‹ Des Andes au Para: Équateur-Pérou-AmazoneChapitre 25 sur 38 · AMA/OME · texte numérisé non relu

AMA/OME

(Ton Ion poiil aHoiiidrc en une scinaiiic la vallée supérieure du Maranon, Cclciulin et (lajamaira. (Test par là «(uc je devais effectuer la traversée des Andes, si rinsurrection ne m'eut barré la route.

Je recueillis à Cliasuta quelques rensei^jnements sur les laits de j-uerre sur\cnus dans la Sierra depuis mon passajje. Les rebelles, maljjré une résistance opiniâtre, avalent eu le dessous, et le préfet La Toire, à la tête du détachement expédié de f/nna, a cnait de reconquérir de haute lutte le siè{]e de son {jouvernement. J'appris avec plaisir que le dijjne « caballero » était sain et sauf. La tournure prise par les événements, à l'époque de notre rencontre, ne me permettait pas d'espérer un dénouement aussi heureux.

De Chasuta à Yurima.<;uas, la distance n'est que de soixante-cinq nulles. Le seul passa^oe accidenté est le Pomjo d'A^juire, où le Huallaga coupe les ilerniers contreforts de la Cordillère orientale. Les difhcultés en ont été singulièrement exagérées par plusieurs voyageurs qui en parlaient par ouï-dire, ou n avaient pas eu l'occasion de les comparer à celles que présente la rivière en amont. Malgré la plupart des cartographes qui rinchquent en gros caractères de préférence aux autres rapides, celui-ci est de tous le moins inq^ortant. Il ne mérite surtout à aucun titre l'appellation de « Salto •' d'Aguire que certains lui décernent : on n'y rencontre pas un seul saiii, et nulle part la vitesse du courant n'est supérieure à deux milles à 1 heure. La passe, fort belle, n'a rien de redoutable; les pirogues mêmes s'y aventurent sans danger, sauf au moment des grandes crues.

Au delà du Pongo d'Aguire, le Huallaga, dont la largeur moyenne est de 300 mètres, est libre de tout obstacle sérieux. Point d'autres écueils (lue les arbres échoués cà et là. Il y aurait peu de chose à faire pour que là rivière devînt accessible aux embarcations à vapeur : dc^ chaloupes diiigées avec prudence pourraient, dès h présent, y naviguer impunément.

G octobre. — A huit milles en aval du Pongo, nous avons pris terre sur la rive droite, à l'embouchure du rio Chlpurana, 1 un des nond)reux canaux

naliui'lï; (.[xn silloiiuciit les Pampas du .Saiiit-SacienuMil. Poiulaul six mois (lo 1 aimée, ^^es eaux se confondent avec celles d une autre petite rivière, la Santa Catalina, qui se déverse dans 1 Ucavali, à ([uelques milles de 1 ancienne mission de Saravaccn, transformant toute la partie septentrionale de ces vastes plaines en une île dont la superficie é{]ale à peu de chose près le quart de la France et (pii, mieux que toute autre, mériterait le surnom d Ile Enchantée. Tous les explorateurs qui Font entrevue en ont parlé avec un enthousiasme qu'on pourrait croire exajjéré, s'il n'était l'expression fidèle de la réalité. On a peine à trouver des termes suffisants pour rendre la sensation éprouvée devant ime telle nature. L'homme le plus positif, 1 àme la moins prompte à s'exalter, seront saisis à son aspect d une émotion presque reli{]ieuse. Humboldt, La Gondamine, Castelnau et leurs émules ont depuis longtemps prédit à cette contiée de hautes destinées. C'est probablement la plus féconde du globe, celle à coup sur où la végétation des tro})iques acquiert son maximum d'Intensité. Rien de ce que j ai vu, soit aux Indes, soit à Geylan ou dans l'archipel malais, ne dépasse en splendeur ce joyau de l'Amazonie péruvienne.

