides, (iuchivaco, IJenga, Tandjor et les {pands tourbillons (pie proxoquc l'afflux d un des principaux tributaires du Muallaga, le rio A'alie. L.i nnil nous [)rit au sortir du défilé de C-homté, })rès de 1 embouchure du no i.una.

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l.;i joiirnéo du l'v me r('>civ;ul d autres émotions. Sortis sains el saufs (lu mauvais passage de Chapiclia, oùdes monolithes gigantesques se dressent au milieu de la rixière, nous linnes, malgré les efforts déses[)érés des baiseras, entraînés dans 1 im[)élueux courant Zabalovaccu, qui clôt la première série des rapides. C est de beancoup le plus terrible; aussi les Indiens cherchent-ils à l'éviter au moyen d'un portage, sans toujours v réussir. J'ai vu les plus célèbres déclivités des rivières américaines, celles de 1 Oswego, du Saiut-Laureul, du .Saguenav, du Colorado. Aucune n est comparable à ce Ion;; saut du Huallaga. Un seul courant pourrait en donner 1 idée, celui de la rivière Niagara, entre les cataractes et Lewiston (Ontario).

Le danger vous surprend en pleine accalmie, au milieu d un de ces instants de répit si rares dans cette navigation accidentée. Soudain, un grondement retentit, lointain d'abord, mais qui se rapproche avec une prodigieuse vitesse. Le courant s accélère, sans qu un seul frisson agite la surface. Tout au plus s'enfle-t-elle en molles ondulations d une ampleur de iioule. Eu Aain cherchons-nous à rallier la rive; nous sommes emportés de plus en plus vite jus([u au moment ou, au delà d une cour])e, à cent mètres de nous, la ri\ ière entière disparait sous un rideau de va[)eur. Les berges s'escarpent, le radeau glisse à travers un dédale de rocs épars qui le mettraient en pièces au premier choc. Il n'est })lus question de le diriger. 2sous nous abandonnons à la dérive, cramponnés tous les cinq à la [)lateforme centrale.

Tout à coup, il me send)la que nous étions projetés dans le vide; la nappe immense se précipitait en écluse d une hauteur de trois mètres. Sans doute, nous ne dûmes notre salut (ju à la \ iolence mémo du courant (pii, en vertu de la \ itesse acquise, au lieu de tond)er suixaut la verticale, décrivait dans sa chute une courbe allongée, (^cla permit à la balsa d arriver intacte au pied du ra{)ide; mais, échappés contre tout espoir à un désastre, notre position n'en restait pas moins critique. Les eaux, reprenant brusquement leur niveau, bouillonnaient et se soulevaient en vagues menaçantes.

3i2 A (!cu\

i-oi)ri>o>, n()ii> IViiiio> ])ro>(|MO oii;;l()ulis ; l()rs([u eiiHn nous parx iiimcs

il ])rcn(lic terre, i]c\i\ milles plus has, il était tonips. Les

- ' ' . anianes de lianes, en pai'lie

ronij)ues , niaintenaient à penie le IVele assemblable de peiclu's sur lequel je venais (le passer des minutes qui eompteront parmi les plus émouvantes de ma vie.

A Zabaloyaeeu, suceède le défilé de CaeliiliuanvKJiica.

On ne saurait imajjiner eontrasle j)lus complet. Si quel- <pic eliosc avait |>u me l'aire oublier la tourmente d où nous sortions, c était Taspeet de cette onde a})aisée eou lant, dans une jiéuombre d'é {]lise, entre des parois de porphyre hautes de six cents pieds. ])cs arbics au tronc puissant s v arc-boulent, formant ro;|i\e; des .;jra[)[)es de fleurs peiulent comme àes lustres; les lianes accioclient leurs lourdes draperies aux moindres aspérités du rocJont le Ilot bat la base avec un 1)1 iiit de cloche.

<: Ac II I II I- A N rf: II I C A.

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A lissiio lie ((.'Ile ;;<>i'.;;o lonjjue do (rois lioiics, le llu;«lla[;a, [fiossi do I iin|)<irlanlo iiviôro I liiaval)aiid)a, s éliii'};i( pareil à iiii lac, moucliolo d'iles. La {jiaiulc ('.ordillcrc liiil \ers le iioid-oiiest ; à lesl, la pampa du Saiiil- Sacreiiieiit se déroule par une j)enle insensible jusqu'aux crêtes ai rondies i\c!^ collines (pii nous séparent de TUcavali. Des toits de paille pointaient au-dessus i\c> herbes; des canots cliar.;;és de maïs et de cannes faisaient la ua\ elle entre les dois et la terre terme; dexaul nous s ouvrait le \aste et terlde bassin de .luaupiv.

