STATISTIQUES. — ARTÈRES ILIAQUES
opératoire de M. Velpeau, publié en 1839, que l'opération de l'anévrysme poplité a été pratiquée 7 fois en 1837 et 1838 dans les hôpitaux de Paris, et qu'elle a tué 3 malades (1). M. Velpeau, par un louable scrupule, n'a pas voulu nommer des chirurgiens dont il ne lui appartenait pas de publier les insuccès. J'ai dépouillé les journaux du temps, j'y ai trouvé l'histoire des k opérés qui ont survécu, et dont un a été plus tard atteint de récidive; mais deux des trois autres cas n'ont laissé dans la science aucune trace. Pour quiconque sait avec quel empressement on publie les succès , avec quelle facilité on oublie les revers , il est évident qùe l'apparence reste au-dessous de la réalité, que les chiffres de 27 et de 28 % n'expriment pas la vérité tout entière , et que le nécrologe de la ligature, dans le cas d'anévrysme de la cuisse ou du jarret, s'étend peut-être au delà du tiers des opérés.
On dit généralement que les résultats de la ligature sont un peu moins mauvais pour Y iliaque externe que pour la fémorale. La mortalité n'est effectivement que de 23 % (22 cas sur 96) sur le relevé de M. Porta, qui comprend indistinctement les anévrysmes, les plaies, les hémorrhagies, etc.; elle descend même au chiffre de 21 t % (19 cas sur 79) sur le relevé de M. Phillips, qui n'embrasse que les cas d'anévrysmes ; mais le relevé plus étendu de M. Norris est beaucoup plus inquiétant (2) : sur 108 cas de ligatures de toutes sortes appliquées sur l'iliaque externe, il y a eu 33 cas de mort, c'est-à-dire 28 % , et en outre trois des malades qui ont survécu ont dû être amputés pour cause de gangrène. La ligature a été pratiquée 97 fois pour des anévrysmes artériels, et a donné 27 cas de mort, c'est-à-dire 28 % , et de plus l'un des malades qui ont guéri a dû subir préalablement l'amputation de la cuisse.
On lit dans le même article de M. Norris que la ligature de l'iliaque interne, pratiquée pour des anévrysmes, a donné 3 morts pour k guérisons (3) , et plus loin que dix malades sur seize ont succombé à la suite de la ligature de Y iliaque primitive; mais je
(1) Velpeau. Médecine opératoire. Paris, 1839, in-8", T. II, p. lto.
(2) G. Norris. On Tying tlie lliac Arteries, clans American Jour n. of Âled. Se, 1847, voJ. XIII, p. 20.
(3) hoc. cit., p. 23.
dois ajouter que, sur ce dernier nombre, il y a seulement 10 cas d'anévrysmes, dont 5 ont abouti à la guérison (1).
Je ne parlerai pas de la ligature de Y aorte, cette erreur du grand A. Gooper. Il n'y a que les chiens qui en réchappent. Tous les hommes a qui on l'a infligée jusqu'ici ont promptement succombé, et il serait temps qu'on y renonçât.
Si nous passons maintenant aux artères de la partie supérieure du corps, nous trouvons que la ligature de la carotide a donné lieu à des statistiques fort contradictoires. D'une part , M. Porta, qui ne sépare pas la méthode d'Anel de la méthode de Brasdor, et qui fait entrer dans un seul et même relevé les anévrysmes, les plaies, les tumeurs fongueuses sanguines, etc., M. Porta, dis-je, compte 35 cas de mort sur 132 cas de ligature de la carotide. Gela fait un peu plus de 26 %. M. Thomas Inman a compté 11 cas de mort sur 40 ligatures, c'est-à-dire 27 ~ % (2). M. Phillips , ne tenant compte que des anévrysmes traités par la méthode d'Anel, trouve 15 cas de mort sur 74, ce qui ne fait que 20 %. Ge dernier résultat, je l'avoue, m'a surpris. J'ai relevé sur le tableau de Lisfranc les cas d'anévrysmes traités par la ligature de la carotide suivant la méthode d'Anel; j'en ai trouvé 11, et sur ce nombre 4 cas de mort, soit 36 %. Je reconnais que ces chiffres ne sont pas assez élevés; mais le tableau de M. Norris, quoique plus étendu, m'a fourni un résultat plus triste encore (3). J'ai d'abord mis de côté 4 cas étrangers à la question et indiqués sous le titre de supposed aneurisms. La méthode d'Anel n'est évidemment pas responsable des erreurs de diagnostic. J'ai également mis de côté un anévrysme artério-veineux de la carotide, qu'on aurait bien dû laisser en repos. Je n'ai pas besoin de dire que la ligature tua ce malade ; il ne lui fallut pour cela que 24 heures (n° 26 de Norris). Après les éliminations faites, il reste sur le tableau de M. Norris 33 anévrysmes artériels traités suivant la méthode d'Anel: sur ce nombre il y a eu 14 morts, c'est-à-dire 42 %, et l'un des malades qui ont survécu en a été quitte pour une récidive (4).
(1) Loc. cit., p. 2U. M. Norris annonce seulement 15 faits, mais il en rapporte 16.
(2) London Médical Gazette, 31th. oct. 1845, p. 1150, et The Lancet, 5th. oct. 1843.
(3) G. Norris. On Tying tlie Carotid Arteries, dans Amer.Journ., 1847, vol. XIV, p. 14.
(4) C'est le n° 23 , opéré par M. Green. Il est porté au tableau comme recovered , ce qui veut dire qu'il ne mourut pas de la ligature.