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RÉTABLISSEMENT DE LA CIRCULATION. Z

l'absence de documents cliniques précis, je suis obligé de laisser parler la théorie. Or, la théorie permet de croire que le procédé de Hunter expose un peu plus que le procédé d'Anel aux hémorrhagies consécutives. Il y a loin de là aux espérances conçues par Hunter qui imagina son procédé dans le seul but d'éviter cet accident.

En voilà bien assez sur les effets locaux et directs de la ligature. Parlons maintenant de l'influence qu'exerce cette opération sur la circulation et sur la nutrition des parties.

2° Action de la méthode d'Anel sur la circulation et la nutrition.

Les phénomènes que je vais étudier sont proportionnels à l'importance du vaisseau lié. Je prendrai pour type la ligature des artères principales des membres, telles que l'axillaire ou l'huméraie pour le membre thoracique, la fémorale ou l'iliaque externe pour le membre abdominal.

L'application d'un fil constricteur sur les vaisseaux ne supprime pas la circulation dans les parties inférieures ; elle ne fait qu'en diminuer l'énergie. Le sang, arrêté au niveau de la ligature, se fraie un passage à travers les voies collatérales, qui sont de deux ordres. Il y a d'abord les anastomoses constituées par les artères et les artérioles qui naissent au-dessus et au-dessous du fil, et qui sont connues des anatomistes : je leur donnerai le nom d'anastomoses artérielles. Il y a ensuite les communications capillaires qui sont innombrables, qui échappent aux descriptions les plus minutieuses, et qui forment dans toutes les parties vasculaires du corps, dans les muscles, dans le tissu cellulaire, dans le périoste, dans les os, et surtout dans la peau, un vaste réseau non interrompu. On n'a pas assez insisté sur cette distinction dont je montrerai tout à l'heure l'utilité.

Au moment de la ligature, le système artériel du membre brusquement soustrait à l'influence du cœur, cesse de battre, s'affaisse et se vide dans les veines. Le plus souvent la peau pâlit, et si elle reste exposée à l'air, elle se refroidit en quelques instants d'une manière très-appréciable.

Chez quelques malades , cet état persiste pendant plusieurs heures, pendant plusieurs jours, et peut aboutir à la gangrène, comme il peut aussi se dissiper graduellement. Il y a même des individus qui se ressentent pendani plusieurs mois ou plusieurs

USk MÉTHODE D'ANEL.

années des effets de la ligature et qui peuvent conserver pendant toute leur vie un membre plus faible et plus froid que le membre opposé.

Mais ce dernier cas est exceptionnel; le plus souvent le refroidissement du membre n'est que passager, et très - fréquemment il fait place, au bout de une à deux heures, ou même plus tôt, à une élévation de température qui peut être de 2°, 3°, et même de i\° centigrades.

Ce phénomène paraît assez étrange au premier abord et doit sembler inexplicable à ceux qui concentrent toute leur attention sur les anastomoses artérielles. Il est dû aux anastomoses capillaires qui forment un réseau si riche dans l'épaisseur de la peau, et qui produisent souvent un phénomène analogue dans les lambeaux autoplastiques. Le sang, qui se dirige toujours vers les points où la pression est diminuée, se précipite en quelque sorte dans les capillaires inoccupés, et gagne de proche en proche jusqu'à la partie inférieure du membre. La peau, traversée par une quantité de sang supérieure à celle qui lui est normalement destinée , devient ainsi plus chaude que celle du membre opposé.

M. Brown-Séquard a fait intervenir un autre élément pour rendre compte de cette exagération de la circulation capillaire. Les filets nerveux sympathiques , qui tiennent sous leur dépendance les phénomènes dits de la vie organique, et qui, en particulier, président à la contraction des vaisseaux, cheminent comme on sait le long des parois artérielles; la ligature de l'artère principale du membre étreint inévitablement les filets nerveux , et a pour conséquence, suivant M. Brown-Séquard, de paralyser les capillaires. Ceux-ci, ayant perdu leur activité, deviennent de simples tuyaux de conduite, et se laissent distendre passivement par le sang qui y pénètre de proche en proche. Il est certain que la section du grand sympathique au cou produit sur la moitié correspondante de la face un état de congestion très-marqué et une élévation notable de température (1). Il est certain encore qu'il est impossible de lier une artère sans lier aussi les filets nerveux

(1) Ces phénomènes curieux Ont été découverts par M Claude Bernard. M. Brown-Séquard me paraît avoir démontré qu'ils dépendent de la paralysie des vaisseaux du côté correspondant de la face. — Voij. Brow.\-Sequaf,d. Expérimental l\c$earchcs, opplied to Vhysioloay and Pafltoloqy. New-York, 1853, m-8°. p. 9.

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