Il \ aura loiit à 1 beure cinij jours (pie |e suis dans ce villafje. C'est beaucoup, au {jré de mon imj)atience; bien |)eii, si je sonj^e aux leiiteui's <pic nécessitent, en pavs indien, les néjjociations les plus simples. Je laisse ici les mariniers embauchés h Tocachi ; la basse rivière leur est peu connue. D'ailleurs, ils ne mettront jjuère moins de quinze jours pour retaire à pied, il tra\ers bois, les cinquante lieues qui les séparent de leur villajje : e.\i{jer plus serait e.vcessif. La nouvelle équipe comprendra quatre pa{|a\ eurs au lieu de trois : la balsa elle-même devra être reconstruite avec i\e> bois plus loi ts et au(>mentée de quelques pièces, modifications rendues indisjiensables par le \()lmne croissant des eaux.

Le cliet du \ illa.|;e m avait lof>é dans sa maison ou, ])our j)arler plus exactement, sous son toit : la demeure n'était qu'un tambo, mais solidement cliarj)cnté et tle dimensions assez vastes. A 1 en croire, les choses ne traîneraient pas. Ia\s hommes avaient ét('' iuand(''s, et, .|;ràce à sa loiite- |>uissanle iiiter\ cntion, le marché fut (oncbi le jour même, (jejiendanl, nos coineutions arrêtées, les Indiens s étaient aussitôt éclipsés, sous pr(''texte de vaquer à leurs préparatifs; je ne les avais plus l'cvus de (piaraiite-luiit heures. I>e.<;()u\eriieur multipliait ses j)rotestations de déxouenient personnel, (b'plorant ces retards dont il n était en aucune laçon res])onsal)le. Mais ne fallait-il pas laisser aux (jens le loisir de prendre con;j('' de leurs t'ainilles, d apprêter vivres et munitions, tle façonner leurs pagaies, de couper et ébrancher les arbres supplémentaires? .le me suis tenu pour

satisfait, toute marque d impalieuce ti'op maniresfe allaut diauiélialement à leiuontre du but qu ou se propose. La notion du temps échappe à ces natures primitives, qui mesurent leurs désirs aux l)esoins de Iheurc pr(''sento; 1 innnual)le sérénité de la vie les dispense de conq)ter les heures. Une journée, une semaine, un mois, mots sans valeur si ce n est pour 1 homme dc^ vieilles sociétés qn épcronnenl les inexorables lois de la concurrence vitale. J'occupai donc de mon mieux mes loisirs, mettant en ordre

MAISON Dr couvEn>Ein (ju axj i; y).

mes notes, et chassant l'outarde au bord de la rivière : le soir, toute la jeunesse, {jarçons et filles, v patau{;eait dans un sinq)lc appareil ou, montée sur les canots, m'offrait le spectacle d'une naumachic.

Mais la lon(janimité la plus robuste finit par s'user. Je ne pus maîtriser mon dépit lorsque je surpris ces hommes que le gouverneur disait être absorbés uniquement parles soins dn dc-parl, dans un han{;ar servant de pressoir, occupés à fabiicpicr le caido pour la consommation de ce fonc-

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liniiiuiiro. Trois cl cntio eux inaiiœuvraiont iioiiclialaïunieiil les cvliiKlrcs de bois; le ([iiadieiue, allon(>é à |)lal ventre, poussait hoiil à l)out les ti{;es de cannes iVaicheinent coupées, tout en fumant une énorme ci;;arelte roulée dans une feuille de maïs. Peuf-étre rendis-je compte de ma (lécou\erte a\ ec une mauvaise humeur trop peu déjjuisée; mais le chef me reçut assez mal et, s'emportanl lui aussi, riposta d'un ton moqueur (|ue, puisque j étais si pressé, rien ne m em|)rchait de pouisnis re à pied mon \ova{'e.