La Pampa sonnneille encore dans le silence de la forêt primitive; mais axant })eu, sans doute, le feu et la cognée v mettront à nu de larges espaces : des milliers de bras la défricheront. Selon toute probabilité, les nouveaux venus ne seront pas des fils de la a ieille J^urope : celle-ci, ce me semble, n a poini encore apprécié à sa juste valeur cette portion du continent reliée ;i lOcéan par le plus Jiierveilleux léseau de fleuves qui soit sous le soleil, oii i homme blanc n a point à conquéiir le sol sur une race hostile; elle dirige ses efforts vers âc^ P'^y^ moins propices au.x entreprises coloniales et dont la séduction réside, en grande partie, dans le mvstère qui les couvre. Le continent noir qui a déjà fait tant d'illustres victimes est la région à la mode, la proie guettée par les nations en mal de colonie. (Jui sait s'il ne sera pas donné au Yankee, mieux avisé, de s Implanter sur cette terre (jiie les traditions historiques, les travaux

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accomplis depuis (rois siècles, sciiihiaiciit j)romc((rc en apanajjo à la lace laliiie? Des indices surs pcnnelleiil dalïiniier (pic la spcculalioii nordaniéricaiiie soiijje dès scriciiseiiieiit à iiietfic la main sur ce trésoi-. Avant ([ue le siècle ail pris Fm, peul-ètrc sci-a-ce un lait accom|)li : (\c> floltilles de steamboat.s, taillés sur le modèle des palais flottants du Mississipi et de THudson, fendront ces eaux que trouble seul aujourd hui le bruit de la payaie ou l'écroulement d'une ber(>e minée par le courant; des quais, clés docks s élèveront sur les ruines de la futaie géante, et quelque cité affairée alignera ses édifices à l'endroit même où le paisible affluent du Huallaga soit de la j)anq)a inviolée.

Vax attendant, nous v creusons une tond)e. L Indienne est morte cette nuit : nous 1 a\ ons trouvée ce matin sous son toit de feuilles, froide déjà, dans 1 attitude d'un enfant qui repose, un bras replié sous la tête, 1 autre allongé hors de sa couche, sur le sable. La contenance du mari fut assez curieuse : elle révélait moins la douleur que la surprise; il lui fallut quelques instants pour se convaincre qu'il n'était remède ni sorcellerie capables de ranimer sa compagne. Il demeura longtemps à considérer le cadavre, sans qu une larme brillât dans ses veux, sans qu un seul nuiscle de son visage tressaillit sous la secousse de 1 émotion intérieure.

L indigène, quoique peu démonsfiatif, est cependant accessible autant ([ue (piiconque aux sentiments de j)itié et de tendresse. Celui-ci, en dépit de ses efforts pour paraître impassible, était visiblement énui; mais à sa réserve naturelle s'ajoutait cette sorte d'appréhension vague que llndicn a des trépassés, respect mélangé de crainte superstitieuse, effarement devant 1 inconmi. Il s'était penché vers le corps, sans v oser porter la main, iiupiiet pourtant, connue travaillé j)ar une pensée qu il nOsait exprimer, .le ne sais pour(pioi 1 idée me \int (piil songeait à conserver quehpie souNcnir de la morte : celle-ci jtortait au cou, retenue par une rangée de \ erroteries, une médaille de cuivre dont lenqueinte, à demi effacée, représentait un saint, à moins que ce ne fût la Vierge. Tj Indien possédait un ornement du même

{jenrc. San? ?on[;cr à lui (lomniulor si j avais deviné sa pensée, machinalement presque, je fis 1 échange des deux hijoux : j'enlevai à la défunte sa médaille et la remplaçai par celle du mari. C'était hien cela qu'il voulait. Lorsque je lui tendais le collier, il me prit la main d'un air pénétré, en haïssant la tète en si{jne d'acquiescement.

Il A I K M A 1\ ( K (ni O 11 i; A I, I, A G A ) .

La fosse a été creusée à cent pas du camp, au pied d'un arhre, au-dessus du niveau dc>< hautes eaux. Les hommes ont confectionné, avec des tiges de caiia brava, un long panier dans lequel on déposa Marie. Les vides furent remplis avec des pierres, et, le trou une fois comhlé, nous recouvrîmes la terre remuée avec de gros blocs, afin de protéger la tombe contre

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les fouilles dos carnassiers. On j)laiila auprès une croix {»rossièreinenl (aillée, mais assez {jraiule pour clie aisénieiil aperçue d'une end)ar('atioii descendant ou remontant la rixière. INiis, les amarres Furent larj^jnécs, et la balsa allé{>ée reprit sa route. L ara apprivoisé, rpii passait ses journées perché sur lépaule de la passa{]ère, nous a faussé compa^jnie : au moment d eml)arquer, un des hommes a voulu le saisir, mais 1 oiseau s'est réfuj^ié sur une haute branche, et il n a pas été possible de le ravoir. Tandis que nous {»apnons, à jjrands coups de pajjaies, le milieu du courant, nous 1 apercevons un instant encore, immobile sur son rameau, comme s ii attendait sa maîtresse.

