ACTION SUR L'ENCÉPHALE
débutent brusquement, soit immédiatement après la ligature, soit dans le courant de la première journée ; d'autres fois ils se manifestent d'une manière graduelle pendant les journées suivantes. Presque constamment (douze fois sur quatorze), lorsque ces accidents doivent survenir, ils se montrent avant la fin du premier septénaire. A l'autopsie, on trouve tantôt l'hémisphère cérébral qui correspond à l'artère liée, plus pâle que l'autre et en quelque sorte exsangue; d'autres fois, au contraire, il est gorgé de sang et en état de congestion. La substance de cet hémisphère a quelquefois sa consistance normale, mais elle est fréquemment ramollie, et certains auteurs en ont même conclu que le ramollissement cérébral était toujours comparable à la gangrène; il n'y a pourtant aucune parité entre ces deux affections. Chez quelques malades enfin, l'autopsie montre une véritable inflammation soit des méninges , soit de la pulpe cérébrale.
Pour expliquer la diversité de ces résultats, M. Ghevers admet que les accidents cérébraux peuvent dépendre de deux causes bien différentes. Lorsqu'ils débutent brusquement, ils sont dus au défaut de circulation clans l'hémisphère correspondant; lorsqu'ils débutent d'une manière graduelle, ils sont dus à une maladie céré brale qui paraît résulter elle-même d'un excès de circulation. A la suite de la ligature d'une artère carotide primitive, le cours du sang se rétablit au moyen de l'autre carotide et des deux vertébrales , et c'est surtout l'hexagone artériel de la base du cerveau qui fait les frais de la circulation collatérale. La dilatation des artères cérébrales paraît donc être la cause des accidents qui surviennent graduellement au bout de quelques jours.
Au reste , ni la maladie pour laquelle on pratique la ligature, ni l'âge, ni le sexe, ni la constitution du sujet opéré, en un mot, aucune des conditions que le clinicien peut saisir ou prévoir, n'explique l'apparition des accidents cérébraux qui paraissent dépendre surtout de l'état individuel des anastomoses.
Tels sont les résultats des recherches de M. Chevers. M. Norris, auteur de statistiques importantes que je citerai souvent dans cet ouvrage, a trouvé en outre que la fréquence des accidents cérébraux graves consécutifs à la ligature de la carotide primitive varie un peu suivant la cause pour laquelle on fait cette opération. Ainsi sur 38 ligatures pratiquées pour des anévrysmes , ces açci-
dents se sont montrés douze fois, c'est-à-dire près de 32%(1); la proportion a été de 8 sur 30, c'est-à-dire moins de 27 %, dans les cas où l'opération a été dirigée contre des hémorrhagies traumatiques (2) ; et seulement de 8 sur c'est-à-dire 19 % , à la suite des ligatures pratiquées pour cause de tumeurs érectiles (3). L'existence d'un anévrysme semble donc une circonstance désavantageuse. Quoi qu'il en soit, les chiffres qui précèdent suffisent pour montrer que la paralysie et les autres accidents cérébraux sont très-communs à la suite de la ligature de la carotide primitive, et viennent à l'appui de l'opinion de M. Maisonneuve, qui conseille de lier la carotide externe au lieu de la carotide primitive , toutes les fois que la maladie occupe l'une des artères extérieures1 de la tête (U). J'ai vu pratiquer avec succès cette opération l'année dernière dans un cas d'anévrysme traumatique de la région parotidienne , par mon collègue M. Ad. Richard.
3° Action de la méthode d'Anel sur la tumeur anévrysmale.
J'ai étudié successivement les effets de la méthode d'Anel sur l'artère liée et sur la circulation générale du membre. Voyons maintenant comment cette méthode agit sur la tumeur anévrysmale.
Immédiatement après la ligature, la tumeur cesse de battre et revient sur elle-même. Cette diminution de volume est trèsconsidérable lorsqu'il s'agit d'un anévrysme réductible, et elle peut aller jusqu'à la disparition presque complète de la tumeur. Lorsque l'anévrysme est en partie comblé par des caillots fibrineux, il subit une diminution d'autant moins prononcée, que ces caillots forment à la surface interne du sac une couche plus épaisse.
La cause de ce brusque changement ne saurait être douteuse. Il est clair que la ligature a pour conséquence de soustraire immédiatement la tumeur à l'action expansive du sang artériel. Que devient dès lors la circulation de l'anévrysme? Est-elle suppri-
(lî American Journal of Med. Sciences, 1847, vol. XIV, p. 27.
(2) Loc. cit., p. 28.
(4) Bulletins de la Soc. de chirurgie , 20 décembre 1854 , T. V, p. 223 et 226.