La réponse ne se Ht pas attendre. Je ne pouvais mieux marquer ce que je pensais du procédé qu en déclinant désornuiis son hospitalité. Il n avait pas ache\é (pie je commençais mon déména^jement. I) un coup de pied j'envoyais mon lit de camp hors du tambo et m apprêtais à enlever mes sacoches. L'autre, tout déconcerté, essayait de me retenir, me prenait le bras en riant :

" — Ne t en va [)as. Ce n est rien, cela. Je suis ton ami.

— Et c'est ainsi que tu me parles, à moi, ton bote! Non, non, je n'accepte [)lus rien de loi. J irai dans une autie maison, sur ma balsa, s'il le faut. •)

Une lutte comique s ensuivit. Le gohernador désolé me suppliait de lui épar{>ner cet affront, s emparait de mes effets au fur et à mesure que je les déplaçais, et les reportait dans son logis. Ce manège aurait pu durer longtemps si je n'eusse été bien aise de céder : je ne résistais que pour la forme. Finalement la paix fut faite, et nous redevînmes très bons amis. Ce petit orage eut du nu)ins pour résultat d'éclaircir la situation et de brusipier le (lén()uemen(. Lue liciu-e après, les Indiens se mettaient à lo^uvre avec inie telle ardeur, <pie le nouveau radeau devait é(re piet à naviguer dès le lendemain.

Je ne pouvais malheureusement pas en dire autant de mon compagnon. L Anglais, logé dans une case voisine de la mienne, avait été, la nuit même de notre arrivée, pris d'une forte fièvre; je le trouvais, le matin, dans le plus lamentable état, les jambes enflées, la peau rouge et luisante

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coiiiine si le pauvre (lial)Ic eût élé alloiul d un conimencemenl d'érysipèle. Le mal ilont il souflVait est Mon conau de tous ceux (jui oui séjourué <[uel<|ue tenip> dans la^Ioutaùa. Au nombre des mouclies de loule espèce (pu. )()ur et innl, liaici'lent le vova{;eur, d en est une (|ni dépose ses larves dans les interstices des pores ou, plus IVérpiemment, dans les blessures occasionnées par les épines. Il sullit en {général, [)our pié\ enir le d(''\eloppenient du parasite et les accidents (;ra\es (pii peu\ent en lésnlter, de préserxatils très simples, sa\<)ir:des soins mimitienx de propreté, la douche dans les torrents matin et soir, et des lotions par tout le corps avec une éponge imbibée d'eau ])liéni(]uée. Pour peu (pi on né{;lige ces précautions, le ver f;rossira et pénétrera profondément dans les chairs : — j en ai enle\é à mon chien (pii atteignaient les dimensions d'un ver à soie ; — des tumeurs intlammatoires se produiiont, (|ui exi(}eront I interxenlion du

clniiUj'jien.

Tel était le cas chez mon coureur des bois. L eidlure avait, eu ([uek[ues heures, fait de tels pro{;rès, qu'une issue fatale était à craindre si Ton ne réussissait à calmer rinflammation. Il souffrait cruellement et me suppliait de tenter quelque chose, quoi que ce fût, dùt-il en mourir. Mon embanas était grand; je ne possédais dans ma modeste pharmacie de voyage, d ailleurs fort dé{;arnie, rien (jui put enraver le jual. Je me souvins alors d'un expédient (pii m avait réussi deux ans aupara\ant, sur lliaouaddv, pour vanuie 1 irritation causée par la [)résence d un ento/oaire très commun aux Indes et en Hirmanie, le ring-ivonn (\er anneau). A défaut d autre émollient, I avais eu recours à I eau pure. Mes hoys, munis chacun d un bacinel, arrosaient |)endant (piatre ou ciii([ heures coiiséciiti\es la jambe endolorie. An bout de deux jours de traitement, l'inflammation avait totalement <li>|)aiii. .remployai de nouveau cette médication élémentaire. Je demandai (ju on trainàt ji'^qu ;i la cabane un des canots halés sur la berge, et le fis remplir d'eau : puis j installai auj)iès (\\\ malade la femme et la fille de son hùle, a\ ce des jarres de grès (huit elles \ersaient le conlemi à tour de rôle,

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110 s aiTi'Iaiil »ni(' l()is(jiie la piro^juc c'-lail \\i\v. J-^iicoir a\ aioiil-cllcs soin (I cinc'lopixM' alors les inoiuln'os avec des i'tniilk's de j)aiiaiiit'r loulcs Iraiclics.

