‹ Des AnesthésiquesChapitre 8 sur 12 · LARGE · texte numérisé non relu

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Propriétés anesthésiques.— Les propriétés anesthésiques de ce gaz, signalées par Davy en 1780, restèrent pendant plus de 40 ans sans être employées. C’est le dentiste américain Horace Wells, d'Hartford, qui songea en 1844 à l'appliquer à la chirurgie dentaire. Les expériences entreprises, juste au moment où Jackson et Morton, ses compatriotes, découvraient les propriétés anesthésiques de l’éther, n’eurent à cette époque que peu de succès. Le malheureux dentiste essaya de lutter, mais bientôt découragé à la suite d’une expérience publique mal réussie, il se donna la mort en s’ouvrant les veines dans un bain, en même temps qu’il s’endormait en respirant des vapeurs d’éther, cet agent anesthésique dont la découverte venait de ruiner ses espérances.

Les phénomènes asphyxiques qui accompagnent souvent les inhalations de ce gaz respiré d’une façon continue, effrayèrent les premiers chirurgiens qui voulurent l'employer, et la publication des faits qu’ils avaient observés arrêta net l'élan donné aux expérimentateurs.

Le travail intéressant, communiqué en 1879 à l’Institut par le professeur Paul Bert, a montréqu’on pouvait tirer du protoxyde d’azote un parti plus grand qu'on ne l’avait pensé jusqu’à ce jour.

Ayant constaté, ce qui était du reste établi depuis longtemps déjà, que les phénomènes asphyxiques se produisent presque immédiatement à la suite de l’anesthésie provoquée par ce gaz, quand on le fait respirer d’une façon continue, Paul Bert songea à l’administrer avec un mélange d'oxygène pour ne pas suspendre l’oxydation du sang pendant le cours de l’opération.

Ici, deux difficultés se présentaient : Lorsqu'on fait respirer le gaz protoxyde d'azote mêlé à l’air dans les conditions ordinaires, il n’anesthésie pas, car il faut, pour qu'il produise

une action anesthésique complète, qu'il soit respiré pur, ow tout au moins en proportion égale à celle qui est introduite dans les poumons quand on le respire seul. De plus, pour empêcher les phénomènes asphyxiques de se produire et pour maintenir l’opéré dans les conditions normales de la respiration, il est indispensable de faire pénétrer dans les poumons une proportion d’oxygène équivalente, à peu de chose près, à celle que renferme l'air atmosphérique.

Paul Bert est arrivé à triompher de cette double difficulté par lPartifice suivant :

H introduit dans un sac en caoutchouc à parois élastiques, un mélange des deux gaz, établi dans des proportions convenables, et il ne le fait respirer au patient, enfermé avec l'opérateur et l’appareil anesthésique dans un cylindre à air comprimé, que lorsque la pression intérieure, dans ce milieu, est suffisante pour ramener ces deux gaz à un volume tel que chaque respiration faite dans le sac représente, en même temps, une quantité de protoxyde d’azote égale à sa tension normale, c’est-à-dire à une atmosphère et une proportion d'oxygène équivalente, à peu de chose près, à celle qui est normalement contenue dans l'air ordinaire.

Paul Bert, qui appelle tension d’un gaz le produit de sa proportion centésimale dans un espace donné par sa pression, a trouvé que le protoxyde d'azote n’est anesthésique que lorsque sa tension est, au minimum, représentée par le chiffre 100.

Quand ce gaz est respiré pur à la pression ordinaire, sa tension est de 100 (100 X 1 — 100). II est donc anésthésique ; mais comme l’asphyxie survient très rapidement, on ne peut l’employer que pour les opérations de courte durée.

Quand il est mélangé avec de l'oxygène dans une proportion de 15 °/, et soumis à une pression d’un quart d’atmos-

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phère, sa tension devient 106 (85 X x d’atmosphère — 106),

on obtient l’anesthésie comme précédemment ; de plus, l’hématose s’accomplissant régulièrement, on peut l’employer pour les opérations de longue durée.