Le Huallaga, après avoir reçu le rio Chipinana, décrit une courl)e très accentuée : bientôt le confluent des deux rivières se dérobe, lentrée de la petite baie où nous avons laissé l'Indienne va disparaître; elle disparaît. Adieu, Maiie! Dors en paix dans ton cercueil de paille, au fond des bois!

8 octobre. — Seize heures plus tard, grâce au clair de lune qui nous a [)ermis de \oyager toute la nuit, nous dépassons la lonjjue île de Yurimajjuas. Tn peu au delà, sur la ri\e {jauche, au sommet d un escarpement de deux cents pieds, se dresse le \ illage. Il marque la limite de la navijjation à vapeur; mais il n'existe, bien entendu, aucun service régulier. Les steamers venant du Para ou de Manaos font leur apparition à des époques indéterminées, six ou huit fois l'an. Parfois aussi, des chaloupes appartenant aux établissements du Alaranon, Parinari, San Lorenzo, ou à ceux de 1 Ccavali, viennent jeter 1 ancre au pied de la falaise. ^lais nul n était en \ ne : le dernier avait relâché quinze jours avani mon arrixée, et Ton nen espérait pas d autre avant la fin de novembie.

Jepoursui\is donc mon voyage en radeau après im repos d une journée, durant la([uelle l'adminislraleur du <lis(rict me combla dattenlions et me logea dans sa maison, insistant pour m'y fjiire élire domicile jusqu'à la vernie du prochain vapeur. Ce fonclionnaire, un blanc, de manières distin-

guées, plus instruit que nombre de ses collè(jues des villes de la côte, a le rany de sous-préfet. Son autorité s'étend sur un territoire immense, tous les villajjes ou factoreries de la ré(;ion,du Pongo d'Aguire au Maranon, sont soumis h sa juridiction. Il fait é{jalement fonction d'agent postal, et expédie, par des Indiens d une fidélité éprouvée, les rares correspondances que les steamers apportent des stations péruviennes du haut Amazone, Loreto, Iquitos, ^aula, à destination des pueblos de la Sierra et du littoral. Il cumule ces attributions plus honorifiques que lucratives avec les soins du négoce. Sa maison, une solide construction en briques, «pii contraste heureusement avec la simplicité des demeures voisines, est un entrepôt où s accunudent les produits de la Montana, ainsi que les marchandises importées d Europe, armes à feu, poudre et cotonnades.

Yurimaguas, par sa position géographique qui commande à la fois les plaines du Saint-Sacrement, le coins inférieur du Huallaga et la région montagneuse qui s étend jusqu'aux Plateaux, constitue lun des postes les plus importants du Pérou oriental. Par malheur, ces avantages sont presque annihilés par la difficulté des communications. Aucun sentier ne le relie à la Sierra : le poste n'est accessible ([ue par eau. Les pirogues peuvent, à leur choix, remonter soit le Huallaga jusqu'à Chasuta, d'où un sentier passable conduit à Moyobamba , soit 1 un de ses tributaires, le Paranapura, qui se jette à cinq cents mètres en aval du village. Par cette dernière voie, on atteindrait en trois ou quatre jours le hameau de Balsapuerto, point de départ d une scnda extrêmement raide et, en certains passages, assez dangereuse pour qu il soit à foui jamais impossible d'v hasarder une béte de somme.

De louables efforts ont été tentés, afin de remédier à cet état de choses. D'intrépides pionniers, au premier rang desquels il convient de citer un prélat, l'évécpie de la province d'Amazonas, Mgr Ruiz, ont, dans ce but, multiplié les explorations et risqué maintes fois leur vie. Les tentatives n'ont pu aboutir, faute de capitaux suffisants. Les révolutions, la guerre

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