Les Indiens, je dois I avoner, snrveillaient la cnie <l nn œil (anl soit peu seej)ti([iic. Il était évident ([ne ee lavajje ne constituait pas pour eux inie viaic médecine. Seule, la déférence due au sa\"oir d un taïla les enipecliail d expriinei' tout liant leur avis.

Bonne ou mauvaise, ma médecine lit merveille. (Jnelcpies lotions ai(;nisées d acide piiénicpie achevèrent de circonscrire 1 inllammation dont le fover, par nudheur, subsistait l()U|Ours. L un des ahcès était situé au pli du jarret, et je ne me souciais <|uère d y pratiquer une incision, de peur d estrojiier mon sujet. D un autre côte, si I on nv touchait pas, 1 irritation, sous I influence de la température élevée, se propagerait de plus belle, et la rechute serait funeste au patient. Celui-ci s en rendait bien com])te, car il insistait pour «pie l'opération eût lieu immédiatement.

« — Mais ce n est pas mon métier! lui dis-je. .Si j'allais vous tranclier une artère...

— yevei- niiitd! ... Mourir de façon ou d autre, peu importe. Si la chose tourne mal, vous n aurez fait qu avancer ma (in de quelques heures. Je n ai (piune chance pour me tirer d'affaire... (lo on .'... "

Ainsi mis en demeure, j obéis. J eus plus de bonheur que n'en méritait mon inexpérience : la lame ne plongea pas trop avant dans les chairs ; deux jours après, la plaie dûment pansée était en voie de guérison. }sous pouvions repartir. (Jomme j'allais avertir létranger (pie nous poursuivrions notre voyajje le lendemain au lever {\u |our, je le trouvai debout. Il venait au-devant de moi, appuvé sur un bâton, boitant légèrement, mais, somme toute, avec les allures (run lioinme en j)leine convalescence. A mon grand étonnemeni, il m annonça ([u il ne m'accompagnerait pas plus loin. Il avait changé d'idée; il se décidait à accepter les offres de ses Imtes (jui lui proposaient de demeurer avec eux, et le traitaient (lé|à en ami. Il ne (juitterait pas le village, du moins pour l'instant.

Je lui rappelai ce qu il m'avait dit peu de jours auparavant, son désir de se rapprocher des factoreries. J'ajoutai que je m'en^ja^^eais non seulement à le conduire înix premiers établissements, mais encore à le {jarder sur mon radeau jusqu à ce que nous eussions rencontré un des vapeurs de 1 Ama/one. Je me faisais fort de lui obtenir son passage pour Manaos et le Para, et de négocier son rapatriement auprès des agents anglais.

Il m écouta attentivement, mais déclara persister dans sa résolution.

u — RéHécliissez encore, lui dis-je. Bien des mois peuvent s'écouler avant que vous retrouviez une occasion de descendre la rivière.

— C est possible, répondit-il. Mais rien ne presse.

— Au moins me direz-vous votre nom. Peut-être avez-vous quelques parents en Angleterre. Je leur ferais parvenir de vos nouvelles.

— Des amis, des parents? Non, je n ai rien de tout cela. Qui je suis?... Un homme auquel, sans le connaître, vous avez rendu service et qui ne l'oubliera jamais. Adieu, et pulssicz-vous regagner heureusement votre pays ! 1

Nous étions, tout en parlant, arrivés au bord du Huallaga. La nuit venait limpide, étoilée. La silhouette de la balsa, ses amarres tendues, prête à appareiller, se détachait durement sur l'eau grise. Il se tut. De mon côté, j étais à bout d'arguments. Après que nous eûmes fait quelques tours sur la berge, je lui montrai une dernière fois le radeau d'un geste interrogateur. Mais, pour toute réponse, l'inconnu se contenta de secouer la tète, et se mit à siffler un air quelconque. Puis, il me prit la main, la serra avec une énergie toute britannique et, pi\otant sur ses talons, disparut dans 1 ombre.

