‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 184 sur 243 · COMPRESSION PARTIELLE ET COMPRESSION TOTALE · texte numérisé non relu

COMPRESSION PARTIELLE ET COMPRESSION TOTALE

fréquents où les battements reparaissent et persistent pendant quelques jours à la suite de la ligature pratiquée suivant la méthode d'Anel. Ainsi ce n'est pas pendant quelques heures , mais pendant plusieurs jours de suite, dans la plupart des cas, que les malades doivent se soumettre à la compression totale, circonstance propre à rendre presque toujours le traitement tout à fait intolérable.

Je répète donc que les guérisons si promptes dont je viens de parler sont très-exceptionnelles; mais elles sont tellement brillantes , tellement séduisantes , que bien des chirurgiens pourraient être tentés de faire l'essai de la compression totale, pour courir la chance d'obtenir de pareils résultats. Or qu'on se détrompe à cet égard ; on doit toujours craindre de voir les anévrysmes s'oblitérer très-promptement , parce que les oblitérations qui s'effectuent en quelques heures sont fréquemment défectueuses , en ce sens qu'elles résultent de la formation de caillots passifs. J'ai déjà eu l'occasion d'apprécier ce mode vicieux d'oblitération, si infidèle et si fécond en accidents. Il résulte d'une interruption trop brusque de la circulation , et il y a beaucoup de chances pour qu'il se produise lorsque les anévrysmes se solidifient très-vite sous l'influence de la compression totale. Sur les quatre malades qne je viens de citer, et qui ont été guéris en moins de vingt-quatre heures par ce mode de compression, il y en a deux chez lesquels le sac anévrysmal a été comblé par des caillots passifs ; et ce sont ceux précisément chez lesquels le résultat a été le plus prompt. Grâce au principe de la compression double et alternative qui constitue le procédé deBelmas, on parvint à intercepter le cours du sang aussi complètement qu'aurait pu le faire la ligature. En quinze heures, dans le cas de M. Humphrey, de Cambridge (n° 77), en onze heures seulement dans le cas de M. Wilmot (n° 159), l'anévrysme devint solide, et l'on reconnut avec joie , en enlevant alors les pelotes, que les pulsations avaient disparu. Mais , au lieu de décroître graduellement les jours suivants en devenant de plus en plus dures , les tumeurs se ramollirent et restèrent longtemps stationnaires. Il y avait lieu de redouter, d'une part, la récidive, et, d'autre part, l'inflammation et la rupture du sac. 11 ne parait pas que ces accidents soient survenus, mais le malade de M. Humphrey, revu dix mois

plus tard environ , avait encore dans le jarret une tumeur fluctuante dont le volume ne diminuait qu'avec une extrême lenteur. Il est probable, toutefois, que cet homme aurait fini par guérir, s'il n'avait pas succombé à une autre maladie. On négligea de disséquer son membre. Quant au malade de M. Wilmot, il quitta l'hôpital un mois après l'oblitération de son anévrysme. La tumeur, à cette époque, était encore fluctuante, et n'avait que peu diminué. On ne sait ce qui est advenu plus tard.

Il faut donc se méfier de la compression totale, quelque brillants que puissent paraître, au premier abord, les résultats immédiats qu'elle a quelquefois fournis. Elle a l'inconvénient d'agir de la même manière que la ligature , et d'exposer comme elle à un mode vicieux d'oblitération. Lorsqu'elle fait disparaître les pulsations en quelques heures , elle a grande chance de faire déposer dans le sac des caillots purement passifs ; lorsque l'oblitération se fait plus longtemps attendre, et c'est de beaucoup le cas le plus ordinaire , cette éventualité fâcheuse est bien moins probable ; mais alors la compression totale, devant être prolongée sans interruption pendant plusieurs jours consécutifs, devient la source de divers accidents que la compression partielle convenablement pratiquée évite d'une manière presque certaine.

Le premier de ces accidents, le plus fréquent de tous, et celui qui a donné lieu aux objections les plus nombreuses , c'est la douleur. Chez la plupart des malades , la compression totale ne peut être supportée au delà de quelques heures, et plusieurs même exigent qu'on la suspende avant que la première heure soit écoulée. Cet inconvénient n'est pas propre à la compression totale; la compression partielle y expose aussi, quoique à un bien moindre degré. J'y reviendrai tout à l'heure, et je montrerai comment on peut en triompher; mais ce que je dois dire maintenant, c'est que les cas, nombreux jusqu'ici, où la compression a été intolérable auraient été beaucoup plus rares si l'on ne s'était pas obstiné à pousser l'action des pelotes jusqu'à ses limites extrêmes. Je n'hésite pas à déclarer que la méthode compressive a dû la plupart de ses insuccès à ce procédé vicieux , sans lequel elle aurait depuis longtemps déjà supplanté la ligature.

Page 1