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ANESTHÉSIQUES DE L'ANESTHÉSIE LOCALE

L’anesthésie localisée est celle qu’on circonscrit à une région du corps, et qu’on obtient par l'application directe des agents anesthésiques. Ceux-ci sont généralement empruntés aux corps chimiques à combinaison binaire, ou bien encore à des agents ou à des mélanges réfrigérants.

Depuis longtemps on songeait à diminuer ou à faire disparaître la sensibilité de la peau, au point où devait porter l’action chirurgicale, de manière à rendre peu ou pas douloureuses un certain nombre de petites opérations, où le bistouri n’atteint que le derme ou le tissu cellulaire. On insistait d'autant plus sur ce procédé, que des accidents uraves s'étaient produits à la suite des premières anesthésies générales. T’un des premiers moyens les plus employés fut le froid. |

Froid. — Il est incontestable que l’action du froid sur le tégument externe modifie beaucoup la sensibilité des parties. Cette modification est en raison directe du degré de température.

Dans le but d'éviter les dangers produits par l’administration du chloroforme et de l’éther, tout en réservant au malade le bénéfice de l’anesthésie, James Arnott proposa d'obtenir l’anesthésie par la réfrigération des parties, et un

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TN Pen mélange de glace et de sel marin était, suivant lui, un moyen excellent pour arriver à une anesthésie suffisante. Ce moyen. essayé à Paris en 1850 par Velpeau et Nélaton, et en Amérique par Wood, en 1854, a pu servir dans certains cas, mais il a été jugé insuffisant. D'ailleurs, ce procédé présente certains inconvénients. Le froid, en effet, fait disparaître la sensibilité; mais pendant son application, la douleur est assez vive, et lorsque l’anesthésie a disparu, la douleur reparaît plus vive que jamais. De telle sorte que, si l'on souffre peu ou point pendant l'opération, on éprouve des douleurs très vives après l'opération. De plus, des hémorrhagies en nappe peuvent se produire, lorsque la réaction succède à l'action ‘réfrigérante. Il se produit aussi quelquefois une congélation assez profonde pour déterminer des eschares superficielles.

Quoi qu'il en soit, le mélange indiqué par James Arnott, c'est-à-dire du sel et de la glace pilée, placé dans une vessie ordinaire où dans une poche en caoutchouc, suffit dans la pratique.

Éthers. — On peut aussi arriver à cette réfrigération par l’évaporation rapide de substances volatiles, tellesque l’éther, le chloroforme ou le mélange des deux. C’est Simpson qui, l’un des premiers, conseilla ce mode de réfrigération.

Pour faire les applications locales de ces substances, on se sert de pulvérisateurs, entre autres celui de Richardson.

L’anesthésie locale produite est faible si la peau est intacte; elle est notable, au contraire, lorsque les téguments sont ulcérés, ou si le derme est dénudé.

On reconnaît que l’anesthésie est obtenue, lorsque la peau devient blanche; on peut alors, sans provoquer la douleur, inciser la peau et les bords des plaies.

D'après les indications de Cordoux, un mélange de 15 gr.

pe 2 de camphre et de 30 gr. de chloroforme peut être quelque fois dans les mêmes conditions employé avec succès.

Le bromure d’éthyle, commeanesthésique local, présente de grands avantages sur les produits similaires (bichlorure de méthylène, éthers, chloroforme). Pulvérisé sur la peau, il produit comme eux la réfrigération et l’insensibilité, mais n'étant pas irritant, il ne détermine pas sur une plaie Saignante la cuisson que causent les autres pulvérisations: il n'a pas une odeur aussi pénétrante, source de gêne pour l'opérateur et pour l’opéré; enfin, sa grande supériorité est son absence d’inflammabilité, qui permet d'employer le fer rouge, le thermo-cautère, d'approcher une lampe ou une bougie, sans avoir à redouter les brûlures qui résultent de linflammation du liquide pulvérisé, (l’éther principalement) el de ses vapeurs.

Sulfure de carbone, — Les substances ci-dessus peuvent être remplacées, dans certains cas, par-d’autres corps ; c’est ainsi qu’un professeur de Nancy, Delcomenette, à proposé, il y a quelques années, le sulfure de carbone comme moyen d'anesthésie locale. Ce corps, grâce à son extrême volatilité, peut produire la réfrigération des tissus; mais.cette réfrigération est suivie si rapidement d’une rubéfaction tellement intense, que le sulfure de carbone doit être considéré, non pas comme un anesthésique local, mais bien au contraire comme rubéfiant de premier ordre, de beaucoup supérieur aux sinapismes.

Acide carbonique.—On a aussi songé à employer cer-

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tains gaz pour produire l’anesthésie locale, et c'est à Cet effet que l’acide carbonique a été conseillé en 1772 par Percival. Il était à cette époque appliqué en douches pour calmer les douleurs causées par les diverses affections utérines. L'efficacité de ce gaz comme agent anesthésique local est parfaitement établi; et les indications à son emploi se rencontrent surtout lorsqu'il faut le porter sur un organe placé au fond d’un canal.