3 octobre. — Notre passager a été remplacé par une passagère, l'Indienne Mai (Marie), femme d un de mes rameurs. Celui-ci m'a demandé de

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remmener jusqu'à la Laguna, le deriiier village de la vallée, à dix milles seulement du jioint où le Mualla.||a se réunit au Marailon. L'endroit est habité par des Indiens Cocamas catéchisés, naguère, par les missions d'Ocopa. Marie appartient à cette nation. Elle est malade et veut retourner chez ses parents (pi'elle n'a pas revus depuis plusieurs années. Gela ne peut manquer de la ,||uéiil\

.1 étais loin de partager cette confiance en Tefficacité du remède. Le mal est de ceux dont on ne se débarrasse pas par im changement d'air. L Indienne, à n en pas douter, se meurt de la poitrine. Contrairement à l'idée que beaucoup de personnes se font des pavs tropicaux, les maladies les plus connnunes en ces parages ne sont peut-être pas les fièvres, mais les affections pulmonaires résultant des soudaines variations de température entre le jour et la nuit; à ces causes, il convient d ajouter l'existence amphibie que mène la population établie le long des rivières. La pauvre femme avait évidemment peu de chance d'arriver jusqu'au iiameau paternel ; je laissai entendre au mari qu'elle ne me paraissait guère en état de supporter un long voyage. Il s'obstina, expliquant qu'elle n'était pas très forte, mais se remettrait vite au milieu des siens. Je n avais rien à objecter et consentis de grand cœur à laisser les époux voguer de compagnie. Marie s'est installée à 1 arrière, avec son petit bazar, une collection de paniers de toute taille contenant des bardes, des fruits, i\e> amulettes et du coton dont elle file d interminables écheveaux. Tout le jour, elle manie le fuseau et la quenouille, ne s'interrompant (pie pour donner à manger à un vieux perroquet (pii ne quitte pas son épaule ; elle le gave de bananes et de inassaio, et lui tient à demi-voix de longs discours que l'oiseau, ramassé en boule, les veux clos, semble écouter avec un recueillement profond.

Souvent aussi, surtout vei"s le soir, la fièxre la prend, une fiè\ re que la (piinine est impuissante à éteindre. Alors, elle divague, et, toute la nuit, le camp retentit des éclats de sa voix denfant, |)hrases sans suite, coui)ées de

350 DES ANDES AU l'Ai'. A.

rii'os el (lo saiijjlols. Le 2, elle se ti'ouvail si mal (|iie nous j)riincs lenc \crs iMidi. (Jiiohnie eiunii (|iu' nie causât ce nouveau relard, je nie rési[;nai à ne pas allei' pins loin ce |oni-là, j)ar é;;ar(l poni' la moribonde, f.a crise ne la pas tuée ponrtanl ; la voici (lel)onl, ce (pie le mari, tonjonrs optimiste, n'a pas mantpié d attiihner à 1 iidlnence déjà s.ensible de laii' natal. L homme, au fond, n est pas sans inquiétude; il voudrait bien obtenir de moi, à dél'aut d'une panacée infaillible pour {juérir ,sa conipa'jne, une parole rassurante; mais je me ferais scrupule de lui donner quelque espoir. (Jucstion d humanité d abord, afin de lui épar^jner une fausse joie; affaire de prudence ensuite; 1 événement pourrait, dune minute à lautre, démentir mes pronostics favorables, ce qui ne ferait point honneur à ma clair\'ovancc el compromettrait cette réputation de haut savoir dont les indi^jènes ({ratifient si volontiers les blancs. Je ne lui dissimule donc pas que sa femme est gravement atteinte et que je ne puis, à mon grand regret, rien pour elle.

Ce n'est certes pas une beauté, Marie. Elle n'a guère à son actif, comme la plupart de ses compatriotes, que les veux qui sont superbes ; mais elle est jeune, non sans grâce, et son mari lui prodigue les soins les plus touchants. Le soir, il lui prépare, tout près du feu, un tambo dont les palmes savamment jointes ne laisseront passer m la pluie ni la rosée; dans la journée, dé[)Osaiil son a\ iron, il vient s asseoir pi'ès d elle et, une branche \eite à la main, écarte les moustiques. Il a étal)li au-dessus de la plateforme une cahute en feuillage dressée sur (piatie j)i(juets (jui nous .garantit de la chaleur. La tian(|uillité du courant permet ce surcroit de charge; la balsa, pies(jue abandonnée i\ (dle-méme, descend au fil de 1 eau. S approche-t-elle un peu trop de la rixe.' un coup de pagaie la redresse; puis les rameurs s'allongent de nouveau sur les j)erches, les mains sur les yeux, le ventre au soleil, et le radeau glisse dans la paix du plein jour sur la rivière silencieuse.