Si la pression à laquelle on soumet le mélange gazeux est d’une demi-atmosphère, la tension du protoxyde d'azote devient 127 (85 X - d’atmosphère — 145), l’anesthésie survient plus rapidement encore, et la respiration se fait dans d’aussi bonnes, sinon dans de meilleures conditions que dans le second cas, la tension de l’oxygène croissant parallèlement à celle du protoxyde d’azote. Il suffit donc d'augmenter la pression, ce quipeut se faire instantanément, pour augmenter la dose de l’agent anesthésique.

Dans les opérations faites par MM. Péan, Hubert, Boucheront, les pressions employées ont oscillé entre 13 et 26 centimètres de mercure, c’est-à-dire entre ‘/, et ‘}, d’atmosphère supplémentaire.

Il résulte de ces expériences que cette proportion d’oxygène est suffisante pour empêcher les phénomènes asphyxiques quise produisent habituellement avec le protoxyde d'azote respiré pur. Dans ces cas, la quantité de gaz employée a été à peu près de 10 litres par minute. Il faudrait donc disposer d’une quantité de 300 litres pour une opération d’une durée de 30 minutes.

Le mélange anesthésique employé, préparé par M. Limousin, d’après les indications du professeur Paul Bert, était ainsi composé : 895 volumes de protoxyde d’azote pour 16 volumes d'oxygène. La pression intérieure de la cloche a été élevée à 17 centimètres de mercure, soit environ 1/4 d’atmosphère, ce qui n’a nullement gêné, ni incommodé les opérateurs.

L’anesthésie est pour ainsi dire instantanée : moins d’un

quart de minute après l’application du masque, les malades perdent toute sensibilité. Pendant tout le temps, cette insensibilité est complète. Dès que le masque est retiré, et que les opérés ont fait quelques inspirations d’air pur, le retour à la sensibilité et à la connaissance se manifeste. Ce rapide retour à l’état normal, si différent de ce qu’on observe avec le chloroforme, tient à ce que le protoxyde d'azote ne contracte pas comme le chloroforme de combinaison chimique dans l’organisme, mais est simplement déposé dans le sang; il s'échappe rapidement par les poumons.

En résumé, ces faits démontrent l’innocuité de cenouveau mode d'administration du protoxyde d’azote comme agent anesthésique.

Nous extrayons le paragraphe suivant du journal de pharmacie et de chimie :

« Paul Bert s’est demandé s'il ne serait pas possible de rendre anesthésique, à la pression ordinaire, le mélange de protoxyde d'azote 85 volumes et d'oxygène 15 volumes, en y introduisant simplement une petite quantité de chloroforme. En un mot, il s'agissait de savoir si le mélange des deux agents anesthésiques conserverait les propriétés inhérentes à chacun de ses deux composants. L'expérience a pleinement vérifié cette hypothèse, qui n'avait rien d’invraisemblable à priori. Les essais, encore peu nombreux, il est vrai, ont été faits par lui, d’abord sur des chiens, puis sur lui-même. Il s’est soumis cinq ou six fois à l’inhalation du mélange anesthésique. En huit ou dix larges inspirations, il perdait entièrement le sentiment et la notion de tout ce qui l’entourait. Autant qu'il lui à été possible de les analyser, les effets physiologiques paraissent intermédiaires à ceux que produiraient soit le protoxyde d’azote, soit le chloroforme employés seuls. Toutefois, en l'absence d’une personne compétente, l'expérience n’a jamais été prolongée, et l'anesthésie n’a été

ÉD constatée que par l’insensibilité au pincement. En résumé, le mélange de 85 volumes de protoxyde d’azote et de 15 volumes d'oxygène additionné, par hectolitre, de six à sept grammes de chloroforme, produit très rapidement l’anesthésie et paraît supprimer la période d’excitation, le chloroforme étant beaucoup plus dilué, si l’on peut s'exprimer ainsi, et ne produisait plus, dans ces conditions, d'action irritante sur les premières voies respiratoires. La zone maniable de ce mélange anesthésique est évidemment plus étendue que celle du chloroforme:; elle doit être comprise entre celle de ce dernier agent et celle du protoxyde d’azote.»

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