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STATISTIQUES. — CAROTIDE ET SOUS-CLAVIÈRE

Je ne sais comment concilier ce résultat avec celui que M. Phillips a publié. Le relevé de M. Velpeau semble plus embarrassant encore, puisqu'on y lit que sur Zi3 malades opérés pour des anévrysmes, 7 seulement sont morts (1); mais, d'une part, il est permis d'éliminer un cas où Liston lia la carotide pour guérir un anévrysme qui existait sur la sous-clavière. Liston croyait que l'anévrysme occupait la carotide ; il voulut appliquer la méthode de Brasdor ; il se trouva qu'il fit une opération inutile et que le malade n'en mourut pas; mais ce cas ne peut figurer au nombre des succès de la méthode d'Anel. Cela réduit déjà le relevé de M. Velpeau au chiffre de U2. Je demande encore la permission de supprimer une ligne et de supprimer du même coup 15 autres cas. Cette ligne est ainsi conçue :

Warren, 15 cas, guérison. Communication privée.

Or, je me méfie un peu d'une indication aussi sommaire. M. Warren a pu dire en particulier à M. Velpeau des choses qu'il n'aurait pas publiées — - et qu'il n'a effectivement publiées nulle part. Quand je songe que, sur la terre classique des anévrysmes, A. Cooper, qui a été pendant longtemps le plus célèbre chirurgien de la Grande-Bretagne, n'a opéré que trois anévrysmes de la carotide , qu'il n'a pratiqué que trois fois cette opération , dont l'invention était pourtant son plus beau titre de gloire, je me demande par quelle fortune singulière M. Warren a pu rencontrer sur son passage quinze anévrysmes [de la carotide , les opérer tous les quinze par la méthode d'Anel et les guérir tous sans la moindre exception! Le hasard est grand, mais il a des limites, et sans pousser plus loin cette critique, je crois prudent d'attendre que M. Warren ait publié ses quinze faits précieux.

Débarrassée du fait de M. Liston et des quinze assertions de M. Warren, la statistique de M. Velpeau se réduit à une liste de 27 cas dont 7 se sont terminés par la mort des opérés : mortalité 26 %.

La ligature de la sous-clavière est plus grave encore que celle de la carotide. M. Porta trouve 2k cas de mort sur 1k, ou 36 1/2 % , M. Phillips 34 morts sur 80, ou 42 1/2 %; le tableau de Lisfranc

(1) Velpeau. Mèd. opératoire. Paris, 1839, T. II , p. 232.

renferme 31 cas de ligature de l'axillaire ou de la sous-clavière pour des anévrysmes ; morts, \lx\ en d'autres termes, U5 %.

Enfin M. Norris a rassemblé 69 cas de ligature de la sous-clavière, qui ont fourni 33 cas de mort, c'est-à-dire tout près de 48 %. Mais sur ce nombre total , il n'y avait que 56 cas d'anévrysme , et en dépouillant le tableau qui accompagne le relevé, je trouve que parmi les malades de cette catégorie 25 ont succombé, ce qui fait seulement kk %. Il est vrai que l'un des 31 malades qui ont guéri a dû subir la désarticulation de l'épaule rendue nécessaire par une hémorrhagie consécutive à la rupture du sac (1).

Quant au tronc brachio-céphalique , tous les vrais chirurgiens ont aujourd'hui renoncé à le lier. Déjà M. Velpeau, en 1839 , avait rassemblé 6 cas de ligature de cette artère (2) ; MM. Beistegui et Guettet, dans leurs thèses inaugurales , en ont fait connaître quatre autres (3). Enfin M. Norris qui n'a pas connu tous les faits précédents , en a cité trois qui avaient été négligés jusqu'alors {k). S'il n'y a pas eu d'erreur dans ces divers relevés, la ligature du tronc innominé a donc été pratiquée jusqu'ici treize fois, en y comprenant deux cas où on lia simultanément la carotide primitive et la sous-clavière au niveau même de leur origine. Treize opérations, treize morts (5). J'espère qu'on en restera là, et que ce chiffre malheureux servira d'avertissement. Que si un chirurgien entreprenait à l'avenir de lier le tronc brachio-céphalique, il ferait bien d'imiter la conduite de MM. Porter, Key et Post, de New-York, lesquels , après avoir mis le vaisseau

(1) Norris. On Tying tlic Subclavian Artery, dans American Journal of Med. Sciences, 1845, vol. X , p. 14.

(2) Velpeau. Mèd. opérât., T. II, p. 246.

(3) Mathias Beistegui, th. inaug. Paris, 1841, p. 107. — Guettet, th. inaug. Paris, 1844, p. 151.

(4) American Journal, vol. XIV, p. 38.

(5) Cas de Val. Mott, Gr^fe, Hall, Norman, Bland, Lizars, Hutin, arendt, Liston, Kuhl, un fait observé à Paris et cité par Dupuytren, et deux faits tirés de la pratique de M. Bugalsky. Cela fait 13 cas. J'en connais un quatorzième qui appartient à Liston, et qui, selon toutes probabilités, n'a pas été plus heureux que les autres. 11 est arrivé deux fois à Liston de lier simultanément la sous-clavière et la carotide à leur origine. On sait positivement que l'un des malades est mort. L'autre vivait encore le 23 juillet 1838 quand le fait fut publié, mais l'opération avait été faite seulement quatre jours auparavant. L'observation ne fut pas complétée et j'ose dire que cela ne présage rien de bon. L'année suivante Liston, au moment de recommencer sur un autre malade, annonça qu'il avait déjà fait la même opération, mais se garda bien de dire ce que l'opéré était devenu. Cette fois l'observation fut publiée trois jours après l'opération. Le malade allait au mieux, mais il est avéré qu'il ne tarda pas à succomber {The Lancet, 1837-1838, vol. Il, p. 668, et The Lancet, 1839-1840, vol. I, p. 37).