5 octobre. — Le Huallaga, au delà de .Iiianpiv, lra\erse pendant une centaine de milles une plaine d allin ion ou pas une éminence n arrête la

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MU'. I^a rivière, don! la lai',[|oiir allciiil, |tar places, un (|iiait de iiiillc, est iKMi j)r()loii(lc, as?e/, copeiulaiil |»()iir qii imc clialoiiix- à va|>('Mi' ne calaiil |)a> |)liis (le SO cenliniclros |)iiissf v iiaM.j|ti(;i' .^aiis (laii.|;c'i-. Le loiid est (le \ase ; aiieiiii haiie de loelie, aucun écueil isolé ne se dresse au nidieu du chenal. Les ri\es, sans èiie élevées, sont .|;én('raleinenl ii I abn i\v> liauleeaux ; la coupe du terrain met ;i (lécou\ert une couciie d liunius de plu> d un niètie; la \ é.|;élation, toujours luxuriante, est moins touttue (jue dans la partie su|)éiieure de la ^allée. Dévastes espaces ap[)araissent couverts (le (jazon, pi(|ués d arbres isolés.

Toute cette région, comprise entre les deux séries de rapides, est aisément cultivable, d une extrême fécondité et tout à fait salubre. Les eaux dormantes, les lacs, les niarécajjes y sont rares, et, par suite, les fièvres peu fréquentes. Indépendamment de la pneumonie qui fait quel([ues victimes, la maladie la plus ré[)an(lue est une affection cutanée se manifestant par de larjjes taches brunâtres ou bleu foncé disséminées sur toutes les j)arties du corps. Elle ne revêt presque jamais im caiactère ai.|;u; les indi\idus qui en sont atteints vaquent à leurs occiqiations comme si de rien n était : un (Umes bomnu's, bien que tatoué de la sorte de la tête aux |)ieds, n en parais- .-ail pas auliement incommodé. V]i mal à peu près identique sé\ it avec bien plus d'intensité dans d'auli'es contrées du continent, notamment au Mexi(pie et dans les républiques voisines, (Jualemala. San-.*^al\ ador, Costa- Rica, ou il a \alu ;i toute inie catéjforie d'indiijènes le nom .-i;;niHcatit de Piiiins. Ici, il est du sans doute à une alimentation délectueuse, presque exelusi\ emeni composée de venaison et de poisson séclié; il est vraisemblable (pi il disparaîtrait movennauf quebpies concessions aux rè{^;les les plii> élémentaires de rbv«|iène.

Les inconvénients résultant de la présence des reptiles et des mousti- (pies s'atténueraient au fur et à mesure que de lar^jes trouées auraient été piali(piées diiiis les forêts cm ironnantes. Il est bien rare (pi'oii en soullix' au milieu d un \aste délViebemeiil. l'en de localités, en défuiilixe, dans la

zone iiiloiliopicale, mont senil)lc jnienx lailcs pour iec'C\oir i\v^ [)oj)ulalions sédentaires et a^jricoles, ("nssent-elles originaires des climats tempérés. Ceci ne veut pas dire (jue la colonisation en soit prochaine. Lonj;lemps encore, des causes nndli[)les |)onrr()nt détourner du Pérou le couiant de 1 émigration; mais sitôt que les plateaux de la Sierra seront occupés par les colons venus d'Europe, des entreprises sérieuses ne tarderont pas à être dirigées vers la vallée du lluallaga. Des voies nudetièrcs, des routes peutêtre, traverseront la Cordillère; d'autres contourneront ces rapides dont l'industrie, quelque jour, utilisera les énormes forces perdues. Par la richesse du sol, la douceur relative du climat; par sa position à mi-chemin du Pacifique et du Brésil, ces teriitoires semhlent destinés à devenir tôt ou tai'd une admirable base d'opérations pour la mise en valeur des possessions péruviennes situées à 1 est âe^^ Andes. Actuellement, vous n y relèverez, sur une distance de cinquante lieues, que trois ou quatre cliacras occupées par des familles indiennes ou métisses.

