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III. APPLICATION DE LA MÉTHODE D'ANEL

J'ai déjà annoncé que je ne décrirais pas le manuel opératoire de la ligature. Les motifs de cette abstention ont été exposés plus haut (1). Je me bornerai à dire que, dans cette opération , il faut lier l'artère, toute l'artère, et rien que l'artère, en produisant sur les tissus voisins le moins de délabrement possible. T'ajouterai si on veut que les ligatures fines , capables de couper du premier coup les deux tuniques artérielles internes, doivent recevoir la préférence, comme exposant moins que les ligatures plates et que les divers procédés de compression immédiate , aux hémorrhagies consécutives.

On a cru pouvoir éviter quelques-uns des accidents de la ligature en interceptant le cours du sang dans les artères d'une manière graduelle ou d'une manière passagère. De là deux procédés : la ligature graduelle et la ligature temporaire, dont l'histoire ne peut être séparée de l'étude des anévrysmes. J'aurai donc à m'occuper de ces deux procédés, mais ils trouveront mieux leur place dans le paragraphe suivant, lorsque j'étudierai les accidents auxquels ils ont la prétention de remédier.

Cela posé, on peut appliquer la méthode d'Anel de deux manières bien différentes ; on peut lier l'artère immédiatement audessus du sac , suivant le procédé d'Anel , ou à quelque distance du sac, suivant le procédé de Hunter.

Ce dernier procédé a été imaginé pour le traitement de l'anévrysme poplité , mais il est applicable à beaucoup d'autres anévrysmes. Ceux qui en ont généralisé l'emploi n'ont fait que mettre en pratique les préceptes de John Hunter. Lier l'humérale au milieu du bras pour guérir un anévrysme du coude , ou lier l'extrémité inférieure de l'artère fémorale pour guérir un anévrysme du jarret, c'est appliquer la même idée, et par conséquent c'est faire la même chose. Après cela, il importe assez peu qu'on s'éloigne un peu plus ou un peu moins de la poche ané-

(1) Voy. plus haut, page MO,

vrysmale. Ainsi Scarpa, ayant suivi et développé l'idée de Hunter, a choisi le sommet du triangle inguinal comme point d'élection de la ligature, dans tous les cas d'anévrysme de la jambe ou du jarret. Ce point d'élection est préférable, à quelques égards, à celui de John Hunter ; néanmoins les deux opérations reposent sur le même principe , et celle de Scarpa constitue seulement un sousprocédé du procédé général de Hunter.

Le procédé d'Anel est applicable au traitement de tous les anévrysmes opérables , quoique dans certaines régions il soit d'une exécution difficile. On croit à tort que ce procédé est abandonné. Les anévrysmes inguinaux et iliaques , ceux de la sous-clavière et de la carotide sont très-souvent opérés de cette manière, et on peut dire que la plupart des conquêtes modernes de la chirurgie des anévrymes ont été dues à l'application du procédé d'Anel. Celui de Hunter est beaucoup moins général; mais il est d'une exécution beaucoup plus facile , parce qu'il s'adresse à une région parfaitement saine dont tous les rapports sont conservés.

Ces deux procédés ont des avantages et des inconvénients respectifs; leur action sur les anévrysmes n'est pas toujours exactement la même ; mais ils ne diffèrent pas assez pour qu'il soit nécessaire de les étudier isolément. Au surplus , la différence réelle qui les sépare n'est point celle que les écoles de Hunter et de Scarpa ont fait valoir. Quoi qu'on en ait dit, la structure des parois artérielles est le plus souvent respectée au voisinage des anévrysmes externes ; dans les cas où il en est autrement, nul ne peut savoir jusqu'où s'étend l'altération cle ces parois, et, quel que soit le procédé que l'on adopte, on est exposé à tomber sur une artère malade. Puis , sans nier que certaines lésions ne puissent rendre les artères impropres à supporter la ligature, je dois dire qu'on a beaucoup exagéré l'influence de ces lésions; que l'oblitération s'effectue au moyen d'un caillot et non au moyen d'une sécrétion produite par l'inflammation des parois artérielles ; que celles-ci peuvent être très-malades sans que cela nuise à la formation du caillot obturateur ; qu'enfin les hémorrhagies consécutives, si communes avant, pendant et après la chute du fil, ont leur cause dans le défaut de plasticité du sang, dans le voisinage des collatérales et dans le calibre du vaisseau lié , bien plus que dans la section prématurée de la tunique celluleuse. Lorsque les

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