ACCIDENTS DIVERS
satellite de Tarière humérale. Cet accident n'a eu aucune gravité; mais il y a des cas où il pourrait entraîner des conséquences fâcheuses. Après la ligature de la carotide primitive, la névrite du nerf pneumo-gastrique serait de nature à produire des accidents sérieux, tels que l'aphonie et la dyspnée. A l'autopsie des malades qui ont succombé après avoir présenté ces symptômes, on a trouvé plusieurs fois que le nerf avait été lié avec l'artère ; mais plusieurs fois aussi on a pu s'assurer qu'il n'était ni lié ni coupé, et je suis porté à croire qu'il était simplement enflammé. J'appelle sur ce détail l'attention de ceux qui feront ultérieurement des autopsies de ce genre.
La phlébite, l'hémorrhagie consécutive et la névrite ne sont pas les seuls accidents propres à la ligature ; il y en a un quatrième, qui devient quelquefois fort dangereux ; je veux parler des fusées purulentes qui se font dans la gaine fibreuse commune des vaisseaux.
Je rappellerai enfin que l'application de la ligature sur une grosse artère peut donner lieu à la formation d'un nouvel anévrysme au niveau même du point étreint par le fil (1). Cette complication est fort rare, et paraît ne pouvoir se produire qu'à la la faveur d'une prédisposition spéciale. Mais c'est précisément sur les individus atteints d'anévrysmes que cette prédisposition existe et, quelque minimes que soient les chances de la formation d'un anévrysme secondaire, il est permis d'en tenir compte parce que cet accident dépend directement de la ligature et que les autres méthodes jouissent à cet égard d'une immunité complète.
Tels sont les accidents spéciaux provoqués par l'acte même de la ligature. Je n'ai pas besoin de dire que tous les accidents ordinaires des solutions de continuité, l'érysipèle, le phlegmon diffus, le tétanos, etc. , peuvent avoir pour point de départ la plaie de l'opération, et joindre leurs chances fatales à celles qui menacent déjà le patient.
Je n'en dirai pas davantage sur les effets directs et locaux de la ligature; il serait superflu d'insister plus longtemps pour en faire ressortir toute la gravité. Je me bornerai à faire remarquer que ces effets dépendent de la nature même de l'opération que l'on
il) Voy, plus haut, p.
pratique, et non du procédé que l'on suit. Sous ce rapport, le procédé de Hunter ne vaut pas mieux que le procédé d'Anel. Peut-être même celui-ci expose-t-il un peu moins que celui-là aux hémorrhagies consécutives. Déjà Hodgson avait remarqué que cet accident redoutable était devenu plus commun depuis que le procédé de Hunter avait remplacé la méthode ancienne (1). L'explication qu'il en donnait était contestable ; j'attribuerai plutôt ce résultat à la circonstance d'une ligature placée plus près du cœur, et par conséquent sur une artère plus volumineuse. Dans le procédé de Hunter, on lie un vaisseau plus gros que clans le procédé d'Anel ; on accroît par conséquent, toutes choses égales d'ailleurs, les chances de rhémorrhagie. Il y a une autre condition qui agit clans le même sens. A la suite du procédé de Hunter, l'hémorrhagie peut être fournie soit par le bout supérieur, soit par le bout inférieur; l'observation ne l'a que trop souvent prouvé. Dans le procédé d'Anel, au contraire, le bout supérieur seul est disposé à laisser couler le sang, car le bout inférieur est protégé par un très-long caillot qui descend jusqu'au-dessous de l'anévrysme et qui ne peut céder que clans des cas tout à fait exceptionnels.—Je reconnais que ces raisons sont purement théoriques. Pour leur donner la sanction de l'expérience, il faudrait faire des relevés étendus dont la science ne possède pas et ne possédera peut-être jamais les éléments. J'ai lu, il est vrai, un grand nombre d'observations relatives à des anévrysmes de toutes sortes opérés suivant le procédé d'Anel , et il en résulte pour moi que ce procédé , loin d'accroître la fréquence des hémorrhagies , semble plutôt la diminuer. Mais cette appréciation générale n'a pas une valeur rigoureuse. Il faudrait, pour chaque anévrysme en particulier, rassembler en deux séries un grand nombre d'opérations faites suivant les deux procédés que je compare, et cela n'est guère faisable, car il se trouve précisément que, pour chaque anévrysme, tantôt l'une, tantôt l'autre de ces séries, se réduit à des chiffres très-restreints. Par exemple, presque tous les anévrysmes poplilés ont été opérés suivant le procédé de Hunter, presque tous les anévrysmes inguinaux et carotidiens suivant le procédé d'Anel. La comparaison n'est donc pas possible, et en
(t) Hodgson. MaUul. des artères, fie, ir. fr., T. I, p. 305,