[.a rivière, semée d'iles et de bancs de sable, après s'être étalée jusqu'à doimcr parfois 1 illusion d un horizon de mer, se resserre à la hauteur du rio Mayo ou Movobandja. C'est par ce cours d'eau que, pour la première fois, en 1561, les conquérants espagnols arrivèrent au Hualla.ga : lexpéditlon, conduite par Pedro de Ursoa, a\ait poui' but la rccbcicbe du faljideux « El Dorado » , situé, disait-on, sur les bords de lAmazone, au {tays des Omaguas.

J'imagine que les aventuriers, lorsque leurs canots eurent doublé le promontoire boisé au-dessous duquel est établie aujourd'ui Vcstancia de Chapaja, durent jeter un cri de trionq)lie. Les trésors de la légende étaient là, devant eux, et la réalité dépassait le rêve. De l'or? Mieux que cela, de liantes falaises de diamant, curieusement fouillées, découpées en arceaux, en pilastres, striées de jaune et de rouge, étincelantes. La rive droite du Huallaga, sur une longueur de cinq lieues, présente ce spectacle extraordinaire, la montagne de sel de IMIluana. Les eaux l'ont profondément

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ravinée, ne laissant çà et là que quelques morceaux de la croûte véfjélale, hérissés de buissons, fraufjés de fou(]èi'es dont la \'erdure sombre donne, par contraste, un chatoiement plus vil aux cristaux.

Peut-être lamerlume de la déception ne lut-elle pas étrangère aux discordes qui amenèrent la perle d Ursoa, assassiné par 1 un de ses compagnons. Aujourd'hui encore, le nom du (raitre sert à désigner le deinier défdé du lluallaga, le Pongo ou Salto d'Aguire.

Grossie du rio Mavo, la rivière s'engage dans les quatre rapides Estero, Chumia, Vaquero et rio Blanco, si rapprochés qu'ils n'e,n forment en réalité qu'un seul, mais des plus périlleux. Dans ces gorges dont l'ouverture nesl, en certains endroits, que de vingt mètres, s'engouffre une masse d'eau d un volume égal à celui du Rhin au pont de Cologne. Elle se précipite, à une \ itesse de huit et dix milles à 1 heure, par une série de plans inclinés. Au bas de ces écluses naturelles, un remous d'une violence inouïe relinf la balsa prisonnière pendant quarante mortelles niinutes, tantôt la poussant contre le rocher, tantôt l'attirant dans un tourbillon ou elle ^ irait sur elle-même comme une toupie, s'enfonçant parfois d'un demi-pied sous l'eau. Un orage terrible qui éclatait au même instant rendait notre position plus critique. Ballottés en tous sens, aveuglés par l'averse, nous descendions au ;|ré du flot, et je m'attendais, à chaque seconde, au choc suprême.

La balsa axait tellement souffert, qu il fallut, au sortir du défdé, atterrir au plus vile, puis la démonter et la rajuster pièce à pièce. Gela nous contraignit de relâcher un jour entier sur la plage de Chasuta, la seule agglomération méritant le nom de village que 1 on rencontre entre .luanjuv et Yurimaguas. ]^a population, qui conqite environ cinq cents âmes, est composée de métis et d'Indiens appaitenant à l'ancienne tribu des Motilones ou Lamistas. Ce sont des travailleurs paisibles, industrieux; ils passent pour les plus adroits mariniers du Huallaga. Leur spécialité est le commerce de la cire et la préparation du curare, dans laquelle ils sont passés maîtres. Le poison est renfermé dans des tubes de bois pesant une li\re en\ iron.

Chaque aiinôo, une flottille de eanots, venue des ii\ ièies qui se déversent dans le Maranon, du Pon^jo de Manseiielie à ITeavali, amène à Cliasula une clientèle à peau eui\ léc : elle apporte de la poudre d'or, des plantes inédieinales, et reçoit en échange la pâte noirâtre destinée à trenqier les hinccs et les llèclies.

LK UUALLAGA, A CHASLTA.

Les Cliosiilinos se livrent aussi, non sans succès, à la culture et au tissage du coton, dont ils trafiquent avec les autres villages de la région, notamment avec Tarapoto, pueldo situé à wwq douzaine de lieues, dans la direction de Mayoband)a.

En suivant cette voie, douze à quatorze jours de marche, par des sentiers affreux, il est vrai, suffisent pour arriver aux plateaux de Chachapoyas,

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