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HÊMORRHAGTES PAR LE SAC. — TRAITEMENT

préalable doit être totale , c'est-à-dire poussée au point d'aplatir complètement l'artère; au besoin, elle peut être confiée aux doigts d'un aide. Alors on agrandit largement l'ouverture de l'anévrysme, on absterge bien le foyer, et, lorsqu'on a découvert l'orifice de l'anévrysme, on y applique un tampon de charpie imbibé de perchlorure de fer à 20°; ce tampon est maintenu en place pendant un quart d'heure par la pression du doigt, qui exprime le perchlorure et le force à pénétrer dans l'artère; en même temps on relâche légèrement les tourniquets pour permettre à une petite quantité de sang de s'engager dans le tronc artériel, et de s'y coaguler au contact du perchlorure. Au bout d'un quart d'heure on fait rétablir la compression , puis on retire le doigt; on remplit le sac de charpie sèche, et, sans réunir la plaie, sans même la panser, on attend. La compression indirecte devant être prolongée pendant plusieurs jours, ne devra pas être bien énergique; elle sera alternative si la situation de l'anévrysme ne s'y oppose pas. Un aide restera nuit et jour auprès du malade , pour recommencer au besoin l'application du perchlorure, et pour surveiller le maniement de l'appareil. J'ai lieu de croire qu'en agissant ainsi on réussira à se rendre maître de l'hémorrhagie, et qu'on pourra sauver beaucoup de malades sans les exposer à la gangrène et sans les soumettre à l'amputation. Celle-ci reste toutefois comme ressource dernière dans les cas où, quoi qu'on fasse, l'hémorrhagie se reproduit.

J'ai dû insister longuement sur les hémorrhagies consécutives à la rupture du sac, parce que cet accident n'est point rare, qu'il présente une gravité formidable, et que, néanmoins, la plupart des auteurs l'ont passé sous silence. Il faut pourtant qu'on sache à quoi on s'expose lorsqu'on applique la méthoded'Anel. L'inflammation consécutive du sac, éventualité très-fréquente, qu'on ne peut ni prévoir ni éviter, et qui aboutit presque nécessairement à la rupture de l'anévrysme, est suivie d'hémorrhagie environ vingt-six fois sur cent, et est aussi menaçante sous ce rapport que l'opération parla méthode ancienne, dont elle égale encore la gravité sous tous les autres rapports. Ajoutons à cela les chances fâcheuses inséparables de la ligature proprement dite, car le plus souvent l'inflammation consécutive survient avant que la plaie de l'opération ne soit cicatrisée : c'est-à-dire que les malades se

trouvent dans les mêmes conditions que s'ils avaient subi à la fois l'opération ancienne et l'opération moderne, la ligature et l'ouverture du sac.

Ainsi s'explique la grande léthalifcé de l'inflammation consécutive du sac. Parmi les quatre-vingts malades qui figurent sur mon relevé, et qui ont eu à subir les conséquences de l'inflammation provoquée par les caillots passifs, à la suite delà méthode d'Anel, trente-cinq seulement ont réellement guéri. Deux autres ont conservé la vie après avoir subi l'amputation (1); on peut dire qu'ils ont survécu, mais on ne peut pas les donner comme guéris. Un malade d'A. Cooper a dû subir aussi l'amputation de la cuisse, et tout permet de croire qu'il a succombé (2). Quarante-deux fois, enfin, l'inflammation consécutive du sac a été suivie de mort.

En laissant de côté, si on veut, le cas douteux d'A. Cooper, il reste encore U2 morts sur 79 malades, ce qui fait plus de 53 %; et si on ne compte pas les deux amputés qui ont survécu, le chiffre des guérisons se réduit à 35 sur 79, c'est-à-dire à 44 %.

Ce résultat est d'autant plus triste, que, dans un très-grand nombre de cas, l'inflammation consécutive survient après le vingtcinquième jour, et au moment, par conséquent, où les malades viennent d'échapper à la plupart des dangers immédiats de la ligature.

Les relevés partiels de M. Norris sont un peu plus rassurants, mais j'ai déjà montré que les chiffres de cet auteur sont au-dessous de la réalité (3).

Tels sont les accidents provoqués par les caillots passifs dans les anévrysmes traités par la méthode d'Anel. Ces caillots, comme on l'a vu plus haut, peuvent quelquefois être tolérés par l'organisme , et il semble alors que la guérison devrait être certaine.

(1) Cas de Layvrie , déjà cité; et cas de Pierpont, dam American Journal of Med. Sciences, vol. XVIII, p. 329 , n° 111 du tableau de Norris.

(2) A. Cooper, qui a écrit plusieurs mémoires sur les anévrysmes , n'a jamais parlé de ce malade , ce qui est déjà de mauvais augure, car on oublie si aisément les revers! ilodgson raconte que, dix jours après la ligature de la fémorale, l'anévrysme poplité s'ulcéra, qu'une hémorrhagie par le sac en fut la suite immédiate, et qu'il fallut pratiquer l'amputation ; puis il donne les résultats de la dissection du membre, et ne dit pas ce que ce malade est devenu. Le nom d'A. Cooper manque dans le texte, et se trouve babilement dissimulé dans une note. Toutes ces précautions me font croire que le malade est mort (IIodgson. 31 a lad. des artères, trad. fr., T. I, p. 363-4).

(3) Voy. plus haut , p, 5254

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