STATISTIQUES. — ARTÈRE HUMÉRALE. 601

à nu et consciencieusement examiné l'état des choses ( M. Key n'y resta pas moins d'une heure) , renoncèrent à la ligature , et toute réflexion faite, renvoyèrent les malades à leur lit (1).

Passons d'un extrême à l'autre , et pour en finir avec la gravité relative de la méthode d'Anel appliquée sur les diverses artères , parlons des résultats de la ligature de l'artère numérale. Presque tous les anévrysmes pour lesquels on lie ce vaisseau sont traumatiques et occupent le pli du coude. Ici enfin nous trouvons des faits avouables. Il ne s'agit bien entendu que des anévrysmes artériels; pour les anévrysmes artério-veineux , c'est autre chose.

Roux a opéré par la méthode d'Anel huit anévrysmes traumatiques du pli du coude (2) et un anévrysme spontané de la partie supérieure de l'avant-bras (3). Le sujet de cette dernière observation a succombé, tous les autres ont guéri. Qu'on compare ces résultats avec ceux que le même chirurgien a obtenus dans le traitement de l'anévrysme poplité. — Le tableau de Lisfranc ne renferme que sept cas de ligature de l'humérale pour anévrysmes artériels : sept succès. Ce sont des séries heureuses. Cette opération, sans être bien dangereuse , est ordinairement plus grave . M. Porta a trouvé 10 cas de mort sur 68 ligatures de l'humérale; mais ce relevé comprend les cas de varice anévrysmale , ce qui est de nature à augmenter beaucoup la proportion des décès. J'en dirai autant de la statistique de M. Phillips : 30 ligatures de l'humérale, 6 morts; cela fait 20 °/0. C'est précisément là le chiffre qui exprime la léthalité de la ligature de la carotide , suivant le même M. Phillips. Je ne puis admettre ce rapprochement.

Au surplus, les statistiques un peu étendues font ici complètement défaut.

Je ne pense donc pas qu'il soit possible d'émettre une affirmation précise sur le degré de gravité de la méthode d'Anel appli-

(1) Norris, loc. cit., p. 39 et U0. M. Crisp, qui parle aussi de ces deux faits, nous apprend, chose bien remarquable, que dans le cas de M. Porter cette simple incision, sans ligature et sans action directe sur le sac, suffit pour amener la guérison complète de l'anévrysme par suite sans doute de l'inflammation. Dans le cas de M. Key te malade mourut le vingt-troisième jour, et on trouva que la tumeur était presque oblitérée (Crisp, On Structure, Diseascs and Injuries of Blood-Vessels, Lond., 1847, in-8°, p. 206).

(2) Roux. Quarante années, etc., T. II, p. 248. L'auteur parle de dix opérations, mais deux malades ont été opérés par l'ouverture du sac (observ. ix, p. 77, et obscrv. xxxiv, p. 260).

(3) Loc. cit., observ. xxvi, p. 160.

quée sur l'artère du bras. Tout ce qu'on peut dire, c'est que , de toutes celles dent il vient d'être question, cette ligature est à peu près la seule dont les résultats ne soient pas désastreux.

La ligature de la fémorale, celle de l'iliaque externe et celle de la carotide , se ressemblent beaucoup sous le rapport de la gravité ; la mortalité flotte entre le tiers et le quart des opérés. Elle s'élève au-dessus du tiers à la suite de la ligature de la sous-clavière , e\ atteint la moitié à la suite de la ligature de l'iliaque primitive et de l'iliaque interne. Enfin , la ligature de l'aorte et celle du tronc bracbio-céphalique ne pardonnent jamais.

Il ne sera pas sans intérêt, maintenant, de chercher dans les relevés statistiques les causes qui font succomber un si grand nombre de malades opérés suivant la méthode d'Anel, et d'apprécier le degré de fréquence des accidents , tels que les hémorrhagies consécutives , la gangrène , et l'inflammation consécutive du sac.

Voici d'abord le tableau de M. Porta. On n'y trouve pas d'indication bien précise , parce que Fauteur y a rassemblé des faits très-disparates, confondant dans un même relevé les ligatures de toutes les artères , la méthode de Brasdor et la méthode d'Anel, les cas d'anévrysmes artériels, les cas d'anévrysmes artério-veineux , les cas de plaies, de tumeurs, etc. Malgré ces incertitudes, le tableau de M. Porta est assez ins tructif pour être reproduit ici (1).

Les 600 ligatures qui composent ce tableau sont ainsi réparties : aorte, k; — tronc brachio-céphalique, 8; — carotide, 132; — sous-clavière, 1k ; — numérale, 68 ; — iliaque primitive, 11; — iliaque interne, 12; — iliaque externe, 96; — fémorale, 196. — - On voit que la ligature des artères de troisième ordre , telles que celles de la jambe et de l' avant-bras, ne figure pas sur ce tableau.

Soixante-dix-neuf malades ont présenté des accidents généraux ou viscéraux que je n'énumérerai pas. Je me bornerai a dire qu'il y a eu vingt-deux cas d'inflammation thoracique, dont une bonne partie sans doute étaient dus à l'inaction purulente. Je fais cette remarque, parce que la phlébite et l'infection purulente ne figurent pas autrement sur le tableau de M. Porta.

(l) Luigi Porta. Délie alterazioni patologiclic délie arterie per la legatura, etc. Milano 18&5 , in-fol., p. m.

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