L'électricité a été expérimentée comme anesthésique local par Morel Lavallée et Nélaton, mais les résultats obtenus par ces chirurgiens montrent qu’elle ne peut pas être admise dans la pratique d’une manière générale.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur le commencement de ce chapitre; il nous tarde, en effet, d’arriver à un mode d’anesthésie locale beaucoup plus nouveau et qui est appelé à nous rendre de grandsservices ; nous voulons parler de la coca et dela cocaïne.

Coca.— Depuis un temps immémorial, les Péruviens font usage des feuilles d’un arbrisseau appartenant à la famille des Erythroxylées, l’E£rythroxylon Coca. Pour eux, cette feuille a des avantages multiples et, comme l’a dit le docteur Beugnier-Corbeau: « La plante sacrée des /ncas était une promesse de vie pour le moribond qui pouvait en boire la sève; un viatique incomparable pour le voyageur, dont elle trompait la faim ; un cordial pour relever les forces, réchauffer les sens engourdis par le froid des neiges ou des glaces; une source d’oubli pour l’homme abreuvé de chagrin et une source de plaisir pour les caresses de l’amour. »

L’Ærythroxylon Coca est un arbrisseau originaire d’Amé-

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TO rique. La racine est rameuse et à divisions obliques. Le tronc est recouvert d'une écorce rugueuse qui devient blanchâtre, et qui porte des branches alternes, comprimées vers leur sommet et couvertes d'écailles arquées et imbriquées. Les feuilles, qui sont les seules parties employées en médecine, sont alternes, entières, elliptiques et stipulées. Les fleurs sont petites, nombreuses, de couleur blanc-jaunâtre ou verdâtre et munies de bractées écailleuses. Le calice gamosépale est à cinq divisions; la corolle est à cinq divisions égales et alternes avec les sépales et portant un nectaire membraneux. L'androcée se compose de dix étamines disposées sur deux rangs et alternant avec les sépales et les pétales. Leurs filets sont soudés à la base et terminés par une anthère cordiforme. Le gynécée comprend un ovaire supère à trois loges, dont chacune est surmontée d’un style terminé par une papille stigmatique.

Le fruit est une drupe à péricarpe mince, rouge, entourée du calice persistant et ne contenant qu’une seule graine.

L’erythroxylon coca se rencontre dans les régions de l'Amérique méridionale qui avoisinent l’équateur : le Pérou, la Bolivie, la République de l'Équateur, le Brésil. Il ne dépasse pas au midi le 23€ degré de latitude. Les versants des montagnes au-dessous de 2000 mètres en sont littéralement couverts. La température favorable pour la prospérité de la plante est de 18° à 20°. Enfin, elle se plaît surtout dans les terres argilo-sablonneuses; le terrain calcaire lui est absolument nuisible.

D’après ce qui précède, la coca pourrait être cultivée avec espoir de succès dans la plupart des Antilles, on pourrait aussi la cultiver dans certains pays de l’Arabie, aux îles de la Réunion et de Java. D’après le Docteur Lippmann (thèse de doctorat, Strasbourg 1868), M. Denis serait parvenu à en faire germer à Hyères.

ER Le semis des graines se fait vers décembre ou janvier, dans un terrain bien ameublé et convenablement préparé où la jeune plante sera l'objet de soins assidus. Quinze jours à peine sont nécessaires à la germination, et on s'empresse de recouvrir la pépinière de feuilles sèches ou de nattes, afin de la préserver des ardeurs du soleil. Au bout d’un an environ, le jeune arbuste à déjà 50 centimètres d’élévation. On le transplante dans un terrain ad hoc (le cocalié) qui sera sa demeure définitive. Les jeunes eoeas sont plantées à 1 mètre environ les unes des autres. Les cocas vivent ainsi 40 ou 20 ans. Chaque année, on procède trois fois à la récolte des feuilles. Celles-ci. une fois ramassées, sont étendues au soleil, en couches peu épaisses sur les dalles des usines; on les remue constamment avec des baguettes jusqu'à complète dessiccation. On les sépare alors par tas de 12 à 20 kilogr. que l'on emballe chacun dans des enveloppes de gros canevas de laine. C'est dans cet état qu'elles sont livrées à la consommation.

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Cocaïne. — En 1860, Niémann avait découvert, dans les feuilles de coca. un alealoïde cristallisé ayant pour formule CHA A7, auquel on donna le nom de cocaine. En 1562, Wolher et Lossen trouvèrent un autre principe actif, de consistance sirupeuse, ayant une odeur ammoniacale très prononcée, € était l'hygrine.

Voici le procédé de Niémann pour la préparation de la cocaine : D Sc :

Les feuilles de coca coupées menues sont inises à digérer dans de l'alcool à S5°, aiguisé de quelques gouites d'acide sulfurique. Au bout de quelques jours, on verse un léger

excès de lait de chaux dans la teinture, et on laisse déposer.

On décante et on neutralise le liquide avee de l'acide sulfu-

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